jeudi, 10 décembre 2009
De Lille à Montpellier
Après le champagne, il fallait sortir de notre bulle.
TiNours avait postulé en juin pour des postes dans deux agences du Sud, qui allaient se créer. Montpellier et Nice. Avec une nette préférence pour la première option, mais quand il avait vu le nombre de candidats sur la France, on s’était dit tous les deux qu’il valait peut-être mieux être polyvalent quant aux choix...
On avait oublié tout ça dans la canicule de l’été 2003 : deux semaines en Crète, passées à crapahuter dans des gorges rocailleuses, nous baigner nus (ma découverte du naturisme : j’étais réticent au début, accro à la fin !!!) et déguster des légumes farcis, des salades, du poisson grillé. Un de nos plus beaux souvenirs de vacances. Pas excessivement caniculaire, d’ailleurs. Vous avez déjà entendu parler de brise marine ?
On avait même enchaîné au retour sur une petite virée en Suisse... Oubli total.
Retour à Lille. Une semaine après ma rentrée, la bonne nouvelle était tombée, c’était mon TiNours qui avait été choisi, sur une centaine de candidats pour Montpellier. Euphoriques, qu’on était. J’en ai déjà parlé dans ma note précédente, je n’y reviendrai pas. La braderie avait eu lieu, on s’était dit qu’on y assistait (au moins en tant qu’autochtones) pour la dernière fois. Le ciel, la météo, se faisaient cléments, histoire de nous donner des regrets. Inutile. On avait déjà nos regards tournés vers le Sud.
Le premier problème qui se posait, bien sûr, était celui de notre séparation temporaire. TiNours m’avait fait sourire en me demandant s’il n’était pas possible de me faire muter en cours d’année. Eh non, bien sûr. A l’EN, toute année entamée est dûe ! Il fallait donc que je démarre mon processus de mutation personnel, en deux étapes, inter et intra académique (merci Allègre), pour pouvoir, dans le meilleur des cas, intégrer l’Hérault à la rentrée suivante, dans un an, donc.
Côté TiNours, on était plutôt optimistes : « Ils n’ouvriront pas le bureau de Montpellier avant janvier », m’assurait-il. « Peut-être, si nous avons de la chance, ce sera en mars, ou même à Pâques. » S’il y avait un Dieu pour les couples homos, ça nous ferait trois ou quatre mois maximum à vivre séparés, on avait connu pire avant d’emménager ensemble... Non... ?
Eh bien, c’est un diable qu’il y avait. La nouvelle est tombée, impitoyable. Ouverture du nouveau bureau début novembre. Il allait falloir revoir nos plans en version accélérée. Et avant même de parler séparation, il fallait que TiNours trouve à se loger. Nous avions des amis sur Montpellier, qui avaient gentiment accepté de l’héberger pendant qu’il rechercherait un appart.
22 septembre 2003 après-midi : j’étais en train de travailler à la maison, le soleil me faisait encore risette à travers les carreaux. Le téléphone sonne. C’était TiNours « Tu es arrivé ? Déjà ? » « Eh bien non justement. Je t’appelle pour te dire que le TGV est coincé avant Lunel, pour cause d’intempéries. C’est un déluge total. De la fenêtre du compartiment je vois des voitures à la dérive sur l’eau... »
C’était bien notre veine, ça. Le ciel lui tombait sur la tête au moment où il arrivait. Je vous passe les détails, les copains qui l’ont tout de même récupéré à la gare en transformant leur voiture en péniche, leur cave inondée où il a fallu écoper en arrivant... on n’avait pas vu ça depuis plusieurs années. Fallait que ça tombe à ce moment-là... Le lendemain, le soleil était revenu, mais TiNours s’est lancé à la chasse au logement dans une ville dévastée où les gérants d’agences immobilières étaient plus occupés à balayer la boue qui avait envahi leurs bureaux plutôt qu’à faire des recherches dans leurs ordinateurs momentanément hors d’usage. Il faut savoir aussi que la recherche d’une location en centre ville à Montpellier s’apparente un peu à la quête du Graal, et de plus, pour le type d’appartement qu’il recherchait (pas trop grand, puisque ce ne serait que momentané), il entrait en concurrence avec la vague d’étudiants qui retournaient à la fac.
