vendredi, 04 décembre 2009
Les joies de la famille

Ca se passe dans une banlieue suédoise. Göran et Sven, un couple de mecs qui viennent d’emménager, essaient de se faire une place dans une communauté petite-bourgeoise, auprès de qui ce n’est pas franchement gagné. Sven a déjà été marié, et a une fille adolescente, qui vit avec sa mère. Le rêve de Göran est d’adopter un enfant. Ils tentent l’aventure, dans les méandres de la bureaucratie, mais leur homosexualité pose problème au regard des agences d’adoption. Jusqu’au jour où, croyant avoir eu l’accord pour un bébé de « 1,5 ans » ils voient débarquer chez eux, suite à une erreur sur le papier, Patrik, un jeune délinquant de 15 ans, violent et homophobe.
L’affiche du film a été beaucoup critiquée. Elle est en effet affreuse, les trois personnages principaux y arborant des grimaces ridicules, entre deux guirlandes de fleurs roses, sur fond de ciel bleu. En fait elle est à l’image de cette histoire, douce et amère à la fois. Le quiproquo de départ est amusant et bien trouvé. Par la suite s’enchaînent des situations prévisibles et des rebondissements dont on se doutait. L’histoire reste sage. Plusieurs pistes intéressantes (notamment celle des rapports avec les voisins) sont entrevues mais sans qu’elles ne soient vraiment exploitées jusqu’au bout. Le dénouement est un peu convenu.
Ce qui sauve surtout le film de la mièvrerie, c’est le talent des trois acteurs, formidables chacun dans leur genre. Torkel Petersson sait parfaitement mettre en relief la dualité du personnage de Sven, séduisant et charmeur, mais aussi indépendant jusqu’à l’égoïsme, violent et excessif. Göran est interprété par Gustav Skarsgard, doux, sensible, émouvant dans son désir d’absolu. Mais c’est surtout Thomas Ljungman, « Patrik » qui éclipse tous les autres en petite frappe inquiétante avec ses allures félines et menaçantes. Son jeu est tout en retenue et en finesse, jamais excessif, et il sait rendre crédible une métamorphose qui, bien prévisible dans le film, serait beaucoup plus improbable dans la vie.
Le film fait surtout fondre de tendresse. Certaines scènes très courtes (Sven surexcité en découvrant la lettre d’accord de l’agence d’adoption, Göran désespéré qui arrache ses fleurs la nuit) prennent, brièvement, aux tripes. Et l’on ressent (en tout cas je l’ai ressentie, moi) d’autant plus douloureusement la vacuité de cet éternel débat imbécile sur la légitimité de l’adoption pour les couples homos.
22:26 Publié dans Ciné | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, homosexualité
dimanche, 03 mai 2009
Italy, Italia
Après la mort de sa femme dans un accident de voiture, près de Chicago, Joe décide d’aller vivre en Italie à Gênes, avec ses deux filles, pour tenter de restaurer une sorte de cohérence dans une famille détruite.
Les rapports entre eux sont d’autant plus compliqués après ce malheur que la cadette, Mary, se sent coupable de l’accident, et trouve refuge dans une forme de mysticisme : églises, mythes religieux, et même Monde des Morts la fascinent. Elle revoit par moments le fantôme de sa mère, présence affectueuse qui revient lui parler.
A l’inverse, l’aînée, Kelly, qui a été touchée tout aussi durement par le drame, tente d’oublier en s’étourdissant, à l’excès, d’été, de plages, de jeunes hommes italiens, et de fête. Entre elles, le père essaie de maintenir un difficile équilibre à leurs trois vies tranchées net quelques mois auparavant.
A Rome, Gianni, quinquagénaire célibataire , a pour principale occupation de prendre soin de sa vieille mère. A la veille du 15 août, le responsable du syndic de l’immeuble lui propose d’effacer ses nombreuses dettes s’il accepte de prendre soin, pour trois jours, de sa mère et de sa tante à lui. Il accepte avec réticence, mais c’est ensuite son médecin qui lui demande le même service. Gianni va donc devoir s’occuper pendant quelques journées (et quelques nuits !) de quatre vieilles dames aux caractères bien différents.
