vendredi, 06 novembre 2009
1984 en 2009

Suggestions diverses et variées faites aux profs par l’administration depuis le début de l’année, via des messages que nous récupérons dans les casiers :
« Comme tout le monde désormais possède internet, si nous avions vos adresses mail, nous pourrions communiquer ensemble de façon plus rapide et plus efficace.... Bien sûr, cela restera confidentiel entre vous et nous. »
Bôfff, bon, pourquoi pas... ? En début d’année, je donne mon mail. Il y a trois semaines, j’apprends (par panneau d’affichage au lycée, et non par mail) qu’une réunion est organisée pour les terminales série XYZ le lundi après-midi, alors que j’ai cours avec l’un des deux groupes composant la classe. Ca va être très coton pour abandonner une heure de cours avec un groupe tout en le conservant au même niveau de progression que l’autre. Super. Bon, je m’arrange dans mes préparations, je prévois un cours de remplacement, je préviens les élèves qu’ils n’auront pas anglais le lundi, même si je dois les accompagner à la réunion (évidemment). Une fois toutes ces belles dispositions prises, je rentre chez moi pour découvrir un joli message en mail le vendredi en fin d’après-midi : « La réunion de lundi est annulée, vous pouvez faire cours normalement ce jour-là »
Ah, pour être rapide et efficace, ça l’a été. Vive la communication entre les profs et l’administration via mail !
« Avec les suspicions de grippe H1N1 nous pourrions être amenés à fermer du jour au lendemain. Le lycée possède un site, vous êtes invités à vous y inscrire pour pouvoir, le cas échéant, mettre vos cours en ligne et envoyer aux élèves le travail à faire en cas de fermeture inopinée. »
Alors là, j’ai dit « non », tout net. Je dois être l’un des rares profs du lycée à ne pas m’être rendu aux séances d’explications sur le fonctionnement de ce fameux site. L’hystérie sur cette grippe me fatigue déjà énormément, je ne vais pas m’en rajouter trois louches en prévoyant du travail supplémentaire ‘au cas où’. D’autant que j’ai l’impression que cette fameuse « épidémie », elle a bon dos pour tester le degré de souplesse des fonctionnaires en anticipation de ce qui pourrait se mettre en place dans quelques années. Les cours, les devoirs et les corrections en ligne, c’est pas dans mon contrat. Vieux con je suis, vieux con je reste.
Depuis deux ou trois ans, le remplissage des bulletins se fait en ligne. Personnellement je trouve ça très commode, on peut le faire tranquillement depuis la maison, sans se bousculer avec d’autres collègues en salle des profs. Eh oui, mais... cette année, on nous demande également si, sur le même site de notes, on ne voudrait pas remplir le cahier de textes des classes concernées. De cette façon, les élèves pourront le consulter. Mais accessoirement aussi, l’administration et les parents d’élèves.... J’ai un cahier de textes personnel où j’inscris la progression et les devoirs de chaque classe. Il est disponible, principalement pour l’IPR si je suis inspecté, ou éventuellement pour les élèves qui ont été absents. Dans ce second cas de figure, les élèves se foutent bien du cahier de texte, d’ailleurs. S’ils sont fainéants, ils ne font rien du tout. S’il s’agit d’élèves consciencieux, ils empruntent le cahier de leurs copains et leur demandent le travail à faire. C’est tout simple.
Le cahier de texte en ligne satisferait aux exigences de fliquage. Je ne le remplis pas. Sur ces trucs, je suis bourrin, mulet, entêté. Y a rien à faire.
On pourrait toujours voir dans ces trois premiers cas un désir sincère et désintéressé de l’administration d’améliorer le rendement des profs face à leurs classes. C’est moi qui suis une grognasse. Bof, j’assume. Mais j’ai gardé la perle pour la fin...
Au lycée, on dispose, comme dans beaucoup d'autres établissements, d’un parking de profs dans lequel on pénètre grâce à un ‘passe’ qui ouvre la grille automatiquement. Or depuis la semaine qui précède les vacances, cette grille demeure obstinément ouverte en permanence. Je croyais à une panne toute bête, mais quand je me suis renseigné aujourd’hui, une collègue du lycée professionnel, qui siège au conseil d’administration, m’a renseigné avec un sourire ironique :
« Ils attendent d’installer un nouveau système, coût 7000 euros »
Moi : « Quel nouveau système ?? L’ancien fonctionnait très bien, non ? ».
Elle : « Ah ben avec le nouveau, nous disposerons de badges d’entrée nominatifs ! »
Moi (tête de paysan de la Lozère à qui on demande s’il lit ‘Vogue’) : « Mais pourquoi faire ??? »
Elle : « Mais enfin Lancelot, tu n’as pas compris qu’avec ça, ils sauront quand on arrive et quand on repart ? Si on est en retard, et tout le reste... ? »
J’en suis tombé par terre. Pousser le fliquage à ces extrémités, j’ai une sorte de naïveté innée en moi qui me dit toujours « Mais c’est pas possible.... »
Eh bien si, c’est possible, relève-toi, mon pauvre.
(Et puis, 7000 euros pour ça, et quand on monte réclamer trop de marqueurs pour écrire sur nos tableaux blancs plastifiés, on nous fait la gueule...)
Personnellement j’arrive toujours le matin 20 minutes avant le début des cours : j’aime avoir la possibilité de préparer ma salle (lorsqu’elle est libre.....) et mon matos, magnéto, lecteur dvd, PC avec branchements sur les écrans, tranquillement avant les grands rushes post-sonnerie. Mais cette idée d’être surveillé, traqué à chaque instant et dans les moindres de mes retranchements, je déteste ça. Je DETESTE.
Je n’ai jamais refusé de donner du travail supplémentaire à un élève, ni de le corriger, ni de rencontrer des parents pour expliquer mon programme et ma façon de procéder. J’arrive toujours à l’heure en cours, et tout ça est absolument NORMAL. Aucune gloire à en retirer. Mais j'abhorre pardessus tout l’idée que tout ce qu’auparavant on faisait naturellement, sans y être obligé, par souci d’efficacité et par complaisance, va devenir une obligation, répertoriée, institutionnalisée, enregistrée et examinée. Là, vraiment, je trouve que la coupe déborde.
Par moments, on se surprend à penser que George Orwell était un visionnaire.
Signé : un Salaud de Fonctionnaire
PS : KarregWenn, la rime finale était totalement involontaire
(et merde, encore une... Ces bêtes-là, on n’arrive jamais à s’en débarrasser, pire que les chewing-gums qui collent au bout des doigts...)
17:26 Publié dans Les humeurs de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : george orwell, boulot, fliquage
mercredi, 30 septembre 2009
" Tété aime "
Dans la série, l’anglais est la langue du libéralisme, au propre et au figuré, j’ai entendu hier matin à la radio une info qui confirme complètement ce que je déplorais il y a quelques jours ici : on banalise des situations intolérables en les noyant dans ce que l’on croit être des euphémismes anglo-saxons mais qui ne sont en fait que de grotesques peinturlurages sur des pratiques putrides.
Suite au vingt-quatrième suicide lundi d’un salarié de France Telecom (ce depuis février 2008), le PDG a annoncé lundi que l'entreprise mettait fin "au niveau national au principe de mobilité des cadres systématique tous les trois ans".
Cette politique, ou ce « principe », comme on voudra, était artistiquement baptisé « TTM », à savoir « Time to move », plus clairement « il est temps de bouger ».
On est en plein dedans. Les cornichons aigres, pensait-on en haut lieu, seraient mieux digérés arrosés de ketchup que de sauce béarnaise.
Faut croire que non. « TTM » avait été rebaptisé par certains employés « tire-toi maintenant ». Ce qui revenait au même, sans euphémisme.
Et NTM, et VTFF, quand est-ce qu’on pourra le leur rétorquer, à tous ces porcs... ?
23:11 Publié dans Les humeurs de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : france télécom
lundi, 10 août 2009
La Cata, gnia gnia gnia !
