jeudi, 13 novembre 2008

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Une famille vit au milieu de nulle part, en bordure d’une autoroute désaffectée. L’aire goudronnée qui s’étend devant leur maison est devenue au fil des années un espace où l’on se fait bronzer, où l’on joue au hockey en rollers, où les jouets traînent. Le père (Olivier Gourmet), la mère (Isabelle Huppert) et leurs trois enfants vivent très heureux, dans une sorte de quotidien bohème rempli de fous-rires, et de chahutages complices.

 

 

 

Tout est remis en question le jour où le tronçon désaffecté est remis en circulation. La vie de la famille se retrouve brutalement bouleversée : physiquement (dangers, bruit, odeurs, pollution, indiscrétions) mais aussi, surtout, et de façon plus lente et sournoise,  moralement car la nuisance permanence que constitue le flux infernal de la circulation va faire surgir des tensions, exacerber les animosités latentes, les angoisses oubliées, jusqu’à la folie.

 

 

 

Isabelle Huppert est parfaite dans sa composition de mère apparemment calme et détachée au départ, mais qui va peu à peu se laisser gagner par la démence, face à une situation qu’elle ne peut gérer. Ses névroses enfouies vont ressurgir lentement, jusqu’au climax final. Olivier Gourmet incarne un père de famille fort, aimant et terriblement séduisant, sur lequel on a envie de s’appuyer aussi, mais qui laisse transparaître ses fêlures petit à petit. Les deux filles aînées (Adélaïde Leroux, Madeleine Budd) et le jeune fils (Kacey Mottet) sont des personnages très différents chacun dans leur genre (la bimbo, la bonne élève renfermée et distante, le gamin espiègle et aimant) et attachants, qui appréhenderont la confrontation avec l’autoroute de façon très différente.

 

 

 

J’ai aimé que le film soit un huis-clos sans en avoir l’air : tout en étant ouvert sur l’extérieur (forcément, vu le thème), la famille n’interagit véritablement qu’avec elle-même et les personnages secondaires, même s’il y en a, n’interviennent pratiquement jamais. Et, bien sûr, au fil de l’histoire, le huis clos devient de plus en plus douloureux, jusqu’à l’étouffement.

 

 

 

Le thème aurait pu laisser la porte ouverte à un « dérapage onirique » comme il se fait souvent, et que j’ai en horreur. Il n’en a heureusement rien été. C’est justement là la force du scénario : au fur et à mesure que l’on monte dans la folie, dans le crescendo de cette confrontation névrotique entre une famille lambda et la monstrueuse toute-puissance d’un ruban de bitume, on est forcé de se dire que oui, la situation,  tout en étant particulière, est tout à fait crédible, et que les personnages ont des réactions compréhensibles et excusables. On en vient à se demander comment on réagirait à leur place, et à ressentir physiquement leur malaise, jusqu’à l’ impression d’étouffement des dernières minutes avant la fin.

 

 

 

Ursula Meier a été récompensée du prix de la mise en scène au festival du film d'Angoulème pour ce premier film. J’espère qu’il sera suivi de beaucoup d’autres. J’ai vraiment adoré ‘Home’. Mon z’hom a aimé lui aussi, avec plus de bémols. Peut-être, il est vrai, aurait-on pu creuser davantage les rapports entre certains personnages. Et encore ! Le scénario se tient en lui-même, sans qu’on ait besoin d’en rajouter.

 

 

 

Original, bien ficelé et bien joué. J’ai lu (après coup) quelques critiques que j’ai trouvées très tièdes. Ca mérite un coup de pub plus chaleureux. D'un commun accord, TiNours et Lancelot décernent donc un 15 /20.

 

 

 

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