vendredi, 23 octobre 2009

Adophobie de l'homophobie

C’est le début des vacances. Afin de ne pas être submergé par les paquets de copies à la veille de la rentrée (autant y penser dès maintenant) j’ai adopté une technique très efficace : en corriger le maximum AVANT que le repos bienheureux ne démarre. On reste sur son élan de la semaine, on est encore plein de courage, et la perspective de pouvoir profiter plus pleinement des quelques jours de liberté en ayant l’esprit tranquille est stimulante.

 

Hier donc, j’épluchais les devoirs maison de mes terminales Z8. Après avoir parlé de ségrégation raciale à l’occasion de l’étude d’un texte de Carson McCullers, je leur avais demandé : « Quelle est selon vous la pire forme de discrimination ? », à rendre par écrit.

 

J’ai eu beaucoup d’essais sur les persécutions vis-à-vis des Juifs, ou des femmes dans la société actuelle. Mais quelques autres petites perles m’ont vraiment fait plaisir. Bon, je vous livre ça traduit. Mais les fautes d’anglais qui se glissaient dans les textes donnaient aussi un côté mignon à l’ensemble :

 

Marie : « La discrimination envers les homosexuels est l’une des pires, selon moi. Elle est beaucoup plus répandue qu’on ne pourrait le croire. Même si notre génération semble plus libérale, cette notion n’est pas près de devenir partie intégrante de la vie courante.

Le mariage de deux personnes homosexuelles n’est pas accepté, alors que deux personnes qui s’aiment sont belles, quel que soit leur sexe.... L’image de l’homme et de la femme, imposée par la religion depuis des siècles, est ancrée dans les mentalités. Pour l’église ils ne peuvent avoir d’enfants, donc deux femmes ou deux hommes ensemble ne peuvent avoir pour but de s’unir, et l’amour n’est jamais pris en considération. »

 

Norbert : « Selon moi une relation entre deux personnes de même sexe est une chose normale qui ne blesse personne et les rend heureux, eux. Ce sont là des gens comme les autres. L’attraction sexuelle n’est pas un choix. L’hétérocentrisme doit être banni de notre société.

Certains freins existent, en particulier de la part des religions qui s’opposent fermement à l’homosexualité. De plus, certaines injures comme ‘pédé’, ‘enculé’, ‘pédale’ ou ‘tapette’ sont fréquemment employées par la population. Les mentalités doivent encore évoluer »

(Ca sent le vécu... Ou bien ce brave Norbert voulait-il en profiter pour insulter son professeur par copie interposée.... ?)

 

Jamila : « Les homophobes ne comprennent pas les choix des homosexuels, ils ne veulent rien savoir alors que ces derniers ne font rien de mal. Ils n’ennuient personne et restent silencieusement à leur place.... Ils pourraient avoir le droit de se marier. Ils ont le droit d’être heureux, et de construire une famille. Il devrait leur être permis d’adopter des enfants. Leurs sentiments différents doivent-ils les exclure de la société ? »

 

Une belle leçon de tolérance qu’ils nous donnent, tous. Ces devoirs m’ont fait sourire, non pas parce que je suis concerné, mais surtout parce qu’au cours de mes années d’enseignement, lorsque le sujet surgissait lors d’un débat, j’entendais toujours des réactions assez violentes, catégoriques et étroites d’esprit parmi les ados, et j’étais assez pessimiste, par rapport à cela, sur l’évolution de la société. Mais peut-être se lâchent-ils plus facilement à l’écrit. Je les comprends, je suis comme eux. Même si je ne tiens pas de propos haineux (ça serait quand même un comble.... mais il y a eu des précédents, n’est-ce pas... des hommes politiques homos qui n’hésitaient pas à cracher sur leur propre camp en participant à certaines manifs...), je ne me fais pas en classe l’avocat de la cause homosexuelle, ni d’aucune autre d’ailleurs.

 

Le sujet que je proposais était certes biaisé, dans la mesure où les groupes victimes de discrimination ne sont heureusement pas légion. Certains élèves ont été suffisamment intelligents pour me dire en conclusion : « mais toute forme de discrimination est inadmissible et devrait être punie par la loi ». Bravo mes petits !

