jeudi, 03 décembre 2009
Je déblogue
Jeudi 26 novembre
Samedi soir, j’ai eu une discussion avec mon TiNours. Je lui expliquais ce qui ne va pas depuis quelques jours. Mon sentiment que quelque chose ne tourne pas rond en moi, et que c’est lié au blog. Qu’à trop attendre des autres, je finis forcément par être déçu.
Alors il me regarde. Souvent dans ses yeux, je vois deux êtres. Un enfant très innocent, et un homme très mûr. Les deux en même temps.
En même temps.
Et à chaque fois, à chaque fois, je me dis que c’est lui seul, et pas un autre. Que, même si ça paraît emphatique et un peu ridicule exprimé ainsi, le jour où l’on s’est rencontrés, il y a eu une intervention extérieure. De qui ? J’ai une petite idée, mais je la garde pour moi. Au fond, peu importe. C’est dans ces moments-là que je sais que lui seul sait me parler, me comprendre. A la fois mon père, mon fils. Mon frère. Mon mec aussi, évidemment. Aucun des quatre séparément, mais simultanément, c’est bien lui.
Mon TiNours.
« C’est bien pour toi que tu écris, non ? Pour toi et personne d’autre ? »
Et, là aussi, comment exprimer cette dualité ? Il a raison et il a tort en même temps.
« Oui, mais je sais bien que si je me contentais d’écrire sans poster, sans attendre, lire, écouter les réactions des uns et des autres, et y réfléchir, ce ne serait plus pareil. Ca n’aurait plus le même intérêt. »
Comme à l’époque des journaux intimes, il y a des décennies. Le seul souvenir de ce « sport » a un côté un peu suranné, vieillot. Et pourtant... Déjà, à l’époque, on avait instauré un système pour contourner la solitude, le narcissisme, l’égocentrisme de ces cahiers : on avait un petit club (quatre copains, mais il pouvait y avoir des arrivages ou des départs, en fonction des amitiés fluctuantes) au sein duquel on échangeait nos « journals » comme on disait (le pluriel normal du terme rappelait trop la Presse) et où on se faisait des commentaires, en marge ou sur des feuilles volantes, en référence aux pages, qu’on numérotait.
J’ai conservé les cahiers de cette époque. Je ne les relis jamais. Même pas un extrait. Je sais qu’à chaque fois que j’y plongerais le nez, j’hésiterais entre amusement et confusion devant mes préoccupations, mes naïvetés, mes joies, mes désespoirs, de ces années-là de ma vie. Je ne renie pas l’ado que j’ai été, surtout pas, mais je dois reconnaître que j’aime mieux l’adulte que je suis aujourd’hui. Or les pages que j’écrivais alors crient ce que j’étais, elles en sont un reflet dont j’ai un peu honte, je l’avoue. Ce que je suis aujourd’hui est certainement tout aussi critiquable et même risible, mais j’ai appris à mieux l’assumer, l’affiner, le défendre. Les Lancelot du passé se mélangent avec celui du présent. Ce ne sont pas des strates qui se sont déposées les unes sur les autres, mais plutôt une recette, un mélange. Le petit garçon du départ, c’est le noyau. L’ado l’a enrobé d’un fruit, un peu amer, un peu ridé aussi. L’adulte a versé de l’alcool par-dessus, pour tenter d’améliorer la boisson. Pour procurer de l’ivresse ? Plutôt de l’illusion. Une boisson où percent sans cesse les hésitations de l’enfant caché, l’âpreté du jeune homme. Un breuvage que l’adulte sert à son comptoir de blog, après l’avoir fait chauffer, décanter, passer par l’alambic des mots, des phrases, des blablas, quoi...
La question, c’est : si la gnôle de Lancelot n’est pas bonne, qu’est-ce qu’il est censé en faire ? Que je le veuille ou pas, la distillerie continue de fonctionner, jusqu’à ma mort. Au moins dans ma tête. Ca clapote, ça bouillonne. Ca glougloute, ça déborde. Ca coule, ça éclabousse quelquefois. En postillons d’éclats de rire, en sanglots trop violents. Ca suinte, ça sourd goutte à goutte. Frayeurs, tremblements, sueurs. ¨Peu ragoûtant, tout ça.
L’alambic, il est contraignant à manier. Il est quelquefois difficile, capricieux à mettre en marche. Mais, je l’aime, ce con. J’aime jouer au petit chimiste, distiller et humer les vapeurs qui sortent de la cornue, avec tout ce que cela implique de narcissisme. J’aime cette alchimie miraculeuse qui, quelque part, entre le cliquetis d’un clavier auquel on ne prend même pas garde, et la rumeur floue qu’on entend dans sa tête, accouche d’un texte où l’on peut lire, entre les lignes, le reflet trouble de ce que l’on a été pendant un instant fugace.
Ce soir, j’écris pour moi. Ce soir, je ne publierai pas. Mais je sais que c’est un leurre, un mensonge, une plaisanterie. Je ne publierai pas tout de suite, voilà où est la nuance. Elle est bien minime. Je suis un lâche. Je sais bien que je n’écrirais pas ce texte si je ne prévoyais pas de l’exhiber dans quelques jours. « Oooh le joli caca-popo qu’il a fait, mon Lancelot ! » J’ai besoin, un besoin maladif, pathologique, insensé, du regard et de l’avis des autres. Je ne peux pas en faire abstraction, sinon l’écriture perd tout son intérêt. L’autre alternative, moi face à moi, Lancelot qui s’écrit, le « chevalier » qui se relit, à quoi rime ce cirque ? Même Bozo, le frère jumeau, il n’en veut pas, de ce dialogue à un seul, de cet « unilogue ». Bozo, il a besoin d’un public devant qui faire ses cabrioles.
J’aime le moment où, après avoir tapé ma note, je mets en forme police et paragraphe, je fais le copié-collé, et je clique pour publier. Comme on agite le foulard au-dessus du chapeau, juste avant que le lapin blanc n’en sorte. Pour le public. Comme une recette qu’on laisse mitonner doucement, dans un fait-tout, quelques heures, avant de servir le plat. Pour les invités. J’aime cette sensation. Même si le plat sort brûlé, trop salé, ou trop coriace. Des risques, on en prend toujours. Mais faire la cuisine, c’est toujours un plaisir agréable.
Ce soir, je me refuse le plaisir du service. J’enregistrerai le texte dans Word, et je le laisserai quelques jours au frigidaire. Je veux voir l’impression que je ressentirai en le ressortant. J’avais déjà fait cela quand nous étions en vacances à l’étranger. Publication à retardement. Mais c’était contraint et forcé. Ce soir, aucune impossibilité technique ne m’empêcherait de me connecter sur mon blog. Sauf que je ne veux pas. Je tiens à ce « sevrage ». Je veux savoir si je supporte seul mon propre reflet, sans le soumettre aux autres.
J’ai essayé de voir si mon TiNours avait raison.
Mais je n’en suis pas sûr.