Le film de Michael Winterbottom est une succession de scènes brèves laissant peu de place (ou trop, par ricochet) à l’introspection. Le rythme est très rapide, et joue sur une alternance incessante d’aperçus sur ce que vivent le père (Colin Firth), et ses filles (Willa Holland et Perla Hany-Ja, excellente dans le rôle de la cadette). Les dialogues sont relativement brefs, les émotions suggérées par des regards, des silences, ou des travellings de la caméra. Le jeu des acteurs et le déroulement de l’action font ressentir au spectateur, jusqu’au malaise, le poids du non-dit lorsqu’un drame de ce genre arrive. La vie continue, par la force des choses. Essayer de tirer un rideau sur le passé en bouleversant tout par un déracinement en pays étranger, est-ce une solution ? Le film n’apporte pas de réponse, mais examine la question pendant 94 minutes.
Aux antipodes, dans un genre tout différent, Gianni di Gregorio nous livre, dans le film dont il est à la fois réalisateur et interprète principal, une histoire à l’optimisme indestructible. Le héros, brave garçon d’une gentillesse à toute épreuve, après avoir un peu paniqué au départ, s’arrange finalement très bien dans la gestion de ces quatre mamies, un peu despotiques sous leurs apparences aimables. Les caractères s’affirment, mais la bonté foncière de Gianni arrondit, adoucit, polit, même, les angles et aspérités de ce week-end de premier août qui aurait pu se transformer en expérience très éprouvante pour lui. Petit à petit, l’oubli des règles établies : prises de médicaments, horaires de coucher, restrictions alimentaires, fait glisser les personnages dans une joyeuse anarchie qui culmine en un éclat de rire à l’italienne, entre des verres de vin et une danse à cinq improvisée.
Le titre français du film de Winterbottom (« Un été italien ») est selon moi une erreur dans la mesure où il laisse dans l’ombre l’importance fondamentale d’un cinquième personnage : la ville de Gênes qui, filmée sous tous les angles (vue aérienne des ports, travelling dans les ruelles sombres et étroites de la vieille ville, aperçus de toits et de clochers) accompagne les protagonistes de façon très intime, au gré de leurs tourments, joies, humeurs et angoisses. Le titre original ‘Genova’, est lui, bien plus logique, laissant sous-entendre que la cité italienne est bien plus qu’un décor, qu’elle est un personnage à part entière, qui suit les autres héros et sert à refléter leurs états psychologiques, tantôt riante et ensoleillée, tantôt sombre et vaguement menaçante. Un jeu de « feedback » perpétuel où l’on ne sait jamais qui, de la ville ou des personnages, donne le ton. Même le soleil et les cigales peuvent sembler agressifs et menaçants dans cette scène où Joe, le père, parcourt plusieurs kilomètres dans la garrigue en courant pour tenter de retrouver sa fille qui s’est enfuie.
‘Pranzo di Ferragosto’ (‘Le Déjeuner du 15 Août’) joue beaucoup moins avec des aperçus de la ville de Rome. Gianni sort par instants dans la rue, mais la majorité du film se situe dans l’appartement qu’il occupe, en huis-clos successifs avec les vieilles dames. Toutefois il y a une seule scène où la ville est véritablement mise en perspective, en extérieurs : celle représentée sur l’affiche française du film. Tôt le matin du 15 août, Gianni part acheter du poisson pour le repas de midi, et son ami l’emmène sur sa mobylette. Un cliché italien sur lequel on se laisse entraîner avec plaisir, face au soleil inondant les avenues désertes. Ce dernier détail est improbable d’ailleurs, car ce jour-là une foule nombreuse se rend dans des établissements religieux. Mais quelle importance ? On se laisse griser par la vitesse, la lumière, la légèreté de l’Italie, en un mot.
Un aperçu américain intéressant de Gênes, regard extérieur exilé volontairement au sein même de la ville.
Un moment intimiste dans la vie d’un citoyen romain moyen sans éclat, une plongée au cœur de l’âme des gens d’un pays lumineux à tous points de vue.
