vendredi, 02 octobre 2009

Barbra, Brel et TiNours

Hier soir, je rentre du lycée vers les 18h : la maison était ouverte, mais pas de TiNours à l’horizon. J’appelle, je fais le tour de la maison. Personne, jusqu’à ce que je regarde pardessus le mur qui nous sépare de chez les voisins. Ils sont partis une semaine au Portugal, en nous laissant les clés. Mon z’hom était chez eux en train d’arroser les plantes de leur terrasse... Bon, il est bien là, il n’a pas été enlevé par des extra-terrestres. On se fait un coucou rapide, et en attendant qu’il ait fini, je rentre  à la cuisine pour m’occuper de l’épluchage du potiron pour la confection d’un bon gratin, en regardant d’un œil l’émission de M6, Un Dîner Presque Parfait : c’est justement le programme parfait ‘en toile de fond’ dans ces cas-là, parce que ça ne nécessite pas trop d’attention et ça met dans l’ambiance. Je coupe, j’épluche, quand tout à coup mes yeux tombent sur un sachet ‘Virgin Megastore’, posé sur le comptoir, qui n’était pas là ce matin. Tiens ? Qu’est-ce que ça peut bien être... ? Mais avant même d’avancer une main curieuse, j’ai compris. La veille, TiNours m’avait dit « Tu savais que Barbra a sorti un nouveau CD ? Je l’ai vu à la FNAC en me baladant après la pause-déjeuner ». Non, je ne savais pas. On avait un peu farfouillé le soir sur internet, et je lui avais dit qu’on pourrait peut-être attendre ce week-end pour voir ça.

 

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Il n’a pas attendu, il est comme ça, mon TiNours. Il sait que ça va me faire plaisir, alors il achète. Je souris déjà en faisant glisser le CD hors du sachet plastique. C’est bien ça, je ne me suis pas trompé. « Love is the Answer ». Sur la pochette, Barbra me sourit, mollement vautrée sur son divan, pelotonnée dans des lainages, avec son bronzage parfait et sa longue mèche qui cache son profil droit. Ce côté-là du visage toujours dissimulé, c’est une constante chez elle. Elle le trouve trop moche.

 

Barbra Streisand. C’est ringard. C’est cucul. C’est banal pour un pédé d’aimer ça. C’est démodé. C’est plus dans le coup. C’est, c’est, c’est....

Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise, moi. Barbra,  je suis tombé dedans quand j’étais petit. Quand j’avais 15 ans, plus exactement. Et déjà, à l’époque, on se foutait de ma gueule pour ça, parce qu’il était de bien meilleur ton d’aimer Police ou Supertramp. J’ai fini par cesser de discutailler et me justifier. Déjà à l’époque, je me faisais un point d’honneur de refuser de me conformer à ce qui était dans l’air du temps, et de ne pas faire comme les autres. Ce qui d’ailleurs, ne m’empêchait pas d’aimer beaucoup « Breakfast in America » ou bien la plastique de Sting. Mais cracher sur Barbra, non. Désolé. J’aimais, j’adorais. J’assumais. J’aime toujours. Je continuer à connaître toutes ses chansons par cœur. Je sais aussi toutes ses imperfections, ses travers, ses défauts en tant que chanteuse, en tant qu’actrice. Ca ne change rien. J’aime, j’achète, et j’aime encore, et je continue à collectionner.

 