19:56 Publié dans Lancelot fait son sérieux | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : blog, écriture, souvenirs, journal
lundi, 02 novembre 2009
Entre hier et aujourd'hui
Week-end de Toussaint : nous l’avons passé dans mon village d’enfance, chez mes parents. Visite au cimetière, évidemment. Fleurs, chrysanthèmes, banalités habituelles. La fleuriste que j’aimais tant lorsque j’étais gamin a pris sa retraite. Ca a l’air insignifiant, ce style de nouvelle, mais ça fait des petits chocs désagréables.
Je sortais de la salle de bains hier matin, occupé à rassembler serviette, affaires, trousse de toilette, et, avec un peu de retard, j’ai levé les yeux pour voir ça :
Ma mère avait ouvert la fenêtre du salon pour aérer. J’ai été frappé par la luminosité de l’extérieur, je me suis immobilisé et j’ai gardé quelques instants les yeux fixés sur la colline, dehors. Il s’est passé quelque chose, je ne sais pas quoi. Ce spectacle, derrière la fenêtre, je l’ai vu des millions de fois depuis que je suis enfant : par temps clair, sous la pluie, aussi, et sous la neige également. J’ai même vu les arbres brûler lors de l’incendie de 1979. Mais quelque chose, dans le contraste entre la pièce encore un peu sombre et la lumière de l’ensemble, dehors, m’a arrêté. J’ai même eu envie d’immobiliser l’instant, ce que j’ai fait en attrapant l’appareil photo.
Une fenêtre ouverte sur l’extérieur, presque une porte entre deux mondes. Je la franchis régulièrement quand je retourne ‘chez moi’. C'est-à-dire, chez mes parents. C’est-à-dire, chez moi enfant. Chez moi qui ne suis plus moi, chez moi l’autre.
Dans cette transition, dans ce petit saut, il y a à chaque fois une sorte de pilote automatique qui se met en route : contrairement à nos autres destinations de week-ends, de vacances, ici je connais les lieux, les personnes, dans les moindres détails. La surprise, c’est qu’il n’y a aucune surprise derrière la porte. Quand je vais chez mes parents, je peux m’amuser à avoir quinze ans, cinq ans, dix ans ou vingt ans, selon les tiroirs que j’ouvre, les tableaux que je regarde, les plats que je goûte. Je sais exactement ce que contient le buffet rouge de la cuisine sans avoir à l’ouvrir. Les arbres dans la colline ont pu grandir, ou mourir, ou renaître, mais ils sont les mêmes. Il y a un chêne immense à côté du portail. En allant porter la poubelle, hier, en passant sous lui, j’ai entendu un bruit bizarre qui m’était pourtant inexplicablement familier : ploc... ploc... ploc à intervalles irréguliers. C’étaient les glands qui se détachaient et tombaient, avec un petit bruit sourd et rassurant. Je l’avais oublié depuis des années, non pas parce que je vis en pleine ville (ce n’est pas le cas) mais parce que je ne m’étais pas retrouvé sous CE CHENE LA à CET ENDROIT LA, en CETTE SAISON-LA depuis très longtemps. Ploc, ploc, ploc. Rien que de très banal, mais ça m’a fait sourire, de retrouver ce petit refrain d’autrefois enfoui sous les strates de ma mémoire.
Mes parents aussi sont égaux à eux-mêmes, dans leurs moindres réactions. J’ai pris l’habitude, pour désamorcer leurs disputes, leurs chamailleries toujours aussi fréquentes, de les couper pour dire les répliques de l’un, de l’autre, avant même qu’ils les aient formulées, lors d’un pugilat. C’est un procédé super-efficace. L’effet en est qu’ils me dévisagent, un peu interloqués, puis attrapent un fou-rire parce que je les imite mieux qu’ils ne s’imiteraient eux-mêmes ! Quand la crise de rire est passée, c’est trop tard pour se remettre en colère, et on passe à autre chose.
Ils sont à la fois d’une gentillesse désarmante et d’une acidité à faire hurler. TiNours mentionne par hasard qu’il n’a pas pu trouver le dernier numéro de l’Express, à Montpellier, alors mon père le recherche partout là où il va faire ses courses. Ayant retenu que j’avais eu du mal à trouver une casserole adaptée quand j’ai voulu faire mes confitures d’abricot cet été, ma mère m’a acheté une magnifique bassine en cuivre. Tout ça sans qu’on le leur demande.
En revanche, il faut aussi les supporter avec leurs aspérités et leurs défauts. Depuis deux mois je me suis fait pousser un bouc. Ils ne le savaient pas. Je me doutais de leur réaction. Dès qu’elle m’a vu, ma mère a hurlé « Mon Dieu quelle horreur ! » Quant à mon père il n’a pas cessé de me harceler de taquineries comme il aime le faire « Ils t’ont réembauché au lycée avec ton bouc ? » « Cette photo, c’était avant que tu ne le fasses pousser, non ? Sinon on ne t’aurait pas photographié » etc etc... Ils sont lourds quand ils s’y mettent. Lorsque j’avais 18 ans, je me souviens que si quelque chose ne leur plaisait pas (un vêtement que je portais, ou une musique pour laquelle je me serais pris d’affection), ils maniaient très bien cette technique du harcèlement systématique sans éclat, en se relayant et en se passant la balle. Un peu comme les glands du chêne, qui tombent à intervalles irréguliers et de façon imprévisible, ploc, ploc, ploc. A quinze ans, je finissais toujours par céder et ôter le vêtement qui ne leur plaisait pas, ou éteindre ma musique, par ras le bol. A dix-huit ans, j’avais compris que céder toujours par lassitude ne me conduirait nulle part sinon à la frustration et à l’aigreur, alors je pratiquais en retour la technique de la sourde oreille et de la force d’inertie. C’était épuisant, pour eux comme pour moi, et ce « jeu » laissait en permanence planer une tension déprimante, dont je n’ai pris conscience que le jour où je suis parti. Tout devenait plus léger, et pour cause !
Etre aimé et être englué. Se disputer et y prendre goût. Douceur violente. Violence du cocon. Etouffement bienheureux. Bonheur de souffrir. Calme dans la tension. Etre protégé et détruit. Se fondre doucement, réagir brutalement. Sursauts de lucidité, culpabilité douceâtre... Couper court à ce que l’on déteste, c’est aussi tuer ce qu’on aime. Comment résoudre ces paradoxes, ces contradictions ? Fuir, partir. Et revenir. Il faut savoir passer la porte dans les deux sens.
Quand je vais chez mes parents, j’aime la sensation du temps qui s’est arrêté, des choses immuables et du voyage dans le passé que l’on m’offre. Mais le temps s’écoule, là-bas comme ailleurs. Autour d’eux, je voudrais tout gommer : les quelques souvenirs douloureux que nous avons en commun, et la perspective de leur avenir, si court maintenant. Je voudrais les maintenir dans ce présent où eux et moi avons enfin trouvé un terrain d’entente, de fonctionnement harmonieux. TiNours y est sûrement pour quelque chose, lui aussi. Il s’est niché dans le giron familial sans tambour ni trompette, et mon père et ma mère l’ont immédiatement adopté et l’adorent. J’ai conscience que la vie m’a fait un bien beau cadeau en me permettant de raccorder ainsi mon passé et mon avenir. Il n’y a pas eu de déchirure, juste une rupture momentanée, en pointillés de quelques années, avant que je ne fasse mon coming-out. Et ensuite le quotidien a repris tranquillement ses droits, en mieux qu’avant.