Sur les conseils d’Antonio, on avait décidé d’aller de Giarre (ville voisine de Mascali) à Catania en train, pour éviter les problèmes d’embouteillage et de stationnement. Le trajet durait 20 minutes, on avait pu se garer gratuitement juste à côté de la gare. Nous sommes partis à 8h52 dans un train régional climatisé et très confortable, parfait.
C’est pendant le trajet que les choses ont commencé à se gâter : on s’est aperçus qu’on avait oublié notre plan de la ville et notre guide à la maison. Aïe ! Mais on se souvenait des lieux intéressants à visiter : le Duomo, l’amphithéâtre romain, l’ancienne abbaye et le théâtre romain (à ne pas confondre avec l’amphi-). Alors, peut-être, si on trouvait par nous-mêmes le syndicat d’initiative, pourraient-ils nous dépanner pour une carte.... ?
Dès notre arrivée sur la place de la Gare, la Piazza Giovanni (superbe fontaine...), on a compris qu’il ne faudrait pas trop compter sur les Catanais pour nous renseigner. A chaque fois que je demandais à quelqu’un « Anfiteatro romano ? » « Monastero dei Benedettini ? » « Ufficio d’informazione ? », ils me faisaient leur tête du paysan de la Lozère à qui on demande s’il lit Vogue. Bon. Nous nous sommes tout de même dirigés, un peu à l’aveuglette, vers le centre historique, et là, encouragés par un panneau « informazioni » comme nous en avions déjà vu à Palerme, nous avons marché (longuement) dans cette direction. Résultat des courses : une heure de passeggiata au soleil et aucun syndicat d’initiative à l’horizon.
On commençait à sentir pointer la Cata, gnia gnia gnia... !
Comme nous sommes tout de même tombés par hasard sur le théâtre romain, dont j’ai pu faire quelques photos, je me suis dit que le gardien du lieu, lui, saurait nous indiquer le chemin du bureau d’information touristique. J’explique gentiment notre problème, en italien. Il me regarde, se gratte la tête : « Si ! » Reprenez la Via Emmanuelle, puis la 3° à droite, Via Radusa, et allez au n°62, là ils pourront vous renseigner à coup sûr !
Je le remercie, plein de gratitude, on se remet en marche pendant 10 minutes et arrivés Via Radusa, on découvre que le numéro 62 n’existe pas. Sur le côté gauche de la rue, ça passait directement du 60 au 64. Sur le côté droit, tous les numéros étaient impairs. Ce style de bizarrerie peut arriver quelquefois. Justement. TROP rarement pour que je puisse penser que ce n’était pas une blague préméditée. D’autant que lorsqu’on demande le chemin d’un endroit à quelqu’un, il sait, dans le meilleur des cas, nous indiquer la rue, mais jamais le numéro.
... La Cata, gnia gnia gnia... !
Bon. En désespoir de cause, on a décidé d’acheter un plan de la ville. dans un kiosque à journaux. La première « kiosqueuse » à qui je me suis adressé, et que j’ai visiblement dérangé, occupée qu’elle était à papoter avec sa copine, m’a renvoyé sur un autre kiosque où le mec m’a vendu un plan pour 6.50 euros. Gloups. Enfin bon, c’était de notre faute, on n’avait qu’à ne pas oublier notre matos. Il n’empêche ! Le Lancelot, il commençait à bouillir, au propre et au figuré. Surtout que le « kiosqueur » qui m’a vendu ça, l’a fait « sans buon, ni giorno, ni grazie, ni mile » comme je l’ai remarqué en partant, furax. TiNours s’étouffait de rire à force de se retenir devant ma gueule d’orage, ce qui m’a permis de me mettre à pouffer aussi, et de détendre un peu l’atmosphère.
Ah la Cata, gnia gnia gnia !
A midi on a mangé (moyennement...) dans un petit troquet où, arrivés les premiers, nous avons été servis les derniers (encore un truc que je ne supporte pas, bref, ‘la cata...’, etc...) puis nous sommes montés vers l’amphithéâtre, qui était fermé. On s’en doutait. Il était 14h et en Sicile, la plupart des monuments ouvrent vers 15h. Pas grave, on allait patienter en visitant, à un quart d’heure de marche de là, l’ancienne abbaye, transformée en université. Une reconversion étonnante, et une halte bienfaisante dans de longs couloirs voûtés donnant sur un très beau cloître.
C’est là que nous avons passé une heure à nous promener et nous reposer tranquillement au frais. Un moment privilégié entre tous, dans cette ville à l’accueil laissant un peu à désirer... Bon. 15 heures : retour vers le lourd portail donnant accès au site de l’amphithéâtre. Il s’ouvre : une fille entre devant nous. Je veux lui emboîter le pas, un mec me barre le passage, et me baragouine « Chiuso. Domani. Come back tomorrow »
Je marque un temps d’arrêt. Je lui explique, le plus calmement possible, que nous sommes français, qu’on ne pourra pas revenir le lendemain, qu’on a attendu une heure, croyant que ça ouvrirait à 15h (car aucun papier sur la porte n’indiquait quoi que ce soit sur une fermeture exceptionnelle quelconque prévue ce jour-là) alors serait-il possible, au moins, de nous laisser prendre una piccola fotografia... ? L’amphithéâtre était juste derrière lui de toute façon (aucun long chemin à faire passé la porte), et à part nous, il n’y avait aucune file de touristes piaffant devant l’entrée, qui aurait pu l’effrayer (« si je dis oui aux deux premiers, après je ne m’en sortirai pas.... »).
Réponse, courte, claire et concise : « No »
Et la porte se referme.
Ah, la CATA, GNIA GNIA GNIA !!
Booon....Alors, on va finir l’après-midi aux jardins Bellini, vers le centre-ville. Il y aura de l’ombre, des jets d’eau, de grands arbres, des fleurs, des......
Aaaaah LA CATA, GNIA GNIA GNIA !!!
Y a pas à dire : quand une ville ne veut pas s’offrir, se donner, on ne peut rien en faire. On avait eu le même tour avec Florence, il y a deux ans. Dans des cas comme ça, il ne faut pas insister. On y avait mis la meilleure volonté du monde, on s’était appliqués pour surmonter les obstacles, mais là, la fatigue, la chaleur, et le sentiment de ras-le-bol balayaient tout le reste. Il était 16h, on a décidé de rentrer à Mascali et de finir la journée à la plage. Mais bien évidemment le train de 16h15 a démarré sous nos yeux quand nous sommes arrivés en courant sur le quai, et il a fallu attendre le suivant, à 17h40.....
Aaaaaaaaaaaah la CATA,
GNIA,
Gnia,
gnia...
Bah. On ne peut pas gagner à tous les coups. Prenons les choses avec philosophie :
1) Vocabulaire du jour : Cataniesi = stronzini
2) Je tiens à dire que bien sûr c’est la faute à pas de chance et que mon (1) n’est là que pour me servir de défouloir. La connerie (voire la grossièreté) des gens que nous avons rencontrés contraste avec la gentillesse d’Antonio, notre logeur, qui se coupe en 4 pour nous aider et nous rendre le séjour agréable. Il a contacté un de ses copains pour qu’il nous fasse une visite guidée à l’Etna mercredi, et, ne parvenant pas à nous joindre sur le portable de TiNours, il nous a prêté son deuxième telefonino, pour être sûr qu’on puisse s’appeler sans problème. On ne fait pas plus aimable.
3) Enfin, et surtout : si nous avons été déçus par les habitants de Catania (en fait, ceux que nous avons eu la malchance de côtoyer de près), on ne peut nier une chose : la ville en soi est magnifique. Plus élégante et majestueuse que Palerme, à notre avis.
Je termine donc avec ces photos, pour conclure sur une bonne impression !
Le théâtre Bellini :
Une vue arrière du Duomo :
19:01 Publié dans Les humeurs de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : catania, tourisme, sicile, italie
lundi, 13 juillet 2009
Regards
Hier soir au restaurant, avec Pilou et Alain, descendus depuis la Belgique passer avec nous ce week-end du 14 juillet au soleil.
Plusieurs tables pour quatre en terrasse étaient disponibles, on en a choisi une en angle, près d’un mur de verdure agréable.
Deux autres homos en couple sont arrivés une demi-heure plus tard et se sont assis à l’autre bout de la salle. Apparemment ils connaissaient la patronne, qui leur a fait la bise.