Rester en centre ville, c’était important car TiNours n’avait pas de voiture. Il devait pouvoir se rendre au boulot en utilisant le tram. Mais le soir du second jour, il m’a appelé, désespéré : « Je ne trouve rien ! Ou bien c’est des logements innommables, façon Berlin 1945, sans sanitaires, dont on m’assure qu’ils seront posés dans trois jours, ou bien je tombe au téléphone sur des petits vieux qui me disent que c’est leur femme qui s’en occupe et qui me demandent de rappeler lundi, quand je serai reparti à Lille ! Et je ne te parle pas des agences qui m’envoient carrément chier en me désignant du doigt leur écriteau en vitrine ‘Nous ne occupons que de vente, pas de location’ ! »
Charmant.
« Ecoute, essaie de voir si à l’extérieur de Montpellier tu n’aurais pas davantage de possibilités ? S’il faut acheter une voiture, tant pis, on en achètera une ! »
Il déprimait, mon Titomme à moi. Et à l’autre bout de la France, je me sentais stupidement impuissant à l’aider. J’avais bien contacté un copain, prof d’espagnol, qui lui avait muté à Montpellier à la rentrée précédente. Gilles lui avait donné les coordonnées d’un agent qui s’était très bien occupé de lui. Et TiNours l’avait appelé. L’autre lui avait dit « Ecoutez, je vais voir ce que je peux faire, mais ça risque d’être dur. Je vous recontacte dès que possible. »
En attendant, c’était les visites de studios dévastés, ou d’appartements situés dans des carrefours : vitres et volets fermés, il aurait fallu un mégaphone pour communiquer assis autour de la table de la salle à manger. Et les coups de fils aux propriétaires revêches : « Ah écoutez je n’ai pas le temps en ce moment ! » Bon. Et pendant ce temps-là, le calendrier tournait. TiNours avait pris une semaine de congés, l’idée de ne rien trouver avant de remonter était plutôt angoissante...
Le mercredi soir, il m’appelle : « ca y est c’est bon j’en ai un ! » OUF.
L’agent que connaissait Gilles avait rappelé sur le portable : « J’ai un logement qui vient de se libérer par hasard. En centre ville, et il correspond à vos critères de superficie et de prix. »
Veine ! En fait le précédent occupant, un footballeur, venait d’apprendre qu’il intégrait une équipe en Bretagne. Et là aussi, ça devait se faire à toute vitesse, dans le mois qui suivait. Il se trouvait qu’il avait prévenu l’agence de son départ imminent une heure après le coup de fil de TiNours, et que l’employé avait immédiatement fait le lien. Chouette. L’appart se situait au onzième étage d’une résidence en centre ville. Il était clair et lumineux, avec un grand balcon, de nombreux placards. Le coup de foudre intégral.
Bon, évidemment, il avait fallu bousculer un peu pour la signature du bail dès le lendemain, vu que la propriétaire faisait son shopping, que les employés de l’agence avaient d’autres Mas luxueux à fouetter, et surtout à vendre... TiNours s’est entendu dire cent fois : « Mais ce que vous êtes pressé ! Détendez-vous enfin, on a le temps... »
Ben non, c’était justement la seule chose qu’on n’avait pas, du temps...
Enfin, tout a été signé.
Un autre coup de chance : les vacances de la Toussaint, cette année-là, m’ont permis de participer physiquement au déménagement. Sinon, il aurait fallu avoir recours à une agence. Nous avions loué un fourgon, et partagé les meubles. Ceux qui restaient à Lille, ceux qui pouvaient partir pour Montpellier. Question électroménager, évidemment, il allait falloir acheter des choses en double une fois arrivés : télé, réfrigérateur, cuisinière. On avait tout entassé et puis on avait voyagé de nuit. Je me souviens encore des flocons de neige qui tombaient sur le plateau de Langres. Quand on faisait des haltes dans des stations sur l’autoroute, pour s’offrir un café, il faisait un froid de loup ! On avait essayé de se relayer au volant, mais j’étais moins résistant et je m’étais affalé sur le coup des 4H du mat, laissant le volant à mon TiNours.
