vendredi, 14 août 2009
"J'aimerais tant voir Syracuse"
Vendredi 31 juillet

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La partie la plus intéressante de la ville est l’île d’Ortygie, au Sud, où l’on peut accéder par de simples petits ponts. Le nom me rappelle celui d’Ogygie, où la nymphe Calypso retenait Ulysse par des enchantements parce qu’elle était amoureuse de lui. Quand j’étais gamin, j’adorais la musicalité magique de ces noms qui me faisaient rêver. A propos du héros de l’Odyssée, certains énormes rochers de lave crachés plus au Nord par l’Etna, dans la mer, auraient, selon la légende, été les blocs balancés par le cyclope Polyphème, furieux, voulant se venger d’Ulysse qui lui avait crevé son œil unique.
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Mais je m’égare. Ortigia constitue un lieu de promenade idéal par une belle matinée ensoleillée. Ceci dit, elles le sont toutes en Sicile, en tout cas en juillet ! Garés tout près de la mer, à l’entrée de l’île, nous avons d’abord traversé le marché, plein de couleurs, de saveurs, et surtout d’odeurs. Ah oui, les odeurs... Mais ici elles étaient agréables. Ce qui d’ailleurs me donne une idée : pratiquer l’exercice conspué par notre docte Olivier Autissier : le « Bonheur en Clichés » ! En voici, tant et plus :
Le café a été pris plus loin, sur la Piazza Archimède baignant dans la lumière de ce bel après-midi.
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Nous nous sommes rendus ensuite dans la partie nord de la ville pour y visiter le théâtre grec (le plus grand de Sicile). Hélas, pour le voir il fallait obligatoirement prendre un billet groupé pour le parc archéologique. Un système complètement absurde, soit dit en passant, mais bref. Nous n’avions plus le temps d’aller visiter la totalité du parc. On s’est donc contentés de prendre une photo de l’amphithéâtre depuis l’extérieur (c’était très difficile de trouver une vue possible en repartant sur la route, mais à force de nous acharner, nous y sommes parvenus). J’en rajoute une que j’ai prise en gros plan sur un poster affiché à l’office du tourisme. On distingue cependant assez nettement la nuance entre ce qui est pris ‘en live’ et la ‘photo de la photo’.
Syracuse est la dernière grande ville italienne que nous aurons visitée, le maximum que nous aurons pu faire en deux semaines. Tout se superpose et se mélange un peu dans ma tête : la splendeur turbulente de Palerme, la cosmopolite. L’élégance insolente de Catane qui n’a pas voulu se laisser apprivoiser ; Enna, douce, assoupie et si accueillante ; enfin Syracuse, vibrante de vie, et paradoxalement si peu touristique, bien ancrée qu’elle est dans le réel du quotidien.
C’est déjà demain le départ. Ces 15 jours ont passé à une vitesse incroyable, comme un carrousel où l’on aurait tendu sans cesse la main vers le pompon, sans jamais parvenir à l’attraper. Tout juste si nous avons pu l’effleurer. Dieu sait que nous aurions aimé gagner un deuxième tour !
Bien évidemment, l’âme et la richesse d’une île (et je pourrais même écrire ‘pays’, car la Sicile en est un à part entière) aussi magnifique ne peuvent s’appréhender, se capturer dans un espace de temps si court. Mais il nous en est resté une douceur au fond de l’âme, un enthousiasme au creux du cœur, que l’on ne peut oublier. On abordait chaque journée très tôt avec une hâte d’enfants gourmands. On se couchait tous les soirs épuisés, mais avec une sensation de plénitude.
Merci, pour toujours.
00:34 Publié dans Lancelot fait du tourisme | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : syracuse, ortygie, sicile, italie
lundi, 10 août 2009
La Cata, gnia gnia gnia !
Sur les conseils d’Antonio, on avait décidé d’aller de Giarre (ville voisine de Mascali) à Catania en train, pour éviter les problèmes d’embouteillage et de stationnement. Le trajet durait 20 minutes, on avait pu se garer gratuitement juste à côté de la gare. Nous sommes partis à 8h52 dans un train régional climatisé et très confortable, parfait.
C’est pendant le trajet que les choses ont commencé à se gâter : on s’est aperçus qu’on avait oublié notre plan de la ville et notre guide à la maison. Aïe ! Mais on se souvenait des lieux intéressants à visiter : le Duomo, l’amphithéâtre romain, l’ancienne abbaye et le théâtre romain (à ne pas confondre avec l’amphi-). Alors, peut-être, si on trouvait par nous-mêmes le syndicat d’initiative, pourraient-ils nous dépanner pour une carte.... ?