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les clients du restau ne se divisaient pas entre homos et hétéros, mais, plus simplement entre les cons et les autres. Je ne sais pas à laquelle des deux catégories j’appartiens personnellement, mais en tout cas hier soir j’ai pu détecter de façon certaine que nos voisins immédiats faisaient partie de la première. Hélas, pour avoir déjà vécu cette situation, je constate qu’ils semblent toujours tristement sortis, peu ou prou, du même moule : elle 40 lui 60, elle pomponnée et bijoutée, lui cigare vissé au bec, chemise à rayures et crâne chauve. Ils nous regardent nous asseoir, ironiques et sûrs d’eux.
Nos voisins de gauche, eux, un couple dans la trentaine, ne nous ont pas jeté un seul coup d’œil, absorbés qu’ils étaient par leur conversation à voix basse, très amoureuse semblait-il.
Paradoxalement, deux mecs ensemble à une table peuvent faire illusion dans le sens où ils se retrouveraient pour du boulot (plus facile à laisser croire à midi que le soir, cependant...). Trois, c’est mieux dans cette optique. Mais quatre signifie qu’il y a de fortes chances pour que deux couples soient formés. En s’asseyant, Pilou, qui avait repéré les regards, m’a bien fait rire en disant, suffisamment fort pour être entendu « Que ce séminaire était long ! ». Il n’était même pas question de chercher à donner le change, bien sûr, mais la plaisanterie était adressée plutôt à nous.
Ce regard. Qui glisse sur nous par intermittences, pour revenir croiser celui du mari, avec les yeux qui se plissent dans un simulacre de ricanement discret et complice. Il revient se poser sur nous, sur moi, mais évite prudemment de croiser mes yeux, prêts à lui envoyer une ‘pistolétade’, comme le faisait Brasse-Bouillon avec Folcoche. Leur conversation, qui s’interrompt pour épier la nôtre. Pour finir, les prunelles se lèvent au ciel, mimique indulgente (« il faut de tout pour faire un monde, tant que ce n’est pas le mien... ») et on reprend les choses importantes là où on les avait laissées en plan au moment de l’arrivée des pédés : les vacances prévues en Espagne, les prochaines améliorations à apporter à la pièce où Madame fait de la peinture, et la maladie du boss de Monsieur.
Ils partent une demi-heure avant nous, non sans nous avoir encore balayés du regard pour asseoir leur certitude d’être dans le vrai. Les miettes des souvenirs ridicules tombent dans l'oubli de leur poubelle perso. Dans une heure, allongée sur son matelas King Size, elle aura les yeux ouverts dans le noir à méditer sa prochaine séance de mise en plis avant l’Espagne, en écoutant son mari, qui ronfle à ses côtés.
08:31 Publié dans Les humeurs de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : restaurant, regards, homosexualité
lundi, 06 juillet 2009
Fuck les classements
Je hais les listes, je hais les classements de valeur.
Je déteste la compétition.
Effort, sport, transpiration, concentration, application, oui. J’aime bien ces termes-là et ce qu’ils recouvrent.
Mais j’abhorre toute idée de hiérarchie de résultats et de valeurs.
Ce n’est pas tellement paradoxal par rapport à mon boulot. L’évaluation est nécessaire, dans tout système visant à progresser vers un but donné. Une note sur 10, sur 20, est simplement le reflet d’un travail, d’une production X à un instant Y. Il faut bien savoir si ce que l’on a fait, écrit, réalisé est bon ou pas. Mais j’ai toujours exclu de classer des copies, des moyennes, par résultat, ascendant, ou descendant, peu importe. Je refuse toujours de répondre à la question « Qui a eu la meilleure note ? » parce qu’elle implique une échelle de valeurs qui me répugne.
Les classements sont indispensables dans les concours comportant un numerus clausus, forcément. Cependant, les fois où j’ai été moi-même candidat, au PCEM1, au capes, à l’agreg, je n’ai jamais été de ceux qui allaient ensuite voir, lors de l’affichage, qui était devant et qui était derrière moi. Affichage, fichage. Je t’en fiche. Je pense que chacun ne peut être réduit à un numéro dans une liste. Qu’ensuite, comble de la névrose, on range dans des groupes. Le groupe des « excellents », avant celui des « très bons », qui lui-même est au-dessus de celui des « moyens », avant la cohorte miteuse des « passables ». Le système des mentions au bac m’a toujours déplu. Je me suis toujours dit, que, tant qu’à établir une distinction, la moyenne générale chiffrée, mentionnée sur le diplôme, serait beaucoup plus objective qu’un mot, sec et bête, pour définir la prestation d’un candidat.
Le principe même des JO, parmi tant d’autres compétitions sportives, m’énerve. Trois marches, trois médailles. « La France a battu l’URSS » « Belle moisson d’or pour les USA » « La Chine aura raté de peu le podium cette année ». Le côté artificiel de ces formules, sclérosantes au possible, m’est insupportable. Tel sportif « a beaucoup déçu ». Tel autre, dont on ne parlait absolument pas avant, est propulsé au firmament par une médaille d’or, et devient un « jeune espoir » : gros brouhaha médiatique pendant plusieurs semaines, jusqu’à ce qu’il, ou elle, retombe dans l’oubli, ou, pire, l’indignité. Comme si la gloire d’un pays pouvait, même de façon momentanée et ponctuelle, être portée par les épaules d’une seule personne, d’un seul groupe de sportifs.
Je suis peut-être fait différemment des autres. Mais, qu’on me pardonne ma mentalité de gagne-petit, « jouer pour le plaisir de jouer » est un principe qui me convient parfaitement. La perspective de me faire engueuler à mort lors d’un tournoi de cartes, une partie de pétanque, de baby-foot, un match de volley, parce que je n’ai pas fait la bonne passe, ou pointé correctement, personnellement, ça me décourage avant même d’avoir commencé. J’ai toujours préféré de très loin les efforts que l’on pouvait pratiquer individuellement (aller courir avec pour seul arbitre une montre en poche, s’entraîner à réussir un plongeon parfait en piscine). Ou bien, mais c’est rarissime, savoir avec certitude au préalable que les partenaires du jeu d’équipe ne sont là avec moi que pour s’entraider, rire et, jouer, en un mot. Que, bien sûr, la victoire est agréable à atteindre, mais uniquement comme conclusion possible d’un bon moment. Absolument pas comme un enjeu dont dépend notre honneur, notre vie.
Encore plus grave et humiliant : le système de certains MacDos (ET je m’en tiens à l’hexagone) qui affichent le nom et la photo de leurs employés les plus méritants, à savoir les plus rentables et efficaces sur le mois.
Même si l’on peut trouver les termes de « winner » et de « loser » bien ridicules et galvaudés de nos jours, ils déteignent sur notre mentalité sans même que l’on en ait conscience. Les listes, les classements sont loin de se limiter au monde du sport ou même du travail. Les rapports humains en sont affectés aussi. On étiquette, on range, on classifie, en fonction des affinités, des complicités, des connivences. C’est humain, soit. Tant que cela reste enfermé dans notre boite crânienne. A partir du moment où l’on affiche, où l’on hiérarchise, où l’on répertorie ouvertement, la LISTE ne peut qu’être écoeurante. Il ne s’agit pas d’hypocrisie de ma part. Du tout. Un être vaut toujours mieux qu’un nom numéroté, épinglé au milieu d’autres. Classifier quelqu’un, c’est le figer. Or la vie, c’est le mouvement. Une photo, un cliché instantané, ça se regarde 10 secondes, et puis on doit très vite passer à autre chose. Mes amis, les membres de ma famille, mes connaissances, je n’aurais jamais l’idée de les scotcher sur un podium. Bien sûr que j’aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout. C’est inévitable. Mais je n’effeuille jamais cette marguerite-là en public. Pour le coup, l’effeuillage est franchement obscène. Il n’a d’intérêt que pour moi. Pourquoi en faire profiter les autres ? Pour les valoriser ? Les glorifier ? Les humilier ?
