mardi, 03 novembre 2009
Métaphores, crottes et lutins
Utiliser des métaphores pour écrire, ça m’arrive quelquefois. Ca peut agacer celui ou celle qui lit, j’en conviens : « Qu’est-ce qu’il nous raconte, encore, là, avec son délire... ? » Mais lorsque je le fais, j’ai deux bonnes raisons. D’abord, c’est un exercice que je trouve amusant. Mais surtout, je n’imposerais pas mon ‘amusement’ personnel aux autres si je n’étais pas obligé parfois de dissimuler certains trucs, alors que je veux en parler tout de même (cruel paradoxe...), et ce afin de dérouter d’éventuels ‘pisteurs’. C’est un peu faire insulte à leur intelligence. Mes bêtises ne sont pas bien compliquées à décrypter quand on en possède la clé et qu’on réfléchit deux minutes. Mais si je veux dissimuler certains faits, je compte toujours sur l’agacement des lecteurs (surtout ceux passant accidentellement par ici) au bout d’un paragraphe. « C’est nul, allez zou, on clique. » S’ils décodent la métaphore eux aussi, c’est qu’ils s’acharneront parce que ça les intéresse, et donc qu’ils sont bienveillants. Une théorie un peu fragile, j’en conviens, mais... bon...
Ce long préambule me sert à jouer encore aujourd’hui à faire marcher la machine à remonter le temps. Prêts ? C’est parti.
Rappelez-vous de ces bonbons dont vous raffoliez quand vous étiez gamins. On en trouvait chez le boulanger, dans les magasins d’alimentation, dans les petits bazars, c’était facile. Il y avait des boules au chocolat remplies de crème blanche mousseuse, des fraises tagada, des petits ours en guimauve, des petits tubes en verre remplis de poudre de réglisse, sans oublier les incontournables carambars. En plus élaboré, il y avait aussi des chocolats fourrés à dix mille parfums différents. Moi j’adorais ceux parfumés à l’alcool, par exemple.
Il m’arrive encore aujourd’hui d’éprouver des envies subites. Terribles, incoercibles, irrésistibles. J’ai envie de tel chocolat. Bien précis. Fourré au Grand Marnier. Ou bien au Cointreau ! Ou un autre ! Glacé au sucre blanc ! Décoré de pépites de noisettes ! Mélangé à de la pâte de framboise ! A chaque fois, mon envie est ciblée sur une catégorie bien précise, que je veux ! Tout de suite ! Je me roule par terre ! Mais dans mon placard, elle n’y est pas, la délicieuse crotte que je recherche. Et pourtant je la veux, je vous dis ! J’en ai mal au ventre, pire qu’un drogué en manque ! Je me souviens de son fondant sur ma langue, de l’explosion de saveurs qui se mélangeaient au creux de mon palais, de l’extase au moment où je déglutissais. Il me LE FAUT, ce chocolat bien précis, et pas un autre.
Alors pourquoi ne pas courir chez le marchand séance tenante ? Ben, pour plusieurs raisons. D’abord les envies, vous savez bien que ça peut prendre à toute heure du jour ou de la nuit. Ensuite, même en allant chez lui à un moment décent, je sais que le chocolatier ne me vendra pas cette crotte-là, au détail. Il me proposera une ballotine, un assortiment tout entier, de chocolats différents. Et ça coûte très cher, et je n’ai pas envie de dépenser une fortune pour une seule petite friandise, tout en sachant qu’une fois que je l’aurai dégustée, je laisserai les autres moisir au fond de la boîte. Enfin, il arrive aussi que le marchand me réponde « Mais, mon pôv’ Monsieur, cette crotte-là, on ne la fabrique plus depuis belle lurette ! Ou alors, il faut vraiment que vous alliez en chercher chez un artisan spécialisé... ». Artisan introuvable évidemment...
Frustration. Horrible frustration.
Heureusement, j’ai ma boîte à lutins magiques. Quand ce style d’envie me tombe dessus, je l’ouvre et je donne un ordre à leur chef : « Aujourd’hui, faut aller me chercher le ‘Diamant au Chocolat Blanc Fourré au Rhum’. » Ils se dispersent dans toutes les directions, mes vaillants petits lutins. Il faut leur donner un peu de temps, et des instructions claires, c’est tout. En général, je les envoie en chasse vers les 20h, et je reviens voir le résultat de leurs recherches sur le coup des minuit. Ils sont super-forts, ils trouvent ce que je veux neuf fois sur dix, et je déguste ma friandise avec délices juste avant d’aller me coucher. L’autre jour, j’avais réclamé ‘Il Praliné’ et ils n’arrivaient pas à trouver, les pauvrets, et moi je les engueulais pour ça. Leur chef s’est avancé courageusement : « Vous devriez peut-être vérifier le nom de votre chocolat préféré, peut-être que vous vous trompez... ? » Illumination ! Brave chef lutin, va, t’as raison, c’est moi qui suis une nouille ! Après vérification, la crotte que j’avais envie de déguster s’appelait « le Pralineur » ! Ils m’ont retrouvé ça en deux temps trois mouvements.
Et, comme c’est mon jour de bonté, je la partage avec vous : mmmmm allez, on laisse fondre et on remonte trente, quarante ans en arrière ! Ce que je pouvais adorer ça quand j’étais gamin ! J’en raffolais littéralement !
Bien sûr, j’en fais aussi profiter mon TiNours. Hier soir avant de nous coucher, il m’a entendu déguster et on s’y est mis à deux, en chantant à tue-tête, sur le chocolat passé en boucle ! Moment de complicité, de joie intense. Qu’est-ce qu’on a rigolé ! Ce que je préfère dans ce chocolat-là, lalalala, c’est le moment où le violon fait tourbillonner les arpèges quand on arrive au fondant du nom, à l’intérieur : « Le Pralinèèèèèèè, le Pralinèèèèèè.... Pour les gourmandes, le Praliné ! ». C’est géant, géant. Voilà, dans la vie, des moments dont je ne peux absolument pas me passer.
Quand je pense qu’on veut me la supprimer, ma boîte à lutins magiques, en lançant à leurs trousses un korrigan nommé La Salopry, j’ai des envies de meurtre. De meurtre.

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dimanche, 20 septembre 2009
Autant en emporte le (mauvais) temps
Aujourd’hui un voile de temps maussade recouvre la France, presque complètement. Une météo grise, morose, qui me donne envie de me réfugier sous ma couette pour n’en plus sortir. Et pourtant, pourtant. Je reste assis derrière ma fenêtre, à regarder la pluie qui tambourine aux carreaux. Inexplicablement, cette atmosphère ramène ma mémoire en arrière, sur les évènements de l’été. Je ne sais pourquoi mais le point de départ, pourtant malheureux, reste dans ma mémoire la catastrophe épouvantable de l’airbus au Brésil.