 

Ils m’ont permis de terminer sur une note optimiste avant notre départ de demain. Direction Lyon, chez mon Calyste. Peut-être lui donnera-t-il de nos nouvelles d’ici là, sur son blog. En attendant, bisous à tous et à toutes. A mercredi !

samedi, 05 septembre 2009

Matthew Shepard

Avant de regarder hier soir « The Matthew Shepard Story » réalisé en 2004, je m’attendais à sortir de là dégoûté, écoeuré, indigné. Bizarrement, cela n’a pas vraiment été le cas. Le documentaire présente les faits de façon quasi-clinique, en évitant au maximum le pathos et les sanglots. A l’arrivée, on peut dire que c’est là sa grande qualité.

 

L’histoire, simple et horrible, est connue de tout le monde : le 6 octobre 1998, peu après minuit, un jeune homme de 21 ans nommé Matthew Shepard rencontra deux autres garçons du même âge dans un bar de Laramie, dans le Wyoming. Il leur demanda de le raccompagner chez lui. En route, les deux autres hommes, Aaron McKinney et Russell Henderson changèrent de direction et sous la menace d’une arme, le dépouillèrent de son argent et de ses chaussures. Après l’avoir attaché à une barrière, ils l’abandonnèrent en rase campagne dans un coin désert, non sans l’avoir au préalable battu à mort avec la crosse du revolver. Il passa 18 heures attaché là jusqu’à ce qu’il soit découvert par hasard par un cycliste. Il fut emmené en urgence à l’hôpital mais décéda 4 jours plus tard. Ses meurtriers, rapidement retrouvés et arrêtés, furent condamnés à une double peine de prison à vie.

 

L’affaire avait évidemment fait grand émoi comme illustration de la violence inouïe que peut revêtir l’homophobie. Matthew était homosexuel. La première version des faits était que ses deux agresseurs s’en étaient pris à lui pour cette raison, car il leur aurait fait des avances. Or le reportage démontre subtilement que d’autres paramètres étaient à prendre en compte. Les trois jeunes gens prenaient de la drogue. L’agression aurait pu être déclenchée par le fait que Matthew, issu d’une famille aisée, n’avait pas de problèmes matériels, alors que les deux autres étaient en quête d’argent pour s’en procurer.

 

Un autre élément important à prendre en considération était que les drogues pouvaient avoir altéré le jugement de McKinney, le principal meurtrier. Il n’était pas sous influence de produits illicites la nuit du meurtre, mais il a été prouvé que les substances en question peuvent avoir des effets à retardement sur la personnalité, ce qui expliquerait l’incroyable déchaînement de violence du bourreau sur sa victime : Matthew avait eu, entre autres, le crâne défoncé à coups de crosse.

 

Lors du procès des assassins, la défense a essayé de mettre en avant la légitime et vertueuse indignation de deux hétéros face aux avances d’un pédé. Bien évidemment (et heureusement...) cela n’a fait que soulever un tollé général, et a enfoncé encore plus McKinney et Henderson aux yeux de l’opinion publique, et des jurés. Par la suite, une fois la sentence prononcée, les deux hommes sont revenus sur leurs déclarations, et sur cette thèse. Ils ont été interviewés dans la prison où ils devraient finir leurs jours par la journaliste Elisabeth Vargas. C’est là l’un des passages du reportage qui m’a le plus marqué. On s’attend à découvrir deux monstres haineux, et on se retrouve face à deux petits jeunes hommes aux allures de gamins post-pubères, calmes, posés, discrets. Ils parlent un peu de leur enfance, de leurs regrets d’avoir commis ce meurtre. Il faut presque se pincer pour ne pas ressentir de la compassion à leur égard !

 

Russel Henderson est celui des deux agresseurs qui conduisait le véhicule, qui a attaché Matthew à la clôture avec une corde, et qui s’est contenté de rester passif pendant la torture du jeune homme. Selon ce qu’il dit, il a essayé d’intervenir une fois pour arrêter les coups infligés par McKinney, mais il en a reçu un lui aussi, qui l’a fait battre en retraite. Il explique qu’après s’être longtemps dit qu’il n’était pas directement responsable de la mort de Matthew, il a fini par admettre sa part de culpabilité, qu’il devra gérer jusqu’à la fin de ses jours.