Je sais que quoi qu’il arrive, je me tiendrai toujours à l’écart de ce genre de système. Même s’il reflète une certaine forme de vérité, cette vérité-là n’est pas la mienne. A la base, je trouve que la mécanique est faussée. Elle tournera donc sans moi.
Et si personne n’y échappe, au système ?
Eh bien, j’aurai essayé. Je reste fidèle à mes propres principes. Quitte à me casser la gueule.
21:18 Publié dans Les humeurs de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : classements, listes, hiérarchie
mardi, 30 juin 2009
J’ai pas toujours l’air de ma chanson
Samedi soir, on était invités chez Lala, une collègue de travail de TiNours qui fêtait ses cinquante ans. Soirée paëlla géante dans le jardin, et chacun des invités pouvait apporter, au choix, une entrée ou un dessert pour que la maîtresse de maison ne se crève pas à préparer trop de nourriture pour la centaine d’invités que nous étions. J’avais fait deux tartes aux poires « qui déchirent leur race ».
Chez Lala, l’avantage c’est qu’on connaît toujours un tas de monde, et qu’on retrouve régulièrement des visages pas vus depuis plusieurs mois, un an, voire plus. C’est très agréable. Partout où l’on se retourne « Aaaah tiens, tu es là toi ??? » « Mais combien ça fait, depuis le temps ??? » « Ce que ça me fait plaisir, qu’est-ce que tu deviens ? » etc etc.
Il y a aussi les gens qu’on ne connaît pas. Dès notre arrivée là-bas, Ria, une amie à Lala, occupée à touiller la paëlla, m’a flanqué dans les bras (je rime mais c’est vraiment involontaire !) un ami à elle, parce qu’il ne ‘connaissait personne et que je suis sympa’ (et ran, encore une rime en A). Tu parles. En fait, c’est parce qu’il est homo, et que deux homos ensemble, chez les hétéros, ça doit forcément avoir l’instinct grégaire. Eh ben le courant n’est pas passé, et c’était pas ma faute. Même le bavard que je suis n’a pas réussi à lui arracher davantage que des "oui" , "non", et les détails indispensables pour répondre à mes questions sans être impoli, si bien que, découragé, je l’ai planté là au bout d’un quart d’heure. TiNours, gentil, a pris le relais quelques minutes plus tard. Il m’a raconté, mi-hilare, mi-agacé, plus tard, le résumé de leur « discussion » :
TiNours : « Et toi tu habites où ? »
Lui : « Saint-Paul. Ca se voit non ? »
(Pour les non-initiés, Saint Paul est un village pas loin d’ici, situé juste en bordure de mer, et le mec arborait un bronzage insolent, à croire qu’il dort dans un coffre à UV toutes les nuits...)
Bon, dans des cas comme ça, on n’insiste pas (marre de ces rimes en A !!!). D’ailleurs Mister Sarcome 2009 a très vite fait savoir à la copine qui l’avait amené qu’il s’emmerdait et qu’il voulait rentrer chez lui (ce qui obligeait Ria à quitter la soirée elle aussi, parce qu’elle l’avait emmené en voiture. Tout ça, avons-nous appris plus tard, pour qu’il puisse aller sur un lieu de drague vers les minuit... Ah, ces homos...)
Les deux homos restant (enfin, sur ceux qui étaient répertoriés et estampillés ce soir-là) se sont, eux, fort bien amusés. Le buffet était délicieux (en entrée ET en dessert) et j’ai repris de la paëlla. Sketches amusants pour fêter l’avènement de Lala en tant que quinquagénaire, et un « one man show » de son fils de 19 ans l'imitant, à la maison, au travail, ou lorsqu’elle se dispute avec son mari. Le tout était empreint de bonne humeur et toujours hilarant, sans méchanceté aucune.
Après, il a fallu danser ! Je me suis fait un peu tirer l’oreille pendant un quart d’heure par les nanas présentes « Oh ouiiiii Lancelot, allez viens danser » (j’adore me faire supplier à chaque fois par des femmes....) jusqu’à ce que j’entende ça. Et là, je ne résiste jamais :
J’ai dû tenir trois quarts d’heure sur la piste, et puis je suis allé me rasseoir, pour regarder de loin mon TiNours, bien plus vaillant que moi, qui était déchaîné ce soir-là. J’aime voir mon z’hom danser. Il est beau mon z’hom à moi quand il danse. A chaque fois, une espèce d’attendrissement m’envahit. C’est toujours lui le moteur, celui qui a les idées, celui qui est partant pour faire les choses. Le voir évoluer sur la piste de danse me faisait penser à son énergie infatigable... et c’est sur cette rassurante pensée que je me suis endormi sur un pliant du jardin, vers les 2h du mat, comme un grand-père ! Impression accentuée une demi-heure plus tard lorsque je me suis réveillé : Lala avait gentiment placé une couverture sur moi, parce que la nuit était fraîche. Bienvenue à l’Hospice des Mésanges.... Où était donc passé mon déambulateur... ?
Mais en tout cas une très bonne soirée. J’ai revu Lala le lendemain, elle avait peur que je me sois ennuyé. J’ai dû lui jurer à genoux qu’il ne faut pas tenir compte de mes incoercibles accès de somnolence en fin de soirée, où que je me trouve. Pas ma faute si j’ai été piqué par la mouche Tsé tsé quand j’étais petit.... SI, SI, je me suis amusé ! Beaucoup, même !
Dans un registre tout différent : hier soir, apéritif pour clôturer l’année scolaire. J’ai dit plus haut que s’il y avait une journée que je détestais par-dessus toutes, c’était bien celle de la pré-rentrée. Celle qui conclue les cours et examens, en juin, et surtout la cérémonie ridicule qui la marque, me sont presque aussi insupportables. A chaque fois, on doit écouter des discours soporifiques dont on n’a rien à foutre :
« Eh bien nous allons prendre des vacances bien méritées... tout le travail accompli... l’an prochain... classes en plus... classes en moins... effectifs... courage... efforts... Dieu... famille... patrie... »
« Cette année deux grands départs en retraite, qu’on ne remplace pas, parce qu’au rectorat ils ont dit qu’elles étaient irremplaçables (ah... ah ...... ahah...) : Madame Huguette Battani et Mademoiselle Ariane Museau. Ah et puis aussi, Monsieur Norbert Marsouin, qui a choisi de muter au lycée Marx-Lénine, le vilain... Sans oublier Monsieur Urbain Douch, qui après avoir brillamment réussi l’examen pour devenir proviseur adjoint, va bientôt faire partie comme nous des malheureux de l’administration... mais non on n’est pas malheureux. On vous aime, vous le savez.. » (applaudissements timides, et ricanements francs)
« ...Ah oui, je ne dois pas non plus oublier que Mademoiselle Ariane Museau se voit décerner, juste avant son départ en retraite, un grand honneur : elle reçoit les palmes académiques » (je l’imagine très bien les accrocher à la bretelle de son soutien-gorge Bras Croisés de Spongex. Non ça c’est moi qui le dis, c’est pas le proviseur). « Et si nous retracions sa carrière... ? Elle a passé l’agrégation en 1932... blabla... premier rapport sexuel en 1950...blablabla ... premier orgasme en 1966... blablablabla...une descente d’organes en 1975... blablablablabla.... »
Ouff c’est fini, on va enfin pouvoir s’attaquer au buffet vers lequel tout le monde louche depuis trois bons quarts d’heure : les pizzas et petits fours se ratatinent lamentablement sous l’effet de la chaleur, le mousseux et le jus d’orange passent insensiblement de l’état frais à tiédasse, avant d’attaquer la phase d’ébullition. Je tends une main impatiente vers une quiche pas trop ramollie, mais non, le moment n’est pas encore venu, finalement....
