mardi, 04 août 2009
Chaleur bonheur
Jeudi 16 juillet :
Première étape chez mes parents, à un tiers du chemin qui nous mène à Gênes,. Un avant-goût des repas italiens ; à peine arrivés hier, vers 13H, mon père nous sert son muscat, accompagné d’antipasti variés. Ma mère nous a mitonné des cuisses de poulet farcies (primo piatto) avec des petits pois. Il n’y a pas de secondo piatto, mais après le fromage et une délicieuse tarte aux abricots (faite maison évidemment) mon père veut nous faire goûter une de ses dernières trouvailles : de la glace à l’île flottante. On décline poliment. Sous l’œil réprobateur de ma mère, il s’en sert quelques boules « pour attendre le café ». Quant à nous, flottant suffisamment comme cela sans île, après toutes ces bonnes choses bien arrosées, nous sommes all&s faire une sieste ! La chaleur est bien plus intense que du côté de Montpellier, et, bien sûr, pas de clim. Heureusement, nous avons dégotté, bien caché au fond d’un placard, un vieux ventilateur centenaire dont personne ne veut. Son ronronnement bienveillant nous a aidés à traverser l’après-midi, et la nuit !
Quand j’étais gamin, en été, il nous arrivait souvent de décider de déplacer la table de la cuisine, pour avoir moins chaud lors du repas de midi. Et l’endroit le plus frais et aéré de la maison, si l’on ouvrait les pièces attenantes, c’était le couloir. Manger dans le couloir ! Je trouvais ça follement amusant. Pour moi, c’était la fête à chaque fois. Il en faut bien peu lorsqu’on a sept ans ! Il y avait là ma grand-mère, mes frère et sœurs, ma mère. Mon père, c’était plus rare. A midi, il travaillait. La couloir bruissait, retentissait de nos conversations et de nos éclats de rire. Il y avait par moments des courants d’air qui nous chatouillaient. On avait coincé les portes pour qu’elles ne claquent pas. Et en musique de fond, la scie des cigales qui s’en donnaient. Le chant de juillet, et d’août.
Plus personne ne mange dans le couloir aujourd’hui. Mais les cigales sont toujours là pour me servir de vrombissantes madeleines.
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samedi, 04 juillet 2009
Sans joie et sans larmes
« Je ne sais pas si tu as déjà vu pleurer ton père, mais je te garantis que ça remue drôlement à l’intérieur » m’avait dit un jour une copine, en terminale, pendant un cours de maths que nous n’écoutions pas.
Je n’avais pas embrayé. Je l’avais laissée raconter son histoire à elle.
Oui, j’avais déjà vu pleurer mon père, et, oui, ça m’avait « drôlement remué ». A l’intérieur, à l’extérieur, de partout.
Pourquoi les larmes des mères semblent-elles avoir moins d’importance ? Ou plutôt, marquer moins durablement ? J’avais vu pleurer ma mère un nombre incalculable de fois depuis que j’étais enfant. Je m’étais endurci face à ses larmes à elle. C’est un constat cruel, car, en définitive, c’est bien la personne qui en verse le plus qui est malheureuse, et donc qui aurait le plus besoin qu’on la prenne dans ses bras.
Non.
J’ai été plus impressionné par les larmes de mon père.
La toute première fois où je l’ai vu pleurer, je ne m’y attendais pas, et ça m’a pris par surprise, comme un coup de poing au creux de l’estomac.
Ma sœur aînée, Ann, dont j’avais déjà parlé ici, avait connu bien des errements, s’était fourvoyée dans de nombreuses voies sans issue. La famille avait mis très longtemps, trop longtemps, à comprendre qu’en fait ses délires n’étaient pas simplement le fruit d’une personnalité égoïste et extravagante, mais bien la conséquence d’une maladie. L’époque où elle avait 20 ans, 25 ans, avait été terrible car mes parents, mon autre sœur, mon frère et moi, étions déchirés par cette souffrance incroyable qu’elle nous infligeait, sans parvenir à comprendre comment, pourquoi elle n’avait pas de limites, elle ne cessait jamais d’en rajouter dans les tourments.
