vendredi, 02 octobre 2009

Barbra, Brel et TiNours

Hier soir, je rentre du lycée vers les 18h : la maison était ouverte, mais pas de TiNours à l’horizon. J’appelle, je fais le tour de la maison. Personne, jusqu’à ce que je regarde pardessus le mur qui nous sépare de chez les voisins. Ils sont partis une semaine au Portugal, en nous laissant les clés. Mon z’hom était chez eux en train d’arroser les plantes de leur terrasse... Bon, il est bien là, il n’a pas été enlevé par des extra-terrestres. On se fait un coucou rapide, et en attendant qu’il ait fini, je rentre  à la cuisine pour m’occuper de l’épluchage du potiron pour la confection d’un bon gratin, en regardant d’un œil l’émission de M6, Un Dîner Presque Parfait : c’est justement le programme parfait ‘en toile de fond’ dans ces cas-là, parce que ça ne nécessite pas trop d’attention et ça met dans l’ambiance. Je coupe, j’épluche, quand tout à coup mes yeux tombent sur un sachet ‘Virgin Megastore’, posé sur le comptoir, qui n’était pas là ce matin. Tiens ? Qu’est-ce que ça peut bien être... ? Mais avant même d’avancer une main curieuse, j’ai compris. La veille, TiNours m’avait dit « Tu savais que Barbra a sorti un nouveau CD ? Je l’ai vu à la FNAC en me baladant après la pause-déjeuner ». Non, je ne savais pas. On avait un peu farfouillé le soir sur internet, et je lui avais dit qu’on pourrait peut-être attendre ce week-end pour voir ça.

 

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Il n’a pas attendu, il est comme ça, mon TiNours. Il sait que ça va me faire plaisir, alors il achète. Je souris déjà en faisant glisser le CD hors du sachet plastique. C’est bien ça, je ne me suis pas trompé. « Love is the Answer ». Sur la pochette, Barbra me sourit, mollement vautrée sur son divan, pelotonnée dans des lainages, avec son bronzage parfait et sa longue mèche qui cache son profil droit. Ce côté-là du visage toujours dissimulé, c’est une constante chez elle. Elle le trouve trop moche.

 

Barbra Streisand. C’est ringard. C’est cucul. C’est banal pour un pédé d’aimer ça. C’est démodé. C’est plus dans le coup. C’est, c’est, c’est....

Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise, moi. Barbra,  je suis tombé dedans quand j’étais petit. Quand j’avais 15 ans, plus exactement. Et déjà, à l’époque, on se foutait de ma gueule pour ça, parce qu’il était de bien meilleur ton d’aimer Police ou Supertramp. J’ai fini par cesser de discutailler et me justifier. Déjà à l’époque, je me faisais un point d’honneur de refuser de me conformer à ce qui était dans l’air du temps, et de ne pas faire comme les autres. Ce qui d’ailleurs, ne m’empêchait pas d’aimer beaucoup « Breakfast in America » ou bien la plastique de Sting. Mais cracher sur Barbra, non. Désolé. J’aimais, j’adorais. J’assumais. J’aime toujours. Je continuer à connaître toutes ses chansons par cœur. Je sais aussi toutes ses imperfections, ses travers, ses défauts en tant que chanteuse, en tant qu’actrice. Ca ne change rien. J’aime, j’achète, et j’aime encore, et je continue à collectionner.

 

Le CD est une compilation de ballades façon « easy listening » comme ils disent en anglais. Une expression que j’aime bien parce qu’elle traduit bien ce qu’elle veut dire. C’est de la ‘musique facile’, douce et tranquille, le genre de chose que l’on peut écouter pour se sentir bien, ou même s’endormir. Elle y chante, elle y parle, comme d’habitude d’amour. What else ? Reprise de certains succès d’un autre crooner célèbre, Frank Sinatra, entre autres.  ‘Love is the answer’ ou ‘Make someone happy’ sont des mélodies qui parlent du quotidien, de la recherche perpétuelle du bonheur, de la plénitude, qui souvent se trouvent à portée de main, à portée de coeur. « In the wee small hours of the morning » évoque les moments où, après une nuit passée auprès d’amis, on rentre et on se retrouve seul, avec l’esprit paradoxalement clair et détaché du reste, pour se concentrer sur une seule pensée, celui, celle qu’on aime. Mélange de thèmes hyper classiques et galvaudés : la nature et l’amour, l’amour et le monde, entrelacés entre les paroles de ‘Gentle Rain’ , ‘Spring can really hang you up the most’, ou ‘Smoke gets in your eyes’. Easy, easy, tout ça. Ben, je marche, et j’assume. J’aime cette voix qui me caresse le cœur quand je vaque à mes occupations, en corrigeant les copies, ou en allant au boulot. Je marche, je roule, et j’en redemande, sans chercher plus loin.

