jeudi, 25 juin 2009

Parler marseillais

Je suis né à Aix en Provence. Ma mère est alsacienne, mais mon père est un provençal de pure souche. J’ai passé les 25 premières années de ma vie dans cette région que j’aime, où j’ai, comme on dit « mes racines ». J’ai vécu aussi aux Etats-Unis, un temps, et dans le Nord, où je m’étais accommodé de tout, tout, absolument tout, sauf du climat. Il faut dire, mon TiNours était à mes côtés. L’amour, ça réchauffe lorsqu’il pleut, et ça colore le ciel gris.

 

Mais, lui et moi avons toujours aimé la chaleur, et même la fournaise, la canicule, alors il y a cinq ans nous sommes descendus sur Montpellier. L’Hérault est assez différent des Bouches du Rhône. Mais pas suffisamment pour que, outre le climat méditerranéen, on n’y retrouve pas certaines façons de voir, d’agir, de se comporter, et surtout de parler.

 

Le « parler marseillais » est un curieux mélange de français, de provençal et d’argot. Avant de monter dans le Nord, je n’aurais jamais imaginé que les gens pourraient me regarder d’un air ahuri lorsque je prononçais les mots « gansailler » « piter » « bader » ou « minot ». Moi, en arrivant sur Lille, j’étais bien trop occupé à m’habituer à des expressions et surtout à une prononciation ou à des locutions différentes, en Ch’ti : « Ouite heures vinte » pour « 8h20 », c’est « fort loin –ou tout autre adjectif-» pour : « c’est très... ». « Je t’appelle et je te dis quoi » signifiant « Je te contacte pour te dire ce qu’il en est » etc, etc...

 

Mais je m’égare. Laissons Danny Boon et Kad Mérad là où ils sont. L’heure est au « Sudisme ». Pour moi, les termes « marseillais » que j’ai mentionnés un peu plus haut étaient simplement des expressions argotiques qu’on pouvait entendre partout en France. Eh bien non. Il a fallu que j’explique patiemment :

« Gansailler » signifie « remuer », au propre comme au figuré. Il y a des nuances. Moi je l’emploierais plutôt dans le sens de « bouger légèrement » : « Ce volet, l’entrepreneur qui me l’a posé m’a fait un travail de bordille, il arrête pas de gansailler ».

« Bordille » (au fait !) signifie ordure, au propre et au figuré : « J’emmène toutes ces bordilles à la décharge, j’en avais plein le garage. » ou : « Antonin c’est une vraie bordille, il s’est cassé avec une jeunette, et  il a abandonné sa femme après lui avoir fait quatre minots. »

Un « minot » c’est un gamin, un mioche : « A chaque fois que ma sœur elle se pointe chez moi avec ses cinq minots, c’est un vrai cirque ! »

« Piter » c’est taper dans un plat, piocher sans se servir vraiment. C’est exactement ce que l’on fait avec les assiettes de trucs pour apéritif. « Té, je vous ai apporté des cacahuètes et des tranches de saucisson d’Arles, vous gênez pas, allez-y, pitez ! »

« Bader » veut dire regarder avec de grands yeux, avec une nuance d’inaction énervante : « T’as pas fini de me bader sans rien foutre, amène toi et viens m’aider !!! »

 

Vous en voulez d’autres ?

 

Le « mourre » c’est la bouche ou le museau. Plus souvent « faire le mourre » (et non l’amour, lol) c’est « faire la gueule » : « Depuis que je suis rentré en retard l’autre soir, ma femme elle me tire un mourre de six pans de long ! »

Un « garri » c’est un rat. Mais surtout, c’est devenu une locution affective pour parler à un enfant, « Tiens mon garri, je t’ai acheté des bonbons »

« Mastéguer » c’est « mastiquer », qui lui ressemble pas mal : « Arrête de mastéquer ton chevingomme ! »

« Poulit » c’est « joli » en provençal. Mais il existe une locution marrante qui en découle : « Sian poulit ! » dans le sens : « Nous voilà dans de beaux draps ! »

« Tchatcher » c’est papoter à tort et à travers. A l’origine, il paraîtrait que ça vient de ‘tcha-tcha’, le chant de la cigale. Mais je me suis toujours demandé dans quelle mesure l’anglais ‘to chat’ n’y est pas lié. Qui, de la poule ou de l’œuf... ? Je ne m’égarerai pas dans ce débat-là...  « Il passe son temps à m’appeler au téléphone que pour tchatcher, ce roumpe-dati ! »

Un « roumpe-dati », justement, c’est un casse-pieds. Enfin je suis poli. Je vous laisse déterminer seuls la signification plus vulgaire du deuxième terme de la locution mentionnée ci-dessus... Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé...