« Madame Huguette Battani, qui a fidèlement dirigé la chorale du lycée depuis 5 ans va maintenant chanter une chanson extraite du répertoire des secondes qui participaient à l’atelier, et qui ne sont hélas pas là ce soir pour l’accompagner, mais qu’à cela ne tienne, elle va chanter en solo ! »
(Timbre de souris qui a la patte prise dans un piège) :
« Aàààà laaa claiiiire fontaiiine m’eeeen aaaallaaant proooomeneeeeer... »
Et là, j’ai dit non. J’ai envoyé promener la quiche molle. J’avais réussi à donner le change depuis une heure d’horloge en posant un sourire en kit sur ma gueule, que j’en avais mal aux zygomatiques. J’avais réussi à réprimer tous les fous-rires et crises de nerfs variés qui me montaient aux lèvres, selon ce que j’entendais. J’avais réussi à faire taire les borborygmes de mon estomac vide qui réclamait sa pitance (il était presque 20 heures). Je savais que TiNours m’attendait, et que pour souper, on avait justement une bonne quiche et une salade préparés par Lancelot qui déchire sa race. Mais le filet de voix de Madame Battani qui roucoule à la lune, comme un dindon la patte repliée, non, je ne pouvais vraiment pas.
Et d’ailleurs, c’est vrai, sans me vanter, que ma quiche à moi, elle déchirait vraiment sa race. Mon z’hom, penché sur mon épaule, confirme.

Ne donc jamais se fier à mes attitudes. Je peux donner l’impression de bailler tout en m’amusant comme un fou, ou bien faire risette alors comme je m’ennuie comme un croûton abandonné derrière une malle. Et je ne suis pas le seul, bien sûr. Tout est une question de psychologie. Ou d’hypocrisie, sur mon deuxième exemple. Une qualité indispensable à la survie en société.
19:55 Publié dans Les humeurs de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : fiesta, apéritif de clôture, année scolaire
mercredi, 24 juin 2009
Mes errements sur le remaniement...
Huit arrivées, huit départs. Dont certains étaient déjà prévus depuis longtemps. A part cela, on a encore une fois joué, non pas aux chaises musicales, mais aux quatre coins. X déloge Y qui prend la place de Z, qui réintègre le poste qu’il occupait précédemment (à un chouïa près). Le ballet des courtisans poursuit son lent mouvement de rotation, les lèche-bottes congratulent le Monarque pour ses choix judicieux, et la plèbe ricane (jaune).
L’idée de génie, celle qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive, c’était de « prendre » l’Autre à la culture. Le genre de perle signée Sarco. Impossible de ne pas voir, derrière ce choix, la volonté affirmée de brandir un symbole qui ne se résume finalement qu’à un nom de famille. On a entendu de nombreux journalistes roucouler sur la belle prise pour le gouvernement, comme si la constitution d’un ministère s’apparentait à un jeu de pêche au saumon. Pas très rose, en l’occurrence... est-il besoin de rappeler qu’en 95, ce saumon-là avait soutenu Chir4c... ?
Peu importe, au fond : les Socialistes ont en ce moment bien d’autres pertes électorales à déplorer sans encore aller pleurer ce symbole, comme un nom accroché à un pantin, féru de culture. Une anecdote à son sujet : chargé depuis plusieurs mois de la direction de la Villa Médicis, il avait présenté la cérémonie des Molières en avril dernier. Il avait alors démarré son discours d’ouverture par quelques mots en italien, avant de se taper sur le front et de présenter d’hypocrites excuses sonnant faux : « par moments, je ne sais plus quelle langue employer... », histoire qu’on n’oublie pas ce soir-là ses prestigieuses fonctions en Italie.
Ego surdimensionné oblige, il est aussi le seul qui n’ait pas su tenir sa langue jusqu’à l’annonce finale d’hier soir.
Navrant.
Consternant.
Lamentable.
Il est en tout cas représentatif de ce qui plaît, ou plutôt, de ce que le Président croit qu’il plaira, sous couvert de l’alibi de l’ouverture (« ouverture » à quoi, mon Dieu...) : une coquille vide et peinturlurée à l’extérieur. Dans le même ordre d’idées, on aurait pu nommer Zid4ne au sport, InGrid Betencour aux affaires internationales, ou Brigite B4rdot à l’écologie ! Sarco persiste dans sa naïveté à croire qu’une affiche bien tape à l’œil suffira à faire oublier la nullité du film...
Amusant aussi de constater, dans un autre registre, que les ministères peuvent aussi bien se créer que disparaître au gré du vent. Il y a quelques mois, crise oblige, on nous a pondu un Ministère de la Relance. On n’en a entendu parler que lors de sa création, vous remarquerez.... depuis, on n’a pas l’impression que Devegian ait été très « relancé » sur son efficacité en haut lieu. En revanche, le Secrétariat d’Etat aux Droits de l’Homme a disparu. Il paraît qu’il ne servait à rien, que c’était une « erreur » (sic). R4ma a été placardée (dans tous les sens du terme) à la jeunesse et aux sports, où elle sera moins susceptible de l’ouvrir et de faire de vagues.
(LaPorte a pris la porte.... yuk yuk yuk ... oui je sais c’est facile... mais tellement bon aussi...). Il n’est pas le seul : exit notre Christinette adorée, brandisseuse de Bibles et ennemie des Dom Quichotte... Elle ne pourra même pas s’occuper, comme prévu, des détenus, mais elle saura sûrement rebondir sur un poste de Conseillère au Vatican.
Concernant l’EN, la nomination d’un conseiller élyséen très proche de la tête pensante, originaire de l’ENTREPRISE et sans aucune expérience (sinon la sienne) de l’éducation, me paraît de très mauvais augure pour l’avenir de l’école, et des élèves, et des profs. Bon, on jugera l’arbre à ses fruits. Mais déjà je trouve le pommier bien précocement vérolé, et j’ai très peur que le cidre qu’on en tirera en automne ne soit fort aigre...
En revanche, une chose qui m’amuse follement depuis hier, c’est d’entendre régulièrement parler d’Angélique Marquise des Anges à l’Espace Rural et à l’Aménagement du Territoire. Le territoire du Roi Soleil, qui, jaloux de François-Joffrey de Bayrou-Peyrac, a voulu lui piquer sa femme...
Enfin, et surtout, malgré d’insistantes rumeurs, de désagréables bruits qui couraient, de sulfureux « on-dit », nous avons, encore ,comme lors du précédent remaniement, échappé à CA :

OUFFF....
Le Mammouth pourra, encore une fois, aller se faire voir ailleurs pour sa cure de dégraissage. Il reste peut-être encore un (tout petit) espoir pour les manchots et les ours polaires, en fin de compte....
23:22 Publié dans Les humeurs de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
dimanche, 05 avril 2009
Des fonctionnaires qui fonctionnent, des chefs qui chiffonnent
Vendredi soir, en rentrant à la maison, TiNours me raconte qu’il a été obligé de s’énerver au bureau aujourd’hui.
Son chef annonce le matin une réunion « qui sera très rapide », juste quelques ajustements à faire, dans le planning de travail. L’une des assistantes était concernée, mais elle n’avait pas été conviée. En passant devant son bureau, TiNours lui dit de venir. « Qu’est-ce que vous faites là ? » lui demande le chef en la voyant arriver. « Vous n’avez pas été conviée » « Pourquoi ? » « Parce qu’il faut quelqu’un à la réception pour accueillir le public ». « Oui mais dans la mesure où les changements d’horaires pourraient l’affecter, il faut qu’elle soit là pour en parler non ? » « Eh bien non, parce que je l’ai décidé ainsi ». « Fort bien, » répond TiNours, « dans ce cas je n’assisterai pas à la réunion ». Immédiatement approuvé par ses autres collègues, qui se lèvent tous. Bon, pour finir ils ont fermé l’accueil pendant une heure, le temps de la réunion. Le Chef faisait sa trogne en biais. Ca commençait mal.
Il se trouve que ce fameux accueil du public, que peu de membres du bureau aiment assurer (gens désagréables à gérer, stress perpétuel) s’effectue en roulement à tour de rôle. Or, avec les nouvelles dispositions horaires, il est sûr à 90% que presque tous les mercredis, TiNours va devoir se coltiner ce boulot ingrat toute la journée. Ce n’est pas étonnant. Il se trouve par hasard que le secteur d’activités qui lui est assigné au bureau, il le partage avec une équipe de femmes uniquement. Or, le mercredi, c’est pause-enfants pour l’une, pause-grossesse pour l’autre, pause-règles douloureuses pour la troisième, etc etc. En tant que mec sans enfants, l’accueil du mercredi lui échoit régulièrement. Bien sûr, il accepte de faire sa part, mais une journée d’accueil en continu, c’est énorme. Surtout qu’il a un travail de gestion de dossiers important à finir par ailleurs. Et que, bien sûr, il se tape l’accueil à d’autres moments de la semaine aussi. Une demi-journée à la réception, le mercredi, c’est déjà bien assez.