Et puis, en dépit de ce sombre prélude, l’été fut chaud. La découverte de la Sicile et de ses plages. En compagnie de mon amant, de mon mec. On nageait dans les vagues, et ses bras me serraient dans l’eau. La relance, oui la relance des étreintes incessantes avec lui. Je n’ai pas honte de le confesser ici. Le sexe est une dimension omniprésente dans nos vies. Plus encore en été, j’imagine.
Je me souviens de nos corps enlacés sur le sable de Balestrate. Du bruit des oiseaux, du parfum des pins et de la mer. Ses mains qui me serraient contre lui. Un soir en ville, nous avons même assisté à un grand carnaval. Vous vous en souvenez peut-être ? Un concours de danse sur la grand-place. Cela devait se situer vers le 22 juillet. Les dates se mélangent un peu dans ma tête....
Ces restaurants d’où l’on sortait toujours en ayant bien mangé, bien bu. Peu importait. Les calories, on les perdait rapidement ensuite, en courant sur la plage. Dans mes cheveux, le vent du large. Et ses lèvres au goût de l’été. Je n’oublierai jamais, il le sait. C’est sans importance si mon romantisme semble déplacé et grotesque. Par instants, il faut savoir assumer le midinet qui sommeille en nous. Je le réveille aujourd’hui.
Levallois-Perret, les Hauts de Seine, autant de noms qui, à l’époque nous semblaient faire partie d’une autre dimension. Seul comptait ici, et maintenant. Nos yeux qui se cherchaient dans la nuit claire. Et la musique italienne, qui sous le vent qui venait bercer nos soupirs. Ce CD de Josh Groban que nous repassions sans cesse, en boucle...
Tout cela a hélas connu une fin. Monstrueuse, tragique, en ce mois de septembre. Mon amant a disparu, à jamais. La maladie impitoyable, a tranché sa vie d’homme. Je suis bien forcé de sortir du rêve, de la vision de ce passé merveilleux. Le présent reprend ses droits, avec les coulées de pluie sur mes carreaux, qui semblent refléter mes joues marbrées par les larmes. Toutefois, je voudrais lui rendre un dernier hommage. En votre compagnie, si vous le voulez bien. Prenez le temps d’écouter jusqu’au bout. Une chanson composée il y a bien longtemps déjà. Un summum d’art, une chose exquise. Pour lui.
Pour toi.
Patrick.
Mon chéri.

(Note dédiée à mon pote Kranzler, sans qui je n'aurais jamais eu le courage d' "assumer" mon Sheiling-out...)
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jeudi, 13 août 2009
Des mosaïques
Jeudi 30 août
Nous sommes partis ce matin pour la villa Casale, à une trentaine de km au Sud-Est d’Enna, ville située presque au centre de la Sicile.
J’avais pris le volant et j’ai eu pour la Xème fois l’occasion de vitupérer contre les panneaux routiers italiens . On ne cesse de faire allusion au fait que les Siciliens conduisent comme des fous. Ce n’est pas ce qui nous dérange le plus ! Ca, on s’y fait. Non, le drame, le cauchemar, même, ce sont les panneaux indicateurs qui sont soit inexistants, soit cachés par les arbres, soit écrits en caractères microscopiques. C’est abominable lorsque l’on est dans une grande ville et qu’il faut effectuer rapidement un choix de direction. Nous sommes ressortis de Piazza Armerina et avons dû revenir en arrière pour trouver le bon embranchement en centre ville, passage obligé pour se rendre à la Villa Casale. Si vous passez dans le coin et que vous recherchez le site vous aussi, ne ratez surtout pas ce panneau, sur votre droite, en plein centre, à Piazza Armerina ! Le manquer m’a coûté une bonne dose de hurlements, glapissements divers, et deux bons litres d’adrénaline.
Fin de mon coup de gueule.
La Villa Casale est une merveille à ne rater sous aucun prétexte, si comme moi vous êtes fans de mosaïques. Au British Museum en mars, en me voyant m’extasier devant elles, Betty m’avait dit : « Il faut absolument que tu ailles en Sicile si tu aimes ça ». J’ai suivi son conseil ; bien m’en a pris, pour beaucoup d’autres raisons. Mais la Villa Imperiale (son autre nom) est effectivement une splendeur pour les amateurs de ce style d’art. J’ai toujours aimé le côté à la fois naïf et artistique des représentations. Les figures humaines m’évoquent toujours ce côté appliqué et propret des dessins publicitaires des années 50, avec à chaque fois une précision et une douceur dans l’aspect final, qui me fascinent.
La villa date du IV° siècle ap JC. Le propriétaire en était sûrement un sénateur, membre de la classe aristocratique de l’époque. La propriété s’étend sur 1.5 hectare et le bâtiment s’organise principalement sur 4 éléments principaux, selon un plan délibérément irrégulier. Elle a été découverte en 1929 et remise en valeur à partir de 1954.
Les visiteurs déambulent sur des échafaudages permettant une vue en hauteur des mosaïques, sous des verrières. Nous y étions entre onze heures et midi, ce qui avait deux inconvénients : il faisait bien sûr très chaud ; mais surtout, le soleil dessinait des jeux de lumière et d’ombre sur les carrelages, ce qui a nui à mes photos.
Selon certaines études, le propriétaire pourrait être cet homme, au centre, représenté lors d’une chasse. Incroyable de se dire que plus de mille six cents ans après, sa maison et son portrait ont subsisté alors que son nom et sa vie ont été oubliés. Reconnaitrait-il les restes de sa villa où déambulent tranquillement une horde d’étrangers effrontés, armés de numériques ?
L’après-midi : Enna, la Centrale, la Magnifique, la Belle Assoupie.
Comparée à la beauté agressive de Catania, Enna m’a fait le même effet que Sienne après Florence, il y a deux ans. L’impression d’une ville sage, douce, et bienveillante, qui prend les voyageurs dans ses bras avec amitié. Qui les invite à admirer, découvrir, s’étonner et sourire sans jamais s’abîmer dans la fatigue ou le stress.
Moment magique, hors du temps : assis dans un coin d’ombre au pied du Castello di Lombardia, vers les 15h, surplombant une vallée splendide écrasée par la torpeur de cet après-midi d’été, TiNours et moi nous rendons compte que nous sommes pratiquement au centre, au cœur de l’île. Et tout vibre de silence autour de nous.
Mmmm.
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mercredi, 12 août 2009
Volcans et mariages
Mercredi 29 juillet
1°) Etna e Alfio
Alfio est passé comme prévu nous prendre à 8h30 tapantes. Nous étions fin prêts (bouteilles d’eau, chaussures de marche, appareil photo, sans oublier chien-chien caché au fond de mon sac). On a simplement un peu regretté par la suite d’avoir mis des pantalons longs. Même en hauteur, là où l’air se rafraîchissait, nos shorts habituels auraient été tout à fait suffisants, car comme toujours, le temps était superbe.