Mais je me fais des illusions sur le ralentissement du temps. Il continue à s’écouler, là-bas comme ailleurs. Le buffet rouge de la cuisine a perdu l’une de ses poignées. Et la fleuriste a pris sa retraite.
Ploc, ploc, ploc.
13:13 Publié dans Les vagues à l'âme de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : toussaint, parents, enfance, souvenirs
dimanche, 04 octobre 2009
"Si vous me demandez mon nom..."
Quand ma mère tomba enceinte de moi, j’étais son quatrième enfant. Lassée du jeu de la recherche d’un prénom, elle délégua ce choix à mes frère et sœurs. A l’époque, la télé diffusait un feuilleton américain sur la vie quotidienne des classes moyennes, comme il en existait tant à l’époque, dans la veine de ‘Ma Sorcière Bien Aimée’, racontant les frasques d’un gamin espiègle, toujours armé d’une fronde, qui tourmentait ses voisins. Idée séduisante pour trois enfants de dix, huit et quatre ans. Si j’étais un garçon, je me prénommerais donc comme le héros de la série. C’est ce nom que l’on me fit endosser, comme un habit taillé sur mesure, lorsque je débarquai. Après deux fausses alertes, dont une le jour de Noël, tout de même... Ca commençait bien.
J’ai comblé les espérances de mon frère, de mes deux sœurs, au-delà de tout ce qu’ils pouvaient imaginer : j’étais blond, un peu débraillé, comme le petit garçon du feuilleton. Très espiègle et insupportable, comme lui. Le seul accessoire que je n’avais pas, c’était la fronde. Non, je ne m’appelle pas Thierry. Mais, oui, j’ai quelquefois fait damner les voisins en sonnant à toutes les portes pour me planquer ensuite derrière leur haie, ou en allant voler leurs cerises. Oui, ça, j’ai pratiqué. Est-ce que, quelque part, je sentais qu’on attendait de moi que je me conforme à une certaine image... ?
Quand j’étais enfant, je n’aimais pas mon prénom. Je le trouvais moche. Deux syllabes ridicules, accolées sans aucune musicalité. Je les comptais sur mes doigts, en espérant à chaque fois qu’une troisième se serait glissée entre les deux, pour tout améliorer miraculeusement. Peine perdue. Ca évoquait un chiffre, d’ailleurs, et, vaguement, des oiseaux, mais plus de la crotte et des brindilles que des battements d’ailes ou des cris de mouettes sauvages. Rien de romantique, aucun lyrisme lorsque l’on m’appelait. Une tante avait même brodé dessus un surnom, mignon mais qui me faisait penser à un clown : « Nisou ». Qu’est-ce que ça allait foutre, un Nisou, dans la vie ? Un Philippe, ça dompte des chevaux. Un Gérard, ça a des connotations précieuses : j’ai des objets rares... Mais un Nisou ! Ca fait des gambades, ça s’étale par terre et tout le monde éclate de rire.
Moi, j’aurais rêvé de m’appeler Sylvain. Ce que c’est beau, Sylvain. Une caresse en bouche, telle un vin moelleux, rien qu’en le prononçant. Ca évoque le calme d’une forêt majestueuse. Un mec qui parle aux cerfs, aux biches, aux animaux. Un grand adolescent sauvage et pur, et élancé. Blond très clair, des cheveux lisses, incorruptible. Courageux et indépendant. Le genre de mec qui saurait très bien se débrouiller sans ses parents, perdu qu’il aurait été, par hasard, à sa naissance, mais qui les retrouverait plus tard, pour les consoler et les aimer malgré tout. Voilà à quoi j’aurais aimé ressembler. C’est prétentieux, et après ? J’ai toujours rougi beaucoup plus facilement de colère que de modestie. Et puis, on n’est pas responsable de ses propres fantasmes.
Je pourrais réécrire le même couplet sur Lancelot : j’aime le personnage du chevalier pur, surtout parce qu’il est humain. Il souffre, il lutte, il trébuche, c’est un homme. Mais il essaie sans cesse de vaincre ses faiblesses, tout en sachant que le Graal, ce n’est pas lui qui le trouvera. Il est faillible, il est perfectible, mais il est bon, mais il est beau. Son nom, en tout cas, l’est. « Lancelot », c’est magnifique. Ca chante comme une source au printemps, ce sont trois syllabes bien agencées, fluides, et pour cause ! Il a été élevé par Viviane au fond d’un lac. Il porte une lance, il sort de l’eau. Alliance de deux éléments, la terre et l’eau. Lancelot, comme Sylvain, se sent proche des choses simples de la nature. L’élément liquide dont il est issu, l’élément terrestre où ont été forgées ses armes.
Mais Sylvain, je l’ai perdu en route, et Lancelot n’est qu’un pseudonyme issu d’une légende. Mon vrai prénom, j’ai mis des années à l’écouter, à le comprendre, à l’accepter. Un peu comme un enfant que, lassé de repousser, on finit par prendre sur ses genoux et regarder dans les yeux : « Alors, qu’est-ce que tu veux me dire, toi ? »
Je m’appelle Denis.
Vers l’âge de 13 ans, j’ai appris l’étymologie de ce nom. Dionysos, Dieu de l’ivresse et de l’extase, est celui qui permet à ses fidèles de dépasser la mort, le vin étant censé aider à conquérir l’immortalité. Dionysos est certes spécialisé dans la vigne, mais il est aussi la Divinité de la végétation arborescente et de tous les sucs vitaux : sperme, urine, lait, sang. Il peut également se cacher dans l’écorce des arbres, ou être l’esprit du figuier.
Mmmm, j’aimais ça. Un Dieu lui aussi très proche de la nature, tout comme mon image idéalisée de Sylvain, mais en y incluant une connotation sensuelle et érotique dont la découverte coïncidait avec l’épanouissement de ma puberté.
En outre, je commençais à comprendre que je n’avais rien à envier à Gérard, pour finir, car petit à petit, au fil des années d’école, je m’étais aperçu que mon prénom à moi n’était pas très répandu.
Après tout, Denys, c’était chic aussi. Le tyran de Syracuse ! Qui mourut, également, selon la légende, d’un excès de vin... Décidément.... Mais le Y me rappelait trop, justement, l’orthographe du mot tyran. Et puis, cette lettre en forme de perfide langue de vipère, non. Pas de route qui se divise, pas d’ambiguïté. J’ai conservé l’orthographe d’origine, et la rectitude du i tout simple, bien droit, qui savait où il allait, lui. Là aussi, en grattant bien, un psYchanalYste sournois me ferait sûrement remarquer que je faisais là ma première tentative pour dissimuler, cacher, ma nature réelle, mon ambiguïté sexuelle. Et puis, en y réfléchissant, il m’est arrivé de me dire que cette ‘dualité’ existait déjà dans le titre de la série qui a inspiré le choix de mon nom : Denis LA Malice. Masculin et féminin. A moi de me débrouiller pour savoir par la suite si je serais davantage Denis qu’Alice. Calice du mal ? Denis ou rien ? Mon prénom, ce personnage extérieur, ce scaphandre qu’on m’avait imposé, avait-il déteint sur moi ? M’avait-il irrémédiablement façonné ? Un détail amusant, c’est que j’ai été blond, mais vraiment blond, jusqu’à l’âge de 8, 9 ans, comme le petit garçon de la série, et puis je suis devenu brun, très brun ensuite. Mais, j’ai conservé en moi une bonne provision de malices. On ne peut pas totalement vider sa besace, faire abstraction de son enfance, ou même de ce qui y a précédé...