« Mais qui vous a dit que vous feriez l’accueil tous les mercredis ? Vous n’avez rien compris au nouveau roulement » dit le chef. « Bon, prenons le planning », répond mon TiNours, qui commence à s’échauffer. « Mercredi 15, 22 et 29 avril, je suis seul pour assurer l’info du public. A moins que je n’aie rien compris aux subtilités de votre nouvelle organisation ? » « Vous n’avez pas à me parler sur ce ton » explose le chef. « Ben, puisque d’après vous, je ne comprends rien, j’essaie de m’informer, désolé si mon ton vous déplaît. » rétorque TiNours. « Si vous n’êtes pas content, je ne vous retiens pas dans cette délégation ! » tonne le chef. « Ah ça y est ! c’est mon tour ! » ironise TiNours. « Le mois dernier tout le monde a eu droit à cette réplique, je manquais sur votre liste probablement. Mais vous avez raison, personne n’est indispensable, personne ne retient personne, et ici, personne ne vous retient non plus ! » Sur ce il se lève et il sort.
Une des joies du service public. On peut se permettre ce genre de réplique dans la mesure où les (éventuels) incapables qui nous encadrent se mettent en tête de nous menacer (de quoi, mon Dieu...)
Mon TiNours sera de toute façon obligé de se taper des mercredis de merde (en attendant l’embauche d’un autre mec sans enfants dans l’équipe ?). Pour le consoler, je lui raconte les petites mesquineries trouvées sur mon chemin à moi, aujourd’hui.
Le nouveau proviseur s’est mis en tête (comme cela arrive souvent quand de nouveaux chefaillons débarquent), de laisser sa marque, peu importe si c’est pour faire des conneries sans queue ni tête.
Un exemple entre mille : à la cantine très souvent certains professeurs ne prennent pas de plateau mais se contentent d’apporter un pique-nique, voire un repas qu’ils font réchauffer au micro-ondes pour le prendre en notre compagnie. Dorénavant cela est interdit (le règlement existait, mais bien sûr personne ne l’appliquait) car ils pourraient apporter des salmonelles ou autres méchants microbes dans l’établissement, et contaminer tout le monde avec leur tambouille avariée qui envahirait sournoisement les parois des fours micro-ondes, telle une lèpre putride. Donc je ne pourrai plus manger en compagnie de Miss B, qui aimait apporter ses plats pour les réchauffer. Elle est condamnée à pignocher tristement ses plats-maison radioactifs, seule en salle des profs. On casse la convivialité. A moins que je ne renonce moi-même au plateau-repas de la cantine pour apporter mes propres sandwiches et manger avec elle. J’y songe, j’y songe...
Ensuite, j’ai récupéré dans mon casier la note suivante :
« Comme vous le savez, tout salarié d’entreprise publique ou privée doit une journée de solidarité (article L212-16 du code du travail).
Les agents administratifs et les agents de service ont eu systématiquement 7 heures de plus sur leur emploi du temps de l’année.
Concernant les enseignants, j’ai proposé à ceux qui le souhaitaient de participer aux Journées Portes Ouvertes et de justifier ainsi leur contribution à cette journée. (je n’y étais pas allé, ça me saoulait de sacrifier un samedi avec TiNours pour des conneries) Pour ceux qui n’ont pas participé à cette journée, je vous prie de me faire connaître votre mode de récupération.
Merci de retourner le coupon-réponse ci-dessous au secrétariat avant le 25 avril »
Sur le coupon, au-dessous de mes nom, prénom et discipline, j’ai coché la case « j’ai participé à la récupération de cette journée par une surveillance de devoir en dehors de mon temps hebdomadaire le : » et j’ai inscrit :
Mercredi 21/01 13h30-16h30 : Devoir surveillé terminales Z : 3H
Lundi 19.01 10h30-11h30 / Lundi 23.02 10h30-11h30 et 15h30-16h30 / Vendredi 27.02 15h30-16h30 / Lundi 9.03 : 15h30-16h30 / Jeudi 12.03 : 15h30-16h30 / Vendredi 13.03 11h30-12h30 / Lundi 16.03 : 15h30-16h30 / Vendredi 20.03 : 11h30-12h30 / Lundi 23.03 : 10h30-11h30 / Lundi 30.03 : 10h30-11h30 : Oraux individuels d’entraînement BTS : 11H
Total : 14h
Ces heures-là ont été faites hors de mes heures de cours, sur mes plages libres. Il est bien évident que (comme 90% des profs du lycée) je me moque complètement d’une comptabilité quelconque de ces oraux et surveillances de devoirs, qui ne nous sont pas rémunérés. On n’est pas avares de notre temps, s’il s’agit d’aider les élèves à réussir. Mais cette mesquinerie institutionnalisée, ce fliquage rampant, suite à une géniale idée du brave Rafarin, consistant à nous rendre débiteurs sur l’avenir d’une journée de congés qu’on aurait en trop, elle me révulse, elle m’horripile. Puisqu’il faut jouer à l’épicier, allons-y gaiement et franchement. Comptabilisons. J’ai fait remarquer à la secrétaire du proviseur, à qui j’ai remis mon « coupon-réponse » que si c’est 7h qui sont dues, moi j’en ai fait (seulement jusqu’ici, car mes oraux d’entrainement sont loin d’être terminés) 14. L’Etat m’est donc redevable de 7 heures, non ? Quand suis-je censé la récupérer, cette journée-là .... ?
Ah, ces salariés du public.... Quelle insolence.... On finira bien par les faire taire un jour....
En attendant, pour nous détendre, TiNours et moi sommes allés chez le coiffeur, pour bien démarrer nos vacances.
(EN VACANCES ????? ENCORE !!!)
20:20 Publié dans Les humeurs de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : chefs, boulot, fonctionnaires
samedi, 14 mars 2009
Airport Horror

La seule fausse note du voyage en Angleterre, ça a été le retour, à l’aéroport de Stansted.
Depuis l’attentat du World Trade Center (« Nine eleven » comme ils disent) les consignes de sécurité se sont durcies. Mais dans certains pays plus que d’autres : les pays anglo-saxons, bien évidemment.
J’avais déjà prévenu Betty et les autres de ce qui m’était arrivé en Irlande l’an dernier : je m’étais fait confisquer un pot de confiture au whisky, parce que je l’avais dans mon bagage à main. Il aurait fallu le mettre dans le sac en soute. Betty a pensé qu’elle pouvait tenter le risque avec un pot de lemon curd de chez Harrods : bernique, au panier. Des tas d’élèves se sont aussi fait racketter de cette façon-là. Pas de récipients en verre autorisés, ni de bouteilles (même en plastique) pouvant contenir des liquides. On peut en acheter, en revanche, dans la zone du Duty-Free. Ils doivent penser que c’est plus sûr. Ou bien que l’origine du crime serait plus « traçable » si par hasard quelqu’un venait à lancer un cocktail molotov dans l’avion.
Et puis, lors du passage aux portiques, on en embête davantage certains, dont les têtes doivent attirer la poisse. Dont votre serviteur. Alors que la plupart des bagages à main des autres passaient sans encombre, j’ai eu droit à un déballage en règle de tout le contenu du mien. L’employée m’a confisqué ma mini-bouteille d’eau minérale. J’ai voulu en boire une dernière gorgée avant qu’elle ne file à la poubelle. Non, pas question. (et si le liquide qu’elle contenait allait me transformer en loup-garou pendant le vol ???) Et puis, mon portable (enfin, celui que TiNours m’avait prêté, car je continue rageusement à ne pas vouloir en posséder un à moi), et mon lecteur mp3 ont été emportés sur un plateau d’hôpital pour être soigneusement scannés. On doit répondre à des questions idiotes « Avez-vous prêté votre lecteur mp3 à quelqu’un dans l’aéroport ? » (des fois qu’un acolyte à BenLaden en aurait profité pour y glisser une énorme bombe, ou un kilo d’arsenic...).