L’Etna fait plus de 3500m de hauteur (à quelques dizaines de mètres près, variables, évidemment, en fonction des éruptions). Nous avions choisi l’excursion s’arrêtant à 2000m. Au-delà, la végétation ne peut croître. Au-dessous de la barre des 2000m peuvent s’épanouir les plantes ‘colonisatrices’ : pins, châtaigniers, saponaria, spinosanto, et autres bedulla aetnensis. J’ai essayé de trouver les équivalents français sur mon fidèle Garzanti, mais il n’est pas assez spécialisé. Karagar, Cornus, n’hésitez pas à apporter vos lumières ici et là, je ne me vexerai pas ! Dame KarregWenn, vous voyez bien que je sais aussi la respecter, par moments, la Botanique.
La lave basaltique, la plus dure, est utilisée dans la région pour faire des pavés et des murs de maison. Mais bien sûr, ce type de lave, durcie avec le temps, n’est pas celle dans laquelle la végétation peut prendre racine. Celle où un tel phénomène est possible est la lave ‘scoriacea’. Je garde les termes italiens qui nous ont été livrés par notre guide. S’il passe des spécialistes de volcans dans le coin, qu’on me pardonne ce côté un peu ‘profane’, aussi bien en vulcanologie qu’en botanique.
L’Etna est bien sûr composé de plusieurs cratères, à l’activité différente, et c’est variable au fil du temps. Actuellement il en comporte sept. C’est le plus haut qui culmine à 3500m d’altitude. Trois autres sont en activité. Leur hauteur, à eux aussi, varie. L’altitude fait que le sommet de l’Etna est l’un des rares endroits enneigés, et la neige peut persister même en été.
En 1928, une éruption avait provoqué une coulée de lave en direction de la ville de San Alfio (ce que nous a raconté en souriant notre guide, le bien nommé !). Les habitants avaient alors organisé une procession à la Vierge, et la coulée a dévié, provoquant la destruction de la ville de Mascali, où nous logeons actuellement. Trop païens, probablement, les Mascaliens. En remerciement pour leur ville épargnée, les San Alfiens ont fait édifier une chapelle sur la trajectoire de la coulée de lave qui menaçait, en 1928. Plus de cinquante ans après, en 1979, la chapelle a été touchée par une nouvelle coulée de lave, qui s’est miraculeusement immobilisée juste avant de détruire l’édifice. Qu’en conclure ? Ave ave, Marie Stella.
Nous avons longuement arpenté les Monts Sartorius. Ils ont été appelés ainsi en raison d’un scientifique (allemand, je crois) du XIX° siècle qui a été le premier à proposer une classification rationnelle aux plantes colonisatrices que l’on peut retrouver sur les flancs du volcan.
On se surprend à penser qu’on aimerait assister à une éruption (Alfio nous a dit qu’en hiver, le mélange de lave et de neige rend le spectacle encore plus beau et spectaculaire), mais ce style de phantasme s’émousse lorsque l’on voit des photos et des films du phénomène. Le danger doit être énorme. Nous avons fait une halte dans un lieu où le 27 octobre 2002 des coulées ont détruit une route et deux auberges, heureusement sans faire de victimes. Les photos affichées des évènements ‘en live’ faisaient froid dans le dos. A l’époque, c’est plutôt chaud qu’ils ont dû avoir. Nous avons même rencontré le propriétaire de l’une des deux auberges, souriant et philosophe sur ces choses-là. Il tient aujourd’hui, 100 mètres plus loin, une buvette et un stand de souvenirs. A l’entrée, une affiche que j’ai prise en photo, pour un clin d’œil à mon Calyste !
Le paysage des flancs du volcan est un mélange incroyable de vertes pinèdes et d’étendues scoriques et désolées, rappelant un paysage minier. (« Qu’elle était verte, ma montagne » !). La grandeur sauvage et menaçante des roches volcaniques solidifiées est compensée par le ciel bleu, la mer, et les côtes de Calabre en toile de fond. Le contraste crée des sentiments mitigés tandis que l’on progresse. On finit irrésistiblement par repenser aussi au voyage de Frodon et Sam
« au pays de Mordor où s’étendent les ombres... »
Et, comme de juste, Alfio nous a fait terminer l’excursion au fond d’une grotte (Grotta Coruccio) un peu comme dans les mines de la Moria du nain Gimli. Tout au fond, une concrétion évoque une sorte de tortue géante, mais bienveillante tout de même, gardienne séculaire des lieux, en compagnie de quelques chauve-souris.
Sandy a beaucoup fait rire Alfio qui s’est pris au jeu et s’est ingénié à trouver des endroits où le faire poser pour la photo, après que je lui aie expliqué que c’était pour mon blog.
Alfio, se vieni qui a legere, abbiamo passato una buonissima giornata con te, e non dimenticheremo mai l’Etna ! Grazie tanto ! Non ci sono volcani attivi in Francia, ma se vieni qualche giorno, potremo farti fare un giro a Montpellier che è anche una città esplosiva !
2°) Mariage à l'italienne
L'après-midi (enfin, vers les 17 heures, car nous sommes redescendus tard) visite d'Acireale, à une vingtaine de km au nord de Mascali. Acireale est une adorable petite ville avec une cathédrale et une basilique de toute beauté. On y célébrait un mariage. Je n’ai pas résisté au plaisir de mitrailler au numérique, sous le regard indifférent des rangées de vieux messieurs papotant sans cesse entre eux, incrustés dans le paysage. Je suis persuadé qu’ils sont à leur poste, assis là autour des tables, ou sur des bancs en rang d’oignon, même en hiver.
Par parenthèse, Alfio nous a expliqué que s’il neige au sommet de l’Etna en hiver, la température en plaine ne descend guère au-dessous des 15°C même en janvier. Ils n’utilisent donc pas de système de chauffage. Un mode de vie qui me laisse positivement rêveur.
Vocabulaire du jour : pipistrello = ‘chauve-souris’
Saponaria ; spinosanto ; bedulla aetnensis = les copains, au boulot !
14:13 Publié dans Les extases de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : etna, volcan
vendredi, 03 juillet 2009
Weak in the presence of beauty
Un de nos deux volets électriques à l’étage est coincé depuis dix jours. J’appelle lundi l’entreprise qui s’est occupée de les poser.
Le réceptionniste : « Le technicien est surbooké en ce moment, il vous rappelle demain pour vous fixer un r-v »
Moi : « Euh oui mais vers quelle heure ? Je travaille et ne serai pas forcément là. »
Le réceptionniste : « Je ne peux pas vous dire »
Mardi soir :
Moi : « Euh, je n’ai eu aucun appel ? »
Le réceptionniste : « Euh oui mais il était en déplacement, il vous rappelle demain sans faute, excusez-nous. »
Mercredi, aucun appel.