 

Cette voix, aujourd’hui, je l’ai écoutée dans la voiture, et aussi en rentrant et en déjeunant. Seul, parce que TiNours est au boulot et ne rentre que ce soir. Et pourtant, c’est lui que j’entends à travers les mélodies. Ce petit cadeau inattendu, sans raison aucune, alors que je n’avais rien réclamé, et qu’il n’y avait pourtant rien à fêter, m’a fait fondre. Il est gentil mon z’homme.

Il est là.

Présent.

Patient.

Aimant.

 

Il est toujours là pour me donner sa main sans que je la lui demande, pour me rattraper quand je pourrais trébucher, pour me soigner si mes mains saignent, pour ramener la lumière au cœur de la nuit, pour me faire pleurer de rire dans le marasme du quotidien, ou rire à travers mon chagrin dans les labyrinthes que la vie nous fait parfois emprunter.

 

Il est là, bordel. Il est ici et maintenant. Il est tout à la fois ma vie, et mes racines, et mes branches. Et souvent je me dis que sans lui je dériverais, je dépérirais. Sans poids et sans existence.

 


podcast

 

 

 

Ne me quitte pas
Je n'vais plus pleurer
Je n'vais plus parler
Je me cacherai là
A te regarder
Danser et sourire
Et à t'écouter
Chanter et puis rire
Laisse-moi devenir
L'ombre de ton ombre
L'ombre de ta main
L'ombre de ton chien
Mais
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas.

 

Moi je t'offrirai
Des perles de pluie
Venues de pays
Où il ne pleut pas
Je creuserai la terre
Jusqu'après ma mort
Pour couvrir ton corps
D'or et de lumière
Je ferai un domaine
Où l'amour sera roi
Où l'amour sera loi
Où tu seras toi
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas


vendredi, 07 août 2009

Vues, ici et là...

Jeudi 23 juillet (soir)

 

Lors de cette heure de détente, je me suis amusé à photographier :

 

Une bouée oubliée :

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Un galet ramassé au fond de l’eau. Il me faisait penser à un cœur, mais en le tournant, on pourrait aussi imaginer un rein droit :

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Ce pied-là, à qui peut-il bien appartenir.... ?

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Et cette main... ?

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Après 20h, une grue passe devant le soleil couchant...

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Et tout redevient calme....

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Au loin, un point sur la mer. Je le fixe intensément. Un bras se lève, s’agite dans ma direction. Un signe que mon TiNours, tout heureux de nager et de se prélasser dans les vagues, m’envoie depuis la mer chaude vers la plage désertée.

A moi.

 

 

 

jeudi, 06 août 2009

Segeste et lo Zingaro

Mardi 21 juillet

 

Ce matin nous nous sommes levés à 7h30 mais nous avons un peu traîné..... Résultat : nous sommes arrivés à Ségeste à 11h, en même temps que la vague de chaleur, et de touristes.

 

 

 

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Ca ne nous a pas empêchés de découvrir un site grandiose. Segeste était, dans les années 400 av JC, la rivale de Selinunte, que nous avions visitée hier. Demeurent principalement un temple élégant au sein des collines, et un théâtre grec. L’architecture du temple et le cadre naturel sont en accord parfait. L’édifice n’avait probablement pas été terminé déjà à l’époque, car ses 36 colonnes ne sont pas cannelées. Les habitants de Ségeste étaient de culture hellénique (ils utilisaient les caractères de l’alphabet des Grecs mais  ne parlaient pas leur langue, ni ne sacrifaient aux mêmes divinités. C’est pourquoi le « temple » pourrait bien ne pas en être un. On n’aura probablement jamais la réponse exacte.

A 1.5 km de là se trouve le théâtre (datant, lui,  du III° siècle av JC). Nous avons dédiagné le bus pour effectuer le chemin (en montant !) sous un soleil de plomb. L’art, ça se mérite ! Avec tout de même une bienfaisante halte à mi-chemin, sous l’ombre fraîche d’un gros olivier.

 

 

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Construit en calcaire local, le théâtre pouvait accueillir 4000  personnes. Il a été restauré à la perfection et offre une vue magnifique sur la vallée, le golfe de Castellamare, et.... le viaduc de l’autoroute !