 

Lors d’un concert en 99, Lynda Lemay avait fait le même jeu avec le « parler québécois » pour terminer sur un texte truffé des mots qu’elle venait d’expliquer au public, tordu de rire. J’ai trop envie de plagier son idée, j’espère qu’elle ne m’en voudra pas, je l’adore :

 

Le mari en colère à sa femme :

« Alors si cette bordille de Zé revient te bader, je vais te le gansailler, moi ! Au lieu de passer toute la sainte journée à tchatcher avec ce bougre de roumpe-dati, tu ferais mieux de t’occuper de ton minot, regarde-le, qu’il arrête pas de piter des cochonneries ! Allez viens là mon garri, que je t’essuie le mourre, t’es plein de sucre à force de mastéguer des Haribo ! »

 

(« Haribo » : non non, ça, ce n’est pas une locution marseillaise)

 

Si ça vous amuse, on peut prolonger un peu les festivités. Je vous donne quelques termes marseillais, et vous devez deviner leur signification., uniquement d’après leur sonorité ou leur possible étymologie dans une langue ou une autre. Parisiens, Lyonnais, Bretons, unissez-vous ! Bien évidemment, défense de tricher et d’aller chercher la réponse dans un quelconque lexique sur internet. Pour que ce soit marrant, il faut deviner. Prêts ? C’est parti !

 

« Espintcher » (facile, ce verbe-là. Assez connu...)

Un « bédélet »

Un (ou une) « jobastre »

« Escagasser »

« Dégun » (le plus difficile...)

 

 

 

Bon courage à tous !

lundi, 20 avril 2009

Séjour belle dans délassante logement, locataires convoqués

Les vacances de Pâques à peine terminées, TiNours et moi préparons déjà notre départ pour cet été (« ENCORE ! »). Pour où... ? Ah ben ça je vous le dirai plus tard (NA). Mais en parcourant les offres de locations de studios et appartements en pays étrangers, et leurs descriptifs, nous sommes tombés, au niveau langue, sur tout et n’importe quoi. Le texte que je voudrais faire partager ce soir nous a tellement fait HURLER de rire que je ne résiste pas au plaisir de le publier. Oui, je suis un affreux moqueur, et après ? Ah, bah, ça me détendra un peu de mes copies de bac blanc avec lesquelles je me suis battu toute la journée :

 

« Notre villa a une situation centrale et se trouve quand même calme. Elle est a à nouveau été reconditionnée et dans deux logements affectueusement divisée et à nouveau organisée. C`est beaucoup de place visant se garer, jeux et le logement de vacances offre abondamment la place de sommeil pour jusqu`à sept personnes. 2 places de sommeil se trouvent dans la chambre à coucher avec un coffret de tenue geräumigen. Un lit de bâton double et un lit particulier ainsi que le coffret de tenue se trouvent dans l`autre Schlafraumaum ect. Le bain comme le reste à nouveau gefliest et reconditionnez, possédez une douche ainsi que des WC/Bidet. Die cuisine de logement possède une nouvelle ligne de cuisine qui est organisée pleinement par le réfrigérateur/coffret frigorifique jusqu`à la possibilité de Kaffe italiens ou allemands cuire. Ici, un sofa de sommeil nouveau et intime se trouve, quelle place offre pour 2 personnes visant dormir. S`ils viennent au printemps ont elle certain encore la possibilité Mandarinen ou citrons récolter. S`ils cherchent un repos sont notre Feriendomizil le correct pour elle ! »

 

Exquis, non ? Mon préféré, c’est le « lit de bâton double » : mon imagination s’envole... Mais il faudra bien se tenir, le « coffret de tenue » y veille. Achtung, « Geräumingen » malgré tout, la boîte en question !! Sinon on pourra toujours ranger nos bijoux dans le « coffret frigorifique », avant de faire cuire notre Kaffe et de déguster les Mandarinen récoltées au printemps.

 

Pour finir, on n’a pas loué chez eux. TiNours a mis un veto formel, le texte lui faisait peur. Je pleurais de rire littéralement, avachi sur mon clavier, en écoutant ses protestations frénétiques. J’aurais pu me laisser tenter et craquer, si « le lit de bâton » avait été triple, ou quadruple !

dimanche, 17 août 2008

Sémantique et homophobie

En discutant sur un réseau de mecs  l’autre jour, j’étais  tombé sur un Italien avec qui j’avais engagé une conversation à bâtons rompus. Mais, alors que tout se passait très bien et que nous discutions agréablement, me semblait-il,  au bout de vingt minutes, le voilà-t-il pas qui a interrompu brutalement la conversation :

 

« Preferisco fermare qui. Ciao »

« Ma perché ??? »

 

Il faut dire qu’avec mon caractère enculeur de mouches (entre autres…) je ne peux pas supporter qu’on me claque la porte au nez sans connaître le pourquoi du comment, et les tenants et les aboutissants…

 

A force d’insister, il a fini par me dire « A me piaciono soltanto gli  attegiamenti virili, anche nelle parole »

 

Il recherchait un mec qui ait une attitude de MEC.