Dès notre arrivée sur la place de la Gare, la Piazza Giovanni (superbe fontaine...), on a compris qu’il ne faudrait pas trop compter sur les Catanais pour nous renseigner. A chaque fois que je demandais à quelqu’un « Anfiteatro romano ? » « Monastero dei Benedettini ? » « Ufficio d’informazione ? », ils me faisaient leur tête du paysan de la Lozère à qui on demande s’il lit Vogue. Bon. Nous nous sommes tout de même dirigés, un peu à l’aveuglette, vers le centre historique, et là, encouragés par un panneau « informazioni » comme nous en avions déjà vu à Palerme, nous avons marché (longuement) dans cette direction. Résultat des courses : une heure de passeggiata au soleil et aucun syndicat d’initiative à l’horizon.
On commençait à sentir pointer la Cata, gnia gnia gnia... !
Comme nous sommes tout de même tombés par hasard sur le théâtre romain, dont j’ai pu faire quelques photos, je me suis dit que le gardien du lieu, lui, saurait nous indiquer le chemin du bureau d’information touristique. J’explique gentiment notre problème, en italien. Il me regarde, se gratte la tête : « Si ! » Reprenez la Via Emmanuelle, puis la 3° à droite, Via Radusa, et allez au n°62, là ils pourront vous renseigner à coup sûr !
Je le remercie, plein de gratitude, on se remet en marche pendant 10 minutes et arrivés Via Radusa, on découvre que le numéro 62 n’existe pas. Sur le côté gauche de la rue, ça passait directement du 60 au 64. Sur le côté droit, tous les numéros étaient impairs. Ce style de bizarrerie peut arriver quelquefois. Justement. TROP rarement pour que je puisse penser que ce n’était pas une blague préméditée. D’autant que lorsqu’on demande le chemin d’un endroit à quelqu’un, il sait, dans le meilleur des cas, nous indiquer la rue, mais jamais le numéro.
... La Cata, gnia gnia gnia... !
Bon. En désespoir de cause, on a décidé d’acheter un plan de la ville. dans un kiosque à journaux. La première « kiosqueuse » à qui je me suis adressé, et que j’ai visiblement dérangé, occupée qu’elle était à papoter avec sa copine, m’a renvoyé sur un autre kiosque où le mec m’a vendu un plan pour 6.50 euros. Gloups. Enfin bon, c’était de notre faute, on n’avait qu’à ne pas oublier notre matos. Il n’empêche ! Le Lancelot, il commençait à bouillir, au propre et au figuré. Surtout que le « kiosqueur » qui m’a vendu ça, l’a fait « sans buon, ni giorno, ni grazie, ni mile » comme je l’ai remarqué en partant, furax. TiNours s’étouffait de rire à force de se retenir devant ma gueule d’orage, ce qui m’a permis de me mettre à pouffer aussi, et de détendre un peu l’atmosphère.
Ah la Cata, gnia gnia gnia !
A midi on a mangé (moyennement...) dans un petit troquet où, arrivés les premiers, nous avons été servis les derniers (encore un truc que je ne supporte pas, bref, ‘la cata...’, etc...) puis nous sommes montés vers l’amphithéâtre, qui était fermé. On s’en doutait. Il était 14h et en Sicile, la plupart des monuments ouvrent vers 15h. Pas grave, on allait patienter en visitant, à un quart d’heure de marche de là, l’ancienne abbaye, transformée en université. Une reconversion étonnante, et une halte bienfaisante dans de longs couloirs voûtés donnant sur un très beau cloître.
C’est là que nous avons passé une heure à nous promener et nous reposer tranquillement au frais. Un moment privilégié entre tous, dans cette ville à l’accueil laissant un peu à désirer... Bon. 15 heures : retour vers le lourd portail donnant accès au site de l’amphithéâtre. Il s’ouvre : une fille entre devant nous. Je veux lui emboîter le pas, un mec me barre le passage, et me baragouine « Chiuso. Domani. Come back tomorrow »
Je marque un temps d’arrêt. Je lui explique, le plus calmement possible, que nous sommes français, qu’on ne pourra pas revenir le lendemain, qu’on a attendu une heure, croyant que ça ouvrirait à 15h (car aucun papier sur la porte n’indiquait quoi que ce soit sur une fermeture exceptionnelle quelconque prévue ce jour-là) alors serait-il possible, au moins, de nous laisser prendre una piccola fotografia... ? L’amphithéâtre était juste derrière lui de toute façon (aucun long chemin à faire passé la porte), et à part nous, il n’y avait aucune file de touristes piaffant devant l’entrée, qui aurait pu l’effrayer (« si je dis oui aux deux premiers, après je ne m’en sortirai pas.... »).