L’arrivée vers 7h dans un Montpellier endormi. Pour récupérer les clés et faire l’état des lieux, le mec de l’agence, monsieur Chamalo, le bien nommé, nous avait donné r-v à 8h30. Evidemment il s’est pointé à 9h15, comme une fleur. Peu importait. Je découvrais l’appart, qui me plaisait beaucoup. On avait passé une journée à turbiner comme des locomotives. Outre le déchargement des meubles, il fallait aussi s’occuper de la commande de l’électroménager, et des courses. Le lendemain, on devait aller emprunter d’autres meubles, pour compléter l’aménagement, chez un copain de Leucate (sous la pluie !). Le surlendemain, on retraversait la France avec le fourgon vide pour le restituer à l’agence de Lille, dans les temps. Et le jour d’après, on redescendait ensemble en TGV sur Montpellier pour profiter des 3 ou 4 derniers jours qui nous restaient afin de mettre en ordre et nettoyer l’appartement.
Crevant. Mais au moins, tout se mettait en place.
Epuisement. Désespoir. Ascenseurs coincés. Fourgons mal garés. Fous-rires. Temps qui presse. Montre qui tourne. Le ballet habituel des déménagements, quoi. Mais celui-là était spécial, puisque c’était le nôtre.
Enfin, je devais reprendre le TGV. Pour remonter seul dans une maison à moitié vide. Neuf mois de solitude. Et puis, après la chasse à la location, il allait falloir s’occuper de la vendre, cette maison. La tâche m’incombait.
Clin d’oeil, d’abord à Valérie de Haute Savoie (rapport à son boulot), ensuite à KarregWenn (rapport à sa dernière note). J’ai beaucoup pensé à vous deux en écrivant tout ça.
11:39 Publié dans Machine à remonter le temps | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : déménagement, inondation, agence imobilière, lille, montpellier, mutation
mercredi, 19 novembre 2008
Réveillé de bonheur
Dimanche soir, le téléphone de TiNours sonne : c’est Catherine qui appelle, comme prévu, pour demander si on peut glisser, dans leur vacance sudiste, un petit moment privilégié pour se jouer du Truffaut, le lendemain.
Le lundi matin est peu commode, et pour eux, qui vont probablement dormir tard, et pour moi qui reprends le boulot à 12h30. Reste la fin de l’après midi, avant qu’ils ne repartent en train vers leurs brumes du Nord. Je caricature, mais à peine. Rendez-vous est donc pris, devant la gare, pour 16h. TiNours qui est en réunion à la préfecture jusqu’à 18h30 ne pourra hélas pas se joindre à nous.
Une fois expédiées mes trois heures de cours de l’après-midi, je fonce à Montpellier dès 15h30. Sous un soleil radieux, et le bleu insolent du ciel, je passe devant la gare quand j’entends la voix familière de Jim m’appeler : « Salut Jules ! » J’avais le soleil dans les yeux, j’avais rien vu venir. Mais c’est bien lui. Deux bises ? Trois, à la montpelliéraine ? Quatre, comme il me le suggère ? Quand on aime on ne compte pas ! « Où est Catherine ? » « Là-bas en terrasse, avec Boby » Ooooh, je vais faire la connaissance de Msieur Boby… Je suis tout intimidé. Un blogueur célèbre, qui n’a fait qu’une apparition en commentaire (remarquée tout de même, en tout cas par moi !) dans une de mes notes il y a six mois ! On scelle ça par une virile poignée de main, lui et moi… Et puis, un gros câlin dans les bras de ma Catherine, qui me manquait tant depuis mon Paris-Carnets de juillet ! Me voici face à eux, assis à cette terrasse de café. Il fait chaud, il fait froid, j’enlève mon manteau, je le remets. Et vas-y que je te parle blog, technique, wifi, netvibes et connections diverses… Ahlàlà ces gens… Y a pas à dire, les blogueurs sont une catégorie de drogués à part.