Alors, je n’aime pas mon prénom, mais j’y tiens. Mon histoire, ma personnalité y sont un peu écrites. Un prénom, c’est un cocon. On ne peut pas le remplacer.
« Si vous me demandez mon nom
Je vais vous donner mon adresse
Puis si vous me demandez l’heure
Je vais vous raconter ma vie
Sans retenue et sans pudeur
Comme si vous étiez mon ami (...)
Si vous me demandez mon nom
Je vous raconterai des feux qui ne sont pas de paille
Qui brûlent encore longtemps après les fiançailles
Je vous raconterai la vie que je voudrais connaître
Une main dans la vôtre, peut-être... »
(Lynda Lemay)
22:42 Publié dans Les vagues à l'âme de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : prénom, enfance, souvenirs
lundi, 14 septembre 2009
Why Wight is white
Quand j’étais gamin, quand j’étais très jeune, à 4, 5 ans, mes goûts musicaux étaient liés à ceux de mes sœurs, plus âgées, qui se chargeaient pour la famille du ravitaillement familial en 45 tours. Comme des milliers d’autres familles typiques à la fin des années 60, au début des années 70, nous disposions de l’éternel tourne disques centenaire à qui on faisait subir mille supplices (ah, le délice des fous rires nerveux en écoutant une chanson à vitesse accélérée, en 78 tours...) mais je m’égare.
L’autre jour après avoir regardé à la télé une émission sur Michel Delpech, nous nous sommes aperçus, TiNours et moi, que tout en appréciant, comme tout le monde, ses vieux tubes, nous n’avions rien de lui en matière de CD. Bon, on y a vite remédié, et on s’est procuré la collection des tubes les plus célèbres. Et vas-y qu’on a fait un tour chez Laurette, pour retrouver le chasseur (et ses oies sauvages) qui pataugeait dans la boue du Loir et Cher, et qui nous a parlé de son divorce et des jolies choses de sa vie qu’il fallait qu’il les oublie, et qu’il fallait qu’il accuse sa femme, alors qu’avant, pour un flirt avec elle, ou pour lui faire l’amour en wagon-lit, il aurait donné n’importe quoi etc etc. Bain de jouvence à chaque fois qu’on se prend en écoutant toutes ces chansons oubliées, qu’on adore chanter, fredonner. Ca marche à tous les coups.
L’une d’elles m’avait particulièrement marqué, quand j’avais cinq ans, pour une raison très simple : lorsque je l’écoutais, je ne comprenais strictement rien aux paroles, tout en adorant la musique. Alors je me la passais en boucle, en espérant que le sens allait finir par en jaillir pour moi, comme une évidence. Je ne demandais d’explications à personne, je sentais instinctivement, sans bien le comprendre, qu’il y avait là-dedans une sorte de magie à ne pas casser.
Il me semblait alors que Michel Delpech parlait à la fois anglais et français. J’essayais de m’appuyer sur le sens des couplets en français pour comprendre le reste. Mais l’ensemble restait merveilleusement énigmatique. On m’avait expliqué que « white » c’était « blanc » en anglais alors j’entendais « White is white, tilanmistilan, white is white, vivadanovan, hipipipipi ». Un langage surréaliste et fascinant. J’étais à mille lieux de m’imaginer que la chanson parlait d’une île au large de l’Angleterre, que Donovan et Dylan étaient des chanteurs emblématiques, et qu’un festival se déroulait à Wight régulièrement, notamment celui de 1970 qui avait attiré plus de 600 000 participants, merci Wikipédia.
A l’époque il n’y avait pas de Wikipédia. D’ailleurs, j’aurais été bien en peine de m’en servir, je ne savais ni lire ni écrire. Mais j’aimais ces accords de guitare et cet air à la fois optimiste et lancinant. Je me représentais toutes les images physiquement. Par exemple, j’adorais les papillons. Je me disais qu’une « pluie de papillons » ça devait être quelque chose de formidablement spectaculaire, je me demandais si j’aurais la chance d’en voir une un jour. Et puis, qui étaient ces gens qui arrivaient les pieds nus, comme une fleur avant la saison ? Du fond de ma maison en province, le Flower Power avait pour moi autant de signification que le manifeste du parti communiste en aurait eu pour la Reine Victoria !
Alors j’ouvrais bien grand mes oreilles : bien sûr que c’est très bien de vouloir s’évader quand on est emprisonné, parce c’est injuste d’être emprisonné, mais comment pourrait-on le faire volontairement ? Pourquoi des gens avaient ils l’idée saugrenue de se mettre eux-mêmes en prison ? Quoi qu’il en soit, j’étais sensible à cette poésie. La musique m’y aidait. Si le son de la guitare était beau, alors forcément les paroles étaient bonnes. Et je repartais dans mes réflexions de gamin, qui collait ses images à lui sur tout ça : des bagnards pieds nus qui s’échappaient d’une prison et se retrouvaient environnés de nuages de papillons, et voyaient des fleurs même si c’était pas la saison parce que le ciel était gris.
La pochette était encore plus mystérieuse pour moi : on voyait de loin de tas de gens juchés dans un arbre immense. Mais la photo était en noir et blanc et il était très difficile de discerner les traits des personnages. Je me doutais bien qu’ils devaient tous attendre quelque chose, ou participer à quelque chose ensemble. Peut-être la chanson ? Mais le chanteur, il n’y en avait qu’un.
Un jour, catastrophe, j’ai cassé le disque par inadvertance. Outre le savon que je me suis pris par mes sœurs, j’étais sincèrement désolé. Je suis entré en état de manque ! Il me fallait ma dose de Wight is wight ! Je m’étais drogué à mon insu, pire qu’à Woodstock ! Alors, par moments, je m’accordais un petit succédané, je fredonnais...
Wight is Wight
Dylan is Dylan
Wight is Wight
Viva Donovan
C'est comme un soleil
Dans le gris du ciel
Wight is Wight
Hippie, hippie, ...pie
Hippie hippie
Hippie hippie
Ca avait tout de même davantage de gueule que de brailler « Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir » non ?

22:59 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note | Tags : michel delpech, musique, souvenirs
jeudi, 15 janvier 2009
Le Prisonnier, Au Coeur du Temps, et autres contes.
Ce matin, sous la douche, j’entends à la radio que Patrick McGoohan, interprète principal, scénariste et producteur de la série britannique « The Prisoner » (Le Prisonnier) est mort à 80 ans. La série (en 17 épisodes) relatait les aventures d’un agent secret (espion ?) un jour transporté à son insu dans un village en un endroit (pays ?) inconnu, où tous les gens vivent dans un confort relativement agréable mais ne peuvent s’enfuir d’une enceinte délimitée. Ils sont tous des « numéros ». Notre héros est donc le numéro 6. On ne cesse de vouloir lui extorquer des « informations » (lesquelles ? Mystère…) qu’il refuse de livrer. Il cherche toujours à entrer en contact avec le numéro 1 (le chef probablement) sans y parvenir, ou à s’échapper, sans plus de succès. Ses tentatives semblent sans cesse être sur le point d’aboutir mais à la fin de chaque épisode il est inexorablement ramené à son point de départ.