 

 

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Pour la pause-déjeuner, délicieux repas de panini chauds et de pastèque fraîche, à Castellamare justement, avant d’enchaîner pour l’après-midi sur la réserve naturelle du Zingaro : 6 km de côtes protégées comme espace naturel, au sein du golfe. Là encore, l’excursion à pied nous a coûté des litres de transpiration, mais la beauté des paysages en valait chaque goutte ! Après environ 1h30 de P5240073.JPGmarche le long de la côte, nous avons tout de même crié grâce et fait halte sur la 3° plage de l’itinéraire, la Cala Beretta (minuscule).  On a pu se rafraîchir dans un eau peuplée de minuscules poissons noirs. J’ai aussi découvert un passage entre les rochers où les vagues pénétraient avec un amusant bruit de succion. L mer y était plus fraîche et j’ai pu y faire dix minutes de conversation avec un amusant petit crabe qui me menaçait vaillamment de ses pinces, probablement indigné de voir cette grosse bête envahir son royaume.

 

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Ce soir nous avons fêté l’anniversaire de TiNours. Du fait d’être né en été il a toujours des célébrations exotiques. Il a déjà soufflé ses bougies dans un avion qui survolait Tadoussac au Québec, près du château de Cahir en Irlande (où a été tourné ‘Excalibur’), sur les routes du Rif au Maroc, et j’en passe.

 

Cette année à Balestrate, nous nous sommes offert un succulent restaurant de poisson, installés dans la rue. Ici les clichés les plus galvaudés prennent corps, et c’est merveilleux. Oui, les gens se parlent d’un balcon à l’autre et, oui, les enfants-rois font des scènes tonitruantes à leurs parents en pleine rue. Tout le monde se met sur son trnte et un pour sortir après 22h : les jeunes filles semblent toutes calquées sur le modèle d’Eva Longoria, les jeunes hommes ont cette désinvolture irrésistible propre à l’Italie. Les vieux ont une dignité que iles rend beaux même s’ils ne le sont pas. Et puis, quel plaisir, comme si l’on était figurants dans un vieux film d’Antonioni, d’entendre fuser ces phrases :

« Te l’ho fatto stretto, è percio ! »

« Meno male se possiamo andare domani in città »

« Era impazzicante ! »

«  Ma lo faccio a la romana ! »

 

Le plaisir par les yeux, par les oreilles. On n’a pas non plus oublié celui des papilles : après le repas de poisson, nous sommes allés engloutir une triple glace dans notre gelateria (déjà) préférée : Urbania. Et en plus, les serveurs sont beaux !

 

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Demain, le grand saut : Palerme.

 

Vocabulaire du jour : impazzicante = ‘démentiel, affolant’ (le mot avait longtemps bourdonné dans mon oreille après que je l’aie entendu. J’ai vérifié dans le dico, en rentant, ce qu’il signifiait. C’est joli non ?)

dimanche, 17 mai 2009

Train matinal

 


podcast

 

C’est sur lui que l’on embarque, cinq jours sur sept, après avoir quitté nos « vaisseaux nocturnes » respectifs.

 

Cette heure quotidienne est toujours guidée, formatée, planifiée et pourtant je la trouve très douce à chaque fois.

 

A 6h45 lorsque le radio-réveil se déclenche, que le volet s’ouvre, les soupirs et grognements s’échangent, avec des pauses, yeux fermés, pour prolonger un peu le plaisir du repos. Mini-dialogues brumeux :

« Pfffou, encore se lever... »

« Bien dormi... ? »

« Voui.... Et toi... ? »

« Ben non, vers 3h je t’ai entendu ronfler... »

« Menteur va... mais pourquoi il raconte toujours des mensonges cet ours... ? »

« C’est pas vrai c’est toi le menteur » (bisou)

« Moi je ronfle jamais... » (baillement)

« Tu paaaarles ! » (Rires)

« Allez courage... On y va... ? »

« Allez... » (re-bisou)

 

Pendant que TiNours se dirige vers la cuisine, Lancelot ouvre grand la fenêtre de la chambre, prend trois ou quatre longues inspirations d’air pur, examine le ciel pour connaître la couleur du temps et du moral du jour : beau fixe... ? gris déprime... ? colère sombre... ?

 

Faire le lit : une autre tâche que j’aime bien. Lifter les rides des draps abandonnées après la nuit, secouer les bouffissures de sommeil enfouies au creux des oreillers. Laisser le grand air envahir la pièce, pour une bonne heure, qu’il fasse chaud ou froid dehors.