Jeudi :
Moi : « Bon ça commence à bien faire, je fais comment pour avoir un rendez-vous ? Et SVP ne me répondez pas : ‘Je ne peux pas vous dire’ ! »
La fille à la réception (ils avaient changé entretemps, et celle là avait l’air un peu plus efficace) : « Attendez je vous passe Monsieur Glandru, le technicien, directement sur son portable »
Le technicien : « Ah, euh, oui, euh, en ce moment je suis très pris » (à sa voix j’avais plutôt l’impression qu’il se réveillait d’une grosse sieste, mais bon...) « ...alors je peux vous proposer de venir lundi »
(Ca tombait mal, c’était justement la journée où j’étais occupé matin et après-midi.)
Moi : « Et mardi, plutôt, ce serait envisageable... ? »
Lui : « Oui, mais entre midi et deux uniquement »
Moi : « Pas de problème, je vous attends dans ce créneau-là. »
Mardi : 12h30. Rien. 13h30. Rien. 14H. Rien.
Je rappelle à 16 h, et il me répond avec sa voix endormie de Tête à Claques : « Ah oui j’avais confondu avec un autre rendez-vous, autant pour moi, je vous présente mes excuses, c’est vraiment de ma faute... »
Moi (réfrénant de toutes mes forces mon énervement parce que j’ai quand même besoin d’eux pour la réparation) : « Bon on fait quoi alors ??? »
Lui : « Je peux vous proposer demain, l’heure qui vous arrange »
Moi : « Eh bien, 12h30 mais soyez à l’heure parce que je dois partir à 13h30, je travaille l’après midi. »
Mercredi : 12h30. Rien. 12h40. Rien. A 12h45 j’appelle le bureau mais il est fermé, pause déjeuner oblige. A 12h50 la sonnette retentit. Je marche vers le portail, tel le général Patton : « Putain qu’est-ce que je vais lui passer à ce CON, il va m’entendre, il... »
Le portail s’ouvre, et ma colère tombe d’un seul coup. Je me retrouve face à un jeune homme brun de 25 ans en short et tee-shirt. Bronzé. Les yeux dorés. Des muscles de partout.
Moi (bégayant) « Euh, mais... euh, vous êtes le, euh, technicien pour le volet roulant... ? »
Lui (un peu interloqué, sourire à fossettes) : « Oui, c’est Monsieur Glandru qui m’envoie, pour vérifier ce qui ne va pas... »
Moi (voix douce) : « Vous avez eu du mal pour trouver, peut-être ? »
Lui : « Oui effectivement votre rue n’est pas mentionnée dans le GPS »
Alors on est montés à l’étage, et pendant une demi-heure il a tâté, manipulé, caressé... le volet, pendant que je me tenais derrière lui, prêt à l’aider s’il fallait lui passer un tournevis, ou autre chose... La bouche sèche, je détaillais son dos musculeux moulé dans le tee-shirt, et ses fesses rondes et dures, avec des pensées qui m’auraient fait exclure immédiatement de la Croix-Rouge. Hélas il a fait son diagnostic en 15 minutes chrono, et j’ai eu beau lui proposer de prendre un café à la fin, il a décliné avec un sourire éblouissant (fossettes sur les joues, rangée impeccable de dents blanches) en m’expliquant qu’il n’avait même pas déjeuné, et qu’il devait rentrer chez lui parce qu’il avait faim (mais pas de moi, hélas).
Tant pis : pour le Fun(tasme) je vais vous la réécrire façon Gérard de Villiers :
SAS fait réparer ses volets roulants :
Après le devis, Lancelot fit le fit étendre sur son propre lit
« Comme vous êtes gentil », murmura le jeune homme.
Il soupira. Ses pecs doublèrent de volume. Lancelot se sentit au bord de la folie.
« Je vais vous faire couler un bain, cela vous détendra », proposa-t-il d’une voix étranglée.
Le jeune homme le retint par la main. Ses yeux dorés se révulsèrent presque pendant qu’il passait ses deux mains dans la toison recouvrant la poitrine de Lancelot. En même temps, son bassin se soulevait du lit.
« J’aime les hommes comme vous » dit-il.
Il l’attira et glissa une langue soyeuse dans sa bouche mince. Les artères de Lancelot charriaient de la fonte en fusion. Fiévreusement, ses mains parcouraient le corps dur du jeune mec sans rencontrer la moindre résistance. Cette familiarité ne l’étonnait pas outre mesure. Sur la Méditerranée, en ces époques estivales de relâchement des mœurs, le slip était aussi démodé qu’une bottine à lacets. On faisait l’amour comme on buvait des cocktails. Sans inhibition et sans prolongement métaphysique...
Le jeune réparateur se dégagea et murmura « Vous m’aviez promis un bain.. »
Le phantasme du plombier sexy (enfin, bon, du réparateur, mais peu importe), il m’a longtemps fait ricaner parce que je croyais qu’il ne se situait qu’au niveau du phantasme justement. De par le passé, tous les dépanneurs et réparateurs que j’avais rencontrés étaient vieux, moches, et gros. Ca, c’était à l’époque où je vivais seul. Magiquement, après avoir emménagé avec TiNours, je me suis mis à en rencontrer des beaux, jeunes et musclés ! C’est rageant tout de même ! Un exemple entre mille : il y a deux ans, quand la même société de volets roulants m’avait envoyé deux ouvriers pour la pose de minuteurs, ils étaient venus eux aussi en juin. Déjà en les voyant débarquer je m’étais mis à saliver, jusqu’à ce que l’un des deux me dise (re-sourire, re-dents blanches, re-fossettes) : « Il fait horriblement chaud... Ca ne vous dérange pas si on travaille torse nu ? ». J’ai carrément frisé l’apoplexie.
Comme dirait Alison Moyet « I’m weak in the presence of beauty... »
Oui, mais ! Pas si ‘weak’ que ça, hein !! Ne pas perdre de vue les objectifs initiaux ! Il faut qu’ils nous réparent ça dare-dare ! C’est bien beau d’être mimi, musclé, et d’avoir la fesse ronde et dure, mais... rendement, rendement ! Si cet idiot de Monsieur Glandru s’imagine qu’il va m’avoir au sentiment avec ses ouvriers made in Chippendale, il se fourre le doigt dans l’œil jusqu’au coccyx...
19:04 Publié dans Les extases de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : réparateur, dépannage, bomec
jeudi, 28 mai 2009
Sunday Happiness

J’avais déjà écrit une note un peu indentique l’an dernier au lendemain de la fête de la musique, oui, et puis après ?
On ne va tout de même pas bouder devant le caractère récursif, "cyclique", même, du bonheur.
Les détails similaires :
-Une météo parfaite.