 

Aaron McKinney, qui a frappé Matthew à coups de crosse à tel point que le visage du jeune homme n’en était plus reconnaissable (sa mère, horrifiée, n’était même pas sûre qu’il s’agissait de lui en le découvrant à l’hôpital) a admis le meurtre. Ce qu’il réfute aujourd’hui, ce sont les accusations d’homophobie. C’est là un point extrêmement intéressant. Selon certains témoins, McKinney aurait été abusé sexuellement pendant son enfance, par certains des petits amis occasionnels de sa mère. D’autre part, selon les témoignages d’un ami à lui, et de la fille avec qui il vivait au moment des faits, il serait bisexuel et aurait déjà eu des contacts sexuels consentis avec des hommes, lors de parties à trois. Ce qui, apparemment, détruirait la thèse de l’homophobie. Mais McKinney dément ces rumeurs sur sa présumée bisexualité, et assure en plus que son crime n’était pas motivé par une haine homophobe. Il aurait donc enlevé Matthew, l’aurait attaché dans un coin désert, battu à mort et abandonné là sans autre motif que celui de lui voler 20 dollars et une paire de chaussures.

 

Reste, pour expliquer les faits, le paramètre « drogue ». McKinney n’était pas sous son influence ce soir-là, puisque justement il cherchait à voler de l’argent pour s’en procurer. Effets à retardement ... ? C’est certes possible. Il n’en demeure pas moins que les petites amies de McKinney et Henderson avaient affirmé lors du procès que les deux hommes avaient prévu depuis quelques jours de se trouver une victime homo afin de la détrousser plus facilement. Mais elles se sont rétractées sur ce point-là aussi, par la suite. Un peu tard, après la condamnation, Kristen Price a juré que son petit ami n’avait aucune haine homophobe, et que seul l’appât du gain et la confusion mentale due à la drogue l’avaient poussé à s’acharner sur Matthew.

 

Il ressort donc de tout cela que Matthew a été battu à mort par un homme qui n’était ni homophobe ni sous l’influence de la drogue au moment des faits. Un homme simplement motivé par le désir de voler de l’argent. Un homme qui aurait été abusé sexuellement dans son enfance. Un homme que l’on dit bisexuel, mais qui dément l’être. En définitive, quelqu’un de relativement banal dans une société moderne. Des milliers d’hommes ont subi des attouchements sexuels dans leur enfance. Des milliers d’hommes aiment prendre du plaisir avec les deux sexes. Des milliers d’hommes refusent d’admettre leurs tendances homosexuelles, concrétisées ou pas. Des milliers d’hommes seraient prêts à voler de l’argent si on leur en donne l’occasion. Des milliers d’hommes s’adonnent régulièrement à la drogue. Des milliers d’hommes, confrontés à une scène de violence, n’osent intervenir.

 

Matthew a été la victime unique de ces milliers d’hommes-là, incarnés par deux d’entre eux, ce soir-là. Qu’il ait pris de lui-même (ou pas !) l’initiative de leur faire des avances sexuelles ne change rien, ni à l’horreur de son sort, ni à la responsabilité de ses bourreaux. Matthew a été la victime malheureuse, au mauvais moment, au mauvais endroit, d’une société malade de ses frustrations, des ses blessures refoulées, une société malade de son hypocrisie.

 

La ville de Laramie n’a même pas été capable d’empêcher une manifestation homophobe le jour de l’enterrement de Matthew. Sans égards pour le chagrin de ses parents, de sa famille, de ses amis, les membres de l’église baptiste de Topeka, dans le Kansas, manifestèrent ce jour-là devant le cimetière en brandissant des pancartes où l’on pouvait lire : « Matt Shepard brûle en enfer », « le Sida fait crever les pédés » « Dieu hait les pédés ». Le leader du mouvement, le révérend Fred Phelps, avait même envisagé de faire construire une stèle de marbre portant cette inscription : « Matthew Shepard a pénétré en enfer le 12 octobre 1998, parce qu’il n’avait pas écouté les avertissements de Dieu : tu ne coucheras pas avec l’homme comme avec la femme, car c’est une abomination (Lévitique 18 :22) ». Une législation particulière aux villes de Cheyenne et de Casper, concernant les messages religieux, aurait pu l’autoriser. Cette permission a fort heureusement été refusée à Phelps.

Matthew Shepard.jpg

 

« Tous ceux qui pensent que l'amour doit se soigner
n'ont pas assez d'expérience de l'amour dans leurs propres vies. »

(Joan Garry, directrice de GLAAD,
veillée au Capitole à Washington , 14 octobre 1998
)

 

dimanche, 17 août 2008

Sémantique et homophobie

En discutant sur un réseau de mecs  l’autre jour, j’étais  tombé sur un Italien avec qui j’avais engagé une conversation à bâtons rompus. Mais, alors que tout se passait très bien et que nous discutions agréablement, me semblait-il,  au bout de vingt minutes, le voilà-t-il pas qui a interrompu brutalement la conversation :

 

« Preferisco fermare qui. Ciao »

« Ma perché ??? »

 

Il faut dire qu’avec mon caractère enculeur de mouches (entre autres…) je ne peux pas supporter qu’on me claque la porte au nez sans connaître le pourquoi du comment, et les tenants et les aboutissants…

 

A force d’insister, il a fini par me dire « A me piaciono soltanto gli  attegiamenti virili, anche nelle parole »

 

Il recherchait un mec qui ait une attitude de MEC.