A 21 ans, elle avait intégré une secte religieuse. Elle avait été aperçue faisant la manche pour eux, pieds nus dans une rue d'Aix. Mon père, mon oncle, étaient allés la chercher dans la Drôme. Elle avait accepté de revenir, quelques jours, parce que ma mère était malade. De chagrin, d’angoisse, d’inquiétude. Quand j’avais revu Ann, j’avais été effrayé par son changement. Non pas physique, mais mental. Elle arborait une bonne humeur insolente face à nos mines effrayées. Elle avait bien spécifié au préalable qu’elle n’acceptait de rester que pour deux ou trois jours, et à condition de pouvoir continuer à pratiquer ses rites. Le bureau de sa chambre avait été transformé en autel, la maison puait l’encens (j’ai conservé en moi, depuis, une détestation profonde et viscérale de cette odeur-là). Si aux repas la conversation prenait un tour qui ne lui plaisait pas, elle sortait tranquillement pour manger dehors, assise par terre, son assiette à la main.
J’avais onze ans. Une impression de nausée est accrochée de façon indélébile à mes souvenirs de ces quelques journées.. J’avais sans cesse mal au cœur, l’angoisse qu’Ann m’inspirait était physique. Le lendemain de son retour, j’étais entré dans le salon, pour découvrir, affolé, mon père sanglotant et la serrant dans ses bras pour la supplier de ne pas repartir et de rester avec nous. Je ne l’avais jamais vu dans cet état auparavant. J’étais allé me cacher pour vomir, pour évacuer le stress ignoble qui clapotait en moi.
Bien sûr, ma sœur n’a tenu compte ni des larmes de mon père, ni de l’angoisse de ma mère, clouée au lit. Elle était repartie au bout de trois jours, en leur conseillant des séances de méditation. Mais si nous souffrions tous autant par sa faute, c’est parce que, là aussi, nous ne nous étions pas suffisamment endurcis. Les épreuves que Ann imposait étaient encore trop nouvelles, trop fraiches pour que nous ayons du recul et puissions hausser les épaules. Bien évidemment, la lubie de la secte religieuse n’a tenu que quelques mois, le temps qu’elle s’en lasse et trouve un autre exutoire à son délire. Il nous manquait quelques années pour nous habituer et survoler tout ça de plus haut, et surtout pour nous rendre compte que ce dont elle avait besoin, ce n’était ni de conseils ni de supplications, mais de soins médicaux. Intenses.
Quatre ans auparavant, lorsqu’elle avait passé le bac, elle avait été reçue avec mention bien. Mon père l’avait accompagnée voir les résultats à Aix. Un autre de mes oncles était présent. Il nous avait raconté plus tard, en aparté, à mon autre sœur et à moi-même, que devant la joie d’Ann, mon père avait pleuré. Son premier enfant décrochait le bac, brillamment. Emotion normale, et justifiée. Connaissant le caractère fier de mon père, mon oncle nous avait recommandé de garder ça pour nous. Je n’en avais plus reparlé, mais je n’avais jamais oublié. Une image que je repassais quelquefois en boucle dans mon imaginaire personnel de petit garçon. Mon père, pleurant de fierté pour la réussite au bac de sa fille aînée.