Le CD est une compilation de ballades façon « easy listening » comme ils disent en anglais. Une expression que j’aime bien parce qu’elle traduit bien ce qu’elle veut dire. C’est de la ‘musique facile’, douce et tranquille, le genre de chose que l’on peut écouter pour se sentir bien, ou même s’endormir. Elle y chante, elle y parle, comme d’habitude d’amour. What else ? Reprise de certains succès d’un autre crooner célèbre, Frank Sinatra, entre autres.  ‘Love is the answer’ ou ‘Make someone happy’ sont des mélodies qui parlent du quotidien, de la recherche perpétuelle du bonheur, de la plénitude, qui souvent se trouvent à portée de main, à portée de coeur. « In the wee small hours of the morning » évoque les moments où, après une nuit passée auprès d’amis, on rentre et on se retrouve seul, avec l’esprit paradoxalement clair et détaché du reste, pour se concentrer sur une seule pensée, celui, celle qu’on aime. Mélange de thèmes hyper classiques et galvaudés : la nature et l’amour, l’amour et le monde, entrelacés entre les paroles de ‘Gentle Rain’ , ‘Spring can really hang you up the most’, ou ‘Smoke gets in your eyes’. Easy, easy, tout ça. Ben, je marche, et j’assume. J’aime cette voix qui me caresse le cœur quand je vaque à mes occupations, en corrigeant les copies, ou en allant au boulot. Je marche, je roule, et j’en redemande, sans chercher plus loin.

 

Cette voix, aujourd’hui, je l’ai écoutée dans la voiture, et aussi en rentrant et en déjeunant. Seul, parce que TiNours est au boulot et ne rentre que ce soir. Et pourtant, c’est lui que j’entends à travers les mélodies. Ce petit cadeau inattendu, sans raison aucune, alors que je n’avais rien réclamé, et qu’il n’y avait pourtant rien à fêter, m’a fait fondre. Il est gentil mon z’homme.

Il est là.

Présent.

Patient.

Aimant.

 

Il est toujours là pour me donner sa main sans que je la lui demande, pour me rattraper quand je pourrais trébucher, pour me soigner si mes mains saignent, pour ramener la lumière au cœur de la nuit, pour me faire pleurer de rire dans le marasme du quotidien, ou rire à travers mon chagrin dans les labyrinthes que la vie nous fait parfois emprunter.

 

Il est là, bordel. Il est ici et maintenant. Il est tout à la fois ma vie, et mes racines, et mes branches. Et souvent je me dis que sans lui je dériverais, je dépérirais. Sans poids et sans existence.

 


podcast

 

 

 

Ne me quitte pas
Je n'vais plus pleurer
Je n'vais plus parler
Je me cacherai là
A te regarder
Danser et sourire
Et à t'écouter
Chanter et puis rire
Laisse-moi devenir
L'ombre de ton ombre
L'ombre de ta main
L'ombre de ton chien
Mais
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas.

 

Moi je t'offrirai
Des perles de pluie
Venues de pays
Où il ne pleut pas
Je creuserai la terre
Jusqu'après ma mort
Pour couvrir ton corps
D'or et de lumière
Je ferai un domaine
Où l'amour sera roi
Où l'amour sera loi
Où tu seras toi
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas


mardi, 14 avril 2009

De l’attente (2) : La boîte de bonbons.

J’adore lire les biographies de stars. A Noël, ma sœur, qui me connaît bien et sait ce qui me fait plaisir, m’a acheté –entre autres- l’excellent ‘Jimmy the Kid, James Dean Secret’ de Jean Noël Coghe, et ‘Streisand, her life’ de James Spada, très fouillé et documenté.

 

Comme le second bouquin traite aussi de l’enfance de Barbra Streisand, il y est fait allusion à Louis Kind, le second mari de sa mère. Son père était mort alors qu’elle n’avait que quinze mois. Quelquefois, même la vie ne peut échapper aux clichés. Elle a guetté, tout au long de ses jeunes années, l’approbation de ce beau-père, pour n’obtenir, en retour, que dédains et moqueries : « Non je ne t’achèterai pas de glace. Tu n’es pas assez jolie ».

Sa mère finit par se séparer de cet homme froid et menteur, et Barbra n’eut plus de nouvelles de lui jusqu’en 1964.

Après que ‘Funny Girl’ soit devenu un succès phénoménal à l’affiche à Broadway,  un jour, l’actrice se blessa à l’œil Le docteur lui conseilla de ne pas se produire ce soir-là car la pression imposée par le rôle et les chansons auraient pu aggraver la blessure.