Je me garderai bien de faire l’apologie de cette fameuse « série-culte » des années 60, adorée par des milliers de fans. Personnellement, je me souviens que lorsqu’il m’arrivait, gamin, d’en voir un épisode, je trouvais l’ensemble super-angoissant, dérangeant et déplaisant. Les tentatives de fuite du héros, toujours stoppées net par cette espèce de bulle blanche cauchemardesque qui se lançait à sa poursuite et l’étouffait, mais surtout ce village qui me rappelait un terrain de golf à cause de ses ridicules voiturettes électriques, la jovialité forcée des habitants, et enfin l’éternel recommencement forcé à chaque fois me donnaient envie de hurler. Oui, youpi, c’était cela qui était voulu par les scénaristes : « En fait, chacun peut voir dans Le Prisonnier ce qu'il a envie d'y voir. Le Village ne serait-il pas le symbole de la condition humaine, et le Numéro 6 le pauvre humain qui cherche, sans toujours y parvenir, à lui donner du sens ? Ce Numéro 1 qu'on ne voit jamais (sauf au dernier épisode) n'est-il pas une allégorie de Dieu, et les Numéro 2 qui se suivent et ne se ressemblent pas une personnification, par exemple, de tous ceux qui de façon contradictoire au cours des âges ont affirmé agir en son nom ? C'est en tout cas l'une des hypothèses possibles parmi bien d'autres. » . Je cite Wikipedia. Je ne lancerai pas mes propres interprétations métaphysiques, j’en serais bien incapable. Quand j’avais six, sept ans, j’étais loin de pouvoir analyser de semblables allégories, ou métaphores, comme vous voudrez, et je pouvais seulement me dire que tout ça n’avait pour moi ni queue ni tête, que je rêvais seulement de voir l’épisode ultime où enfin ce brave Numéro 6 parviendrait à se barrer, et nous débarrasser l’écran, espoir régulièrement déçu.
Cependant, les séries des années 60, ah, quel beau sujet de conversation ! Il y a quelques années, pour mon anniversaire, TiNours, connaissant ma passion pour toutes ces bêtises, m’avait offert un livre : « Les grandes séries américaines des origines à 1970 ». Je lui avais sauté au cou, il ne pouvait pas mieux trouver pour me faire plaisir. Le bouquin, riche en photos et très documenté, passe en revue origines, fiche technique, liste des épisodes, jugements appréciatifs, dates de diffusion en France et aux USA, et c’est donc, au final, une mine de renseignements passionnants pour les ‘aficionados’ de Bonanza, Daktari, Les Envahisseurs, Hawaii Police d’Etat, Ma Sorcière Bien Aimée, Mannix, Mission Impossible, les Mystères de l’Ouest, Star Trek, et autres Zorro.
Je me souviens des ‘lendemains’ de diffusion, à l’école : « Et tu as vu quand l’araignée géante est sur le point de les bouffer ? » « Putain quand le mec essaie de désamorcer la bombe j’étais sûr qu’il allait y passer ! « « Ah si seulement on pouvait remuer son nez comme elle pour que nos divisions se fassent toutes seules… » etc etc… De six à douze, treize ans environ, avec un pic vers l’âge de dix ans, mes copains de classe et moi, on fonctionnait au carburant de séries TV idiotes et on les revivait par la parole pour raviver le plaisir des yeux et des oreilles et de l’esprit, éprouvé la veille. A l’époque, pas de magnétoscopes, pas de DVD, pas d’internet. Un épisode d’une série culte, on ne pouvait le rater, il n’y avait pas de rattrapage possible ! On épluchait les programmes télé, on faisait toujours très attention à l’heure, quelquefois on se réunissait à plusieurs chez un pote pour voir un épisode et le commenter ensuite. Sans web, on avait peu accès à la biographie, filmographie des acteurs, alors on extrapolait surtout sur leurs personnages. Pour les malheureux qui n’avaient pas la chance d’avoir deux téléviseurs à la maison, c’étaient des drames si les parents voulaient en même temps voir autre chose sur une autre chaîne. Pour ma part, dans ce style de cas, je filais souvent chez ma grand-mère qui habitait le rez-de-chaussée de notre maison, et qui était pleine d’indulgence pour me laisser regarder les Mystères de l’Ouest, Mission Impossible, ou Chapeau Melon et bottes de Cuir, devant lesquels elle s’endormait régulièrement.
Ma série préférée, un peu moins connue que celles citées dans la liste au-dessus, s’appelait ‘Au Cœur du Temps’ (« The Time Tunnel »). C’était l’histoire d’un gigantesque complexe scientifique caché dans les sous-sols de l’Arizona, où des savants avaient installé une machine à voyager dans le temps, un tunnel, en français le « Chronogyre ». Ils avaient envoyé dans le temps deux savants, Tony Newman et Doug Philips, qui voyageaient d’une époque à l’autre au fil des épisodes, en essayant de sauver les gens de catastrophes diverses (le naufrage du Titanic, la chute de Troie, l’attaque de Pearl Harbour, l’explosion de volcan Krakatoa, le massacre de Little Big Horn). Les autres savants, restés en 1968, époque de départ, essayaient bien de les ramener mais n’y parvenaient pas pour des raisons techniques, et faisaient quelquefois revenir par erreur dans le chronogyre des personnages du passé ou des objets divers (un soldat troyen, un Indien, un pirate, et même une bombe à retardement).
Je RAFFOLAIS littéralement de cette série. Je n’en ratais pas un épisode. Avec mon voisin on s’amusait même à tout rejouer le mercredi suivant : lui c’était Tony et moi Doug, celui des deux savants que je préférais. J’avais même entamé courageusement une entreprise qu’avec du recul je trouve titanesque, pour le gamin de huit ans que j’étais : retranscrire chaque épisode comme une histoire après l’avoir vu. A raison d’un par semaine (ça passait tous les dimanches soirs sur TMC) j’ai bien sûr été rapidement débordé et j’ai dû abandonner, découragé, après cinq ou six « retranscriptions » maladroites.
Mais encore une fois, je souris avec attendrissement au souvenir de ce petit garçon qui, en déployant d’énormes efforts de mémoire et de concentration, cherchait à immobiliser son émerveillement d'un soir sur le papier, à défaut de ne pouvoir voyager lui-même dans le temps. Ca me fascinait comme idée. Quel pied ! Et puis, les paradoxes que cela pouvait occasionner, c’était passionnant. Dans l’épisode sur Pearl Harbour, Tony rencontrait son double en 1941, lui-même, un enfant de huit ans, justement. Et il lui parlait, et il SE parlait ! Moi, j’ouvrais devant l’écran des yeux grands comme des étoiles. Je savais que c’était impossible, mais ce rêve-là, il était trop beau, il fallait l’immortaliser ! J’écrivais, je gribouillais frénétiquement, dans tous mes moments libres. J’étais régulièrement déçu du résultat, bien sûr. Mes mots, pâteux, mouillés, n’étaient jamais capables de traduire la magie qui avait lieu derrière l’écran. Tout a dû finir un jour à la poubelle.
