mardi, 30 juin 2009
J’ai pas toujours l’air de ma chanson
Samedi soir, on était invités chez Lala, une collègue de travail de TiNours qui fêtait ses cinquante ans. Soirée paëlla géante dans le jardin, et chacun des invités pouvait apporter, au choix, une entrée ou un dessert pour que la maîtresse de maison ne se crève pas à préparer trop de nourriture pour la centaine d’invités que nous étions. J’avais fait deux tartes aux poires « qui déchirent leur race ».
Chez Lala, l’avantage c’est qu’on connaît toujours un tas de monde, et qu’on retrouve régulièrement des visages pas vus depuis plusieurs mois, un an, voire plus. C’est très agréable. Partout où l’on se retourne « Aaaah tiens, tu es là toi ??? » « Mais combien ça fait, depuis le temps ??? » « Ce que ça me fait plaisir, qu’est-ce que tu deviens ? » etc etc.
Il y a aussi les gens qu’on ne connaît pas. Dès notre arrivée là-bas, Ria, une amie à Lala, occupée à touiller la paëlla, m’a flanqué dans les bras (je rime mais c’est vraiment involontaire !) un ami à elle, parce qu’il ne ‘connaissait personne et que je suis sympa’ (et ran, encore une rime en A). Tu parles. En fait, c’est parce qu’il est homo, et que deux homos ensemble, chez les hétéros, ça doit forcément avoir l’instinct grégaire. Eh ben le courant n’est pas passé, et c’était pas ma faute. Même le bavard que je suis n’a pas réussi à lui arracher davantage que des "oui" , "non", et les détails indispensables pour répondre à mes questions sans être impoli, si bien que, découragé, je l’ai planté là au bout d’un quart d’heure. TiNours, gentil, a pris le relais quelques minutes plus tard. Il m’a raconté, mi-hilare, mi-agacé, plus tard, le résumé de leur « discussion » :
TiNours : « Et toi tu habites où ? »
Lui : « Saint-Paul. Ca se voit non ? »
(Pour les non-initiés, Saint Paul est un village pas loin d’ici, situé juste en bordure de mer, et le mec arborait un bronzage insolent, à croire qu’il dort dans un coffre à UV toutes les nuits...)
Bon, dans des cas comme ça, on n’insiste pas (marre de ces rimes en A !!!). D’ailleurs Mister Sarcome 2009 a très vite fait savoir à la copine qui l’avait amené qu’il s’emmerdait et qu’il voulait rentrer chez lui (ce qui obligeait Ria à quitter la soirée elle aussi, parce qu’elle l’avait emmené en voiture. Tout ça, avons-nous appris plus tard, pour qu’il puisse aller sur un lieu de drague vers les minuit... Ah, ces homos...)
Les deux homos restant (enfin, sur ceux qui étaient répertoriés et estampillés ce soir-là) se sont, eux, fort bien amusés. Le buffet était délicieux (en entrée ET en dessert) et j’ai repris de la paëlla. Sketches amusants pour fêter l’avènement de Lala en tant que quinquagénaire, et un « one man show » de son fils de 19 ans l'imitant, à la maison, au travail, ou lorsqu’elle se dispute avec son mari. Le tout était empreint de bonne humeur et toujours hilarant, sans méchanceté aucune.
Après, il a fallu danser ! Je me suis fait un peu tirer l’oreille pendant un quart d’heure par les nanas présentes « Oh ouiiiii Lancelot, allez viens danser » (j’adore me faire supplier à chaque fois par des femmes....) jusqu’à ce que j’entende ça. Et là, je ne résiste jamais :
J’ai dû tenir trois quarts d’heure sur la piste, et puis je suis allé me rasseoir, pour regarder de loin mon TiNours, bien plus vaillant que moi, qui était déchaîné ce soir-là. J’aime voir mon z’hom danser. Il est beau mon z’hom à moi quand il danse. A chaque fois, une espèce d’attendrissement m’envahit. C’est toujours lui le moteur, celui qui a les idées, celui qui est partant pour faire les choses. Le voir évoluer sur la piste de danse me faisait penser à son énergie infatigable... et c’est sur cette rassurante pensée que je me suis endormi sur un pliant du jardin, vers les 2h du mat, comme un grand-père ! Impression accentuée une demi-heure plus tard lorsque je me suis réveillé : Lala avait gentiment placé une couverture sur moi, parce que la nuit était fraîche. Bienvenue à l’Hospice des Mésanges.... Où était donc passé mon déambulateur... ?