Un mélange d’espoirs fragiles et de pessimisme ambiant, pour le premier. Une tranquille sérénité, un moment de bonheur entropique pour le second.
Deux films complètement différents, qui n’ont comme point commun que l’Italie, assorti pour nous au fait que nous les avons vus hier et avant-hier, profitant de notre week-end prolongé.
Promesses, portes ouvertes sur un horizon proche.
18:59 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : italie, rome, gênes, cinéma
dimanche, 30 novembre 2008
Vilaine

Mélanie Lupin, jumelle en négatif d’Amélie Poulain, décide un beau jour qu’elle en a marre d’être moche, trop gentille, et, de fait, exploitée par tous ceux qui la connaissent. Elle se lance donc dans une croisade de vengeances et de coups bas afin de se faire plaisir et de retrouver une autre forme de dignité dans la méchanceté.
Franchement pas convaincant, à mon humble avis. J’avais beaucoup apprécié Marylou Berry dans « Comme une Image » où elle incarnait de façon très juste et sans fausse note une jeune fille peu gâtée par la nature. Or, le personnage et l’histoire de cette Mélanie sonnent faux de A à Z. Face à tout ce qu’elle doit subir de la part des gens qui gravitent autour d’elle (au départ) il est absolument inconcevable qu’elle n’ait pas pensé à se révolter bien avant. Elle, elle est bien trop gentille, et son entourage beaucoup trop affreux. C’est TROP, et tout le potentiel de crédibilité de l’histoire s’effondre très vite. Que ce soit avec son patron (un gérant de bar station service), bellâtre exploiteur et fainéant, ses ‘amies’ , trois pétasses hystériques et sadiques, marinant dans la méchanceté caricaturale, ou sa mère, une cossarde qui lui fait faire son ménage, le scénario pousse le bouchon beaucoup trop loin. On n’y croit pas une seconde. On a l’impression de voir défiler une sorte de patchwork d’Amélie Poulain (bien sûr, mais ça c’est voulu, donc pas grave), mais aussi de Tatie Danièle, Plus belle la vie, les Filles d’à côté, bref un condensé de toutes les « Franchouillarderies » censées plaire au ‘grand public’ de nos jours. Au final, le film laisse une impression d’inachevé, ou plutôt de mal conçu. Quelques bonnes idées de gags (trois ou quatre chansons célèbres en toile de fond bien adaptées pour certaines situations, ou les relations de l’héroïne avec les animaux, ou ses errances sur les chats internet, notamment) sont noyées dans un torrent de clichés et de dénouements très prévisibles. Pas marrant.
Pour couronner le tout, dans le cinéma, avec nous, il y avait trois ou quatre « Franchouillards », justement, qui se gondolaient de joie à chaque gag et le faisaient savoir à haute voix : « Aïe ! elle a fait mal celle-là !! » « Ohlàlà, ça va chauffer !! » « Attention, son portable sonne !! » « Bravo, cogne-là ! ». On baignait dans la Beaufitude…
Le rôle de la fille au physique ingrat, j’espère que Marylou Berry va avoir la possibilité de tirer un trait dessus. Elle est vraiment talentueuse et mérite bien mieux que ce style de personnage convenu et trop facile.
16:18 Publié dans Ciné | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : marylou berry, film, cinéma
samedi, 18 octobre 2008
Saturno Contro
Ferzan Özpetek est un réalisateur d’origine turque, qui vit en Italie depuis la fin des années 70. Ses films sont profondément imprégnés de cette dualité culturelle, à l’instar, bien sûr,du magnifique « Hammam » (‘il Bagno Turco’), une première œuvre que j’avais eu la chance de découvrir dès sa sortie en 1997. Pour moi, un premier contact ébloui (et je pèse mes mots) avec le talent de cet artiste. Le film est un moment dans la vie d’un architecte italien, qui à la mort de sa tante Anita, hérite d'un hammam à Istanbul. Il tombe alors sous le charme d’un garçon rencontré là-bas, mais surtout du lieu lui-même. Au lieu de vendre, il éprouve le désir de restaurer le bâtiment pour le rouvrir, plutôt que de rentrer en Italie où sa femme l’attend.