Sans compter que physiquement, tous ces contrôles, je les trouve hyper-stressants : avant de passer le portique, il faut te débarrasser de ton manteau, de ta ceinture, de tes chaussures, même, tout en faisant vite parce que d’autres attendent, et en gardant passeport et carte d’embarquement à la main, et attention à ne rien perdre ! Garder un œil sur tes affaires tout en répondant aux questions (parce que si quelque chose se perd, tu ne pourras pas réclamer car tu en seras tenu pour responsable, n’est-ce pas, John ?), et conserver le sourire et répondre sur un ton calme et mesuré, de peur qu’il ne leur prenne la lubie de te garder pour un interrogatoire plus approfondi et que tu rates ton avion.
J’étais à peine sorti de toutes ces tracasseries, je me rhabillais et je récupérais mes chaussettes éparpillées partout quand j’ai vu que Marinette, une élève, était dans la même situation que moi. On lui faisait tout déballer. Sa situation à elle était plus dramatique, car elle ne capte rien en anglais. (C’est ma faute, je suis l’un de ses profs). Peu importe, je vole à son secours :
-Mouvement numéro 1 : Andante ! Ecarter du comptoir les autres élèves qui rouspétaient comme ils savent si bien le faire « Ouais c’est pas juste » « Mais qu’est-ce qu’ils lui veulent à Marinette ? » « Eh m’sieur, c’est dégueulasse... » Chut chuuut : je les calme, je leur dis de s’éloigner du comptoir bien gentiment.
-Mouvement numéro 2 : Allegro ma non troppo : au fur et à mesure que l’employé posait ses questions débiles à Marinette, je lui faisais la traduction simultanée. Tout ça pour m’entendre dire, au bout de 2 minutes “I’m talking to the young lady, sir, not to you” “Well I’m her teacher…” Teacher ou pas teacher, il s’en tapait, l’autre. Alors pour la suite je me contentais de lui souffler en douce les réponses, à Marinette : “Yes” ou “No” discrètement dans le creux de l’oreille...
-Mouvement numéro 3 : Fortissimo ! Quand l’employé demande à Marinette si elle a prêté son mp3 à quelqu’un, je souffle « No » et cette CONNE répond « Yes » !!! Je l’aurais tuée, TUEE ! Il ne nous restait plus que dix minutes avant l’embarquement et je nous voyais déjà passer tous les deux à la fouille au corps !
« Quand j’ai voulu sauver le petit cul à Marinette, la belle la traitresse avait dit « oui » au douanier !
Avec ma traduction j’avais l’air d’un con, ma mèèère, avec ma traduction j’avais l’air d’un con... »
Bon, heureusement, il a fini par croire mes dénégations frénétiques, le Monsieur. Après ça il a fallu aider Marinette à tout refourrer dans sa valise, en lui parlant d’un ton apaisant : « Ne t’énerve pas... Ne panique pas... » pendant qu’elle m’expliquait très ingénument, les larmes au bord des cils, qu’elle croyait que le douanier lui demandait si le lecteur mp3, elle l’avait prêté à quelqu’un d’autre au cours de sa vie, et pas seulement dans l’aéroport... Il y a des baffes qui se perdent....
Pour finir, je voudrais préciser : je comprends parfaitement que la règle soit à la vigilance, voire à la paranoïa. J’admets très bien qu’on me radiographie des cheveux aux orteils, et qu’on me fasse déballer mes slips et mes brosses à dents sur un tapis roulant. Je veux bien abandonner mes bocaux de confiture et de lemon curd, et accepter de crever de soif pendant le vol retour, parce qu’après les contrôles on n’a pas le temps de passer s’acheter une canette de Perrier au Duty Free. Je veux bien passer sur tout ça.
Mais ce que je n’accepte pas, c’est qu’on soit désagréable avec moi pendant tous ces contrôles. Or, les employés de Stansted sont éminemment et profondément infectes.
Ils sont soumis à des pressions, ils sont stressés et ne font pas un travail de tout repos. Et les compressions de personnel augmentent leur taux d’adrénaline. Peut-être, mais alors ils doivent comprendre que celui des voyageurs en transit augmente, lui aussi.
En arrivant à Stansted, nous avions voulu aller à l’enregistrement et nous avons été confrontés à une chose qu’aucun de nous, ni élève ni prof, ne connaissions : le délivrement automatique, par des bornes, de nos cartes d’embarquement. Plus d’employé pour ça. Betty arrive avec notre liste de noms (nous étions 29) et demande à une employée à tête de GestapoFrau où nous pourrions... « Il faut aller à la borne » « Mais nous sommes 29... » « Il faut aller à la borne »
Alors on y va, Betty tape notre numéro de réservation, et puis son nom, le premier de la liste (5 minutes bouffées, avec les lenteurs informatiques) pour que l’écran lui fasse joyeusement clignoter que son nom ne figure pas sur la liste du vol. Evidemment, un ordinateur, ça ne comprend pas si on met un espace ou un S en trop en tapant sur le clavier. On retourne voir la Gestapo Frau, qui nous dit que « Yes, even if vous êtes 29 you must passer par les bornes » et là j’interviens en lui demandant « OK but comment ça se fait que Betty can’t see her name on the screen when elle le compose ? »
Et là elle m’a dévisagé froidement et m’a répondu « You don’t have to talk to me like that »
Je la retiendrai longtemps, cette réplique. Je n’avais pas l’impression d’avoir été particulièrement agressif, je demandais simplement des explications qui me paraissaient nécessaires, vu l’urgence de la situation : 29 personnes à faire passer sur des bornes qui déconnaient, à raison de 5 minutes par personne, on était bien barrés pour rater l’embarquement, même en étant en avance ! Ce système peut paraître simple quand on voyage à deux ou trois, et qu’on a l’habitude du maniement de ces conneries, mais pour un groupe, c’est l’enfer.
Bon, on s’en est sortis, en squattant 4 bornes à la fois (tant pis pour les autres passagers) et en mettant des élèves sur le coup pour nous aider.
Indépendamment de tout ça, la phrase « You don ‘t have to talk to me like that » m’a longtemps tourbillonné dans l’esprit.
Je n’ai pas l’impression d’être si agressif que ça dans ma manière d’être, mais il y a toujours un décalage énorme entre ce que l’on croit renvoyer de soi-même et l’image que les autres en perçoivent.
Et je veux bien me remettre en question. La vraie remise en question : pas celle que tu fais seul face à toi-même, mais celle consistant à intégrer et analyser les reproches que tu peux recevoir des autres, en te disant qu’il y a toujours un petit fond de vérité dans ce qu’on te dit. Même si ce n’est pas vrai à 100% .
Alors, oui, j’ai peut-être été agressif, sans le vouloir. Mais comment répondre autrement à l’agressivité que par l’agressivité, justement ? Ca c’est un truc que je n’ai pas encore appris à faire, même à mon âge.
Cette connasse en tailleur bleu qui nous recevait comme une bande de chiens en nous renvoyant à la borne sans vouloir nous écouter, aurais-je dû m’asseoir à ses pieds, sortir ma guitare et lui chanter « Love me tender, love me sweet... » avant de lui demander si elle voulait bien avoir l’obligeance de nous expliquer pourquoi la borne ne marchait pas.... ?
Ben, je devrais peut-être, mais je sais pas faire.
Quand dans un restaurant où j’arrive tôt en précisant que je suis pressé et que je dois avoir fini dans une heure trente au plus tard, que je prends la formule pour aller vite, que j’attends 15 minutes, 30 minutes, 45 minutes sans rien voir arriver, que j’ai demandé trois fois gentiment « vous ne nous oubliez pas ? » au serveur pour m’entendre invariablement répondre : « une minute, ça arrive », je n’ai donc pas le droit de péter les plombs au bout de 90 minutes ? Il faudrait que j’apprenne à ressortir sans gueuler et claquer la porte. Parce que le serveur, il n’y est pour rien.
Bon, ça non plus, je ne sais pas faire.
