mardi, 10 novembre 2009

Un monde jamais mur

Et moi, où étais-je, au fait, il y a vingt ans, au moment où se tournait une page honteuse de l’histoire de l’Europe ? J’étais en Amérique, à faire une année d’assistanat en tant que professeur dans un lycée du Kentucky. J’avais assisté à tout cela uniquement par télé interposée. Mais je me souviens que CNN passait tout cela en boucle et en direct non-stop. Sans connaître l’euphorie bien légitime des Européens, les Américains étaient très intéressés, et me questionnaient, m’interviewaient sur mes sentiments.  J’avais un peu honte de ne pouvoir leur répondre que « c’est bien, je suis content, notre vieux continent se reconstruit, s’ouvre, et s’unifie ». Que dire ? Je ne connaissais personne en Allemagne, ni à l’est ni à l’ouest, mais je me souviens de ma sœur qui m’avait envoyé une lettre vibrante d’espoir « C’est la fin d’une construction, d’un symbole de la laideur et de l’exclusion ».

 

68027_murdominos-une.jpgOù en sommes-nous vingt ans après ? Comme toujours, l’oiseau n’a été beau que le temps de prendre son essor. Les réalités économiques l’ont vite ramené sur terre. Aujourd’hui, certains Allemands de l’est en sont à regretter leur vie d’ « avant ». Les cérémonies d’hier ont eu lieu sous une pluie battante. Doit-on y voir, là aussi, un symbole ? Le montage en dominos choisi pour commémorer l’évènement hier me paraissait également tristement symbolique. Il s’agit d’un jeu et rien de plus. On glorifie le symbole, mais la réalité n’a pas suivi. Il y a encore loin d’ici à une réelle impulsion de fraternité  entre les hommes.

 

gaza-mur-d_acier-www.jpgEt, bien sûr, d’autres murs ont pris le relais dans le monde. En Cisjordanie, une barrière (qui à terme devrait s’allonger sur 700 km a été commencée en 2005, dans le but déclaré d'empêcher physiquement toute « intrusion de terroristes palestiniens » en Israël. Et jusqu’ici, les gesticulations des Nations Unies n’ont pas beaucoup contribué à l’arrêt des projets. Les attentats suicides se multiplient. 

 

Tijuana.jpgA la frontière mexicaine, pendant le premier mandat du président Bush, a été érigé un mur visant à stopper les immigrants clandestins. Commencé en 2002, ce mur discontinu a été érigé par les États-Unis  pour faire barrage au plus important flux migratoire de l’histoire de l’humanité. Mais son efficacité n’est que relative.  Fuyant des conditions de vie effroyables, mus par l’espoir de trouver du travail et de s’intégrer à la société américaine, les migrants sont prêts à affronter une zone infestée de bandits, à être la proie des trafiquants de drogue et même à courir le risque de mourir déshydratés dans le désert, là où il n’y a pas de mur. Côté américain, l’afflux de clandestins a conduit à la création d’une milice privée, les Minutemen, et réveillé les démons xénophobes.

 

Et il en existe bien d’autres, bien d’autres.

 

L’euphorie d’hier à Berlin était-elle de mise ? Les commémorations se doivent d’avoir lieu, bien sûr. Et la chute du mur était un miracle à célébrer. Mais ce n’est pas dans la fête et l’hystérie que l’on peut faire oublier le travail immense qui reste à accomplir sur l’entente entre les gouvernements, et le cœur des hommes.

mardi, 27 janvier 2009

Présidents et serments

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"I, Barack Hussein Obama, do solemnly swear that I will faithfully execute the Office of President of the United States, and will to the best of my ability, preserve, protect and defend the Constitution of the United States."

Mercredi dernier Barack Obama a prêté serment pour la deuxième fois. Il y avait eu un cafouillage lors de la cérémonie d’investiture, la veille. Le nouveau président est censé répéter le serment après le chef de la Cour Suprême. Or John Roberts avait récité dans le désordre le texte solennel prévu par la Constitution. Il avait placé le terme « faithfully » après « President of the United States », et non pas avant comme écrit dans la loi fondamentale.

Obama s'était interrompu, avant que Roberts ne répète le morceau de phrase, à nouveau dans le désordre. Obama avait obtempéré et fini son serment tel qu'il l'avait entendu. Par souci de précaution, et pour éviter toute contestation ultérieure, le Président a juré une deuxième fois, le lendemain, en respectant le texte constitutionnel à la virgule près.

Ce qui pourrait apparaître aux yeux de nombre de Français comme une cérémonie un peu désuète, entourée d’un luxe de garanties inutiles, est en fait une coutume profondément enracinée dans la culture américaine. Investiture. C'est à cet instant que le Président américain élu se trouve investi de sa charge et des pouvoirs qui l'accompagnent. Investi. La fonction habite le Président ; ce n'est pas le Président qui habite la fonction –vous voyez à qui je pense...

 

Les présidents américains jurent sur la Bible. Une coutume qui là aussi fait régulièrement couler beaucoup d’encre et de salive. Les premiers ‘Pilgrims’ (colons fondateurs) en Amérique, échaudés par les persécutions dont ils avaient fait les frais en Europe,  avaient insisté sur la nécessité fondamentale de séparer affaires politiques et religieuses. Alors, pourquoi ce paradoxe ? On peut considérer douteuse la source mystique de pouvoir conféré par le serment, mais la qualité du témoin - celui devant lequel on jure- n'est pas sans influence sur la source de la légitimité. Car la référence à Dieu revêt ce caractère sacral originel. Et il n'est pas mauvais que la fidélité aux institutions soit empreinte de sacralité. C’est bien un athée qui vous parle.