La magie d’Istanbul à travers une série de promenades qui jalonnent le film,
la beauté d’Alessandro Gassman qui incarne avec tact un homme déchiré entre la ville turque et la ville italienne, entre son rêve et ses racines, entre son cœur et sa raison, et surtout la lecture en voix off, en italien, des lettres d’Anita à son neveu, lettres que lui ne découvre qu’après la mort de cette dernière, avaient été pour moi la source d’un moment d’émotion rare.
Il y a eu ensuite ‘Le Fate ignoranti’, (« Tableau de Famille ») en 2001, que TiNours et moi avions découvert, par hasard, un soir sur Arte. En français. Par chance, la chaîne rediffusait quelques jours (quelques nuits !) plus tard, le film en VO. Je me souviens avoir veillé jusqu’à 2 heures du matin pour être sûr de pouvoir l’enregistrer sans prendre le risque d’être soumis aux aléas d’un horaire fantaisiste ou des caprices du magnétoscope ! Encore une fois, et même bien plus encore que pour ‘Hammam’, j’ai été bouleversé par une vision à la fois juste, fine, émouvante et drôle, en deux mots, terriblement exacte, des rapports humains, vus à travers l’œil de la caméra d’Ozpetek. A Rome, Antonia, jeune femme médecin, mène une vie bourgeoise, sans histoires et confortable, avec son mari Massimo, qui tient une galerie d’art. Mais un jour en traversant une rue il meurt, percuté par une voiture. Passé les obsèques, les larmes et le choc, sa femme, en épluchant son courrier, tombe un jour sur un colis contenant un tableau accompagné d’une note pleine d’amour(*) signée ‘La tua fata ignorante’. Soupçonnant l’existence d’une maîtresse, elle fait des recherches pour découvrir que Massimo avait en fait, depuis des années, à son insu, une liaison avec un homme, Michele, vivant dans un quartier populaire, en compagnie de nombreux amis, dans une sorte de famille reconstituée, à laquelle Massimo venait régulièrement s’intégrer. Pour elle, le monde entier s’écroule. Mais, passé le choc initial, elle éprouve le désir de savoir, de comprendre, d’aller à l’encontre de cette « famille » qui fut un temps celle de son mari. Entre Antonia et Michele se tissent des liens tendus, et lourds, parsemés de crises et de moments de complicité, jusqu’à la surprise du dénouement final.
Un film original, rare, inoubliable. Je l’ai déjà dit plusieurs fois dans certaines notes ici, j’ai rarement été aussi ému par la
justesse de la vision des rapports humains tels qu’ils y sont décrits. Personne ne détient la vérité, aucun être n’est plus légitime qu’un autre dans l’amour. Entre Antonia qui reproche à Michele d’avoir, même a posteriori, brisé son couple, sa vie, ses souvenirs, et Michele qui lui répond « Peux-tu imaginer quelle souffrance pour moi cela a été de ne pouvoir être présent à l’enterrement de l’homme que j’aimais, pendant que le monde entier t’offrait son soutien ? », comment serait-il possible de prendre parti, pour l’un ou pour l’autre ? Leur douleur, leur colère, leur frustration, sont respectivement et également légitimes et belles.
Hier soir TiNours feuillette le journal à la page des spectacles : « Tiens, tu as vu, ils passent au Diago Capitole un film italien avec Stefano Accorsi, ce n’est pas lui qui jouait Michele dans ‘Tableau de famille’ ? »
Je dresse l’oreille, je demande des détails. Autres artistes à l’affiche : Margherita Buy (hummmm….? celle qui jouait Antonia, justement…) ainsi que Serra Yilmaz, actrice turque qui elle aussi était présente dans la distribution des ‘Fate ignoranti’. « Mais c’est qui le réalisateur… ? » « Ferzan Özpetec.... »
Adjugé, vendu ! Le film était diffusé à 22 heures. On a expédié le souper et on s’est précipités à Montpellier. On ne pouvait pas rater ça, surtout que seules deux autres diffusions étaient prévues, à des horaires très incommodes en semaine.
