jeudi, 06 novembre 2008
Comme ils disent

La pièce se présente comme une série de sketches courts sur la vie de deux homos. Ils sortent ensemble, emménagent ensemble, connaissent leur première dispute grave, se séparent, se réconcilient. Des choses très banales. David travaille comme agent artistique, Phil est prof d’histoire géo. Phil a fait son coming-out auprès de sa famille, David non. David aime taquiner Phil sur son embonpoint, Phil harcèle David sur son manque de culture. David est fan de Star Ac et d’Eurovision, Phil de musées et d’expositions. Une configuration très classique dans un couple.
L’ensemble est mené tambour battant par deux acteurs, Christophe Dauphin et Pascal Rocher, qui visiblement s’amusent comme des fous. Chacun est merveilleusement planté dans son personnage, et s’en donne à cœur joie, sans cabotiner. Leurs prises de bec, leurs coups de gueule, leurs accès de tendresse, leurs incertitudes mutuelles se déroulent à toute vitesse, sans que l’on ait le temps de respirer. Il y a douze scènes (si j’ai bien compté) dont les intervalles sont marqués par des petits ‘noirs’ d’une trentaine de secondes, le temps de déplacer deux chaises, de changer le fond musical et les costumes. On n’a pas le temps de respirer, ni de s’ennuyer.
C’est justement le (petit) reproche que je ferais à la mise en scène, ou même à la pièce : les choses vont un peu vite, et par moments il m’est arrivé d’avoir besoin de quelques secondes pour comprendre qu’il y avait des allusions à ce qui s’était passé précédemment, et que, les sketches se suivant, il arrivait qu’il y ait des rappels par rapport aux scènes précédentes. La salle est un peu vétuste (mais ils vont bientôt déménager, ont-ils annoncé à la fin), j’ai donc regretté également un fond d’air un peu froid et la haute taille de mon voisin de devant qui m’obligeait à me pencher sur le côté pour apercevoir certains détails. Mais, bon… Ne ratiocinons pas. Il ne s’agissait que de détails.
Les moments les plus tordants : ceux où David et Phil prennent certains spectateurs à témoin pour les faire participer à leur vie, tels des interlocuteurs forcément muets. Ou bien la visite d’un appartement à acheter, lorsque Phil se met à parler anglais avec le jeune mec de l’agence immobilière, qui se trouve être britannique, et évoque son premier séjour à Londres, quelques années plus tôt : « First I was afraid, I was petrified… ». Hilarant. Ou bien aussi la façon dont la pièce est truffée, ici et là, de (tout) petits extraits parlés de la chanson d’Aznavour, ou même de répliques de ‘La Cage aux Folles’. Très subtil. Enfin, la scène où ils essaient de brancher la livebox, et où ils tombent sur un film porno hétéro, lorsque Phil commente la façon dont la femme fait « une gâterie » à l’homme, m’a plié de rire.
Bertrand et Meryl, qui étaient venus avec nous, ont beaucoup aimé eux aussi. Les hétéros peuvent se retrouver, eux aussi, dans le reflet de ce couple amusant, qui ne tombe jamais dans la caricature.
« Comme ils disent » est joué à la Comédie-Bastille, pour l’instant (je n’ai hélas pas retenu l’endroit où ils vont déménager bientôt). Pour l’instant c’est 5 Rue Nicolas Appert, dans le 11°. Un très bon moment dans notre parenthèse parisienne.
16:45 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : comme ils disent, théâtre, pièce, christophe dauphin, pascal rocher