Seize ans plus tard, je me souviens de mes angoisses personnelles lors de mon CAPES. Les examens m’ont toujours fichu une trouille bleue, je n’ai commencé à m’améliorer et prendre du recul face à tout ça que quelques années plus tard, sans doute sous l’influence bienveillante de mon TiNours. Mais nous n’en étions pas là. Les résultats devaient être publiés sur minitel. Je m’étais connecté cinq fois, dix fois, ce matin-là, le serveur ne marchait pas. Je tournais en rond en lançant des imprécations à tout va quand tout à coup le téléphone avait sonné : une copine qui avait eu la bonne idée (et lle courage) de faire le voyage jusqu’à Montpellier, centre d’examen cette année-là, avait vu affichée la liste des reçus. J’y figurais, ainsi qu’elle, et d’autres amis avec qui j’avais révisé pendant un an. Après avoir explosé de joie et lui avoir crié dix fois que je l’aimais, que je la remerciais, que j’étais amoureux d’elle à tout jamais, je m’étais mis à faire des cabrioles dans toute la maison. Ma mère, assise, me regardait en rigolant et me disait de me calmer, de ne pas me mettre dans des états pareils. Mon père n’était pas là, parti acheter du pain. Quand je l’avais entendu revenir, je m’étais précipité sur lui, dans le garage : « Papa, je l’ai eu, je l’ai eu !!! »
« Eh ben, c’est bien. »
J’étais remonté dans la maison, mon enthousiasme un peu refroidi, mais la perspective de mon avenir qui s’ouvrait attisait les braises de mon excitation, de façon délicieusement absurde. Je n’aurais plus à craindre le chômage, je n’aurais plus à douter de ce dont j’étais capable, je ne dépendrais plus des autres financièrement, j’allais être libre, LIBRE. Tout ça peut paraître exagéré, mais mes échecs en médecine avaient fait germer en moi un doute affreux sur mes capacités à m’assumer seul. Ce jour-là marquait la mort définitive de cette mauvaise graine. Mes parents observaient mon allégresse d’un œil un peu ahuri. Je les ai regardés et leur ai dit en riant : « Je suis sauvé ! »
« Voilà, maintenant, nous pouvons mourir » m’a répondu mon père, très pince sans rire.
J’ai tourné le dos et je suis allé brasser seul mes réflexions.
Voulait-il faire de l’humour pour me faire comprendre que mon exaltation dépassait la mesure ? Etait-il sérieux et sous-entendait-il que comme j’étais le quatrième et dernier enfant, et que j’étais, en quelque sorte, casé, leur rôle à eux était terminé, et que ma joie coïncidait un peu avec un petit décès, celui de leur aide en tant que parents ? Est-ce que j’aurais dû être davantage sensible à ce que eux pouvaient bien éprouver comme tristesse de la fin d’une époque, ce jour-là ? Je n’ai jamais su.
Il n’empêche : même si ce sentiment n’est pas très noble, mon père m’a causé ce jour-là une douleur que je n’ai jamais oubliée. Pardonnée, oui. Mise sur le compte de la maladresse. Mais pas oubliée.
A seize ans d’écart. Les larmes de joie pour le bac de sa fille aînée. Le semi-reproche un peu ironique pour le capes de son dernier fils.
On s’endurcit, on se blase, face aux joies tout comme face aux douleurs. Je sais que ce jour-là, il était content pour moi. Mais il ne l’a pas manifesté. Il n’a pas simulé une allégresse qu’il ne ressentait pas. Même si moi, j’aurais voulu qu’il fasse semblant. Parce que ce jour des résultats de mon concours, devant lui, il n’y en a eu qu’un dans ma vie. Et ce jour-là, lui a raté le train. On ne pourra pas revenir en arrière, et le souvenir restera à jamais tel quel, pour moi : une joie immense, qui a été ternie, refroidie, douchée.
Suis-je jaloux de ma sœur ? Non, même rétrospectivement. Je me souviens aussi de la journée de son bac, comme nous étions tous, anxieux avant ses résultats, heureux ensuite. Je suis fier que mon père ait su manifester sa joie à lui par des larmes.
Mais la source s’est tarie entretemps. Ann a trop tiré l’eau du puits. Lorsque, plusieurs années après, mon autre sœur, puis mon frère et enfin moi sommes repassés par la même route, elle était desséchée.
Je suis content de n’avoir jamais fait pleurer mon père de chagrin. Je n’aurais pas la prétention de regretter qu’il n’ait pas pleuré de joie pour moi.
Mais j’aurais juste, juste voulu que ce jour-là il me serre en me disant « Je suis heureux pour toi, fils, la vie s’ouvre devant toi, fonce ! »
Bon, ces paroles-là ne sont pas sorties.
Mais, après tout, il a été à la hauteur, en actes, à bien d’autres occasions.