Départ de Boby, accompagné de Jim qui va récupérer les valises dans son coffre. Le temps d’un nouveau poutou dans les bras de ma Catherine, et c’est reparti. Jim est de retour, dans son jeans javellisé, le chic du chic ! On dépose les bagages dans mon coffre, est-ce qu’on va s’attarder en terrasse ? Non, il fait trop beau. Marcher. Parler. Rire. Aimer.
Place de la Comédie, on parle d’une tragédie. Arrivés au Peyrou, on rêve et on s’extasie devant les jolies couleurs de cette fin d’après-midi, qui caressent la porte, et nos yeux, et nos corps. Catherine mitraille, elle veut immortaliser les choses. Hélas trois fois hélas, la batterie de son appareil lâche et ni Jules ni Jim ne peuvent la dépanner. Devant le bel aqueduc, il ne nous reste plus qu’à faire une pause en admirant le soleil qui descend doucement sur l’horizon. Le ciel a parfum d’automne, l’air vibre d’amitié partagée. Je l’écoute, lui, je la regarde, elle, avec une tendresse infinie.
Redescente vers le centre ville en donnant à Catherine quelques conseils de repérages de couples gays : « Deux hommes et une femme peuvent éventuellement faire illusion, quoique ! Mais deux hommes et un chien, alors là c’est sûr que… » Catherine m’interrompt, indignée « Je suis assimilée à un chien ??? » Ben quoi c’est mignon un gentil labrador, non ? Marre de cet anathème jeté depuis des mois sur les chiens, au bénéfice des chats, la plupart du temps. Il est grand temps de réhabiliter les Toutous. Les femmes aussi, d’ailleurs. Avant de me faire trucider par les féministes, laissez moi dévier, et vous raconter qu’on s’est faufilés, comme trois voleurs, dans l’ex Hôtel de Varennes, alias vieux musée de Montpellier, où on a pu admirer les belles voûtes, et où je me suis fait mousser en expliquant à Jim qui était Cambacérès, et ce que nous, homos, lui devons. Non, je ne recommencerai pas mon (bien maigre !) exposé ici. Si ça vous intéresse, allez vous renseigner sur Wikipédia ! Malheureusement le musée lui-même était fermé et je n’ai pas pu demander à Catherine et Jim leur avis sur l’immense portrait du Monsieur en question, que j’ai toujours trouvé fort appétissant (Cambacérès, pas son portrait… même si je n’ai pu appréhender celui-là qu’à travers celui-ci !)
On repart vers la gare, on récupère les valises… Retour à la case départ, dans le même bar où nous avions pris des consommations deux heures plus tôt (Merci Boby pour avoir payé mon café, au fait !). Le soir tombe, et il faut déjà se séparer. J’aurais voulu les serrer plus longtemps dans mes bras, les emmener à la maison, leur présenter mon TiNours, leur faire goûter notre cuisine, les garder au moins pour la nuit ! Mais tout le monde retravaille le lendemain, tôt. Tant pis. Ce sera pour une autre fois. Promis, hein ? On s’en fera un complet, hein, de remake de Jules et Jim ? Ah non, pas complet. Sans la fin de l’histoire. Elle était trop triste. Il n’y a pas de morts dans la nôtre. Aucun beau souvenir. Uniquement de beaux avenirs.
L’amitié, c’est de l’amour sans les ailes.

16:38 Publié dans Les blogpotes à Lancelot | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : blogs, potes, montpellier, cambacérès, truffaut
jeudi, 30 octobre 2008
Fiso, Lancelot et la météo, eh oh !
Lundi :
Matinée brumeuse, atmosphère humide. Je me rends à la gare en regardant le ciel avec inquiétude. Que décidera-t-on, en haut lieu ? Quels auspices, quelles couleurs du temps vont venir teinter cette parenthèse de bonheur de l’avoir avec nous, elle qui est si rare ?