 

« Ma doublure était prête à prendre ma place » raconte Barbra. « C’est alors que j’ai reçu cette petite boîte de bonbons de la part de mon beau-père. Il était dans la salle, au premier rang, parmi les spectateurs. »  Bien que Louis Kind et sa mère n’aient jamais divorcé, Barbra ne l’avait pas revu, ni eu de ses nouvelles depuis qu’il avait quitté la famille, huit ans auparavant. Dès qu’elle sut que Kind était dans le public, Barbra déclara au metteur en scène « J’y vais ! »

Son docteur lui administra un anesthésique pour l’œil, et elle monta sur scène, décidée à montrer à son beau-père à quel point il s’était trompé à son sujet. « Je n’ai jamais mieux joué » dit Barbra. « C’était la meilleure de toutes mes représentations ». Immédiatement après, elle se rendit dans sa loge et refusa toute visite, parce qu’elle attendait que Louis Kind vienne en coulisse pour lui dire enfin qu’elle avait fait quelque chose de bien. Elle attendit plus d’une heure, mais il ne se montra pas.

Barbra conserva la boîte de bonbons –la seule chose que Kind lui ait jamais offerte- pendant vingt-trois ans. Puis elle raconte, en 1987 : « Après toutes ces années, j’ai fini par la balancer à la poubelle. C’est ainsi que je me suis débarrassée de lui. »

 

Vingt-trois années accumulées sur une vieille boîte de sucreries moisies. Sans parler des années d’enfance, enfouies sous la poussière, mais jamais oubliées, bien évidemment. Vingt-trois années où à chaque fois que son regard tombait sur le paquet enrubanné, elle a dû penser, il a voulu me dire ceci, il devait avoir envie de me raconter cela, il n’a pas osé, ce jour-là, c’était de ma faute, j’étais une gamine si pénible... et ce soir-là, si je ne l’avais pas autant agacé avec mes jérémiades... et puis, en fin de compte, n’est-il pas venu, VENU me VOIR, me REVOIR... d’ailleurs, elle est jolie cette boîte avec toutes ces couleurs, il a dû se rappeler que j’aimais le rouge, le jaune, le....

 

Une boîte de bonbons, ce n’est qu’une boîte de bonbons.

Des trucs sucrés, que l’on achète machinalement, comme un passe-partout impersonnel avant d’aller rendre visite aux gens. Des choses à oublier aussitôt après les avoir avalées, sauf si elles sont par trop écoeurantes. Une boite de sucreries, c’est un objet incongru pour enfermer, ou abriter de l’amour. Mais l’amour, partout où il croit pouvoir se réfugier, il niche.

 

Dans La Cicatrice, que j’ai résumé dans la note précédente, Bubby, le petit frère du narrateur, aime jusqu’au désespoir, offre son œuf, et meurt.

Barbra, elle,  a longtemps conservé la boîte de bonbons, mais a eu la chance de ne pas glisser dans son escalier, et de survivre.

L’amour nous aide à comprendre plein de choses.

La vie nous les apprend, les choses. Elle nous apprend aussi, à notre cœur défendant, que bien souvent, il n’y a rien de plus  à comprendre, et surtout, rien du tout à attendre.

Qu’un mur, c’est un mur. Et que ce n’est pas la peine de chercher à se briser la tête contre. Ni de s’obstiner à s’ensanglanter les mains dessus, à se casser les ongles sur le mortier. Parce que même si l’on parvient à arracher quelques briques, c’est en pure perte. Derrière, il n’y a rien. Pas de porte, ni de fenêtre ouverte sur le soleil levant. Que du noir, du vide, du néant. Désolé, Jeff.

 

La seule solution raisonnable, c’est de tourner le dos, et repartir dans une direction nouvelle. Et tenter, ce qui est terriblement difficile, voire impossible, de conserver malgré tout un cœur pur. Capable de peindre plein d’autres œufs, en rouge vif, comme le sang de la vie.

Après avoir bazardé la boîte à bonbons moisis.

 

Dans une poubelle, bien sûr. Continuer à respecter l’environnement, quoiqu’il arrive.