Réponse, courte, claire et concise : « No »
Et la porte se referme.
Ah, la CATA, GNIA GNIA GNIA !!
Booon....Alors, on va finir l’après-midi aux jardins Bellini, vers le centre-ville. Il y aura de l’ombre, des jets d’eau, de grands arbres, des fleurs, des......
Aaaaah LA CATA, GNIA GNIA GNIA !!!
Y a pas à dire : quand une ville ne veut pas s’offrir, se donner, on ne peut rien en faire. On avait eu le même tour avec Florence, il y a deux ans. Dans des cas comme ça, il ne faut pas insister. On y avait mis la meilleure volonté du monde, on s’était appliqués pour surmonter les obstacles, mais là, la fatigue, la chaleur, et le sentiment de ras-le-bol balayaient tout le reste. Il était 16h, on a décidé de rentrer à Mascali et de finir la journée à la plage. Mais bien évidemment le train de 16h15 a démarré sous nos yeux quand nous sommes arrivés en courant sur le quai, et il a fallu attendre le suivant, à 17h40.....
Aaaaaaaaaaaah la CATA,
GNIA,
Gnia,
gnia...
Bah. On ne peut pas gagner à tous les coups. Prenons les choses avec philosophie :
1) Vocabulaire du jour : Cataniesi = stronzini
2) Je tiens à dire que bien sûr c’est la faute à pas de chance et que mon (1) n’est là que pour me servir de défouloir. La connerie (voire la grossièreté) des gens que nous avons rencontrés contraste avec la gentillesse d’Antonio, notre logeur, qui se coupe en 4 pour nous aider et nous rendre le séjour agréable. Il a contacté un de ses copains pour qu’il nous fasse une visite guidée à l’Etna mercredi, et, ne parvenant pas à nous joindre sur le portable de TiNours, il nous a prêté son deuxième telefonino, pour être sûr qu’on puisse s’appeler sans problème. On ne fait pas plus aimable.
3) Enfin, et surtout : si nous avons été déçus par les habitants de Catania (en fait, ceux que nous avons eu la malchance de côtoyer de près), on ne peut nier une chose : la ville en soi est magnifique. Plus élégante et majestueuse que Palerme, à notre avis.
Je termine donc avec ces photos, pour conclure sur une bonne impression !
Le théâtre Bellini :
Une vue arrière du Duomo :
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dimanche, 09 août 2009
Castelmola
Dimanche 24 juillet
En fait de « vraie » éruption volcanique, la dernière a eu lieu il y a un an exactement. J’ai lu ça dans le Routard ce matin, aux WC, ce qui m’a plutôt incité à serrer les fesses... Non, au cas où vous seriez inquiets pour ma santé, je ne suis pas constipé depuis un an. Enfin bref, pour sortir de ces nauséabondes métaphores, et pour en revenir à l’Etna, il paraît que l’alerte est donnée uniquement lorsque la fumée sortant du cratère est noire. Pour l’instant, de blancs panaches en émergent sans cesse, paresseusement, semblant nous dire « Mais cessez de flipper... ». Il est vrai que c’est fascinant. On a un peu l’impression d’entrer dans la carte postale que l’on a toujours dû admirer à distance. J’avais éprouvé ça le jour où j’avais arpenté le Golden Gate.
Ce matin, ballade dans Mascali. Les touristes français y sont beaucoup plus rares qu’aux environs de Palerme. La moyenne d’âge est plus jeune aussi. Les hommes sont presque tous torses nus. Quel genre ! Mâme Boutin en brandirait sa Bible, d’excitation. On ne sait où donner de la tête, et des yeux. Bon, il est vrai que par plus de 40°C à l’ombre, on a quelques raisons d’oublier la morale, et la bienséance...
Cet après-midi, excursion au village de Castelmola, à 30 km d’ici, perché à 530m d’altitude. Les petites ruelles s’enchevêtrant entre des maisons de pierre, et bien sûr, les points de vue, sont encore à couper le souffle. Peut-on se lasser un jour de tant de beauté ?
Ce soir, des Canad’air récupéraient de l’eau dans la baie pour éteindre un nouvel incendie dans les parages. Le calme et la beauté du paysage contrastaient avec l’urgence de la situation et son côté dramatique. Antonio nous expliquait hier que les feux ont des causes accidentelles dans 5% des cas ! Le reste du temps ils ne sont que le fruit de magouilles spéculatives et vengeances immobilières. Tout comme dans le Sud de la France, j’imagine.
Et, bien sûr, éternel décor, personnage, même, pour le théâtre se jouant ici, l’Etna veille en toile de fond. Il était là avant nous, il y sera encore bien après. Quelle que soit l’agitation que déploient les gens pour changer le cours de leurs vies, et des catastrophes.