-Une eau à la température idéale.
-Un super-bon repas (bon, là je m’envoie des fleurs, mais si j’en juge d’après l’état des assiettes, que ce soit après le déjeuner ou après le souper, les convives n’ont pas été trop déçus... D’ailleurs c’est surtout le Chef TiNours ( photo côté Nord-Ouest) qu’il faut féliciter pour sa sublime daube d’agneau au curry. Moi (au Nord-Est sur la photo) je m’étais cantonné au dessert : tarte aux poires et à la noix de coco).
-Des invités de marque.
-Des fous-rires.
Les détails qui changent tout :
-Cette année Mimi (la talentueuse photographe) et Noël (le météore volant sur la photo) ont amené un sixième convive, bien caché.... Oh, plus pour longtemps. Deux semaines encore... ? Et puis il nous montrera le bout de son mignon nez que nous avons déjà entr’aperçu, échographie oblige.
-Ma Soeurette de Blog (photo, au Sud Est ! ) est venue nous rejoindre en fin de repas, et a pu prendre le dessert avec nous, et prolonger ça sur un après-midi de soleil, baignade et farniente intense, ainsi que sur une délicieuse soirée au clair de lune sur la terrasse, avec grenouilles en fond sonore, pour ajouter au romantisme des étoiles..
-Fiso avait amené une boîte de macarons de chez Ladurée : si seulement ils pouvaient mériter leur nom.... on voudrait que ça dure toujours !!! Excusez mon ignorance crasse de provincial, Msieurs-Dames, je ne connaissais pas la marque. Pour reprendre une expression à elle : ces gâteaux-là, ils déchirent leur race !!! TiNours et mi avons héroïquement réussi jusqu’ici à faire durer la boîte depuis qu’on l’a... on en prend un, deux maximum, et puis on la referme très vite et on la cache : à mourir de bonheur tellement c’est bon...
Alors, au total, un dimanche comme on aimerait en revivre tous les jours...
Merci, qui que tu sois...
PS : Oui je sais, Noël, tu vas me dire que je n’ai pas publié les photos compromettantes de nos ébats, à toi et moi, dans la piscine. Mais comme tu vas bientôt endosser le rôle respectable de Papa, je ne voudrais pas que ces clichés nuisent à ta réputation sans tache et que Junior ait à en souffrir plus tard... La censure a donc fonctionné ! Les bacchanales des phoques dans leur bassin devront continuer à circuler sous le manteau...
00:25 Publié dans Les extases de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : mimi, léon, fiso, été, piscine, amis
mardi, 28 avril 2009
Fan of Diet Coke fun
En 1994 la pub pour Diet Coke crevait le petit écran, en Amérique et en Europe. Les premières paroles de la chanson d’Etta James ‘I just want to make love to you’ sont aujourd’hui indissociables de l’image du beau Lucky Vanous, en ouvrier indifférent qui ôte posément son tee-shirt, tranquille comme un pape, avant de prendre sa pause (sa pose !), sans se douter qu’il est l’objet de regards brûlants et lascifs de toute une nuée de secrétaires aux hormones bouillonnantes, massées aux fenêtres de l’immeuble juste au-dessus du chantier.
Le succès phénoménal du spot n’est bien sûr pas seulement dû au hasard ou à la conjoncture. La publicité était très bien faite. Coca Cola a essayé de redonner dans le même genre par la suite, sans jamais parvenir à la même perfection. Les publicitaires ont essayé après ça un livreur de pizza qui arrive dans un bureau, ou des secrétaires coincées dans un ascenseur : rien n’y a fait. Le filon n’était pas épuisé, mais simplement inimitable.
Bien évidemment, la plastique de l’acteur était alléchante, mélange subtil d’ingrédients détonants : corps superbe et belle gueule virile et blasée. Le phantasme de l’ouvrier de chantier collait parfaitement au choix d’une chanson aux paroles un peu « brutales et vachardes » et à la voix rauque d’Etta James.
Mais, bien sûr, le clou du message réside surtout dans la brochette de secrétaires émoustillées qui laissent tout tomber à 11h30 au beau milieu de leur journée de travail pour se précipiter à la fenêtre. L’absurdité de leur situation ne rejoint que celle du geste de l’ouvrier qui se met torse nu pour boire son Coca : quelle idée ! S’il avait chaud, pourquoi ne s’était-il pas déshabillé avant la pause, justement ? Ca aurait été bien plus logique. Peu importe. Le spectateur accepte sans broncher ces petites incohérences parce que l’ensemble dégage un côté terriblement comique. Les nanas ont les yeux qui brillent et la bouche qui s’ouvre. Plusieurs genres sont représentés : la Femme Mûre, la Jeunette, la Linotte Etourdie, la Cochonne, la Bourge de la Haute, la Marrante... Tous les caractères possibles que l’on peut facilement trouver au sein d’un bureau sont, en quelque sorte, ‘représentés’.
Le summum du comique, bien sûr, ce sont leurs mimiques énamourées sur lesquelles la caméra glisse lentement après le ralenti qu’elle nous a offert sur le strip-tease de l’ouvrier : une telle ôte ses lunettes pour mieux voir, la suivante prend un air scandalisé mais fasciné, la troisième plisse vicieusement l’œil droit, les deux dernières sourient d’un air d’intense satisfaction. Seul dénominateur commun : elles ont toutes envie de ce beau mec, mais se contenteront de le mater, car elles le jugent probablement inaccessible.
Il n’y a aucune vulgarité dans l’ensemble, juste un côté rigolo et bon enfant. La scène pourrait presque être le début d’une comédie américaine à trois balles comme ils en produisent par centaines. La suite du film, bien sûr, serait le début de la compétition : laquelle des secrétaires va pouvoir mettre le grappin sur le bel ouvrier musculeux ? Avec la psychologie à l’eau de rose, les gags éculés et le cortège de mièvreries habituels. Mais le film est coupé juste à temps. Les nanas restent toutes anonymes, simplement personnalisées pendant un quart de seconde par une expression, un battement de sourcils. Et cela suffit parfaitement.
Il est rare que je trouve un spot parfaitement réussi. Ceux qui peuvent prétendre à une bonne note sont ceux qui sont soit beaux, soit très drôles. Ici les deux ingrédients étaient subtilement réunis. Les hommes séduisants, dans les publicités, depuis quelques années, ça foisonne. Rien d’exceptionnel à ça. Mais cette pub Coca Light m’avait plu, et me plait toujours, parce qu’elle éveille en moi un écho. Au début de notre histoire, un de nos jeux préférés, à TiNours et moi, était de loucher sur les beaux mecs, dans la rue ou ailleurs, et de leur mettre une note. Chacun de nous deux avait sa tâche : le regard de TiNours repérait, de très loin, et avec une acuité rare, les 18/20. Cela, j’en ai toujours été incapable, car je suis myope comme un régiment de taupes, et je ne porte pas mes lunettes à l’extérieur. Mes yeux à moi, ils avaient la fonction lubrique. Ils brillaient, pétillaient et virevoltaient à l’approche du 18/20. Et puis, je commentais, à mi-voix, pour que mon mari se torde de rire.