Aujourd’hui, c’est trop facile. J’ai retrouvé sur le web « tombés d’un camion virtuel » comme dirait Panama, tous les épisodes que j’avais particulièrement aimés. Toutes les photos sont là, facilement accessibles. Les synopsis, les biographies des acteurs, en un clic sur Wikipédia. On m’aurait mis ça dans les mains quand j’étais enfant, j’aurais eu l’impression d’ouvrir la porte du Paradis.
Ce qu’il faut, en définitive, c’est se débrouiller pour que notre machine à voyager dans le temps personnelle, qu’on réactive régulièrement, à travers nos neurones, et qu’on affine parfois, par le biais de certaines de nos notes sur le blog, ne rouille jamais. Ne pas rester coincé, comme ce pauvre Numéro 6, dans le village du présent, et continuer à naviguer de souvenirs en espérances, de réminiscences en perspectives, entre passé et futur.
« Je ne suis pas un amnésique, je suis un blogueur libre ! » Na.

19:45 Publié dans Série télé | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : patrick mc goohan, le prisonnier, au coeur du temps, enfance, souvenirs
lundi, 05 janvier 2009
Théâtre lillois : personnages d’une pièce en quatre actes
Le séjour dans le Nord a bien sûr été aussi l’occasion d’une série de rencontres : ombres du passé, visages du présent, reflets de l’avenir, peut-être. Encore une fois, la succession de ces entrevues, retrouvailles, face à face, ça réjouit, ça déstabilise, ça émeut, ça réveille des sentiments qu’on croyait endormis, des souvenirs oubliés, des espoirs qui ressurgissent.
Le présent, immuable. A l’acte 1, Nickou, Sylviane, Christine et Marianne étaient là, fidèles au poste. C’est bon de les retrouver régulièrement chaque année depuis bientôt dix ans, pour un Tour de France perpétuel, qui nous a emmenés successivement de Montpellier (deux fois) à Toulouse, de Tours (deux fois) à Lille (deux fois), en passant par le Gers, et Paris (l’an dernier). Il y a toujours quelque part une table où les ex-Roubaisiens se rassemblent (et pas seulement en hiver) pour refaire le monde et blablater sur leurs souvenirs communs et leurs vies qui ont divergé depuis qu’ils ont tous quittés leur lycée les uns après les autres (sauf Nickou). Des fous-rires mémorables, de sublimes festins bien arrosés... « Les profs, ça aime manger et surtout boire ! » me dit toujours TiNours d’un air goguenard. Bah, je prends ça comme un compliment. Et d’ailleurs, il les adore aussi. Et ne dédaigne pas non plus cette forme d’épicurisme.
L’avenir, plein de promesses d’amitiés naissantes ? Acte II : le 30 décembre dans l’après-midi, « Lancelot rencontre ses lecteurs » (LOL). Pas très loin de chez Nickou, Arnaud m’avait donné rendez-vous chez lui, avec son mari, dans leur bel appartement surplombant l’avenue. Deux heures de discussions et d’échanges amicaux autour d’une tasse de café et de chocolats de Noël. Tout y passe. Le blog, les blogs, bien sûr (Arnaud est abonné à peu près aux mêmes que moi). Ce qui me permet de vérifier le vieil adage : it’s a small (gay) world. Et encore, je n’étais pas au bout de mes surprises ! (suite au prochain numéro). Les souvenirs communs ressurgissent : le service militaire, les concours de l’éducation que nous avons passés, les établissements où nous avons enseigné. Tout cela, à chaque fois, très proche dans l’espace et dans le temps. Pendant mes douze années lilloises, Arnaud et moi avons dû nous frôler un nombre incalculable de fois, sans jamais nous rencontrer, hélas. Il fallait remédier à cette lacune, voilà qui est fait. Le temps de prendre quelques photos, ils me raccompagnent gentiment au Mongy, dans le froid du Nord et la nuit qui tombe. Je suis content, je suis content. Et bien sûr, comme si le monde n’était pas assez petit, j’ai appris par hasard au détour d’une conversation qu’ils connaissent Pilou et Alain, chez qui nous sommes invités le soir même.
Stabilité des amitiés bien établies : pour l’Acte III, deux heures plus tard, virée chez Pilou et Alain, en Belgique, en compagnie de Livia. Vous vous souvenez, ils étaient venus nous rendre une petite visite début juillet. Sublime repas de poisson et de crustacés, tant pis pour la tradition des moules frites ! Depuis que Pilou est à la retraite, ils ont pu emménager ensemble et leur conjugalité m’attendrit. Récit des soucis d’Alain face à ses fils qui grandissent et cherchent chacun leur voie. Histoire de l’achat de leur salon et de la question des meubles à garder ou à remiser. Tableau de scènes hippiques où Pilou a dû faire face à toute une série de fous pour la vente de son appartement (toujours pas réalisée !). Livia, elle, est allée en Egypte plusieurs fois et on a donc pu longuement parler avec elle de nos émerveillements de cet été, entre Carnac et Abu Simbel.
Souvenirs lointains qui ressurgissent, et subissent des métamorphoses troublantes : le lendemain matin, en route pour l’Acte IV. Christine et moi sommes allés à Roubaix voir un ancien élève qu’on avait eu il y a quatorze ans (mon Dieu). A l’époque, Younes était un élève de seconde inhibé, un gros garçon timide et un peu maladroit, qui se tenait toujours en retrait et avait sans cesse peur de mal faire. Il avait tout de même eu son bac, fait des études d’histoire, et on l’avait perdu de vue jusqu’à ce que Christine le retrouve par l’intermédiaire du site « Mes anciens copains ». Au téléphone il lui avait appris qu’il était CPE, dans le Sud. Il était remonté ces jours-ci pour les vacances, chez ses parents. On s’était donné rendez-vous devant la mairie.
S’il ne nous avait pas adressé un sourire éblouissant, je ne l’aurais pas reconnu. C’est devenu un beau garçon de 28 ans, mince, et athlétique, qui s’est avancé vers nous, la main tendue, sûr de lui. J’ai reconnu ses jolis yeux, marron clair. On s’attable, on boit un café. Il nous résume sa vie. Il a travaillé un temps à aider des détenus en prison. Il préfère nettement l’éducation nationale. Mais depuis qu’il a terminé ses études, il a eu à subir la discrimination, la vraie. Les matons qui faisaient exprès de le ralentir à son boulot (« pouvoir de la clé ») dans le milieu carcéral, la difficulté qu’il a eue, à la rentrée, pour trouver un logement à louer dans une grande ville dès qu’il déclinait son patronyme, les flics qui, appelés par son proviseur lors d’une histoire de loubards arrêtés dans l’enceinte du lycée où il travaille, ont commencé par le ceinturer et l’immobiliser LUI avant de se rendre compte de leur erreur. Peut-on même simplement parler de ‘délit de sale gueule’ en l’occurrence ? Younes est pourtant très mignon à tous niveaux et n’a absolument pas un look de caillera.