« Saturno Contro » (sorti en fait en février 2007) est encore l’histoire d’un groupe d’amis d’origines et de personnalités très diverses, unis par des seuls liens de tendresse, de complicité, de souvenirs, d’Amitié en un mot. Davide est écrivain, et vit avec Lorenzo, qui travaille sur des contrats publicitaires. Dans leur maison se rencontre régulièrement un petit groupe : le banquier Antonio (Stefano Accorsi), marié à la psychologue Angelica (Margherita Buy), qu’il trompe avec une autre femme. Il y a également Nival (Serra Yilmaz) une traductrice turque, Sergio, ex-compagnon de Davide (avec qui il a conservé de bonnes relations) et enfin Roberta, amie de Lorenzo, un peu dépressive, férue d’astrologie, et adepte de drogues.
Les rapports entre ces gens oscillent de la jalousie à l’amour, du désir à l’aigreur, de la complicité à la tempête, sans toutefois que jamais n’explose la bulle de leur amitié. Mais un soir, la lune entre en « Saturne », planète annonciatrice de bouleversements, de changements et de déchirements. Lors d’un de leurs repas entre amis, Lorenzo est victime d’une hémorragie cérébrale et tombe dans le coma. Autour de son lit d'hôpital, les membres de la « famille » vont chercher à régler leurs comptes avec leur monde affectif. La gestion de la perte d’un être aimé, et son acceptation en fonction de personnalités très diverses, est donc le thème du film.
Retrouver Stefano Accorsi et Margherita Buy en couple marié après les avoir connus adversaires et néammoins amis dans ‘Le Fate Ignoranti’ était une épreuve curieuse que nous avons traversée avec intérêt cependant. Même si ‘Saturno Contro’ est selon moi inférieur aux deux films d’Özpetec dont j'avais parlé pour commencer, il demeure, encore et toujours, dans la lignée de ce réalisateur, un très beau moment d’analyse des rapports humains entre des êtres qui se déchirent, se battent, s’étreignent, sans jamais cesser de s’aimer.
Si, pour plagier la démarche habituelle d’Orpheus, excellent critique cinématographique sur blog, je me demandais quel rôle j’aurais aimé tenir dans ce film-là, j’en citerais deux : Roberta (Ambra Angiolini) qui dans son désespoir, après la mort de son ami le plus proche, ne peut oublier la dernière phrase que Lorenzo lui a dite. Et quelques mois après, de l'eau plein les yeux, elle interroge un autre ami de leur cercle, à brûle-pourpoint : « Est-ce que toi aussi, tu aimerais me ressembler ? ». Désir désespéré d’amour et d’approbation. Ou bien, j’aurais aussi aimé jouer Sergio (Ennio Fantastichini), l’ex-amant de Davide, à l’humour grinçant et caustique. Pour cette scène magnifique où, quelques mois après la mort de Lorenzo, lors d’un ultime repas chez Davide, il le suit dans la cuisine et lui propose gauchement son aide, parce qu’il sent que Davide est sur le point de craquer sous le poids de sa souffrance. Mais ce dernier, aveuglé par sa douleur, ne peut que lui renvoyer colère et acrimonie en retour : « Tu ne peux pas savoir ce que je ressens depuis que Lorenzo est parti. Personne ne le peut. Tu ne sais rien » et il le plante là. Immobile, seul, et inutile au milieu de la cuisine. Le beau visage blessé de Sergio, sans larme aucune. Tout l’amour qu’il ressent encore pour Davide. Sa douleur à lui, l’ex-amant abandonné, dont personne ne se soucie. Tout cela transparaît dans ses yeux lorsqu’il croise le regard d’Angelica qui comprend qu’il vient de se produire quelque chose de grave. J'ai été fasciné par la dignité poignante de Sergio (encore un second rôle comme je les affectionne !) dans cette scène.
« Saturno Contro » est bien sûr un film à voir. C’est la garantie de deux heures de plaisir et d’émotions. Ferzan Özpetec, un réalisateur à découvrir de toute urgence, si par un hasard incroyable et malvenu, ce n’était pas encore fait. Cela, c’est une obligation.