21:34 Publié dans Lancelot fait du tourisme | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : castelmola, etna, sicile, italie, tourisme
samedi, 08 août 2009
De Balestrate à Mascali
Samedi 23 juillet
Selon une habitude têtue qui nous est propre, nous avons refusé de suivre l’itinéraire classique. Il existe une autoroute limitant à deux heures le trajet Palermo-Catania, mais non, non, non, pas question. Nous avons suivi la côte du Nord de l’île jusqu’à Capo d’Orlando. Etape courte par Cefalu, belle cité côtière. Nous l’avons surtout admirée de loin, en pique-niquant. Le passage par le centre-ville (on aurait voulu au moins jeter un coup d’œil au célèbre Duomo) s’est effectué sans pause : le marché du jour et l’affluence rendaient le parking impossible. impossible.
Nous avons ensuite obliqué sur le sud-est par une route montagneuse qui passait par Randazzo, petite ville médiévale qui a toujours échappé aux coulées de l’Etna. Le chemin en a certes été rallongé, mais il était bien plus agréable.
Et, à propos de l’Etna, nous avons fait sa connaissance par surprise et progressivement, en arrivant par les collines. Au loin, une montagne. Au bout de quelques minutes, c’est TiNours, qui conduisait, qui m’a dit : « Je crois que c’est le volcan que nous avons en face de nous sans même nous en rendre compte ! » Il avait raison.
Nous nous trouvons donc à Mascali, petite station balnéaire à une quinzaine de kilomètres de Catania, la plus grande ville de Sicile après Palerme.
Notre nouveau « logeur » (le terme me déplaît mais je n’en trouve pas d’autre ; « hôte » fait beaucoup trop cérémonieux !), notre nouveau logeur donc, s’appelle Antonio. Tout comme pour Rosalia, je n’avais communiqué avec lui que par mail. Je les avais décrits à TiNours tels que je les imaginais physiquement. Je me suis planté de A à Z, sur les deux. Je me représentais Rosalia comme une petite dame posée et distinguée d’une cinquantaine d’années alors qu’elle doit avoir dans les 38-40, qu’elle est pétulante et dynamique. Quant à Antonio, je l’imaginais de mon âge, grand, et préoccupé par bien d’autres choses que ses locations. Il a la trentaine, est tout petit (dans les 1m60) et très préoccupé de notre bien-être et de ce que nous avons prévu de faire comme ballades touristiques ! Rosalia parlait un peu le français, pas lui. Il s’en est excusé lors de
notre arrivée. Mais il s’est présenté aussi, avec une deuxième vague d’excuses, comme un terrible bavard. Avec moi en face, on est bien barrés. Manquerait plus que Calyste en plus pour que la réunion se transforme en débat aux Nations Unies ! Heureusement pour mon pauvre TiNours, Valeria, la copine d’Antonio, parle très bien le français pour avoir effectué des séjours Erasmus à Arras et à Paris. Après nous être installés et avoir fait quelques courses, nous avons eu droit à une deuxième visite de leur part vers les 22h. Soirée d’éclats de rire, et de voix ! On a déjà prévu de faire une sortie à quatre. Le bambino se présente très bien !
L’appartement où nous logeons est situé au premier étage d’une résidence qui n’en comporte qu’un. Personne au rez-de-chaussée. (ou, devrais-je dire, EN rez-de-chaussée... ?). Il est plus petit que celui que nous occupions chez Rosalia, mais il y a l’air conditionné dans la chambre, ce qui règle l’abominable problème des moustiques qui nous avaient dévorés (surtout TiNours) à Balestrate. Une route passe devant le bâtiment. La circulation n’y est pas intense mais les voitures circulent à tombeau ouvert, ce qui la rend malheureusement assez bruyante depuis le salon, mais nous dormons côté jardin. En revanche, nous avons une vue imprenable, à couper le souffle, sur les monts de l’Etna, juste en face de notre balcon. Hier soir il y avait un petit incendie sur le flanc droit de la montagne (hélas...) en même temps qu’un feu d’artifice lointain, dans un village situé sur le flanc gauche. Pour nous souhaiter la bienvenue... ?
Alors, après ces amuse-gueules, à quand la véritable éruption volcanique.... ?
Vocabulaire du jour : chiacchierone = ‘grand bavard’ !