18:00 Publié dans Machine à remonter le temps | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : père, mère, soeur, capes, bac, famille
lundi, 01 juin 2009
Sunday Hassle
« Hassle : A great deal of trouble » (Définition donnée en 2° position dans le Collins Thesaurus.) En clair, pour les non-initiés : « Emmerdements »
Suite à ma note de dimanche dernier, celle-ci arrive pour expliquer que les dimanches se suivent et ne se ressemblent pas.
Il y a les jours où tout va bien, et les jours où tout baigne.
Hier matin, tout baignait.
Je n’avais jamais rencontré le frère et la belle-sœur de mon TiNours. Il était prévu qu’ils viennent passer la journée d’hier chez nous. A cette occasion, samedi, on avait tondu la pelouse, briqué la maison, préparé en avance un bon repas (Osso-bucco cuisiné par mon mec, une merveille). Voulant faire bonne impression, j’avais prévu de mettre ma plus belle robe de soirée, mis de l’ordre à mes cheveux, un peu plus de noir sur mes yeux. J’aurais donné n’importe quoi pour le(s) séduire.....
Mais, le dimanche matin, en me levant de notre lit (non) improvisé, je n’ai pas découvert, émerveillé, un ciel superbe. La météo était grise et menaçante. Comble de malchance, en branchant le robot qui nettoie habituellement le fond de la piscine, j’ai détecté un bizarre dépôt huileux et incolore en surface. On s’est perdus en conjectures : pollution ? chlore de mauvaise qualité ? Mystère.... La seule solution, en tout cas, était de faire fonctionner la pompe de façon à filtrer cette cochonnerie.
En parfaite maîtresse de maison, j’ai également préparé une autre bonne tarte (bien meilleure quand on la fait le jour même), et nous avons petit-déjeuné en pestant contre les nuages menaçants. D’ores et déjà, un repas de midi sur la terrasse ne serait pas possible. Mais peut-être, un apéro... ? Je suis peut-être irascible, mais j’ai appris à gérer mes colères terribles face à ce genre de choses. Non non, il ne faut pas s’énerver. Mais oui, la po-si-ti-ve attitude ! Bien sûr que les nuages ne font que passer ! TiNours est allé prendre sa douche. Et c’est là qu’un bruit caractéristique m’a fait regarder par la fenêtre. Adieu, l’apéro à ciel ouvert....
C’était la pluie évidemment
Et j’ai compris en la voyant
Que j’étais une pomme....
Pendant que TiNours se rhabillait
On l’avait dans l’cul, je le savais
Question d’habitude....
Mais le pire restait à venir. Alors qu’à mon tour je prenais ma douche, un coup de tonnerre épouvantable a retenti, éteignant la radio et tout le reste.... Le disjoncteur se serait-il mis en position ‘OFF’... ? Je suis ressorti sous la pluie pour aller vérifier ça au garage (quelle chance, deux douches pour le prix d’une...) et l’interrupteur n’avait pas disjoncté. (Moi, si). Donc, la coupure était générale sur le quartier. On a voulu appeler notre voisine Chantal pour confirmation : le téléphone ne marchait pas. Forcément, il est branché sur une prise de courant... GRRR. Restait le portable de TiNours. On a pu la joindre, ouf. Chez elle aussi, coupure. Riezn dautre à faire qu'attendre le bon vouloir d'EDF pour arranger ça. Alors, question angoissante : comment fait-on pour réchauffer un osso-bucco (heureusement fait de la veille, c’est meilleur) sur des plaques à induction en cas de courant coupé ? Mi-hilare, mi-apitoyée, Chantal m’a promis qu’elle pourrait éventuellement nous dépanner avec sa cuisinière à gaz si EDF ne réagissait pas avant l’arrivée de nos invités. Bon. C’était déjà adorable de sa part, même si la perspective de faire des allers-retours de chez nous à chez elle, sous une pluie battante, avec un chaudron plein à bout de bras, ne m’enchantait guère. Bon...
Mais... Nous n’en avions pas encore terminé avec tout ça....
J’ai raccroché et me suis retourné, et là TiNours me regardait d’un drôle d’œil :
Quand il s’est approché de moi
J’aurais donné n’importe quoi
Pour ne rien apprendre de pire...