On se sent terriblement ‘copine’ avec ces bonnes femmes qui matent un bogosse, et qui assument, en groupe. Il y a dans leur attitude un « Ahlàlà, que de bonnes choses se perdent... » qui les rend follement sympathiques et comiques. Je suis sûr qu’outre le public féminin, la pub a dû avoir un gros impact sur les homos en général.
Et dire que je ne bois jamais de Coca, ni ‘light’ ni autre. Je déteste ça... !
20:45 Publié dans Les extases de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : diet coke, lucky vanous, publicité
jeudi, 12 février 2009
Du baiser
J’adore embrasser.
J’ai toujours été fan de ce prélude, de cet « amuse-gueule », qui, pour ma part, peut bien se prolonger en hors d’œuvre, en plat de résistance, et en dessert. Une dégustation aux variations multiples.
Mon envie, mon désir pour les mecs sont pour moi indissociables du baiser. Mes premiers émois hésitants d’enfant devant ces promesses, je n’imaginais pas qu’ils pourraient aller au-delà de la frontière des lèvres, et de l’étreinte. Par la suite, lorsque les images sexuelles se sont précisées, grâce aux conversations avec les ‘copains’, à mes lectures de revues, ou plus tard à des films, je n’ai malgré tout jamais pu imaginer que l’on puisse dissocier baise et baiser. Il existe une sorte de règle, probablement vraie pour certains, mais que personnellement j’ai toujours considérée avec ironie : « On n’embrasse que ceux qu’on aime vraiment ». Par exemple, certains couples cherchant des plans à trois, assurent tout faire, sauf embrasser. Ils ne s’embrassent qu’entre eux, privant le troisième de ce plaisir. Ou bien les mecs mariés qui veulent bien forniquer mais s’interdisent d’embrasser, ayant ainsi moins l’impression de tromper leur femmes. Il n’y aura donc pas cocufiage. Voire. Enfin tout ça, ce n’est pas pour moi.
Le baiser, c’est profondément érotique. Comme tout acte sexuel, il prend les connotations que l’on veut bien lui donner, lui communiquer. Un baiser peut même être pornographique ! Tout comme une sodomie peut être intégralement tendre, douce et sensuelle. Classifier telle ou telle pratique dans une géographie quelconque, plus ou moins proche du cerveau, du cœur ou de l’entre-jambes, relève pour moi de l’absurde.
Je me souviens d’une phrase de ‘Querelle’ qui m’avait marqué dans le film « C’était la première fois que Querelle embrassait un homme. Il avait l’impression de voir son propre reflet dans une glace ». J’ai déjà eu ce sentiment. La première fois qu’un mec m’a embrassé, je me souviens avoir éprouvé un curieux sentiment de dédoublement de moi-même. J’étais là, et en même temps je m’observais avec curiosité. « Tu le fais, tu es dans les bras d’un homme ! » C’était étrange et je ressentais plus de curiosité et même de peur que d’excitation. Ceci dit, comme j’étais en confiance, et lui aussi, on s’est regardés, souri. Et puis on a ri, doucement. Et puis on a recommencé. Je n’avais plus peur, mais j’étais toujours aussi curieux. Et puis la curiosité aidant, le plaisir a suivi. Troisième baiser, mon cerveau commençait à recevoir des signaux de tous les recoins de mon corps. Les matelots postés dans les coursives de ma peau frissonnante, de mes jambes flageolantes, et de ma queue durcie, sonnaient l’alarme : « Capitaine, on n’a jamais connu ça avant ! Quelle est la conduite à tenir ??? »
« Oh, laissez-vous aller, c’est quartier libre aujourd’hui... »

J’aime les lèvres des hommes. J’aime une bouche pleine, des lèvres sensuelles. J’aime même la virilité du contact d’un menton non rasé de frais. J’aime les mecs moustachus, ça me rend dingue. Il y a un érotisme de la moustache que je trouve absolument affolant. Je ne sais pas d’où ça me vient ! Si en plus elle est blonde, en accord avec la chevelure, je craque. La barbe, pourquoi pas, c’est plus accessoire. Mais je parle là de critères esthétiques. J’aime aussi le goût de la bouche d’un homme. Bien évidemment, comme tout un chacun, la mauvaise haleine me fait fuir. Mais, alors que certains sont rebutés par le goût du tabac, sans en être fétichiste, j’y trouve un certain plaisir. Alors que je ne supporte pas l’odeur et la fumée de la cigarette, j’aime bien le goût un peu âpre et mentholé de la bouche d’un fumeur. Sa langue. La découvrir avec la mienne, comme un cadeau caché. Le plaisir des lèvres qui se rencontrent, prennent leur temps, se caressent, se câlinent. Les forcer doucement, pour découvrir un monde intérieur. Langue, salive. Lent mouvement des visages qui adaptent leur position en fonction du plaisir... Tu es à gauche, moi à droite, de part et d’autre de la frontière de nos deux nez qui se taquinent. Lentement, échanger nos positions, alors que nos lèvres restent soudées, et que nos langues continuent leur souple jeu à deux.
Sentir les mains d’un mec me parcourir, pendant ce baiser. Passer les miennes dans ses cheveux pour mieux ajuster au mien le visage de ce frère. Maintenir sa nuque, en un simulacre dérisoire de domination. Dans la seconde qui suit, c’est lui qui me dominera, pendant que mes mains à moi exploreront sa peau à leur tour, se glisseront sous sa chemise, son pantalon, pour éprouver la fermeté de ses pecs, le galbe de ses fesses dures. Sentir son excitation contre la mienne, dans le lent mouvement tournant de nos bassins qui se frottent, de nos genoux emmêlés. L’entendre gémir, promesse de plaisirs à venir.
J’adore ça. J’en raffole. J'y passerais des heures, à suspendre indéfiniment le plaisir de l’attente. Ca m’est déjà arrivé d’ailleurs. Je connais peu de choses au monde qui me plaisent autant que cette fusion, cette complicité, ce mélange de virilité et de douceur que je trouve absolument détonant. Oui, je suis un mec, et oui, tu es un mec. Et on est bien. Et tu sens ce que j’aime. Et je sais ce que tu veux. Et on est bien, bordel. On est figés dans l’éternité. Pas d’angoisse de l’avenir, de ce qu’il y aura au détour du chemin. Mec contre mec. Mâle sur mâle. Homme en étreignant un autre. Et on est bien, putain. La réponse à toutes les questions, celle qui oblitère le reste. Embrasser son semblable, son égal, et se sentir immortel, pour quelques secondes, quelques minutes, ou, comme je l’ai dit plus haut, quelques heures, même.