16:11 Publié dans Lancelot en vacances | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : macali, catania, etna, vacances, sicile, italie
vendredi, 07 août 2009
Poivre, piment, et belles-mères
Vendredi 24 juillet :
Nous achetons nos produits de première nécessité dans une minuscule supérette de Balestrate. Le nom de l’enseigne est Conad. Apparemment, c’est aussi célèbre ici qu’Auchan ou Leclercq en France. Mais la taille du magasin (en tout cas celui que nous connaissons) est apparemment loin de la hauteur de sa réputation. Les clients doivent se faufiler et se contorsionner entre trois rayons sur une surface à peine assez grande pour contenir une salle de bains. J’exagère, mais à peine.
Hier, nous avions besoin de poivre pour un assaisonnement. A la maison il y a du sel mais pas de poivre. TiNours et moi en avons cherché partout (parce qu’en plus d’être étroit, le magasin n’est pas follement ordonné...) mais de poivre, nulle part. J’avais en plus oublié le mot ‘poivre’ en italien. Je me disais que ce devait être ’peppero’ (osmose mentale avec l’anglais ‘pepper’, évidemment...) alors j’explique à la caissière « Non abbiamo trovato peppero ». Elle et le jeune homme préposé au remplissage des sachets me dévisagent d’un air interloqué : « Peperoncino... ? » Moi (pas sûr de moi du tout sur ce coup-là) : « Euh... si... » Le jeune homme part aimablement en chercher, la caissière me rajoute le prix sur la note avant qu’il ne ramène le sachet, nous ressortons et là je m’aperçois que le mec m’a en fait rapporté du piment. Comme il n’était pas très cher, que je me serais senti honteux de rebrousser chemin pour réclamer, parce qu’ils avaient été gentils, et surtout que refaire marche arrière dans ce magasin version cage à poules relevait du parcours du combattant, j’ai renoncé au poivre. « Et si on en demandait à Rosalia ? » suggère TiNours.
Rosalia est la dame qui nous loue notre appartement, au premier étage de sa maison immense. Elle y vit avec son mari et ses deux enfants, et aussi avec sa belle-mère. Quelquefois ses parents à elle viennent leur rendre visite, et nous avons remarqué qu’une guerre larvée semble exister entre les deux mamies. Belle-maman n°1 (la mère du mari de Rosalia) a été opérée de la jambe et se déplace avec déambulateur. Belle-maman n°2 (la mère de Rosalia), lorsqu’elle vient, cuisine allègrement et virevolte autour de la première. Pour la narguer.... ? Numéro 1 lambine avec son déambulateur et nous prend à témoin pour se plaindre de ses pieds, de ses jambes, de son dos, de ses misères internes, de son épuisement total, jusqu’à ce que Numéro 2 la fasse taire avec une remarque ironique et cassante. En italien, c’est un vrai régal ! Deux fois, nous avons attrapé un fou-rire à cause de ça en sortant de chez eux. Je sais, je sais, ce n’est pas charitable....
Enfin, tout ça pour dire que quand je suis allé quémander pour notre assaisonnement, Rosalia n’était pas là et les deux mémés n’ont pas osé ouvrir la porte de communication lorsque j’ai toqué. Mais je me suis entêté et j’ai fait le tour par la terrasse. J’avais pris la précaution de vérifier le mot ‘poivre’ au préalable dans mon ‘Garzanti’. C’est ‘Pepe’ (ça ne s’invente pas, une situation pareille !!!). Après avoir surgi, pour ne pas effrayer les vieilles dames, j’explique le problème en italien avec mon plus beau sourire et je termine aimablement en leur offrant notre sachet de piment inutile. Numéro 2, serviable, est allée mettre sens dessus-dessous la cuisine de Rosalia pendant que Numéro 1, coincée avec sa jambe immobilisée sur un fauteuil, lui criait des conseils depuis la terrasse. En italien, un vrai régal ! Après être ressortie et avoir jeté un coup d’œil assassin à sa rivale (elle va sûrement lui dévisser les roulettes de son déambulateur par mesure de rétorsion), Numéro 2 m’a offert la poivrière en m’expliquant aimablement qu’en cuisine, eux utilisent en effet beaucoup plus souvent le piment que le poivre.
Je me suis confondu en remerciements façon « Jeune gendre idéal qui fait craquer les vieilles dames » et je me suis éclipsé avec mon butin, laissant derrière moi des éclats de voix de donne furiose.
On a pu assaisonner nos tomates à la mozzarella. En Italie, un vrai régal.
Vocabulaire du jour : poivre = ‘pepe’ ; piment = ‘peroncino’
... et, bien sûr, belle-mère = ‘suocera’
19:32 Publié dans Lancelot se marre | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : traduction, communication, vocabulaire, belle-mère, italie, sicile, poivre
TiNours et Lancelot dans la capitale
Mercredi 22 juillet :
Palerme est exactement comme je l’imaginais : une ville de contrastes et de paradoxes : chaleureuse mais un peu énigmatique, à la fois exubérante et repliée sur elle-même, très italienne et cependant assez cosmopolite.