Lancelot, il a pas la manière.
Je trouve toujours que le fond est plus important que la forme.
Je sais bien que j’ai tort, mais je suis indécrottable.
Je promets de faire des efforts.
Et de boire de la camomille le soir.
23:00 Publié dans Les humeurs de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : stansted, aéroport, contrôles
mercredi, 25 février 2009
Analyses bigot-logiques
Dans un tout autre registre, avant que nous ne reprenions notre route vers Menton, j’avais piqué dans la cathédrale de Monaco un magazine intitulé « Simples questions sur la vie ». L’index était plein de titres alléchants du genre : ‘L’acte sexuel : passage obligé ?’ ; ‘Pourquoi se marier à l’Eglise ?’ ‘Etre fidèle, est-ce possible ?’ ; ‘Et l’avortement ?’ ; enfin, surtout, en page 27 : ‘Aimer une personne de même sexe ?’ Je me suis bien sûr jeté sur l’article. Morceaux choisis :
« Vincent Laupies, psychiatre, estime que « l’homosexualité serait comme un inachèvement dans la construction de la sexualité ». Construction parfois douloureuse qui se réalise tout au long de l’enfance et de l’adolescence. Il a remarqué qu’en général la personne homosexuelle a souvent une mauvaise estime d’elle-même, signe d’un malaise identitaire plus profond. Une publication à destination des personnes homosexuelles, confirmait récemment ce mal-être fréquent en titrant l’un de leurs articles : « les gays vont mal ». D’après plusieurs études américaines, les risques de suicide sont quatre à six fois supérieurs chez les jeunes homosexuels que chez les autres jeunes. Mal-être qui d’après ce magazine, s’expliquerait par ‘la solitude, l’isolement, la dureté des rapports, et qui se manifeste souvent par des tendances dépressives, des angoisses et une hypersensibilité’. »
Des constatations proprement stupéfiantes. Un signe certain qu’entre « malaise identitaire » et « maladie rampante » il n’y a qu’un pas, allègrement franchi. Tous ces symptômes énumérés sont la preuve éclatante qu’il faut consulter, et d’urgence. Dans une société où tout est fait pour accueillir à bras ouverts les différences, (sexuelles entre autres), il est proprement INCROYABLE qu’un homme ou une femme se découvrant homo puisse être angoissé ou dépressif. Docteur Diafoirus, vite, apportez-nous vos clystères.
Bien sûr, une des références citées dans l’article est l’inénarrable Tony Anatrella (prêtre et consulteur du conseil pontifical de la famille, pseudo-psychiatre à ses moments perdus).
D’après lui, on constate au moins trois formes d’homosexualité :
« -Une homosexualité accidentelle....enfance .. adolescence... (bla...) quelques expériences passagères.... (blabla...) il a pu être entraîné ou il s’est livré... (blablabla...) certaines personnes se libèrent sans que ces expériences produisent des effets néfastes.... (blablablabla....)
-Une homosexualité réactionnelle .... fixation maternelle... (bla....) contre-indentification paternelle... personnalité fragile.... (blabla...) problèmes pouvant être dépassés grâce à un travail sur soi en psychothérapie... (blablabla....)
-Une homosexualité structurelle qui se met en place précocement et qui donne l’impression au sujet qu’il est né ainsi alors que la tendance peut avoir une origine dans la petite enfance. Certains sujets vont plus ou moins l’accepter tandis que d’autres en souffrent. Cette fixation narcissique donne parfois des personnalités très imbues d’elles-mêmes, revendicatives et qui ont du mal à s’interroger et à se remettre en question. Elles se vivent comme la victime d’autrui et de la société et cherchent avant tout la reconnaissance des autres parfois jusqu’à la violence. »
Si j’essaie de me retrouver dans l’une de ces trois définitions, je pense ne pouvoir le faire que dans la troisième. J’ai largement dépassé le premier cas (un des rares privilèges de l’âge...) et le ‘travail en psychothérapie’ préconisé en 2 risquerait de se casser les dents sur moi, car j’ai perdu depuis belle lurette l’espoir de ‘dépasser mes problèmes’...
Je suis donc un cas n°3, un homosexuel « structurel ». Origine à rechercher dans la petite enfance (... ?... là aussi, c’est une quête qui ne m’a jamais trop intéressé...). Je suis « imbu de moi-même » Eh pardi ! Sinon, pourquoi tiendrais-je un blog ? « Revendicateur » : OUI. Je revendique quotidiennement mon droit à faire l’amour. Avec des mecs, oui. J’ai « du mal à m’interroger et à me remettre en question ». Ah ben tu penses ! Je suis prof non ? Ce plaisir de faire taire les objections en assenant des « C’est comme ça parce que c’est comme ça ! ». Jouissif ! Je « cherche la reconnaissance des autres... » (c’est si grave, Docteur ?) «... parfois jusqu’à la violence ». Ah ça j’ai jamais essayé ! C’est une idée ! Attraper violemment Yohan Gourcuff, l’attacher, l’obliger à me manifester sa « reconnaissance », hummmm....
« L’Eglise catholique voudrait que toute personne soit respectée. Elle est certainement plus consciente qu’à ses débuts, des composantes psychologiques de l’orientation homosexuelle d’une personne. (Jésus, lui, n’avait pas encore étudié Freud dans le texte). Elle sait que certaines personnes homosexuelles sont particulièrement douées pour les arts. Michel-Ange était, dit-on, homosexuel. (et vas-y sur la fibre artistique, et la sensibilité féminine, et la brosse à reluire en attendant le crucifix planté dans le dos..).
Mais ce qu’on ne lui fera pas dire, c’est que les relations homo et hétérosexuelles sont équivalentes. (On croirait entendre VAnneste). Les relations d’amitié sont très riches et elles se développent le plus souvent entre personnes du même sexe. Mais l’être humain est créé masculin et féminin (à qui le dites-vous !!!). Seule cette complémentarité est génératrice de vies nouvelles. Tout être humain a un père et une mère, même s’il ne les connaît pas : ce qui est un manque, originaire de grandes souffrances. (Si tous les enfants vivant dans des familles monoparentales devaient être déséquilibrés, le monde ne serait qu’un vaste asile de dingues...).
Si l’on est arrivé à considérer comme équivalentes homo et hétérosexualité, c’est parce que cette dernière a été déconnectée de la transmission de la vie. La transmission de la vie n’est pas la seule raison d’être de la sexualité et du mariage (Ouf, j’ai cru un moment que...) mais elle ne peut en être délibérément séparée. (ça c’est une formule floue typique chez les Catholiques. Qu’est-ce que ça veut dire au juste « séparer délibérément » ? Ne serait-il pas plus sain et clair une fois pour toutes de dire que le choix de la responsabilité de faire des enfants est une décision grave que chaque couple, homo ou hétéro, doit mûrir longuement au préalable, et assumer en ayant son libre arbitre ?).
[...] Ceux et celles qui revendiquent pour la pleine reconnaissance de l’homosexualité risqueront toujours de trouver que l’Eglise catholique est un adversaire. Mais ceux et celles qui cherchent de l’aide dans une vie qui n’est pas facile, qu’ils sachent qu’ils trouveront dans l’Eglise compréhension et espérance. »
Amen.
Qu’il est bon, parfois, de préférer être désespéré et incompris.
“For those who saw the signs of hatred as our cause drove in tonight, I think that it is a good time for those who voted for the ban against gay marriage to sit and reflect and anticipate their great shame and the shame in their grandchildren’s eyes if they continue that way of support. We’ve got to have equal rights for everyone.”
“Au nom de tous ceux qui ont connu des manifestations de haine parce que notre combat a été évoqué ce soir, je pense que c’est une bonne occasion, pour ceux qui ont voté en faveur de l’interdiction du mariage homosexuel, de s’asseoir, réfléchir et d’anticiper leur grande honte, ainsi que la honte dans les yeux de leurs descendants, s’ils persistent dans ce genre de soutien. Nous devons obtenir l’égalité des droits, pour tous. »
(Sean Penn, Cérémonie des Oscars 2009)
Merci à toi....
11:44 Publié dans Les humeurs de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : homosexualité, eglise
