mardi, 07 juillet 2009
Gicleur, toaster, sueur et dépanneur
Il y a des jours, comme ça.....
Où l’on se lève de très bonne humeur, après une excellente nuit, mais visiblement Saturne en Pluton, ou Lune en Uranus font planer une conjoncture négative sur votre maison, sur votre vie.
Ce matin je pénètre sous la douche, je me mouille, je savonne du haut en bas mon beau corps sculptural. Et au moment de me rincer, paf, tout m’explose dans la gueule : jet d’eau, douchette, tuyau, tout....
Après avoir éteint le robinet, je constate qu’il n’y a rien de grave, heureusement : simplement la vis servant à raccorder le tuyau au robinet a craqué. Il faut racheter un raccord, bon.
J’en ai été réduit à me rincer dans la baignoire, en mettant du savon partout lors de mon déplacement entre la susdite et la cabine de douche. Bah, pas grave. Ca s’essuie.
Après ça j’arrive dans la cuisine et je veux faire griller mon toast matinal et quotidien. Clac, clac, clic, la tartine ne tient pas dans le grille pain. J’insiste : « Qu’est-ce qu’il a encore, c’te merde de grille pain ? » J’examine de plus près : victoire ! La résistance est pétée ! Et vas-y qu’il va falloir changer aussi de toaster ! Bon d’accord il avait cinq ans, bientôt six, mais tout de même.... Voilà le style d’inconvénient dont on se passerait bien quand on émerge de sa nuit...
Donc, une fois mon TiNours parti au boulot, je me dirige vers le supermarché pour acheter, outre quelques victuailles pour notre vespéral repas, le raccord de douche et un grille pain tout neuf.
L’hiver a un avantage : les gens sont en manteau. En revanche, en été, et TOUT PARTICULIEREMENT dans les supermarchés, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais quand certaines personnes passent, c’est l’horreur au niveau ODEURS.
Ca embourraque ! Tiens, un autre terme d’argot marseillais, je laisse vos narines imaginer où s’en situe le sens....
Certaines personnes transpirent beaucoup, pour des raisons variées : efforts, stress, chaleur, ou les trois combinés. On ne peut vraiment le leur reprocher, c’est naturel. D’ailleurs la sueur, au moment où elle « exsude » n’a pas une odeur désagréable.
Non, mais ensuite elle a tendance à fermenter. C’est LA que les ennuis commencent.
Alors il y a les gens qui : 1) ont transpiré. Beaucoup.
2) ont laissé tranquillement ça sécher sur eux, sans se laver.
3) ont re-sué par-dessus....
Ca donne de ces fragrances aromatiques.... incroyables. Fleur d’anus, de Jean Peste ! Les sujets concernés peuvent être d’âge et de sexe très variable : du jeune mec de 20 ans à la mamie de 70, en passant par le gros ventru de 50... A chaque fois, on leur donnerait le Bon Dieu sans confession, ils n’ont pas l’air particulièrement sales sur eux, et puis, une fois qu’ils vous ont dépassé de trois pas, on a l’impression d’être précipité au fond du containeur poubelle d’un HLM un dimanche soir...
Bon. Je me pince le nez, je me détourne et je passe à la caisse, en évitant soigneusement de me retrouver derrière le ou la « Puantor » en question.
Je rentre à la maison, j’installe le nouveau tuyau de douche, j’essaie le nouveau grille-pain. Tout fonctionne. En avons-nous fini avec les emmerdes... ? NAN.
Ce soir nous avons sorti le réfrigérateur du garage pour le dégivrer, et là TiNours vient de venir me voir avec sa tête des mauvais jours : « Je ne voudrais pas te casser le moral mais... »
A chaque fois qu’il démarre ainsi, je me recroqueville : « Quoi, quoi, QUOI ???? »
Eh bien, le fameux tuyau d’eau chaude, qui nous a déjà fait tant de misères en craquant deux fois, recommence à fuir. Si, si, rappelez-vous, j’en parlais ici. Il fuit, doucement mais sûrement. Imperturbablement, insensible à mes larmes et mes imprécations façon Sarah Bernhardt dans ‘Phèdre’. On a l’habitude maintenant : c’est toujours prélude aux chutes du Niagara, dans les jours qui suivent, si on ne s’en occupe pas très vite.
J’ai rappelé le plombier qui nous avait fait la réparation. Je suis tombé sur son répondeur. Nous allons avoir des invités, et ensuite nous partirons en vacances. Faut espérer que ce sera réparé avant.... La suite au prochain numéro....