 

En termes plus clairs, il n’aime pas les folles. Bon, sur ce point, il ne pouvait se baser ni sur mon physique, vu que je n’avais pas branché pour lui ma cam et que donc il n’avait pas encore eu l’occasion d’admirer ma perruque Dalida et mes faux cils. D’autre part nous ne parlions pas au téléphone, et il ne pouvait commenter ma voix, roucoulant façon Mylène Farmer.

 

Alors quoi ?

 

J’ai fini par comprendre que deux termes que j’avais employés dans la conversation l’avaient « choqué ». Ah bon, lesquels ? D’abord, pour désigner TiNours, j’avais dit ‘Mio marito ‘ . Ca lui a pas plu, à l’autre. Alors quel terme aurais-je dû employer ? ‘Mio compagno’ me répond-il, du bout des lèvres et à contrecoeur…

 

Et c’est là que je voudrais marquer une pause et prendre le monde à témoin. Je repense à l’intéressante note que Christophe avait rédigée l’autre jour, intitulée ‘Des folles’. Il y écrit notamment, avec beaucoup d’humour :

 

« Certains cherchent avec beaucoup de détermination ce qui, selon eux, ressemble le plus à un hétéro. D'aucuns trouveront un rasé au Cox, d'autres une chemise de bûcheron au Quetzal. Pour quelques-uns (de plus en plus ?), il s'agira d'attraper un des musclors sur podium du Raidd ou un ours duveteux du Bear's Den... Constructions psychosociologiques de la virilité dans lesquelles il vaut mieux ne pas trop s'enfermer selon moi, au risque de se rendre extrêmement malheureux. »

 

Eh ben voilà. On est en plein dans cette paranoïa-là. D’autant plus exacerbée selon moi, que cette fois il ne s’agit même pas de look, mais des « bons termes » à employer dans la conversation. Si on vit avec un mec, il faut parler de lui en disant « mon compagnon » et non « mon mari ». Pourquoi, au fait, si l’on cherche un peu à gratter ? Est-ce parce qu’il n’existe pas de « mari » pour des homos, au sens légal du terme ? Outre le fait que TiNours et moi sommes pacsés et que je ne vais tout de même pas l’appeler « mon Pacsou » (même si c’est mignon au premier degré, c’est limite grotesque au second), quand je passe en revue la liste des termes possibles, aucun ne me paraît convenir :

 

« Mon Compagnon » ça me fait penser à compagnon de lutte, compagnon de maquis, compagnon de la chanson, même. Ca a un côté emphatique et solennel que je trouve grotesque, en l’occurrence. Ca fait penser à deux personnes, ou plus, qui avancent main dans la main, sur fond de Marseillaise. Des personnes qui sont là uniquement pour s’entraider, et sans amour. Or amour il y a.

 

« Mon Copain » ça fait ado pré-pubère, ça fait « génération podium », ça a un côté « jeune bênet » que je pense avoir dépassé, à mon âge.

 

« Mon Ami » (en précisant bien ‘ami-i’) : summum de la déshydratation.

 

« Mon Mari » pour en revenir à ce que je disais plus haut, c’est vrai que c’est faux d’un point de vue légal. Mais il ne faut pas oublier non plus que je parlais italien, et donc que j’ai utilisé le terme que je connaissais et qui me paraissait le plus approprié.

 

‘Mon conjoint’ ou ‘mon époux’ sont trop « connotés hétéros », à mon goût.

 

Reste « mon Mec ». C’est de loin le mot que je préfère dans ce contexte, et celui que j’emploie le plus souvent. Ca a une connotation vaguement agressive et, justement, « virile » (puisqu’on en est là) qui me plaît bien.

 

Je tiens à préciser que l’analyse que je viens de faire ici est bien sûr totalement subjective et n’engage que moi. On a tout à fait le droit de préférer tel ou tel autre terme, selon sa sensibilité propre. Mais moi, je n’impose rien à personne, et je ne sortirais pas un cruchon d’eau bénite si un copain me parlait de son mec en me disant « mon compagnon ». Je me retiendrais même de sourire, je crois.