J’attends appuyé à un pilier du quai. Elle arrive, souriante et détendue « Tu ne me voyais pas ? » Ben non, j’étais trop occupé à te regarder…
Les nuages laissent entrevoir des lucarnes de bleu sur l’esplanade de Saint Roch. Il fait frais, mais on se réchauffe en parlant, en marchant vers le Grenier. TiNours va venir nous y rejoindre. Comme d’habitude avec elle, il n’y a pas de temps mort. Comme toujours avec moi, il n’y a pas de blancs. Et dès qu’il s’est joint à nous, la balle de la connivence à trois rebondit dans la chaleur de la salle, auprès de la convivialité un peu bourrue de la patronne, qui « ressemble à Bénédicte » Tiens c’est vrai ! Une brise de Paris-Carnets flotte dans l’air…
Et, bien sûr, la bonne humeur entraîne la météo dans son sillage : le soleil resplendit, la température remonte en flèche. J’ôte mon blouson en ressortant, elle son écharpe. TiNours retourne travailler, mon Nours…. Pas de chance. On se retrouvera ce soir.
Place de la Comédie, la lumière d’un automne encore chaud nous environne. Vue panoramique des quartiers des Aubes, comme une animation satellite, depuis la terrasse qui surplombe le Corum. On arpente Montpellier. Ma honte d’être encore capable de m’y perdre. Mais c’est amusant aussi, de musarder à deux, d’être deux touristes sur un pied d’égalité, à la recherche de la cathédrale St Pierre. Fiso-flash, Fiso-extase, Fiso-photo.

Passage par les jardins du Peyrou, après un café gourmand comme une boule de neige. Lodovicus Magnus sur son cheval, bravant les éléments. Et la re-découverte du bel aqueduc, un des monuments que j’aime le plus à Montpellier.
Après un passage éclair chez les gays, attablés en terrasse, et une dégustation-test-surprise de biscuits miel-céréales, (« le trouvez-vous trop craquant, assez craquant, craquant, peu craquant, pas du tout craquant…. ? »), on redescend chercher TiNours qui prend les commandes de la voiture. L’air frissonne et semble se rafraîchir à nouveau. Qu’importe, on cocoone, bien serrés dans la petite Clio.
Mardi :
Vent fort, mistral force 8. Temps humide. Les températures chutent. Sortirons-nous ? On passe la matinée à se le demander. Pour oublier le gris, elle fait naître des bleus sur l’écran, sur le clavier de mon pc qui n’a pas l’habitude de son style doux. De mon côté je m’active à la cuisine, en chantant à pleine voix en karaoké sur mes CD. Lalanne, Phil Collins, Duran Duran, Kate Bush, tout y passe… Elle rit, la Petite Sœur. Aux éclats. « Tu t’éclates en cuisine et en chansons ? » Ben oui. On reçoit ce soir. Cuisiner m’apaise. Chanter m’enchante. Et la savoir là, tout près, ça m’amuse et me réjouit.