Nous y sommes arrivés vers les 9h du matin. Le parking où TiNours avait prévu de garer la Clio était impraticable, à l’autre bout de la ville. Et, comme je m’en doutais, rien n’était indiqué quant aux directions. Pour finir nous sommes restés dans une rue en périphérie (sans parcmètre, na), et avons gagné le centre historique en bus.
Ah, les bus de Palerme... En principe il y en a trois par heure. En fait on en a vu un toutes les 60 minutes, en moyenne. A l’arrêt, j’ai été distrait de mes propres récriminations habituelles par une dispute entre deux vieilles Italiennes : la première se plaignait de la lenteur du service « E una vergogna !! » jusqu’à ce que la seconde lui enjoigne de se taire : « Aspetti e non rumparci il fiato ! »
(yuk yuk yuk...)
Nous avons longuement arpenté les artères principales, notamment la via Vittorio Emmanuele, entre la porta Felice et la porta Nuova. Elle s’étire bien sur 3 km, que nous avons intégralement parcourus à pied, en louvoyant entre touristes et autochtones.
Le centre historique est très beau. Nous nous sommes notamment extasiés devant la cathédrale, incroyable mélange siculo-normand, mais l’intérieur est décevant par rapport à l’éclat baroque de l’extérieur. Après être passés par le Palazzo Reale et la Chapelle Palatine, nous sommes aussi montés à Monreale en bus. Petit village situé à 6 km sur les hauteurs, où l’on peut admirer un autre duomo à l’intérieur décoré de marbres polychromes et de mosaïques du XII° siècle représentant des scènes bibliques. Les Palermois en sont très très fiers. Davantage même que de celle de Palerme, qu’évidemment moi j’aurais tendance à préférer, à cause de son éclat insolent et un peu biscornu lorsqu’on l’admire de l’extérieur.
Celui de Palerme :
Celui de Monreale :
La vue de Palerme depuis le haut de la colline m’a rappelé celle de Florence que l’on apercevait en hauteur à Fiesole, lors de notre séjour en Toscane il y a deux ans. Mais Monreale n’a aucune racine étrusque. En dehors de sa cathédrale, la ville semble assez pauvre.
Lorsque nous sommes revenus à Palerme, je n’ai pu résister au plaisir de photographier en catimini les joueurs de cartes massés sur la Piazza Indipendenza. L’absence d’éclats de voix nuit au réalisme !
Nous avons (encore !!) longuement attendu deux bus avant de pouvoir réintégrer notre voiture. Ensuite nous nous sommes retrouvés coincés dans un embouteillage à la sortie de Palerme. Rien ne nous aura été épargné de ce côté-là aujourd’hui, et bien sûr la journée était torride. Alors que nous attendions notre dernier bus, suants, ébouriffés et poussiéreux, TiNours me faisait noter le remarquable état de fraîcheur des Italiens qui passaient devant nous, ou bien attendaient, eux aussi. Pomponnés, bichonnés, ils ont l’air de sortir, tout frais et repassés, de leur boîte. Pardi, ils ont pu rentrer chez eux pour se doucher et se changer depuis ce matin, eux !
J’ai découvert cette curieuse inscription sur un mur du port en fin de journée : elle m’était sûrement adressée....
00:06 Publié dans Lancelot fait du tourisme | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : palerme, sicile, italie, monreale
jeudi, 06 août 2009
Segeste et lo Zingaro
Mardi 21 juillet
Ce matin nous nous sommes levés à 7h30 mais nous avons un peu traîné..... Résultat : nous sommes arrivés à Ségeste à 11h, en même temps que la vague de chaleur, et de touristes.
Ca ne nous a pas empêchés de découvrir un site grandiose. Segeste était, dans les années 400 av JC, la rivale de Selinunte, que nous avions visitée hier. Demeurent principalement un temple élégant au sein des collines, et un théâtre grec. L’architecture du temple et le cadre naturel sont en accord parfait. L’édifice n’avait probablement pas été terminé déjà à l’époque, car ses 36 colonnes ne sont pas cannelées. Les habitants de Ségeste étaient de culture hellénique (ils utilisaient les caractères de l’alphabet des Grecs mais ne parlaient pas leur langue, ni ne sacrifaient aux mêmes divinités. C’est pourquoi le « temple » pourrait bien ne pas en être un. On n’aura probablement jamais la réponse exacte.