19:38 Publié dans Emmerdes au quotidien | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : douche, tuyau, transpiration, grille-pain
dimanche, 17 mai 2009
Train matinal
C’est sur lui que l’on embarque, cinq jours sur sept, après avoir quitté nos « vaisseaux nocturnes » respectifs.
Cette heure quotidienne est toujours guidée, formatée, planifiée et pourtant je la trouve très douce à chaque fois.
A 6h45 lorsque le radio-réveil se déclenche, que le volet s’ouvre, les soupirs et grognements s’échangent, avec des pauses, yeux fermés, pour prolonger un peu le plaisir du repos. Mini-dialogues brumeux :
« Pfffou, encore se lever... »
« Bien dormi... ? »
« Voui.... Et toi... ? »
« Ben non, vers 3h je t’ai entendu ronfler... »
« Menteur va... mais pourquoi il raconte toujours des mensonges cet ours... ? »
« C’est pas vrai c’est toi le menteur » (bisou)
« Moi je ronfle jamais... » (baillement)
« Tu paaaarles ! » (Rires)
« Allez courage... On y va... ? »
« Allez... » (re-bisou)
Pendant que TiNours se dirige vers la cuisine, Lancelot ouvre grand la fenêtre de la chambre, prend trois ou quatre longues inspirations d’air pur, examine le ciel pour connaître la couleur du temps et du moral du jour : beau fixe... ? gris déprime... ? colère sombre... ?
Faire le lit : une autre tâche que j’aime bien. Lifter les rides des draps abandonnées après la nuit, secouer les bouffissures de sommeil enfouies au creux des oreillers. Laisser le grand air envahir la pièce, pour une bonne heure, qu’il fasse chaud ou froid dehors.
Et puis, direction la cuisine, où TiNours s’affaire seul depuis dix minutes. La table du petit déjeuner a été préparée, de façon systématique, depuis la veille. Une habitude qui a souvent suscité beaucoup de moqueries amusées de la part de nos amis. Mais, lorsqu’on émerge de sa nuit, c’est si agréable de se mettre en fonction « pilote automatique » pour laisser la mécanique interne préchauffer tranquillement.... Alors bols, assiettes, petites cuillères sont là, prêts à l’emploi, disposés sagement, depuis le soir. L’odeur-cliché du bon pain grillé s’infiltre dans mes narines. En revanche, pas de café. Le matin, j’aime prendre du thé. TiNours vient de presser les oranges. Mon verre est plein. Je le prends avec un sourire, et je retraverse la cuisine en entendant distraitement à la radio Bourdin qui susurre leur éternel slogan imbécile : « RMC : infos, donc sport... »
Dans la salle de bains, j’allume l’autre radio, qui, elle, est réglée sur France infos (’donc infos’, ça, ça tient la route...). Une gorgée, quelquefois deux, de jus d’orange. J’ouvre au préalable le jet de la douche, car l’eau chaude est toujours longue à arriver, et j’ôte tranquillement peignoir et caleçon. Difficile d’échapper à un coup d’œil sur soi : miroir panoramique devant moi, et derrière, les portes de la penderie sont constituées de glaces.
« Tu t’empâterais pas un peu, mon vieux... ? Et ça, là, ce n’est pas un cheveu blanc supplémentaire... ? »
« Mais non... Ces pecs rebondis, ce n’est pas dû à un excès de bonne chère, mais à un afflux permanent de testostérone. Quant aux tempes grisonnantes, ça te donne un faux air à la George Clooney... What else... ? »
Sous le jet brûlant de la douche, je m’étire, je chasse les derniers vestiges de la nuit engourdis au creux de mes muscles. Selon les jours, mes narines s’imbibent d’odeurs variables du savon-gel au nom exotique : Green Splash, Lemon Tropic, Orange Delight, Blue Lagoon... il y en a pour tous les goûts... pendant ce temps, à travers le bruit du jet d’eau, mon oreille capte une information sur deux : « S4rkozy gniagniagnia.... récession gnignigni... patron séquestré youyouyou.... loi Adopi pipipi... »
Sortir, se sécher vigoureusement. Nouvelles gorgées de jus d’orange, ça fouette les papilles ! Le corps, le cerveau, commencent à passer à la vitesse supérieure. J’ouvre encore en grand la fenêtre, car TiNours a horreur des vapeurs d’eau chaude, et j’étale la mousse à raser sur ma belle gueugueule à la mâchoire carrée (Quoi ma gueule.. ? Et qu’est-ce qu’elle a, ma gueule... ??). C’est toujours le moment du spot publicitaire sur France Infos. Si la chaîne était en osmose avec moi, je devrais entendre « Gillette, la perfection au masculiiiin ! » Hélas, c’est toujours des inepties du genre : « Bernard, tu as prévu quoi pour ta retraite ... ? » A chaque fois, je coupe rageusement le son et je me rase en faisant gaffe à ne pas me couper, moi. Le Bernard, son assurance-décès, il peut se la coller là où je pense. Pas de ça pour moi. Je compte bien être immortel. Dans cette optique, j’applique lotions et onguents divers : baume après-rasage, aftershave, lotion capillaire. Bon, rien de tout cela ne me transformera en Brad Pitt, mais inutile d’épiloguer, d’ailleurs TiNours, qui a fini de déjeuner, arrive pour prendre à son tour possession de la salle de bains et des fontaines de jouvence.
