mardi, 28 avril 2009

Fan of Diet Coke fun

 

En 1994 la pub pour Diet Coke crevait le petit écran, en Amérique et en Europe. Les premières paroles de la chanson d’Etta James ‘I just want to make love to you’ sont aujourd’hui indissociables de l’image du beau Lucky Vanous, en ouvrier indifférent qui ôte posément son tee-shirt, tranquille comme un pape, avant de prendre sa pause (sa pose !), sans se douter qu’il est l’objet de regards brûlants et lascifs de toute une nuée de secrétaires aux hormones bouillonnantes, massées aux fenêtres de l’immeuble juste au-dessus du chantier.

Le succès phénoménal du spot n’est bien sûr pas seulement dû au hasard ou à la conjoncture. La publicité était très bien faite. Coca Cola a essayé de redonner dans le même genre par la suite, sans jamais parvenir à la même perfection. Les publicitaires ont essayé après ça un livreur de pizza qui arrive dans un bureau, ou des secrétaires coincées dans un ascenseur : rien n’y a fait. Le filon n’était pas épuisé, mais simplement inimitable.

Bien évidemment, la plastique de l’acteur était alléchante, mélange subtil d’ingrédients détonants : corps superbe et belle gueule virile et blasée. Le phantasme de l’ouvrier de chantier collait parfaitement au choix d’une chanson aux paroles un peu « brutales et vachardes » et à la voix rauque d’Etta James.

Mais, bien sûr, le clou du message réside surtout dans la brochette de secrétaires émoustillées qui laissent tout tomber à 11h30 au beau milieu de leur journée de travail pour se précipiter à la fenêtre. L’absurdité de leur situation ne rejoint que celle du geste de l’ouvrier qui se met torse nu pour boire son Coca : quelle idée ! S’il avait chaud, pourquoi ne s’était-il pas déshabillé avant la pause, justement ? Ca aurait été bien plus logique. Peu importe. Le spectateur accepte sans broncher ces petites incohérences parce que l’ensemble dégage un côté terriblement comique. Les nanas ont les yeux qui brillent et la bouche qui s’ouvre. Plusieurs genres sont représentés : la Femme Mûre, la Jeunette, la Linotte Etourdie, la Cochonne, la Bourge de la Haute, la Marrante... Tous les  caractères possibles que l’on peut facilement trouver au sein d’un bureau sont, en quelque sorte, ‘représentés’.  

Le summum du comique, bien sûr, ce sont leurs mimiques énamourées sur lesquelles la caméra glisse lentement après le ralenti qu’elle nous a offert sur le strip-tease de l’ouvrier : une telle ôte ses lunettes pour mieux voir, la suivante prend un air scandalisé mais fasciné, la troisième plisse vicieusement l’œil droit, les deux dernières sourient d’un air d’intense satisfaction. Seul dénominateur commun : elles ont toutes envie de ce beau mec, mais se contenteront de le mater, car elles le jugent probablement inaccessible.

Il n’y a aucune vulgarité dans l’ensemble, juste un côté rigolo et bon enfant. La scène pourrait presque être le début d’une comédie américaine à trois balles comme ils en produisent par centaines. La suite du film, bien sûr, serait le début de la compétition : laquelle des secrétaires va pouvoir mettre le grappin sur le bel ouvrier musculeux ? Avec la psychologie à l’eau de rose, les gags éculés et le cortège de mièvreries habituels. Mais le film est coupé juste à temps. Les nanas restent toutes anonymes, simplement personnalisées pendant un quart de seconde par une expression, un battement de sourcils. Et cela  suffit parfaitement.

Il est rare que je trouve un spot parfaitement réussi. Ceux qui peuvent prétendre à une bonne note sont ceux qui sont soit beaux, soit très drôles. Ici les deux ingrédients étaient subtilement réunis. Les hommes séduisants, dans les publicités, depuis quelques années, ça foisonne. Rien d’exceptionnel à ça. Mais cette pub Coca Light m’avait plu, et me plait toujours, parce qu’elle éveille en moi un écho. Au début de notre histoire, un de nos jeux préférés, à TiNours et moi, était de loucher sur les beaux mecs, dans la rue ou ailleurs, et de leur mettre une note. Chacun de nous deux avait sa tâche : le regard de TiNours repérait, de très loin, et avec une acuité rare, les 18/20. Cela, j’en ai toujours été incapable, car je suis myope comme un régiment de taupes, et je ne porte pas mes lunettes à l’extérieur. Mes yeux à moi, ils avaient la fonction lubrique. Ils brillaient, pétillaient et virevoltaient à l’approche du 18/20. Et puis, je commentais, à mi-voix, pour que mon mari se torde de rire.

On se sent terriblement ‘copine’ avec ces bonnes femmes qui matent un bogosse, et qui assument, en groupe. Il y a dans leur attitude un « Ahlàlà, que de bonnes choses se perdent... » qui les rend follement sympathiques et comiques. Je suis sûr qu’outre le public féminin, la pub a dû avoir un gros impact sur les homos en général.

Et dire que je ne bois jamais de Coca, ni ‘light’ ni autre. Je déteste ça... !