Il ne m’a pas parlé d’amour
Et j’ai bien dû, comme toujours
En prendre plein la poire....
Il m’a dit « Ne t’énerve pas »
Il avait vu, à cause du toit
Une nouvelle emmerde....
On avait fait réparer, par notre copain Hans, une partie des tuiles la semaine précédente, parce qu’on avait un problème de fuite récurrent dans le salon. Mais il n’avait pas plu depuis. Eh bien voilà, vous avez bien deviné. De l’eau coulait goutte à goutte, bien doucement mais bien sûrement, dans notre cher living-room. La fuite n’était pas colmatée. L’eau, ça s’infiltre par des chemins incroyables, vous savez.
Quand je vous disais qu’il y a des jours où tout baigne ?
C’est le moment qu’ont choisi Caroline et Jean-Edouard pour arriver.
J’ai mis de l’ordre à mes cheveux
Un peu plus de noir sur mes yeux
Par habitude
J’ai dû oublier, simplement
Qu’on avait plein d’emmerdements....
PS : Bon, pour être honnête, je dois aussi rajouter que la journée s’est finalement très bien passée. L’électricité est revenue à temps pour que l’on puisse faire réchauffer le repas, la pluie (et la fuite.....) ont cessé une heure plus tard environ, l’osso bucco était délicieux, et le courant est très bien passé pour ce premier contact avec mon beau-frère et ma belle-sœur. L’après-midi, nous sommes même allés nous promener dans le village où l’on donnait une féria, et où nous avons pu croiser, entre deux taureaux furieux, Noël et Mimi qui passaient par là dans l’espoir de nous apercevoir. Souhait exaucé. Allez, quand Caroline et Jean Edouard sont repartis, on avait réussi, la journée n’était pas tombée à l’eau. J’ai pu exécuter ma danse de victoire.
(Ne pas oublier de rappeler Hans : il y passera ses nuits s’il le faut, mais cette fuite DOIT être colmatée... Ah mais !)

17:45 Publié dans Emmerdes au quotidien | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : famille, invités, dimanche
lundi, 06 avril 2009
Vision
Je me suis souvent demandé à quoi aurait bien pu ressembler notre vie si TiNours et moi nous étions rencontrés disons... dix ans plus tôt... J’aime évoquer parfois, secrètement, cette vie qu’on aurait pu avoir à l’époque : moi encore étudiant, lui bossant pour nous deux. Davantage d’angoisses et d’incertitudes, mais aussi des épreuves que nous aurions traversées en commun.
Je regarde quelquefois des photos de lui plus jeune, à l’époque où on ne se connaissait pas. J’aime aussi évoquer ce petit garçon qu’il a dû être. Je l’imagine toujours sage, réfléchi, et adorable. L’enfant que l’on aspire à prendre dans ses bras.
Et à trente ans, à qui ressemblait-il ? Tout ce que je sais de sa vie, je le sais par lui. Personne n’a été là pour me dire « Tu sais, quand il était plus jeune... » « Ohlàlà le coup qu’il nous a fait le jour de son anniversaire... » « Je t’ai pas raconté qu’un soir, on allait au cinéma lui et moi et que... »
Eh bien, ce week-end, j’ai rencontré TiNours le jour de ses 29 ans. Mais mieux que sur une photo ou par histoire interposée. En chair et en os. Il est venu passer le week-end ici. Je le dévorais du regard, je le scrutais avec une attention fascinée. Je l’écoutais. Pas possible de tendre ma main pour la poser sur sa joue, ou lui ébouriffer les cheveux. Juste eu le droit de lui faire trois bises, avant qu’il ne reparte, il y a quelques heures. Mais je n’en demandais pas plus. C’était déjà bien beau de pouvoir assister à ce son et lumière, sans avoir eu besoin de magie noire pour cela.
Jérôme est son neveu, le fils de son frère. Il ressemble beaucoup à mon TiNours. Même cheveux bruns, même pétillance dans son regard vert. Dans l’arête du nez, aussi, je retrouve des reflets de la famille Nounours ! Sa démarche, sa nonchalance tranquille. C’est lui, c’est bien lui.