 

Pour en revenir à ma conversation avec l’Italien en question, j’ai aussi commis la grave erreur d’utiliser le mot « frocie » en parlant des homos en général. Faute lourde de conséquences. Par la suite, d’autres copains italiens m’ont expliqué que pour parler des homos en Italie, on dispose du terme archi -galvaudé de ‘gay’ et … de rien d’autre. ‘Frocio’ au masculin, c’est un peu péjoratif. ‘Frocia ‘ c’est encore pire. Peut-être que Farfalino, s’il lit cette note, pourra éclairer davantage ma lanterne, mais voici mon interprétation personnelle : en gros, pour simplifier, « frocio » = « pédé » et « frocia » = « pédale » (avec ce que cela véhicule de nuances dans chaque cas). Et alors que j’utilisais ça tout à fait innocemment dans la discussion, sans vouloir aucunement choquer ni offenser (je parlais d’ailleurs en général, et je n’ai à aucun moment interpelé mon interlocuteur en lui disant « tu sei una frocia ») cela l’a (presque !) fait tomber évanoui et battre en retraite en brandissant un crucifix. Pour avoir employé ce terme, je me classais inévitablement dans la catégorie des follasses et plus aucun dialogue avec moi n’était possible.

 

Je m’en suis remis. Outre le fait que le mec en question ne présentait pour moi aucun intérêt (en tout cas pas sexuel) sinon le fait de pouvoir me payer une belle bavette en italien, tout ça m’a fait réfléchir à l’homophobie latente du langage.

Ici encore, je vais glisser sur ce que je connais mieux, le français. De quels mots disposons-nous pour désigner « les hommes qui aiment les hommes »?

 

« Homosexuel » ça pue le Larousse médical. C’est un terme qu’on peut éventuellement employer lors d’un coming-out pour rassurer les parents en leur laissant penser qu’il s’agit d’une grippe, mais pas un terme à utiliser de façon courante.

 

« Gay » personnellement, j’ai horreur de ça. Je ne crois pas avoir jamais prononcé la phrase « Je suis gay ». Ca fait trop anglo-saxon. Et puis, si au moment où je le dis, je suis un gay triste (ça arrive aussi…) cette litote m’ennuie.

 

« Homo » : mouais, bofff. C’est un peu mieux que ce qui précède, mais guère. Ca fait Bonux, ça fait Ajax, ça fait Ariel. Comme si je sortais d’une machine couvert de mousse avec des bulles s’échappant de mon nez et de ma bouche… Désolé, je suis issu de la génération-pub….

 

Reste « pédé ». Ca c’est un mot sur lequel la population reste terriblement divisée. Ma sœur, ça la fait bondir. Trop connoté, pour elle. Et puis invariablement, à une époque, y avait la cohorte des autres « pédés » justement, qui aimaient jouer à Maître Capello quand je prononçais ce mot devant eux… « Tu sais d’où ça vient… ? c’est le diminutif de… » Je les coupais immédiatement, ça m’horripilait, ce ton docte « Oui oui, pédéraste, ça veut dire qu’on aime les enfants, et c’est une perversion avec laquelle on ne doit pas amalgamer la communauté des « gays » et pati et pata. Oui, oui, oui….. ! Je sais je sais »

 

Eh ben moi, encore une fois, par provocation inconsciente (peut-être, je veux bien l’admettre), c’est, dans la liste, le terme que je préfère. J’aime dire « Je suis pédé », il y a encore là-dedans une certaine forme de « …et j’assume » « …et ça me plaît » « …et je vous emmerde » « …et je suis un mec quand même » « …et j’ai pas peur des mots » que j’affectionne.

 

Au final, il est marrant de constater que, bien sûr, les mots n’ont de connotations (homophobes ou pas, mais on peut élargir le débat) que celles qu’on veut bien leur laisser prendre, dans notre bouche. On pourrait aussi disserter à l’infini sur les nuances entre nègre et black, meuf et nana, etc etc… Bon, je me cantonne à ce que je crois connaître. Mais finalement, le fait que l’on hésite tant entre plusieurs termes, dont aucun n’est pleinement satisfaisant, au fond, traduit bien une certaine forme de malaise sur certains sujets, dans la société.

 

« Mon voisin et son mari ont un cousin qui est pédé lui aussi ». Comme je voudrais que dans 10 ans, 20 ans, ce style de phrase ne fasse pas plus d’effet que « Mon cousin et sa femme ont un voisin turc » … et que tout glisse dans une bienveillante indifférence, de part et d’autre…