(*)« Pour cette partie de toi qui me manque et que je ne pourrai jamais avoir, pour toutes ces fois où tu m’as dit ‘je ne peux pas’ mais aussi pour celles où tu m’as dit ‘je reviendrai’. Dans l’attente, toujours. Puis-je donner à ma patience le nom d’AMOUR ? » (dédicace posthume que Michel envoie à Massimo dans ‘Le Fate Ignoranti’)

19:33 Publié dans Ciné | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : ferzan ozpetec, le fate ignoranti, hammam, cinéma
dimanche, 28 septembre 2008
Old man, forever New

Un acteur qui dégageait bien davantage que du sex-appeal. Son impact allait bien au-delà. Il fait partie de cette lignée qui, aux côtés de Marilyn, Montgomery, James, Liz, et tous les autres, ont marqué mon âme d’enfant.
Je me souviens d’avoir été fasciné et effrayé par ses rôles de mauvais garçon dans ’Cool Hank Luke’ (Luke la Main Froide) ‘The Left Handed Gun’ (le Gaucher), ‘Hud’ (Le Plus Sauvage d’Entre Tous)…. Sa nonchalance étudiée, ses longs silences où seul son regard incroyable semblait parler, me le rendaient à la fois détestable et attirant. Le style de frère aîné que l’on redoute de voir débarquer, et que l’on regrette de voir filer.
Son choix pour ‘Cat on a Hot Tin Roof’ (la Chatte sur un Toit Brûlant) de Richard Brooks a également servi à sauver un film qui aurait pu être désastreux, car le scénario dénaturait l’esprit original de la pièce de Tennessee Williams. Mais son face à face avec Liz Taylor, la glace contre le feu, ainsi que la présence de Burl Ives dans le rôle de Big Daddy, ont contribué cependant à faire du film un grand moment du cinéma.
Je ne me suis jamais lassé de la fameuse scène d’anthologie sur le vélo dans « Butch Cassidy and the Sundance Kid », scène déjantée, incongrue et pleine de joie de vivre, à son instar.
Il avait déclaré, après avoir reçu son seul Oscar, pour ‘The Color of Money’ (la Couleur de l’Argent) en 1987, très tard dans sa carrière : « c’est super, maintenant je suis sur les rails, et je vais peut-être pouvoir trouver du travail… »
Paul Newman a été, toute sa vie, un acteur engagé dans des causes saines : il avait participé aux côtés de Martin Luther King à la Marche sur Washington pour les droits civiques des Noirs en 1963. Suite au suicide de son fils Scott en 1978, à l’âge de 28 ans, il avait créé le ‘Scott Newman Center’ pour la prévention de la drogue chez les enfants et les adolescents. Il avait également créé une marque de produits alimentaires dont les bénéfices étaient intégralement reversés à des organismes de charité pour les jeunes, et des créations de camps pour enfants cancéreux (il en existe notamment un en France).
Paul, c’était un Mec Bien.
On l’oubliera jamais.

22:23 Publié dans Ciné | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : paul newman, cinéma
dimanche, 21 septembre 2008
Mamma mia

Une jeune fille de 20 ans prépare son mariage. Elle et sa mère vivent sur une île grecque. La donzelle ne connaît pas son père. D’après l’ancien journal intime de sa mère, qu’elle a déniché au fond du grenier, il y a trois candidats possibles à cette paternité. Elle les invite donc tous les trois respectivement à la cérémonie, en signant les invitations du nom de sa mère, qui bien évidemment ne se doute de rien.
Le film « Huit Femmes » de François Ozon, avait fait, paraît-il, un tabac à sa sortie, en 2002. Personnellement, quand je l’avais vu (à la télé), il ne m’avait pas emballé du tout, malgré son prestigieux casting. Autant j’avais aimé la pièce de théâtre mêlant comédie et côté « policier », autant l’insertion de chansons célèbres, au sein de l’histoire, dans le film, avait un côté artificiel que j’avais trouvé lassant et même déplaisant.