« …L’ami, j’me suis shooté pour rien… »
« …Saupoudrer les fruits rouges de vergeoise… »
« ….l’ami, j’ai comme une crampe au cœur, à vouloir trop me faire du bien…. »
« …mélanger le beurre ramolli avec 150 g de sucre et 200 g de farine…. »
« …. J’me suicide au marteau piqueur… »
« …répartir le mélange sur les fruits dans un moule beurré… »
Bon, le résultat (et les commentaires le soir) valaient quand même bien que je me défonce :

L’après midi, le ciel est de plus en plus noir. La dépression tente une percée. Seuls dans la salle à manger, assis face à face dans le demi-jour qui s’éteint, nous glissons vers les confidences tristes. Les cœurs lâchent leurs béquilles, les âmes fondent un peu. La pluie coule sur les portes-fenêtres. J’écoute ses mots pleins de souvenirs brillants, sanglants, je suis attentif. J’interviens, je pose de temps en temps des questions. Sa voix se brise un peu, comme un nuage trop gorgé d’eau. Moi aussi, sans presque m’en apercevoir, je sens les flaques de mes yeux se remplir et déborder doucement. Trop-plein d’émotions réciproques. Je tends la main, je caresse ses doigts qui frémissent un peu, chagrin captif. Et tout à coup, un éclair dans ses yeux verts, une nouvelle vanne s’ouvre, et on éclate de rire en pleurant, comme des giboulées…
Mercredi :
Alternances de passages nuageux et d’éclaircies. Il fait froid. TiNours est resté ce matin pour pouvoir se reposer après le souper entre amis, prolongé tard la veille. Il faut tout de même prendre tôt notre déjeuner, car il reprend le bureau à 13h30. Après l’avoir emmené à Montpellier, je rejoins Petite Sœur qui me fait explorer les cyclones du Monde des Blogs. Le Blog-Monde. Le Beau Monde. (« Car je suis plus mince que vous, plus belle que vous, et les hommes aiment mon corps… »). Je m’esclaffe, je me tords. Peut-on imaginer écrits plus ineptes…. ? Lancelot se retransforme illico en Bozo. Photos de pleines lunes, et commentaires de chiens qui hurlent après la Lune. Talons aiguilles, dessous chics. « Rendez vous au petit Trianon, j’y serai, là… dans un lit à baldaquin, pour rêver à des étreintes Moyenâgeuses. J’y serai, là… Dans la baignoire mousseuse de la suite royale au Carlton, j’y serai, là …et aussi au cœur de la savane en feu, pour y faire l’amour comme deux bêtes sauvages affolées, car j’y serai, là… »
Le temps est très instable, mais on décide de braver les éléments. Après tout, Fiso n’a pas encore vu la Méditerranée depuis qu’elle est arrivée. Elle ne peut pas décemment repartir demain en ayant raté ça. Direction, la plage de Palavas et la cathédrale de Maguelonne. Froid mordant, on essuie même quelques gouttes de pluie, mais rien n’entame notre bonne humeur et nos bavardages. On blague, on blablate, on blogue à l’oral. On blablogue. Mérites comparés d’artistes variés du web. « J’adore le style de Carcafouille » « Ah oui, et tu connais Ptitvier Mou, ce vieil alcoolique libidineux ? » « Moi une que j’ai en horreur c’est Mzelle Nitouche, elle laisse toujours des commentaires à la con ». « Attends, tu n’as jamais lu ceux de PineurMan ? Lui il tient un blog soi-disant érotique mais depuis le temps il n’érotise plus que lui-même… »
La mer est étale, vierge aujourd’hui de tout baigneur. Aucun kite-surfeur, pas de hors-bords. Que des galets, paisiblement étalés sur la plage, et elle invente un jeu, auquel nos appareils numériques refusent de participer. Pour finir, on les a eus !
Jeudi :
Il ne pleut plus, mais il fait sombre. Et froid. (5° !) Et gris. Pour la dernière fois cette année, nous errons côte à côte dans le froid mordant des rues. On se réchauffe, dans un café sur la place. Dans un Virgin au rayon des bouquins érotiques (oui, l’érotisme, encore et toujours…). Dans un snack où elle commande des en-cas libanais.
Pour finir, câlins sur un quai de gare bien froid. Pour elle, direction Bordeaux, où les racines de son arbre généalogique la réclament. Quand la reverrai-je, ma Petite Sœur ? Elle sait tellement bien me faire rire, sortir de moi-même, décortiquer les faux-semblants, débusquer les faux-fuyants.…
Elle a aimé mon TiNours, elle a aimé chez nous, elle a aimé notre cuisine.
Elle nous a laissé un magnolia, comme une promesse de retour.
Ce soir, on s’installe dans l’automne et on attend sereinement que l’arbre refleurisse.

20:02 Publié dans Lancelot en vacances | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : fiso, vacances, montpellier
dimanche, 13 juillet 2008
Pluie, mariages et trompe l'oeil
Une espèce de mini-tempête tropicale s’est déclenchée hier vers les 16h, ce qui ne nous a pas arrêtés dans notre désir d’emmener Pilou et Alain visiter Montpellier. Il pleuviotait encore un peu en arrivant là-bas, mais rien ne pouvait entamer notre bonne humeur et on a simplement sorti nos parapluies pour visiter les rues de la vieille ville, magnifique, pendant que mon TiNours se transformait en guide, ce qu’il fait bien mieux que moi.