Je n’ai jamais connu le même plaisir avec une fille. Ca m’ennuie de le dire, parce que je ne voudrais pas être accusé de sexisme primaire. J’en ai connu intimement une dizaine dans ma vie. Leurs capacités, leur art à embrasser n’étaient bien évidemment pas à remettre en question. Je ne dirais jamais qu’une femme embrasse moins bien qu’un homme. Mais, bizarrement, je n’en ai conservé aucun souvenir d’extase particulière. Bien sûr, moi seul suis en cause. Le plaisir est éminemment cérébral. Et, si le regard, les lèvres, les mains d’un homme m’excitent et allument en moi tous ces signaux érotiques, je suis seul en cause. Moi et moi. Moi et le mec que j’embrasse. Mon double, mon égal, mon frère, mon complice. Deux mecs s’étreignant sans fin. Union. Passion. Fusion.
10:29 Publié dans Les extases de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : embrasser, baiser
dimanche, 18 janvier 2009
Chocolate dream
La nuit dernière, j’ai rêvé que je me délectais de gâteaux au chocolat.
Au réveil, aucune frustration comme cela arrive souvent après un rêve agréable, quand on se dit : « Ah zut, ce n’était pas pour de bon… ». La sensation de satiété, d’apaisement était là. Et aucune calorie ingérée ! Géant non ? Un système à faire breveter chez Weight Watchers.
C’était un samedi matin. Ca tombait bien, j’ai pu prendre le temps de raconter mon rêve à TiNours, après lui avoir souhaité le Bonjour
16:16 Publié dans Les extases de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : rêve, chocolat
mardi, 23 décembre 2008
David Lodge

David Lodge est une source d’inspiration inépuisable pour les concepteurs de sujets de bac général, en anglais. Curieusement, je n’ai découvert cet auteur qu’il y a une quinzaine d’années, lorsque ma copine Catau m’avait offert « Therapy » pour mon anniversaire. Depuis, j’ai pratiquement dévoré toutes ses œuvres en intégralité.
Né en 1935, d’une famille catholique modeste, il a voyagé durant son enfance, notamment en Allemagne. (Il décrit cette expérience dans ‘Out of the Shelter’ -‘Hors de l’Abri’- où il compare l’essor économique du pays au déclin de l’Angleterre de l’époque). Il a enseigné la littérature anglaise jusqu’en 1987, lorsqu’il a décidé de se consacrer pleinement à l’écriture. Il a été nommé en 1997 chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en France et, en 1998, Commandeur de l’Ordre de l’Empire Britannique (merci Wikipédia).
Son style est comique, pétillant, intimiste, sarcastique et brillant. On a souvent l’impression, en lisant ses livres, d’assister à une sitcom à l’humour très enlevé. Il aime faire varier le point de vue du narrateur en décrivant souvent, au fil des chapitres, les pensées de chacun des personnages principaux, alternativement, que ce soit sous forme de lettres, de journal intime, ou bien simplement de narration. On peut retrouver les mêmes protagonistes d’un roman sur l’autre (leur importance variant selon l’histoire), et les milieux où se déroulent ses intrigues sont souvent ceux du monde universitaire, qui lui est, bien sûr, familier. Le processus d’écriture lui a permis en même temps, dans les années 80, de réaliser une satire grinçante de l’Angleterre thatcherienne en pleine crise économique. Le personnage central des romans de Lodge est souvent un quinquagénaire, sans souci matériel, mais qui traverse des crises de remise en question qui peuvent être dues à l’âge, à des défis intellectuels, ou même à des troubles sexuels.
Dans ‘Therapy’, par exemple, Lawrence Passmore est scénariste d’une série TV à grand succès. Mais il est dépressif, et souffre d'un problème interne du genou qu'aucun remède ne parvient à guérir. Notre homme multiplie donc les thérapies : physiothérapie, comportementalisme cognitif, acupuncture, aromathérapie… De plus, il est obsédé par Kierkegaard, le philosophe existentialiste danois. Il lit toutes ses œuvres avec beaucoup de passion, ce qui n'améliore cependant pas son état psychologique.
Dans ‘Thoughts’ (‘Pensées secrètes’) Ralph Messenger, éminent professeur de sciences cognitives, a décidé de se livrer à une expérience insolite en confiant régulièrement à un dictaphone ses moindres pensées. Son ambition consiste à comprendre la façon dont notre esprit façonne, structure et utilise les matériaux que nos sens et notre cerveau lui livrent. Les ‘pensées secrètes’ activées dans le roman proviennent également du cerveau d'Helen Reed, qui partage avec Ralph Messenger la narration. Elle se livre pour sa part de manière traditionnelle, par l'entremise d'un journal intime tapé sur un ordinateur portable. Romancière reconnue, elle a accepté de venir donner des cours de création littéraire à l'université imaginaire de Gloucester. Par leur procédé respectif, Helen et Ralph se parlent à distance, se répondent, se contredisent, se complètent. Le lecteur s'amuse de ce récit à deux voix, qui lui donne bien souvent un coup d'avance sur les protagonistes de l'intrigue. On est non seulement informé parfaitement de tout ce qui se trame, mais aussi de tout ce qui se pense. Dans cette position, il est plaisant de suivre les gesticulations des personnages, qui fournissent autant d'efforts pour préserver le secret de leurs pensées que pour lire dans celles des autres.
« Nice Work » reste mon préféré de Lodge. Le livre raconte l'histoire improbable de la rencontre de deux mondes très différents : Robyn Penrose est une jeune universitaire très brillante dont le sujet de recherche est "l'étude sémiologique du roman industriel victorien" ; Vic Wilcox est le PDG d'une entreprise de métallurgie, en pleine restructuration. Ces deux personnes ne se seraient sans doute jamais rencontrées si le gouvernement anglais n'avait mis en place des sessions de stage pour que le monde universitaire découvre celui de l'entreprise. C'est ainsi que Robyn va devoir suivre Vic pendant plusieurs mois et que Vic va devoir supporter la présence de Robyn dans son usine. Au début, les relations entre les deux personnages sont très tendues tant leur différence d'approche est grande : Vic ne comprend pas comment on peut passer sa vie à étudier la littérature qui n'apporte rien du point de vue profit. Robyn est totalement déconnectée de la réalité du monde de l'entreprise et n'arrive pas à suivre la logique industrielle. Pourtant, au fil du temps, une relation de complicité va se lier entre les deux personnages, chacun s'ouvrant peu à peu au monde de l'autre.