J’admire son courage, sa détermination. Il a passé les concours malgré ses problèmes d’orthographe, et les a toujours décrochés en parvenant à briller à l’oral. Il n’a même pas pu s’appuyer sur sa famille car son père l’a toujours méprisé (Christine se souvenait de lui et de son attitude détestable lors d’une réunion parents-profs) en le comparant à ses sœurs, parangons de réussite. Aujourd’hui, Younes nous avoue, en souriant un peu : « Chez moi je suis le seul fonctionnaire » : nul doute que cela doit lui être régulièrement renvoyé à la face comme symbole de sa médiocrité.
Devant lui, je me sens minable. Quels handicaps ai-je eu à subir lorsque j’ai parcouru les mêmes chemins que lui, quelques années auparavant ? Etre pédé, ça n’est pas écrit sur mon front. Lui est sans cesse catalogué, étiqueté, lesté du poids de ses origines. Et pourtant il continue à avancer avec courage et humour.
Quelle leçon tu nous donnes, Younes. J’espère rester encore longtemps en contact avec toi, et te voir continuer à réussir.
Représentation terminée, Le rideau est retombé sur les personnages de notre virée lilloise. Pour le dernier acte, il nous restait un tour à faire, en coulisse, jeter un dernier coup d’œil sur l’envers d’un décor : voir ce qu’il était advenu de notre ancienne maison.
19:52 Publié dans Machine à remonter le temps | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : lille, souvenirs, éducation nationale
samedi, 03 janvier 2009
Revenu chez les Ch'tis
Après 5 ans, retrouver Lille, Roubaix, La Madeleine, les endroits où on a travaillé, vécu, conduit, dormi, dragué, couché, aimé, marché, erré, ça fait un effet bizarre. Platitude.
« Ce qu’on a du mal à intégrer, c’est une espèce de ‘distorsion mentale du temps’, Capitaine Kirk. Vous me suivez ? »
« Pas vraiment, Monsieur Spock, essayez de clarifier. »
C’est tout simple en fait : j’ai vécu douze ans là-haut. J’ai appris à connaître tous les méandres de Lille en voiture. Et même au-delà. Quand j’étais convoqué pour des examens, il m’arrivait de me lever aux aurores pour me rendre à Dunkerque, Boulogne, Béthune, Maubeuge, même.
On avait nos commerçants attitrés. Nos supermarchés préférés, et même certains, haïs. Il existait des arbres ou des ponts qui racontaient pour nous une petite histoire, parce qu’on y avait laissé, un jour, par hasard, un souvenir. Certaines stations du métro où s’accrochent, imperturbables, certaines habitudes qui se sont incrustées entre les rames au fil des années. Quand j’allais donner mes cours à la Catho. Quand je marchais sur le boulevard Vauban. Quand je courais après le Mongy (le tram). Quand je, quand je…
Certaines choses ont changé. Quelquefois en bien, même. L’entrée des Nouvelles Galeries implantées rue de Béthune a rajouté un cachet supplémentaire à ce quartier qui avait déjà un petit côté BCBG. La rue du Maréchal de Lattre de Tassigny à Marcq a installé quelques jolies résidences à la place de l’affreux ancien lycée qui a été démoli et reconstruit ailleurs.
Moins sympa : les immeubles en verre et béton, massifs et prétentieux, construits à la sortie de Lille, autour de Botanique, qui semblent être les seules voies architecturales possibles de nos jours. Ca rappelle Andorre ! La disparition aussi des platanes le long de certaines portions du Boulevard du Général de Gaulle à Roubaix. Ils étaient tombés malades, paraît-il. De langueur après mon départ ?
Les décors changent, mais le fond des lieux reste le même, et moi aussi. Avoir vécu douze ans là-haut crée une intimité, une complicité, que rien ne peut effacer. J’avais l’impression, en conduisant le long du mini-tunnel entre Lille et Roubaix, que j’allais au travail, ou que j’en revenais, comme à un retour de vacances. Dans la mémoire, le temps est élastique. Passer de Montpellier à Lille, du Sud au Nord, de 2009 à 1992, se fait en un clin d’œil et j’ai eu un peu l’impression de me réveiller d’un long sommeil. Un rêve de 5 ans, qui s’est achevé sans heurts. Pour un peu, j’aurais cherché mon cartable en repassant devant mon ancien lycée. J’ai même poussé la porte de notre ancienne maison. Mais l’intérieur m’a réveillé. Où était le rêve, où était la réalité ? Une chose est sûre : je ne suis plus chez moi là-bas. Là-bas, au 2 Allée des Murailles.
Il est donc temps aujourd’hui de réintégrer la « nouvelle » vie (cinq ans de Montpellier, tout de même ! Je ne débarque pas d’hier !) ainsi que la nouvelle année, où avais-je la tête ?? Meilleurs vœux à vous tous que j’aime, et qui continuez à avoir la patience de venir me lire ici.
![bonne_annee[1].png](http://boatontheocean.hautetfort.com/media/02/00/1110347489.png)
PS : Les photos de Lille ont bien été prises par moi, le 31 décembre. Il faisait un temps splendide ! Sur ce point, la sensation de dépaysement par rapport aux habitudes des souvenirs était TOTALE…
22:18 Publié dans Lancelot en vacances | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : lille, vacances, souvenirs
mercredi, 17 décembre 2008
2, Allée des Murailles

Les méandres de la vie sont toujours déroutants et incompréhensibles. Il est souvent difficile d’admettre certaines « coïncidences ».
Lorsque nous avions emménagé près de Lille, dans notre petite maison située au 2 Allée des Murailles, il y a presque exactement treize ans, TiNours et moi avions décidé de nous présenter à nos voisins les plus immédiats. Une fois nos cartons déballés et rangés, pendant les vacances de Noël, on avait sonné chez eux, ne connaissant que leur nom inscrit sur leur sonnette : M. et Mme Lerivage. Une bouteille de champagne dans les bras, un sourire festif sur les lèvres, j’avais expliqué qu’on était les TiNours-Lancelot, qu’on espérait qu’on s’entendrait bien avec eux, qu’on n’avait pas d’enfants (tu penses…) ni de chien, etc, les banalités habituelles.
Il s’agissait en fait d’un couple de petits vieux. Lui dans les 75, elle dans les 65. Lui petit et rabougri. Genre magasinier râleur. Elle élégante et coquette. Du style à ne jamais sortir sans avoir vérifié sa permanente et ses ongles laqués.
Ils ne nous avaient pas invité immédiatement à entrer, mais nous avaient rappelés quelques jours plus tard, pour boire notre bouteille à quatre, accompagnée de petits fours salés mitonnés par Geneviève (c’était elle) en écoutant les histoires de jeunesse de Michael (c’était lui). Au bout de 20 minutes, on avait très vite compris que nous ne partagerions jamais de repas ensemble. Malgré leur gentillesse réelle, ils étaient d’un ennui mortel car leurs préoccupations et leurs centres d’intérêt se situaient à cent lieues des nôtres. Comment aurait-il pu en être autrement ? Et surtout, je passe sur leurs opinions politiques « suintantes »…. Mais, BASTE ! L’important était de cohabiter harmonieusement en tant que VOISINS. Et pour ça, je comptais bien faire mon maximum. J’y ai très bien réussi d’ailleurs : j’ai un chic tout particulier pour séduire les vieilles dames (et les vieux messieurs aussi, sans aucune connotation déplacée je vous prie).