Et surtout, je retrouve, tout étonné, la gentillesse et la politesse que je croyais oubliées. Mais il est vrai que Jérôme n’est plus un ado, loin de là ! Il a fêté ses 29 ans en notre compagnie. Rien que nous trois. On lui a sorti le grand jeu : bon repas, champagne, gâteau, cadeaux ! « Il ne fallait pas » nous répétait-il, tout ému. Ben si, il fallait. Depuis le temps que j’ai des neveux et des nièces par alliance, que je ne connais pas ! Il est le premier de la liste, je suis bien content que ce soit tombé sur lui ! Il m’a tout attendri avec ce bain de jouvence, cet aperçu d’un double de mon z’om quand il avait 29 ans.
Je pense qu’il a été content de son week-end aussi. Il reviendra, nous a-t-il promis. Cette fois, avec ses parents. Ai-je fait bonne impression ? J’espère. Je n’ai pas souffert du fait que TiNours m’ait passé sous silence pendant des années. Je l’avais déjà écrit ici. Il fallait le laisser fonctionner à son rythme. Le côté agréable des choses, c’est que maintenant que certaines portes sont ouvertes, il me reste tout un monde passionnant à découvrir ! Ce week-end n’en était que la première plage. Du sable fin, et doux, tout du long. Je veux bien continuer l’exploration du continent.
00:34 Publié dans Lancelot et TiNours | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : tinours, famille
dimanche, 05 octobre 2008
Coming out, Staying in
Seul en ce dimanche après-midi. TiNours est parti pour la journée chez son frère et sa belle-sœur, près de Perpignan, où ils ont récemment acheté un appartement.
Il se trouve qu’ils ne me connaissent pas, et qu’ils sont peut-être en ce moment en train d’entendre parler de moi pour la première fois. Oui. TiNours n’a jamais fait son « Coming-out » auprès de quiconque dans sa famille, à l’exception d’une personne, son neveu, qu’il a mis au courant il y a quatre ans.
Avant de se dire qu’il a pris son temps, il faudrait aussi comprendre la configuration familiale et le contexte particulier qui ont été, qui sont les siens. Il est le dernier enfant d’une famille de trois garçons. Ses parents ont divorcé, et pas du tout à l’amiable, alors que lui avait une vingtaine d’années. La famille s’est alors scindée en deux : ses frères aînés, leurs femmes et enfants ont privilégié leurs contacts avec le père ; lui seul est resté du côté de sa mère.
Sa maman est décédée trop tôt (à 55 ans) des suites d’une maladie génique. TiNours l’a soignée, assistée, aidée jusqu’au bout. Il a revu ses frères au moment des obsèques, mais le contact n’a pas vraiment été renoué. Par la suite, eux se sont éloignés à leur tour du père, qui s’était « remis en ménage » avec une autre dame. C’est donc encore une fois TiNours qui a été mis à contribution lors des derniers mois de la vie de son père, lorsqu’un cancer a été diagnostiqué.
Avant le décès de sa Maman, TiNours l’avait mise au courant de ses préférences, de sa vie. En revanche, malgré le rapprochement qui s’est opéré entre lui et son père vers la fin, ce dernier n’a jamais rien su. Manque de temps, manque de souffle, de courage de part et d’autre, manque d’occasions propices pour parler.
Depuis le décès de son père, il s’est rapproché de ses deux frères. Mais l’éloignement géographique n’a jamais favorisé les contacts entre eux. Il a assisté au mariage de ses neveux et de ses nièces. Il a passé certains réveillons dans le Nord avec eux (alors que moi j’étais chez mes parents). Mais ces visites ont été très sporadiques, de sorte qu’il n’a jamais eu à parler de moi, car je n’étais pas présent en ces rares occasions. Ces possibilités se sont faites encore plus rares depuis que nous avons déménagé sur Montpellier, eux étant restés dans le Nord. Mais plus récemment les choses se sont mises à bouger, puisque son frère aîné voudrait s’installer non loin d’ici pour sa retraite.