 

En termes plus clairs, il n’aime pas les folles. Bon, sur ce point, il ne pouvait se baser ni sur mon physique, vu que je n’avais pas branché pour lui ma cam et que donc il n’avait pas encore eu l’occasion d’admirer ma perruque Dalida et mes faux cils. D’autre part nous ne parlions pas au téléphone, et il ne pouvait commenter ma voix, roucoulant façon Mylène Farmer.

 

Alors quoi ?

 

J’ai fini par comprendre que deux termes que j’avais employés dans la conversation l’avaient « choqué ». Ah bon, lesquels ? D’abord, pour désigner TiNours, j’avais dit ‘Mio marito ‘ . Ca lui a pas plu, à l’autre. Alors quel terme aurais-je dû employer ? ‘Mio compagno’ me répond-il, du bout des lèvres et à contrecoeur…

 

Et c’est là que je voudrais marquer une pause et prendre le monde à témoin. Je repense à l’intéressante note que Christophe avait rédigée l’autre jour, intitulée ‘Des folles’. Il y écrit notamment, avec beaucoup d’humour :

 

« Certains cherchent avec beaucoup de détermination ce qui, selon eux, ressemble le plus à un hétéro. D'aucuns trouveront un rasé au Cox, d'autres une chemise de bûcheron au Quetzal. Pour quelques-uns (de plus en plus ?), il s'agira d'attraper un des musclors sur podium du Raidd ou un ours duveteux du Bear's Den... Constructions psychosociologiques de la virilité dans lesquelles il vaut mieux ne pas trop s'enfermer selon moi, au risque de se rendre extrêmement malheureux. »

 

Eh ben voilà. On est en plein dans cette paranoïa-là. D’autant plus exacerbée selon moi, que cette fois il ne s’agit même pas de look, mais des « bons termes » à employer dans la conversation. Si on vit avec un mec, il faut parler de lui en disant « mon compagnon » et non « mon mari ». Pourquoi, au fait, si l’on cherche un peu à gratter ? Est-ce parce qu’il n’existe pas de « mari » pour des homos, au sens légal du terme ? Outre le fait que TiNours et moi sommes pacsés et que je ne vais tout de même pas l’appeler « mon Pacsou » (même si c’est mignon au premier degré, c’est limite grotesque au second), quand je passe en revue la liste des termes possibles, aucun ne me paraît convenir :

 

« Mon Compagnon » ça me fait penser à compagnon de lutte, compagnon de maquis, compagnon de la chanson, même. Ca a un côté emphatique et solennel que je trouve grotesque, en l’occurrence. Ca fait penser à deux personnes, ou plus, qui avancent main dans la main, sur fond de Marseillaise. Des personnes qui sont là uniquement pour s’entraider, et sans amour. Or amour il y a.

 

« Mon Copain » ça fait ado pré-pubère, ça fait « génération podium », ça a un côté « jeune bênet » que je pense avoir dépassé, à mon âge.

 

« Mon Ami » (en précisant bien ‘ami-i’) : summum de la déshydratation.

 

« Mon Mari » pour en revenir à ce que je disais plus haut, c’est vrai que c’est faux d’un point de vue légal. Mais il ne faut pas oublier non plus que je parlais italien, et donc que j’ai utilisé le terme que je connaissais et qui me paraissait le plus approprié.

 

‘Mon conjoint’ ou ‘mon époux’ sont trop « connotés hétéros », à mon goût.

 

Reste « mon Mec ». C’est de loin le mot que je préfère dans ce contexte, et celui que j’emploie le plus souvent. Ca a une connotation vaguement agressive et, justement, « virile » (puisqu’on en est là) qui me plaît bien.

 

Je tiens à préciser que l’analyse que je viens de faire ici est bien sûr totalement subjective et n’engage que moi. On a tout à fait le droit de préférer tel ou tel autre terme, selon sa sensibilité propre. Mais moi, je n’impose rien à personne, et je ne sortirais pas un cruchon d’eau bénite si un copain me parlait de son mec en me disant « mon compagnon ». Je me retiendrais même de sourire, je crois.