J’aime ces moments où tout en se promenant dans un endroit plein de beauté (et Dieu sait si je ne suis pas peu fier de notre ville) on discute en même temps à bâtons rompus, avec des interruptions ici et là au détour d’une surprise.
Pilou et moi avons renoué le fil de nos dialogues d’il y a 4 ans. Il est le genre de mec qui suscite confidences et qui sait épauler. J’en ai usé et abusé à l’époque où TiNours et moi étions séparés pendant de longs mois. Beaucoup d’autres après moi ont pleuré dans son giron. Mais moi je ne pleure plus, je lui demande de me raconter les histoires des autres… Quel repos les malheurs des autres ! Surtout quand il s’agit de gens que l’on ne connaît pas…
Quant aux « surprises » qui ont parsemé la visite, et dont je parlais plus haut, voici quelques extraits choisis :
-Un mariage qui sort de la cathédrale. Tout le monde endimanché, évidemment. Costards, robes longues, chapeaux, chemises à tralalas… Pilou jette un regard horrifié sur une femme de 50 ans : ‘Vise un peu la tenue !’. Elle avait un chapeau tellement grand qu’il devait l’empêcher de bronzer ses orteils à la plage, une étole de vison sur un chemisier en lambeaux, et une jupe qui lui moulait la vulve. TiNours et Alain s’étaient un peu éloignés et discutaient. Je glousse et je sermonne Pilou : « Ce n’est pas bien de se moquer comme ça… » et puis je rejoins TiNours qui me dit très sérieusement « Je viens d’en voir une qui est habillée comme une pute ». J’ai explosé de rire : « Oui je sais de laquelle tu parles, Pilou l’avait repérée pur moi ! »
Pas gentils ces pédés moqueurs, pas gentils….
(C’est vrai qu’au milieu des invités sur les trente et un, on faisait un peu tache avec nos tee- shirts, nos shorts et nos parapluies…)
-Histoire sans paroles : on repère de loin un couple de mecs, visiblement homos, qui consultaient un plan de la ville. Pilou me fait du coude, je lui réponds. TiNours devant moi avait repéré lui aussi. Et au moment ou on est passés à côté d’eux, le plus grand des deux a relevé la tête et nous a fait un adorable sourire en coin, genre « salut les copines, je vous ai repérées moi aussi, on n’est pas des cons nous non plus ! » Petit éclair de complicité, le style de détail qui met de bonne humeur.
-Il y a beaucoup de trompe-l’œil dans Montpellier. Un notamment, en face de la cathédrale, que je trouve très joli. On passe toujours plusieurs secondes à se demander, de loin, ce qui sur le mur est vrai ou pas. Or en marchant dans une rue étroite, Alain fixait une femme penchée à sa fenêtre avec une serviette de toilette enroulée en turban autour de ses cheveux. Elle fumait. Voyant qu’il la fixait intensément, elle le regarde d’un air interrogateur, et agite sa cigarette à ce moment-là. Alain, candide « Excusez-moi, je me demandais si vous n’étiez pas un trompe-l’œil ! » Eclats de rire des deux côtés.
Devant la cathédrale, j’avais une folle envie de pisser, mais pas de recoin à l’horizon ! Alors Pilou m’a suggéré d’aller pisser contre le trompe-l’œil, en me disant qu’ainsi je passerais inaperçu… Eh oui mais le bruit …. ? Bah, il pouvait se confondre avec celui de l’eau ruisselant des gouttières…
Un excellent après midi, que nous avons terminé dans un bon restaurant avec gardianne de taureau à la clé. Malgré cette météo mi-figue mi-raisin, rien n’altère notre bonne humeur des retrouvailles.

08:17 Publié dans Lancelot fait du tourisme | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : montpellier