Je n’ai jamais reproché à TiNours le « black-out » qu’il a mis à mon sujet dans sa famille. Je suis plus à même que quiconque de savoir ce qu’il en coûte de faire ce style de révélation, même et surtout lorsqu’on a dépassé la trentaine, la quarantaine. Pour ma part, j’avais mis mon frère, mes sœurs, et enfin mes parents au courant lors de « confessions » successives et espacées dans le temps. Pour mes parents, j’ai attendu d’avoir presque 37 ans avant de sauter le pas. Et je l’ai fait par nécessité. J’en avais assez d’aller les voir, non seulement sans emmener l’homme qui partage ma vie, mais aussi sans parler de lui. C’était une gymnastique à laquelle je m’étais certes habitué, mais également une gymnastique étouffante, sclérosante.
Je n’ai jamais « mis la pression » pour être présenté à la famille de TiNours. J’ai toujours attendu, j’attends, qu’il se sente prêt. Je ne me suis jamais senti rejeté, mis à l’écart. Je sais ce qu’il ressent, je sais qu’il n’a pas honte de moi, de nous, je connais le fond de son coeur. Je sais que je suis de sa famille bien avant ses frères. C’est moi qui le connais mieux que quiconque. Nous nous ressemblons. A quelques nuances près, nous avons les mêmes goûts, les mêmes envies, les mêmes colères, les mêmes habitudes. Les mêmes rires, les mêmes larmes. Le même humour. Surtout le même humour. Il sait me faire fou-rire, appuyer sur les bonnes touches, mieux que personne. Il sait mes silences, il sait mes angoisses, il sait même mes mensonges. Et il les respecte. Il m’emmène sans m’emporter, il me tient sans me prendre, il m’aime sans me vouloir. Les liens que nous avons tissés entre nous sont pareils à l’oxygène : on ne le voit pas, on ne l’entend pas, on ne le sent pas. Mais sans lui, on meurt. Je sais. J’ai déjà essayé. Eloignement physique (lorsque lui vivait déjà à Montpellier, et moi encore à Lille) ou randonnée extra-sentimentale. Dans les deux cas, l’asphyxie est survenue. Lente, sourde et insidieuse, mais très sûre. Et je sais gré à mon Petit Ours d’avoir été présent pour contribuer à ma guérison, à chaque épreuve. Pas en me prêtant son épaule pour que j’y sanglote. Il y a des choses auxquelles on n’a pas droit, quelle que soit l’intensité du chagrin. Mais il a été là. Là, présent, tout simplement. Son regard vert, qui me disait « je sais ». Son silence doux, qui me soufflait « j’attendrai ». Ses mains, ses mains d’homme qui ont serré les miennes jusqu’à casser le chagrin. « Accroche-toi à moi, à nous, bats-toi, SURVIS… »
Le sexe. Une valeur fondamentale. Mais également fugace, capricieuse, changeante, volatile et éphémère. J’ai « baisé » avec beaucoup d’hommes. J’ai même fait l’amour, souvent. Mais le seul qui ait su, en plus du plaisir, me faire la tendresse, c’était, c’est, mon Nours. Lui seul.
Y a pas. C’est lui et pas un autre. Et ce qui m’a toujours conforté dans cette idée, c’est que jamais, jamais, depuis 17 ans que nous nous connaissons, il ne m’est arrivé, lorsque j’étais avec lui, de me dire que j’aimerais être ailleurs, ou que lui soit loin de moi. Jamais je n’ai eu envie de le quitter.
Alors, pendant que lui fait (peut-être) son « Coming out » auprès de son frère et de sa belle-sœur, moi je viens de faire mon « Staying in ». Une épreuve tout aussi acrobatique. Un pari sur l’avenir, et non des révélations sur le passé. Une constatation sereine plutôt que des aveux hésitants. Je viens vous avouer que le mec avec qui je vis, c’est l’homme de ma vie. Le mec de ma vie. Mon Mec, quoi.
Bah « acrobatique », comme tu y vas, Lancelot….. Y avait-il vraiment besoin d’une note entière pour confesser pareille évidence ?