A 1.5 km de là se trouve le théâtre (datant, lui, du III° siècle av JC). Nous avons dédiagné le bus pour effectuer le chemin (en montant !) sous un soleil de plomb. L’art, ça se mérite ! Avec tout de même une bienfaisante halte à mi-chemin, sous l’ombre fraîche d’un gros olivier.
Construit en calcaire local, le théâtre pouvait accueillir 4000 personnes. Il a été restauré à la perfection et offre une vue magnifique sur la vallée, le golfe de Castellamare, et.... le viaduc de l’autoroute !
Pour la pause-déjeuner, délicieux repas de panini chauds et de pastèque fraîche, à Castellamare justement, avant d’enchaîner pour l’après-midi sur la réserve naturelle du Zingaro : 6 km de côtes protégées comme espace naturel, au sein du golfe. Là encore, l’excursion à pied nous a coûté des litres de transpiration, mais la beauté des paysages en valait chaque goutte ! Après environ 1h30 de marche le long de la côte, nous avons tout de même crié grâce et fait halte sur la 3° plage de l’itinéraire, la Cala Beretta (minuscule). On a pu se rafraîchir dans un eau peuplée de minuscules poissons noirs. J’ai aussi découvert un passage entre les rochers où les vagues pénétraient avec un amusant bruit de succion. L mer y était plus fraîche et j’ai pu y faire dix minutes de conversation avec un amusant petit crabe qui me menaçait vaillamment de ses pinces, probablement indigné de voir cette grosse bête envahir son royaume.
Ce soir nous avons fêté l’anniversaire de TiNours. Du fait d’être né en été il a toujours des célébrations exotiques. Il a déjà soufflé ses bougies dans un avion qui survolait Tadoussac au Québec, près du château de Cahir en Irlande (où a été tourné ‘Excalibur’), sur les routes du Rif au Maroc, et j’en passe.
Cette année à Balestrate, nous nous sommes offert un succulent restaurant de poisson, installés dans la rue. Ici les clichés les plus galvaudés prennent corps, et c’est merveilleux. Oui, les gens se parlent d’un balcon à l’autre et, oui, les enfants-rois font des scènes tonitruantes à leurs parents en pleine rue. Tout le monde se met sur son trnte et un pour sortir après 22h : les jeunes filles semblent toutes calquées sur le modèle d’Eva Longoria, les jeunes hommes ont cette désinvolture irrésistible propre à l’Italie. Les vieux ont une dignité que iles rend beaux même s’ils ne le sont pas. Et puis, quel plaisir, comme si l’on était figurants dans un vieux film d’Antonioni, d’entendre fuser ces phrases :
« Te l’ho fatto stretto, è percio ! »
« Meno male se possiamo andare domani in città »
« Era impazzicante ! »
« Ma lo faccio a la romana ! »
Le plaisir par les yeux, par les oreilles. On n’a pas non plus oublié celui des papilles : après le repas de poisson, nous sommes allés engloutir une triple glace dans notre gelateria (déjà) préférée : Urbania. Et en plus, les serveurs sont beaux !
Demain, le grand saut : Palerme.
Vocabulaire du jour : impazzicante = ‘démentiel, affolant’ (le mot avait longtemps bourdonné dans mon oreille après que je l’aie entendu. J’ai vérifié dans le dico, en rentant, ce qu’il signifiait. C’est joli non ?)
21:52 Publié dans Lancelot et TiNours | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : segeste, lo zingaro, vacances, sicile, italie
dimanche, 03 mai 2009
Italy, Italia
Après la mort de sa femme dans un accident de voiture, près de Chicago, Joe décide d’aller vivre en Italie à Gênes, avec ses deux filles, pour tenter de restaurer une sorte de cohérence dans une famille détruite.
Les rapports entre eux sont d’autant plus compliqués après ce malheur que la cadette, Mary, se sent coupable de l’accident, et trouve refuge dans une forme de mysticisme : églises, mythes religieux, et même Monde des Morts la fascinent. Elle revoit par moments le fantôme de sa mère, présence affectueuse qui revient lui parler.
A l’inverse, l’aînée, Kelly, qui a été touchée tout aussi durement par le drame, tente d’oublier en s’étourdissant, à l’excès, d’été, de plages, de jeunes hommes italiens, et de fête. Entre elles, le père essaie de maintenir un difficile équilibre à leurs trois vies tranchées net quelques mois auparavant.
A Rome, Gianni, quinquagénaire célibataire , a pour principale occupation de prendre soin de sa vieille mère. A la veille du 15 août, le responsable du syndic de l’immeuble lui propose d’effacer ses nombreuses dettes s’il accepte de prendre soin, pour trois jours, de sa mère et de sa tante à lui. Il accepte avec réticence, mais c’est ensuite son médecin qui lui demande le même service. Gianni va donc devoir s’occuper pendant quelques journées (et quelques nuits !) de quatre vieilles dames aux caractères bien différents.