Il existe de nombreux autres titres, bien sûr (entre autres ‘Home Truths’ –‘Les Quatre Vérités’- sorte de huis clos à 5 personnages dont les relations conflictuelles sont à la fin balayées par l’annonce de la mort de Lady Di) mais je n’ai cité ici que ceux que je préfère. Quoi qu'il en soit, j’ai voulu terminer ma liste sur « Nice Work » afin de pouvoir avoir le plaisir de recopier ici, et de faire partager, un extrait du roman qui à chaque fois que je le relis, me tord de rire. Si vous ne connaissez pas encore Lodge et si ce passage pouvait vous donner envie de le découvrir, j’en serais vraiment ravi.
Cet extrait se déroule à la fin de la première journée qu’on passée ensemble Vic, le patron, et Robyn, l’universitaire, dans le cadre du « stage-partenariat » entre l’usine et la Faculté.
« Peu après leur retour dans le bureau de Vic Wilcox, Brian Everthorpe apparut à la porte. Il avait le visage un peu rouge et on remarquait que son gilet avait légèrement plus de peine à contenir sa bedaine (…)
-Tu avais quelque chose de spécial à me dire ? dit Wilcox d’un ton excédé.
-Oui, il m’est venu une petite idée. Je pense que nous devrions avoir un calendrier. Enfin, quelque chose à donner à nos clients à la fin de l’année. Une excellente pub pour la compagnie. Ca reste au mur 365 jours de l’année.
- Quelle espèce de calendrier ? demanda Wilcox.
-Enfin, tu vois, le truc habituel. Des nanas avec des gros nénés. » Il regarda en direction de Robyn et lui adressa un clin d’œil. « Quelque chose de raffiné, pas trop vulgaire. Comme le calendrier Pirelli. Ce sont des objets de collection, tu sais.
-Tu dérailles, ou quoi ? dit Wilcox.
-Je sais ce que tu vas dire », dit Everthorpe, en faisant avec ses mains roses et charnues un geste pour le calmer. ‘On ne peut pas se le permettre financièrement’. Mais je n’ai jamais eu l’intention de louer les services du Comte de Lichfield ou d’une bande de mannequins de Londres. On peut trouver le moyen de le faire pour pas cher. Tu sais que Shirley, la secrétaire, a une fille qui est mannequin ?
-Et qui ne demande que ça, tu veux dire ?
-Tracey a tout ce qu’il faut pour cela, Vic. Tu devrais voir son album photo.
-Je l’ai vu. Elle me fait penser à une double ration de blanc-manger rose bonbon, aussi excitante, presque. C’est Shirley qui t’a mis ça dans la tête ?
-Non, Vic, c’est moi qui ai eu l’idée, dit Everthorpe, l’air offensé. Bien sûr, j’en ai parlé avec Shirley, elle est tout à fait pour.
-Oh, ça ne m’étonne pas.
-L’idée est simple : on utilise la même fille –Tracey en l’occurrence- pour chaque mois, mais sur un fond différent selon la saison.
-Très original. Le photographe risque d’avoir sa petite idée là-dessus lui aussi, tu ne crois pas ?
-Ah, voilà justement où intervient l’autre partie de mon projet. Comme tu le sais, j’appartiens à un club-photo…
-Excusez-moi » dit Robyn en en se relevant. Les deux hommes, qui dans le feu de la discussion, avaient momentanément oublié qu’elle était là, tournèrent la tête vers elle et la regardèrent. Elle s’adressa à Everthorpe : « Dois-je comprendre que vous cherchez à promouvoir vos produits avec un calendrier qui avilit la femme ?
-Il n’avilira pas la femme, ma chère, au contraire, il… Everthorpe cherchait ses mots.
-Il la glorifiera ? suggéra Robyn.
-C’est cela.
-Oui, j’ai déjà entendu ça quelque part. Si j’ai bien compris, vous proposez d’utiliser des photos de femmes nues, ou d’une femme nue, comme les pin-up qui tapissent les murs de votre usine ?
-Et bien oui, mais en plus raffiné. Quelque chose de bon goût, vous comprenez. Pas de poils, comme dans Penthouse. Rien que des fesses et des nichons.
-Pourquoi pas quelques pénis, aussi ? » dit Robyn.
Robyn vit avec plaisir qu’Everthorpe était pris au dépourvu. « Quoi ? » dit-il.
-Eh bien, statistiquement, au moins dix pour cent de vos clients doivent être pédés. N’ont-ils pas droit eux aussi à un peu de porno ?
-Ha ! Ha ! s’exclama Everthorpe en partant d’un rire gêné. Pas beaucoup de tapettes dans notre métier, pas vrai, Vic ? »
Wilcox, qui écoutait attentivement et semblait trouver la conversation très amusante, ne répondit rien.
« Vous avez pensé aux femmes qui travaillent dans les bureaux où on va suspendre vos calendriers ? poursuivit Robyn. Pourquoi seraient-elles obligées de regarder des femmes nues tout le temps ? Ne pourriez-vous pas consacrer quelques mois de l’année à des hommes nus ? Peut-être aimeriez-vous poser vous aussi avec Tracey ? »
Vic Wilcox pouffa de rire.
« Vous vous méprenez complètement, ma chère, dit Everthorpe, en s’efforçant de garder son calme. Les femmes ne sont pas comme ça. Elles ne s’intéressent pas aux photos d’hommes nus.
-Moi si, dit Robyn. Je les aime avec la poitrine velue et des pénis de vingt-cinq centimètres." Everthorpe la regardait bouche bée. "Vous êtes choqué, n’est-ce pas ? Vous pensez sans doute qu’il est parfaitement normal de parler des nichons et des fesses de femmes et de coller ces photos partout. Eh bien, ce n’est pas normal. C’est dégradant pour les femmes qui posent, pour les hommes qui les regardent, pour le sexe tout simplement.
-Tout cela est passionnant, dit Wilcox en regardant sa montre, mais j’ai une réunion ici dans près de cinq minutes avec mon directeur technique et tout son personnel.
-Je t’en reparlerai plus tard, dit Brian Everthorpe d’un ton bourru. Quand on sera un peu plus tranquilles.
-Il ne tient pas la route, ton projet, dit Wilcox.
-Stuart Baxter n’est pas de cet avis, dit Everthorpe, en frisant ses favoris du revers de la main.
-Je me fiche come d’une queue de babouin, de ce que pense Stuart Baxter, dit Wilcox.
-Je t’en reparlerai quand ta stagiaire, ou ton ange gardien, ou je ne sais quoi, me permettra d’en placer une. Everthorpe s’empressa de quitter le bureau.
A court d’adrénaline, Robyn sentit soudain ses jambes flageoler et se rassit. Wilcox, qui avait mitraillé Everthorpe du regard tandis qu’il sortait, se retourna en souriant presque. « J’ai bien aimé la petite scène » dit-il .
David Lodge Jeu de société pp 147-150

19:12 Publié dans Les extases de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : david lodge, littérature, thérapie, jeu de société, pensées secrètes