« Mamma mia », adaptation cinématographique de la comédie musicale écrite par Catherine Johnson, part un peu du procédé inverse : on tisse un scénario autour de chansons pré-existantes. Eh bien, tout en adorant ABBA (on n’est pas pédé pour rien) et Meryl Streep (comme tout bon homo qui se respecte), je n’ai pas pu m’empêcher de faire à ce film le même reproche qu’à «Huit Femmes» : non, même en aimant les tubes archiconnus, et justement PARCE QUE je les aime, je n’ai pas apprécié de les voir casés, à coups de botte, presque, dans une intrigue cucul et nunuche à souhait. La scène où, sur la route de montagne menant à la chapelle, Meryl Streep et Pierce Brosnan font une pause pour interpréter, sérieux comme des popes « The Winner Takes it All », c’est tellement alambiqué et invraisemblable que ça m’a tordu de rire. C’était peut-être le but recherché… ?
Les paysages de l’île de Kalokairi, tout en étant splendides, me paraissent « en discordance » avec ce style de musique. Pour moi, entendre « Gimme gimme gimme » c’est visualiser un podium de l’Eurovision, on un dancefloor des années 70 en boîte de nuit. Pas la Méditerranée ou des pinèdes, pour sublimes qu’elles soient.
Les Américains, dans le film, font fonctionner au maximum la carte du « trio » chère à leur cœur : Sophie, la jeune héroïne (Amanda Seyfrid), reçoit ses deux copines de lycée (gloussements, cabrioles, exclamations hystériques). Les trois pères potentiels (Pierce Brosnan, Colin Firth et Stellan Starsgard) débarquent en même temps dans l’île (camaraderie virile, réflexions méfiantes, défis lancés à demi-mots, mâles jalousies). Enfin, la mère de la future mariée (Meryl Streep) a également invité ses deux anciennes amies (Christine Baranski et Julie Walters) avec lesquelles elle formait un groupe musical dans sa jeunesse (nostalgies, crèmes de beauté, scènes de fous-rires autour de cocktails, angoisses ménopausées, etc…). C’est tellement américain (ça, plus l’intrigue) qu’on en vient presque à se demander ce que ABBA et la Grèce viennent faire dans tout cela.
J’ai l’air bien sévère. Alors pourquoi suis-je quand même ressorti de la salle le sourire aux lèvres ? Ben parce qu’une fois qu’on accepte le côté artificiel du mélange « Chansons d’ ABBA + Ile méditerranéenne + Acteurs américains célèbres » alors ça passe. Les chorégraphies sont géniales, et les acteurs globalement bons, chacun dans leur genre caricatural. Meryl Streep, depuis « le Choix de Sophie » jusqu’à « Le Diable s’habille en Pravda » en passant par « Holocauste » et « Out of Africa », prouve une fois de plus qu’elle peut tout, tout, tout jouer, en laissant à chaque fois le public (moi en tout cas) amoureux d’elle. Bien sûr, est-il besoin de le préciser, les chansons nous replongent dans un délicieux bain de jouvence made in années 70 (désolé pour les plus jeunes) et c’est très amusant (oui, aussi…) de les voir interprétées par des célébrités comme Pierce Brosnan. James Bond chante Abba !
Mon moment préféré a été la fin, où toute la troupe des acteurs, vêtus de pantalons kitsch à franges et vacillant sur des moonboots à talons hauts de 20 cm, interprète une chorégraphie de « Dancing Queen » et surtout de « Waterloo » comme sur une scène. C’est là qu’enfin, j’ai applaudi et adhéré, en riant de plaisir. Au final, je me suis dit que le film aurait en fait énormément gagné à se contenter de n’être qu’une suite de danses et de chansons sans qu’on cherche à les lier entre elles par un lien artificiel et une intrigue niaiseuse. Mais je suis indécrottable sur ce plan-là : je n’arrive jamais à concilier les deux genres « comédie » et « musicale » dans ma tête, et je m’étais déjà fait les mêmes réflexions après avoir vu « Footloose » ou « Flashdance ».
En conclusion, ça vaut le coup. Mais bon. Sans se rouler par terre non plus. Sinon pour se mettre au diapason et s’éclater au rythme de tubes que l’on a tous adorés un jour.
19:26 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : abba, meryl streep, comédie musicale, cinéma