Après un détour par la chambre pour m’habiller (nouveau coup d’œil par la fenêtre ouverte, avec un regard complice, ou menaçant, c’est selon, vers le ciel), cap à nouveau vers la cuisine.
Tout en versant mon thé et en confitubeurrant ma tartine, je peux décider de trois options différentes pour le quart d’heure qui commence. Le plus souvent, je choisis de lire le journal, ou mon livre du moment. Ou bien, revoir un cours que j’aurai eu la flemme de repasser la veille. Enfin, je peux aussi rêvasser en écoutant RMC. La dernière option se fait de plus en plus rare depuis quelques mois car l’intensification des messages publicitaires, à cette heure, m’horripile. J’allais oublier qu’il m’arrive aussi d’emporter bol et toast dans le bureau où je jette un coup d’œil à mon blog pour voir si de gentilles petites souris ne seraient pas venues déposer un commentaire, depuis la veille.
TiNours en a fini avec ses ablutions à lui. Il vaque entre la salle de bains et la chambre, en pantalon, torse nu : « Pfffou qu’il fait chaud... » Je ne réponds rien, je le contemple avec une ombre de sourire au coin de la lèvre, une lueur au fond du regard, une envie qui se faufile au creux de mes mains.... Mmmmm.... Quel dommage qu’il faille aller bosser....
7h45, c’est le moment désagréable entre tous, celui de l’accélération. J’ai fini mon « stage » aux WC (TOUJOURS avec un journal ou un bouquin). TiNours vérifie sur internet que son train n’est pas annoncé avec du retard pour la millionième fois (ce qui l’obligerait à prendre le tram). Je me brosse les dents pendant que lui sort la voiture du garage, pour gagner du temps. Je ressors de la maison à toute vitesse. Il n’a jamais raté le train de 8h03 du fait de notre retard (on décolle toujours à 7h55), mais ne tentons pas le diable....
Toujours faire attention, lors de ces derniers instants précipités, à ne pas faire de gaffe lourde de conséquences. Par exemple, se piquer nos trousseaux de clés respectifs par inadvertance, si l’un ferme la porte avec la clé de l’autre. C’est déjà arrivé, et ça peut provoquer des situations très compliquées, pour la suite de la journée !
Dernier motif possible d’énervement : le portail automatique, qui peut se bloquer à mi-course, et nous obliger à perdre de précieuses secondes pour le refermer manuellement. Ces matins-là, mon taux d’adrénaline s’emballe, et les voisins doivent entendre mes glapissements hystériques...
500 mètres en voiture, j’actionne les feux de warning, et je m’immobilise au passage piétons habituel, à vingt mètres de la gare, pour déposer mon petit homme. « Passe une bonne journée... » « Toi aussi bébé » Bisou rapide. Depuis quelques semaines, un jeune collégien qui passe par là à la même heure, pour prendre son bus, nous a repérés. J’ai vu l’évolution de sa réaction dans ses yeux au fil des jours. Lundi stupéfaction, mardi sarcasme, mercredi moquerie, jeudi léger sourire neutre... Je pense qu’avant l’été on pourra peut-être tabler sur « complicité » ?
Il est 8 heures. J’accélère en direction de la nationale. J’ouvre la radio et entends la voix de hyène de Marc-Olivier F. sur Europe 1. « Oh non, pas lui... ». Passage immédiat en fréquence CD. Aujourd’hui, c’est Annie Lennox qui m’accompagnera sur les six kilomètres qui conduisent au lycée. La journée de boulot va commencer.
J’aime cette heure quotidienne entre réveil et départ, où peu de paroles sont échangées, mais où gestes et habitudes tissent des mailles très douces, qui nous resserrent sans jamais nous emprisonner.
00:14 Publié dans Lancelot et TiNours | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : réveil, douche, déjeuner, boulot, radio