Le film de Michael Winterbottom est une succession de scènes brèves laissant peu de place (ou trop, par ricochet) à l’introspection. Le rythme est très rapide, et joue sur une alternance incessante d’aperçus sur ce que vivent le père (Colin Firth), et ses filles (Willa Holland et Perla Hany-Ja, excellente dans le rôle de la cadette). Les dialogues sont relativement brefs, les émotions suggérées par des regards, des silences, ou des travellings de la caméra. Le jeu des acteurs et le déroulement de l’action font ressentir au spectateur, jusqu’au malaise, le poids du non-dit lorsqu’un drame de ce genre arrive. La vie continue, par la force des choses. Essayer de tirer un rideau sur le passé en bouleversant tout par un déracinement en pays étranger, est-ce une solution ? Le film n’apporte pas de réponse, mais examine la question pendant 94 minutes.
Aux antipodes, dans un genre tout différent, Gianni di Gregorio nous livre, dans le film dont il est à la fois réalisateur et interprète principal, une histoire à l’optimisme indestructible. Le héros, brave garçon d’une gentillesse à toute épreuve, après avoir un peu paniqué au départ, s’arrange finalement très bien dans la gestion de ces quatre mamies, un peu despotiques sous leurs apparences aimables. Les caractères s’affirment, mais la bonté foncière de Gianni arrondit, adoucit, polit, même, les angles et aspérités de ce week-end de premier août qui aurait pu se transformer en expérience très éprouvante pour lui. Petit à petit, l’oubli des règles établies : prises de médicaments, horaires de coucher, restrictions alimentaires, fait glisser les personnages dans une joyeuse anarchie qui culmine en un éclat de rire à l’italienne, entre des verres de vin et une danse à cinq improvisée.
Le titre français du film de Winterbottom (« Un été italien ») est selon moi une erreur dans la mesure où il laisse dans l’ombre l’importance fondamentale d’un cinquième personnage : la ville de Gênes qui, filmée sous tous les angles (vue aérienne des ports, travelling dans les ruelles sombres et étroites de la vieille ville, aperçus de toits et de clochers) accompagne les protagonistes de façon très intime, au gré de leurs tourments, joies, humeurs et angoisses. Le titre original ‘Genova’, est lui, bien plus logique, laissant sous-entendre que la cité italienne est bien plus qu’un décor, qu’elle est un personnage à part entière, qui suit les autres héros et sert à refléter leurs états psychologiques, tantôt riante et ensoleillée, tantôt sombre et vaguement menaçante. Un jeu de « feedback » perpétuel où l’on ne sait jamais qui, de la ville ou des personnages, donne le ton. Même le soleil et les cigales peuvent sembler agressifs et menaçants dans cette scène où Joe, le père, parcourt plusieurs kilomètres dans la garrigue en courant pour tenter de retrouver sa fille qui s’est enfuie.
‘Pranzo di Ferragosto’ (‘Le Déjeuner du 15 Août’) joue beaucoup moins avec des aperçus de la ville de Rome. Gianni sort par instants dans la rue, mais la majorité du film se situe dans l’appartement qu’il occupe, en huis-clos successifs avec les vieilles dames. Toutefois il y a une seule scène où la ville est véritablement mise en perspective, en extérieurs : celle représentée sur l’affiche française du film. Tôt le matin du 15 août, Gianni part acheter du poisson pour le repas de midi, et son ami l’emmène sur sa mobylette. Un cliché italien sur lequel on se laisse entraîner avec plaisir, face au soleil inondant les avenues désertes. Ce dernier détail est improbable d’ailleurs, car ce jour-là une foule nombreuse se rend dans des établissements religieux. Mais quelle importance ? On se laisse griser par la vitesse, la lumière, la légèreté de l’Italie, en un mot.
Un aperçu américain intéressant de Gênes, regard extérieur exilé volontairement au sein même de la ville.
Un moment intimiste dans la vie d’un citoyen romain moyen sans éclat, une plongée au cœur de l’âme des gens d’un pays lumineux à tous points de vue.
Un mélange d’espoirs fragiles et de pessimisme ambiant, pour le premier. Une tranquille sérénité, un moment de bonheur entropique pour le second.
Deux films complètement différents, qui n’ont comme point commun que l’Italie, assorti pour nous au fait que nous les avons vus hier et avant-hier, profitant de notre week-end prolongé.
Promesses, portes ouvertes sur un horizon proche.
18:59 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : italie, rome, gênes, cinéma