 

Le Président de la République, en France, n'est pas investi autrement que par quelques coutumes protocolaires (dont la passation de pouvoir par son prédécesseur). Il ne prête pas serment. On peut s’en réjouir, trouver le rite américain du serment hypocrite et archaïque. Et pourtant... Lors des cérémonies du 16 mai 2007 en France, on avait assisté à une magnification de l'homme et de sa famille... Une allégeance de tous au monarque plutôt qu'une allégeance du président à la nation. Un apparat dont les Américains eux-mêmes ne sont pas exempts, soit. Mais en France, à trop vouloir écarter toute coutume  considérée vieillotte, on finit par perdre de vue l’importance, la solennité de la fonction. Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit : je ne phantasme pas sur l'idée de faire jurer le président français sur la Bible. Je ne m’appelle pas BouTin. Mais ne pourrait-on imaginer un serment présidentiel, qui soit à la fois empreint de laïcité et de solennité ? Entre le sacre des Rois d’autrefois, qui montrait que la personne royale empruntait son pouvoir à la puissance divine, et notre système actuel où l’on s’en remet entièrement à la raison et l’équilibre supposés d’un président français investi (avec les résultats que l’on sait, 20 mois plus tard...) il existe de nombreuses variantes. Tenter de concilier un certain sérieux, et, je n'ai pas peur de le répéter, une certaine solennité, avec la vie moderne et les nécessités du XXI° siècle, est-ce un défi impossible ?

D'accord : on sait très bien ce que valent ces serments une fois prononcés, que ce soit devant Dieu ou pas. Ils n’ont jamais empêché aucun roi, aucun monarque, ni surtout aucun président, de ce côté-ci de l’Atlantique ou de l’autre, de mentir ou de tricher. Mais j’ai envie de dire « peu importe ». Le sérieux, le poids, la portée de la fonction, doivent demeurer, perdurer, tout au moins d’un point de vue symbolique, même en 2009. Tous ces termes me paraissent bien oubliés, désuets depuis quelques mois. Le mot « institution » n’est pas seulement synonyme de poussière et d’odeur d’encens. Lorsque l’audiovisuel public, le tribunal de grande instance, la possibilité pour les députés d’un parti adverse de faire entendre leur désaccord sont assujettis à la seule approbation d’un chef d’Etat et de son parti, peut-on encore rire et prôner ce genre de modernisme ?

 

 

mercredi, 05 novembre 2008

America the Gorgeous !

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Jamais de ma vie je n’ai été aussi content d’avoir eu tort, et de venir le reconnaître, humblement.

 

La réélection  de Bush en 2004 avait été un tel choc et m’avait tellement déprimé que je préférais dorénavant adopter une ligne pessimiste pour ne plus être déçu.

 

A quelque chose malheur est bon. La crise économique aura desservi les Républicains et leur philosophie libérale du « laissez-faire » à tout crin.

 

C’est un jour nouveau qui démarre aujourd’hui : même si l’administration démocrate peine à juguler la crise économique (et c’est certain, ils ne feront pas de miracle), il y a enfin à l’horizon du monde un soleil nouveau qui se lève : OUF, ça change ! Politiquement.

 

Et socialement ? Là aussi, je doute que les possibilités d’action du nouveau gouvernement soient infinies. Mais le symbole est fort. Et je suis fier d’avoir vécu suffisamment longtemps pour voir cette image incroyable : un président noir accéder à la Maison Blanche, seulement 150 ans après l’abolition de l’esclavage, et moins de 50 ans après la suppression de la discrimination aux USA.

 

Mais il n’empêche : je vais, nous allons tous, serrer les dents, et croiser les doigts, pour espérer que ce symbole demeure en place pendant quatre ans. Ne parlons même pas de réélection. Un président WASP aurait moins créé de vagues. Je prie pour que celles-ci ne se transforment pas en tempête… Je suis content, mais j’ai peur….

 

Allez va, aujourd’hui je ne peux pas terminer sur cette formule-là.

 

Je suis anxieux, mais ravi ! 

 

 

 

 

"Y a-t-il quelqu’un qui ait encore des doutes sur le fait que l’Amérique est le pays où tout est possible, quelqu’un qui se demande encore si le rêve de nos pères fondateurs est encore vivant à notre époque ? Qui se pose des questions quant à la puissance de notre démocratie ? Ce soir vous avez la réponse. C’est la réponse racontée par les enseignants dans les écoles et les prédicateurs dans les églises. On n’aurait jamais pu croire que des gens ont attendu 3 ou 4 heures, peut être pour la première fois de leur vie, parce qu’ils étaient convaincus que maintenant les choses devaient être différentes, que leur voix pouvait apporter la différence. C’est la réponse apportée par les jeunes et les vieux, les riches et les pauvres, les démocrates et les républicains, les Hispaniques, les Indiens d’Amérique, les homosexuels et les hétérosexuels, tout le monde. Les Américains ont envoyé un message au monde entier : nous n’avons jamais été simplement une collection d’individus, une collection d’états bleus ou rouges, nous serons toujours les Etats-Unis d’Amérique, et nous le resterons.

Voici la réponse donnée à ceux qui ont reçu l’instruction d’être cyniques, d’avoir des doutes, quant à notre histoire, qui avaient abandonné l’espoir d’un jour meilleur. Ca a pris beaucoup de temps. Mais ce soir, grâce à ce que nous avons fait, en ce jour, avec cette élection, en ce moment précis, le changement est enfin arrivé en Amérique..."

 

 

 

 

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