 

Pour en revenir à ma conversation avec l’Italien en question, j’ai aussi commis la grave erreur d’utiliser le mot « frocie » en parlant des homos en général. Faute lourde de conséquences. Par la suite, d’autres copains italiens m’ont expliqué que pour parler des homos en Italie, on dispose du terme archi -galvaudé de ‘gay’ et … de rien d’autre. ‘Frocio’ au masculin, c’est un peu péjoratif. ‘Frocia ‘ c’est encore pire. Peut-être que Farfalino, s’il lit cette note, pourra éclairer davantage ma lanterne, mais voici mon interprétation personnelle : en gros, pour simplifier, « frocio » = « pédé » et « frocia » = « pédale » (avec ce que cela véhicule de nuances dans chaque cas). Et alors que j’utilisais ça tout à fait innocemment dans la discussion, sans vouloir aucunement choquer ni offenser (je parlais d’ailleurs en général, et je n’ai à aucun moment interpelé mon interlocuteur en lui disant « tu sei una frocia ») cela l’a (presque !) fait tomber évanoui et battre en retraite en brandissant un crucifix. Pour avoir employé ce terme, je me classais inévitablement dans la catégorie des follasses et plus aucun dialogue avec moi n’était possible.

 

Je m’en suis remis. Outre le fait que le mec en question ne présentait pour moi aucun intérêt (en tout cas pas sexuel) sinon le fait de pouvoir me payer une belle bavette en italien, tout ça m’a fait réfléchir à l’homophobie latente du langage.

Ici encore, je vais glisser sur ce que je connais mieux, le français. De quels mots disposons-nous pour désigner « les hommes qui aiment les hommes »?

 

« Homosexuel » ça pue le Larousse médical. C’est un terme qu’on peut éventuellement employer lors d’un coming-out pour rassurer les parents en leur laissant penser qu’il s’agit d’une grippe, mais pas un terme à utiliser de façon courante.

 

« Gay » personnellement, j’ai horreur de ça. Je ne crois pas avoir jamais prononcé la phrase « Je suis gay ». Ca fait trop anglo-saxon. Et puis, si au moment où je le dis, je suis un gay triste (ça arrive aussi…) cette litote m’ennuie.

 

« Homo » : mouais, bofff. C’est un peu mieux que ce qui précède, mais guère. Ca fait Bonux, ça fait Ajax, ça fait Ariel. Comme si je sortais d’une machine couvert de mousse avec des bulles s’échappant de mon nez et de ma bouche… Désolé, je suis issu de la génération-pub….

 

Reste « pédé ». Ca c’est un mot sur lequel la population reste terriblement divisée. Ma sœur, ça la fait bondir. Trop connoté, pour elle. Et puis invariablement, à une époque, y avait la cohorte des autres « pédés » justement, qui aimaient jouer à Maître Capello quand je prononçais ce mot devant eux… « Tu sais d’où ça vient… ? c’est le diminutif de… » Je les coupais immédiatement, ça m’horripilait, ce ton docte « Oui oui, pédéraste, ça veut dire qu’on aime les enfants, et c’est une perversion avec laquelle on ne doit pas amalgamer la communauté des « gays » et pati et pata. Oui, oui, oui….. ! Je sais je sais »

 

Eh ben moi, encore une fois, par provocation inconsciente (peut-être, je veux bien l’admettre), c’est, dans la liste, le terme que je préfère. J’aime dire « Je suis pédé », il y a encore là-dedans une certaine forme de « …et j’assume » « …et ça me plaît » « …et je vous emmerde » « …et je suis un mec quand même » « …et j’ai pas peur des mots » que j’affectionne.

 

Au final, il est marrant de constater que, bien sûr, les mots n’ont de connotations (homophobes ou pas, mais on peut élargir le débat) que celles qu’on veut bien leur laisser prendre, dans notre bouche. On pourrait aussi disserter à l’infini sur les nuances entre nègre et black, meuf et nana, etc etc… Bon, je me cantonne à ce que je crois connaître. Mais finalement, le fait que l’on hésite tant entre plusieurs termes, dont aucun n’est pleinement satisfaisant, au fond, traduit bien une certaine forme de malaise sur certains sujets, dans la société.

 

« Mon voisin et son mari ont un cousin qui est pédé lui aussi ». Comme je voudrais que dans 10 ans, 20 ans, ce style de phrase ne fasse pas plus d’effet que « Mon cousin et sa femme ont un voisin turc » … et que tout glisse dans une bienveillante indifférence, de part et d’autre…