19:20 Publié dans Lancelot et TiNours | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : coming out, famille
vendredi, 08 août 2008
Elle et Lui
Elle, l’autre jour, alors que nous marchions dans un chemin perdu au fin fond de la campagne, appelle sur le téléphone portable pour nous annoncer sa joie d’avoir été recrutée, choisie, sélectionnée, pour un poste qui l’intéressait.
J’avais été témoin, au cours des derniers mois, de ses angoisses, son abattement, son découragement, ses doutes sur elle-même, tout en essayant de l’aider. Mais la chasse à l’emploi reste un domaine où je me sens tellement impuissant, tellement. Les mots pâteux, mouillés, lourds et inefficaces que je lui avais servis à l’époque. Mon incapacité totale à être utile en ces circonstances.
En avançant dans ce chemin, ce « tunnel vert » bordé par des arbres et buissons denses de chaque côté de nous, j’entends sa voix vibrante dans mon oreille, je perçois son exaltation et son enthousiasme comme s’ils étaient palpables. Je souris, je me sens aussi inutile que lorsqu’elle m’avouait sa peur de toujours rester « nulle » et que mes mots de réconfort glissaient sur elle. Mais cette fois, je suis heureux à l’unisson et je me répète sans cesse intérieurement « je le savais, je le savais… ».
Lui, hier soir, sur le téléphone fixe, cette fois. En reconnaissant sa voix je comprends tout de suite. « Elle est née ??? » Il rit doucement, « Oui, elle est née… elle est belle, elle pèse trois kilos 330, elle a les yeux bleus, elle va bien, oui sa Maman aussi… » Il est Papa, il est heureux, il est fier.
J’ai le cœur qui bat, je ferme les yeux. Tout se mélange en même temps. Joie, étonnement. Regrets et tristesse douce, aussi. Je me souviens du jour de sa naissance à lui. De ce dimanche pluvieux où je m’étais penché avidement pour découvrir le visage de ce bébé magnifique qu’il était. C’est si loin et si proche à la fois. Je ne l’ai pas vu depuis plus de deux ans. Je ne connais même pas sa femme. Mais à chaque rare fois qu’il appelle, même sans qu’il n’ait de grande nouvelle à m’annoncer, sa voix, son calme, sa gentillesse me remuent.
La vie, les histoires familiales, nous ont éloignés l’un de l’autre. Mais je lui suis reconnaissant d’accepter de maintenir ce fil ténu entre nous. De venir me dire que la famille continue, de me faire ce signe d’amitié.
Elle, à Paris. Lui, à Manosque. Entre eux deux aussi le silence s’est installé.
Ils sont de mon sang, ils sont de ma chair. Et aujourd’hui, lorsque je me retourne vers ces enfants que j’ai rêvés mais que je n’ai jamais eus, vers ces projets si lointains et délaissés avec agacement depuis, ces petits qui auraient pu continuer à tracer une ligne dans mon existence et bien au-delà d’elle, et que je ne peux plus que hausser les épaules, jouer le fataliste, je sais qu’il y a encore Elle et Lui. Eux.
Je les aime, pour ce qu’ils sont. Elle parce qu’elle me ressemble tellement, de par son caractère. Lui parce que j’ai toujours senti qu’il était quelqu’un de profondément bon.
Mais je les aime aussi parce que j’ai l’impression que nos liens de sang ont tissé, que cela nous plaise ou non, qu’on le veuille ou non, des boucles serrées entre eux et moi. Je ne sais pas pourquoi, mais pouvoir se détourner des liens familiaux en haussant les épaules, c’est une chose que je n’ai jamais su faire. Quoiqu’il arrive, mes mains vers eux seront toujours tendues et ouvertes.
Lui et Elle, je les aime, tout simplement.
Et leurs voix que, le plus souvent, je ne peux appréhender que par le biais du téléphone, à chaque fois, elles descendent profond en moi et se posent doucement, pour me laisser une impression durable. Lui et Elle sont là pour me parler d’avenir, je suis pour eux un fragment du passé. Mais, dans le présent, demeure mon amour à leur égard. Pour Elle et Lui. Pour Lui, aussi. Pour toujours.

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