Nous avons donc passé huit ans en bonne cordialité. On se rendait des services mutuels. Ne partant jamais en vacances, ils étaient toujours là pour garder notre maison, arroser nos plantes et récupérer notre courrier lorsque nous étions absents. En revanche, ils nous appelaient s’ils avaient une tâche un peu difficile à faire, comme déplacer de lourdes caisses ou nettoyer leur gouttière encrassée de boue. Donnant, donnant.
La première fois où ils ont récupéré notre courrier, Madame Lerivage est venue nous voir, un peu confuse, à notre retour de vacances : « Mon mari a ouvert par erreur vos relevés de comptes bancaires, croyant que c’étaient les nôtres » Bon, pas un drame. Sauf que ça s’est reproduit la fois suivante… Je pense que ce vieux fouineur devait avoir envie de connaître l’étendue de notre "richesse". J’ai donc refroidi mon « Ce n’est pas grave » de 15 bons degrés cette fois-là, lorsque LUI a bredouillé ses excuses en nous rendant les enveloppes ouvertes. Ca ne s’est plus reproduit…
A propos de courrier, il y a eu aussi la fois où le facteur avait déposé par erreur notre « Têtu » chez eux (on était abonnés, à l’époque) et où elle l’avait ouvert, certainement sans se douter de rien. Elle nous l’avait rapporté, très gênée… Quand elle était repartie, on avait attrapé un fou-rire monumental en se disant qu’elle avait dû trouver le contraste entre le bogosse en couverture, et son vieux mari, un peu douloureux…. !
Monsieur Lerivage allait quelquefois faire des ballades à vélo. Mais son garage était régulièrement cambriolé : et pour cause : sans jamais rien fracturer, les cambrioleurs devaient posséder une clé. Cependant, au lieu de faire les frais nécessaires et changer la serrure, il laissait perdurer la situation et se faisait voler tous les trois mois. Deux vélos volés. J’ai commis l’erreur STUPIDE de lui prêter le nôtre pour le dépanner en attendant qu’il en rachète un. A l’époque, je ne savais pas que son garage était si facile à ouvrir. Evidemment, la semaine suivante, c’était nous qui nous retrouvions sans vélo. Lui, bon prince, nous avait dit : « Vous m’apporterez la facture, je vous rembourserai ». Tu parles. Notre vélo n’était pas neuf. On n’en a pas racheté un autre immédiatement. Entretemps, lui s’en est acheté un d’occasion. Mais on restait en déficit d’une bicyclette qu’on n’avait jamais osé réclammer…. Bref.
Et surtout, il y a eu la mémorable fois où, revenu de l’hôpital après une opération des intestins, il avait eu une série de malaises avec gênes respiratoires. Ils avaient besoin de nous pour le « hisser » à l’étage car il avait pu descendre les escaliers mais la remontée lui apparaissait impossible dans l’état de faiblesse où il se trouvait. Comme il était petit, je me suis senti apte à jouer les Musclor sans l’aide de TiNours… Mamma Mia… il pesait l’équivalent d’un âne mort ! J’ai failli le lâcher après avoir gravi les deux tiers des marches. Je me souviens m’être dit : « Si tu le lâches, les conséquences seront incalculables ! » , j’ai fait un effort désespéré et je l’ai presque catapulté dans son lit après m’être engouffré dans la chambre ! Mon dos s’en souvient encore…
Par parenthèse, les « angoisses » diagnostiquées trois fois par le médecin généraliste qui le visitait à l’époque me paraissant très bizarres et hors de propos, j’avais conseillé à son épouse d’appeler le SAMU : un mec qui relève d’une opération et qui a de plus en plus de mal à respirer porte écrit sur son front « Risque de phlébite » en lettres rouges ! Devinez qui avait raison ? Et dire que je ne me suis même pas fait payer de consultation… Quelque part, je lui ai sauvé un jour la vie, à ce vieux grigou…
Madame Lerivage, sous ses airs de grande coquette bichonnée, était bien plus gentille et avenante. Son principal défaut (et non des moindres) était d’être mauvaise langue. Mais il lui arrivait souvent de nous faire passer quelques crêpes ou gâteaux, quand elle en faisait pour eux, ou pour leurs enfants lorsqu’ils leur rendaient visite. Ils avaient une petite-fille en terminale, aux allures de Bimbo, qui après avoir appris que j’étais prof, me regardait toujours comme si j’étais un lombric à la surface de la Terre, et ne condescendait jamais à m’adresser la parole. J’ai compris son attitude le jour où j’ai appris qu’elle venait de rater le bac pour la deuxième fois d’affilée. Elle devait considérer que je faisais partie du complot ourdi contre elle…
Et puis, la roue a tourné. Après que nous ayons vendu notre maison à des amis à nous, pour notre départ à Montpellier, on avait donc dit au revoir à Monsieur et Madame Lerivage en promettant de leur écrire. Ce que j’ai fait, mais ils n’ont jamais répondu… Bah, nos liens, après tout, n’avaient jamais dépassé le simple seuil de la cordialité. On ne les avait pas oubliés, mais on ne s’inquiétait pas de leur silence.
Il se trouve que cette année, pour la St Sylvestre nous allons réveillonner à Lille. Première fois depuis notre départ, il y a quatre ans et demi. Nous avons laissé là-bas une myriade d’amis divers. Dont Odile et Baptiste, le couple de profs à qui nous avions vendu la maisonnette du 2, Allée des Murailles. Or j’ai reçu aujourd’hui un mail d’Odile, m’annonçant que Geneviève Lerivage était tombée dans le coma chez elle il y a une semaine suite à un accident vasculaire cérébral. Son mari, lui, était en séjour à l’hôpital pour la pose d’une pile cardiaque. Apparemment elle ne s’est rendu compte de rien. Elle était irrécupérable, ils ont débranché la machine qui la maintenait en vie après que ses trois enfants soient venus la voir une dernière fois. Odile m’a écrit aussi qu’ils avaient vendu leur maison et devaient déménager pour un plus petit appartement en janvier, ce qui lui causait quelques soucis, à son âge. On ne change pas si facilement de cadre de vie passé un certain cap. Ceci explique peut-être cela….
Je ne pense pas que son mari lui survivra bien longtemps.
A quelques jours près, nous aurions peut-être pu les revoir… Et je dois avouer que cette nouvelle nous a rendus un peu mélancoliques. Ce couple de personnes âgées, sans nous avoir marqués outre mesure, a tout de même fait partie du décor de notre existence pendant huit ans. On ne les adorait pas, mais on les aimait bien, malgré, ou plutôt, avec, tous leurs défauts.
La mort, c’est comme un cartable qui vous tombe des mains. C’est s’habituer à voyager sans bagages. On se sent plus léger mais on comprend à chaque disparition que le voyage s’amenuise.
21:35 Publié dans Machine à remonter le temps | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : lille, mort, personnes agées, voisins, souvenirs