Mais en tout cas une très bonne soirée. J’ai revu Lala le lendemain, elle avait peur que je me sois ennuyé. J’ai dû lui jurer à genoux qu’il ne faut pas tenir compte de mes incoercibles accès de somnolence en fin de soirée, où que je me trouve. Pas ma faute si j’ai été piqué par la mouche Tsé tsé quand j’étais petit.... SI, SI, je me suis amusé ! Beaucoup, même !
Dans un registre tout différent : hier soir, apéritif pour clôturer l’année scolaire. J’ai dit plus haut que s’il y avait une journée que je détestais par-dessus toutes, c’était bien celle de la pré-rentrée. Celle qui conclue les cours et examens, en juin, et surtout la cérémonie ridicule qui la marque, me sont presque aussi insupportables. A chaque fois, on doit écouter des discours soporifiques dont on n’a rien à foutre :
« Eh bien nous allons prendre des vacances bien méritées... tout le travail accompli... l’an prochain... classes en plus... classes en moins... effectifs... courage... efforts... Dieu... famille... patrie... »
« Cette année deux grands départs en retraite, qu’on ne remplace pas, parce qu’au rectorat ils ont dit qu’elles étaient irremplaçables (ah... ah ...... ahah...) : Madame Huguette Battani et Mademoiselle Ariane Museau. Ah et puis aussi, Monsieur Norbert Marsouin, qui a choisi de muter au lycée Marx-Lénine, le vilain... Sans oublier Monsieur Urbain Douch, qui après avoir brillamment réussi l’examen pour devenir proviseur adjoint, va bientôt faire partie comme nous des malheureux de l’administration... mais non on n’est pas malheureux. On vous aime, vous le savez.. » (applaudissements timides, et ricanements francs)
« ...Ah oui, je ne dois pas non plus oublier que Mademoiselle Ariane Museau se voit décerner, juste avant son départ en retraite, un grand honneur : elle reçoit les palmes académiques » (je l’imagine très bien les accrocher à la bretelle de son soutien-gorge Bras Croisés de Spongex. Non ça c’est moi qui le dis, c’est pas le proviseur). « Et si nous retracions sa carrière... ? Elle a passé l’agrégation en 1932... blabla... premier rapport sexuel en 1950...blablabla ... premier orgasme en 1966... blablablabla...une descente d’organes en 1975... blablablablabla.... »
Ouff c’est fini, on va enfin pouvoir s’attaquer au buffet vers lequel tout le monde louche depuis trois bons quarts d’heure : les pizzas et petits fours se ratatinent lamentablement sous l’effet de la chaleur, le mousseux et le jus d’orange passent insensiblement de l’état frais à tiédasse, avant d’attaquer la phase d’ébullition. Je tends une main impatiente vers une quiche pas trop ramollie, mais non, le moment n’est pas encore venu, finalement....
« Madame Huguette Battani, qui a fidèlement dirigé la chorale du lycée depuis 5 ans va maintenant chanter une chanson extraite du répertoire des secondes qui participaient à l’atelier, et qui ne sont hélas pas là ce soir pour l’accompagner, mais qu’à cela ne tienne, elle va chanter en solo ! »
(Timbre de souris qui a la patte prise dans un piège) :
« Aàààà laaa claiiiire fontaiiine m’eeeen aaaallaaant proooomeneeeeer... »
Et là, j’ai dit non. J’ai envoyé promener la quiche molle. J’avais réussi à donner le change depuis une heure d’horloge en posant un sourire en kit sur ma gueule, que j’en avais mal aux zygomatiques. J’avais réussi à réprimer tous les fous-rires et crises de nerfs variés qui me montaient aux lèvres, selon ce que j’entendais. J’avais réussi à faire taire les borborygmes de mon estomac vide qui réclamait sa pitance (il était presque 20 heures). Je savais que TiNours m’attendait, et que pour souper, on avait justement une bonne quiche et une salade préparés par Lancelot qui déchire sa race. Mais le filet de voix de Madame Battani qui roucoule à la lune, comme un dindon la patte repliée, non, je ne pouvais vraiment pas.
Et d’ailleurs, c’est vrai, sans me vanter, que ma quiche à moi, elle déchirait vraiment sa race. Mon z’hom, penché sur mon épaule, confirme.

Ne donc jamais se fier à mes attitudes. Je peux donner l’impression de bailler tout en m’amusant comme un fou, ou bien faire risette alors comme je m’ennuie comme un croûton abandonné derrière une malle. Et je ne suis pas le seul, bien sûr. Tout est une question de psychologie. Ou d’hypocrisie, sur mon deuxième exemple. Une qualité indispensable à la survie en société.
19:55 Publié dans Les humeurs de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : fiesta, apéritif de clôture, année scolaire