 

Et puis, direction la cuisine, où TiNours s’affaire seul depuis dix minutes. La table du petit déjeuner  a été préparée, de façon systématique, depuis la veille. Une habitude qui a souvent suscité beaucoup de moqueries amusées de la part de nos amis. Mais, lorsqu’on émerge de sa nuit, c’est si agréable de se mettre en fonction « pilote automatique » pour laisser la mécanique interne préchauffer tranquillement.... Alors bols, assiettes, petites cuillères sont là, prêts à l’emploi, disposés sagement, depuis le soir. L’odeur-cliché du bon pain grillé s’infiltre dans mes narines. En revanche, pas de café. Le matin, j’aime prendre du thé. TiNours vient de presser les oranges. Mon verre est plein. Je le prends avec un sourire, et je retraverse la cuisine en entendant distraitement à la radio Bourdin qui susurre leur éternel slogan imbécile : « RMC : infos, donc sport... »

 

Dans la salle de bains, j’allume l’autre radio, qui, elle, est réglée sur France infos (’donc infos’, ça, ça tient la route...). Une gorgée, quelquefois deux, de jus d’orange. J’ouvre au préalable le jet de la douche, car l’eau chaude est toujours longue à arriver, et j’ôte tranquillement peignoir et caleçon. Difficile d’échapper à un coup d’œil sur soi : miroir panoramique devant moi, et derrière, les portes de la penderie sont constituées de glaces.

« Tu t’empâterais pas un peu, mon vieux... ? Et ça, là, ce n’est pas un cheveu blanc supplémentaire... ? »

« Mais non... Ces pecs rebondis, ce n’est pas dû à un excès de bonne chère, mais à un afflux permanent de testostérone. Quant aux tempes grisonnantes, ça te donne un faux air à la George Clooney... What else... ? »

 

Sous le jet brûlant de la douche, je m’étire, je chasse les derniers vestiges de la nuit engourdis au creux de mes muscles. Selon les jours, mes narines s’imbibent d’odeurs variables du savon-gel au nom exotique : Green Splash, Lemon Tropic, Orange Delight, Blue Lagoon... il y en a pour tous les goûts... pendant ce temps, à travers le bruit du jet d’eau, mon oreille capte une information sur deux : « S4rkozy gniagniagnia.... récession gnignigni... patron séquestré youyouyou.... loi Adopi pipipi... »

 

Sortir, se sécher vigoureusement. Nouvelles gorgées de jus d’orange, ça fouette les papilles ! Le corps, le cerveau, commencent à passer à la vitesse supérieure. J’ouvre encore en grand la fenêtre, car TiNours a horreur des vapeurs d’eau chaude, et j’étale la mousse à raser sur ma belle gueugueule à la mâchoire carrée (Quoi ma gueule.. ? Et qu’est-ce qu’elle a, ma gueule... ??). C’est toujours le moment du spot publicitaire sur France Infos. Si la chaîne était en osmose avec moi, je devrais entendre « Gillette, la perfection au masculiiiin ! » Hélas, c’est toujours des inepties du genre : « Bernard, tu as prévu quoi pour ta retraite ... ? » A chaque fois, je coupe rageusement le son et je me rase en faisant gaffe à ne pas me couper, moi. Le Bernard, son assurance-décès, il peut se la coller là où je pense. Pas de ça pour moi. Je compte bien être immortel. Dans cette optique, j’applique lotions et onguents divers : baume après-rasage, aftershave, lotion capillaire. Bon, rien de tout cela ne me transformera en Brad Pitt, mais inutile d’épiloguer, d’ailleurs TiNours, qui a fini de déjeuner, arrive pour prendre à son tour possession de la salle de bains et des fontaines de jouvence.

 

Après un détour par la chambre pour m’habiller (nouveau coup d’œil par la fenêtre ouverte, avec un regard complice, ou menaçant, c’est selon, vers le ciel), cap à nouveau vers la cuisine.

 

Tout en versant mon thé et en confitubeurrant ma tartine, je peux décider de trois options différentes pour le quart d’heure qui commence. Le plus souvent, je choisis de lire le journal, ou mon livre du moment. Ou bien, revoir un cours que j’aurai eu la flemme de repasser la veille. Enfin, je peux aussi rêvasser en écoutant RMC. La dernière option se fait de plus en plus rare depuis quelques mois car l’intensification des messages publicitaires, à cette heure, m’horripile. J’allais oublier qu’il m’arrive aussi d’emporter bol et toast dans le bureau où je jette un coup d’œil à mon blog pour voir si de gentilles petites souris ne seraient pas venues déposer un commentaire, depuis la veille.

 

TiNours en a fini avec ses ablutions à lui. Il vaque entre la salle de bains et la chambre, en pantalon, torse nu : « Pfffou qu’il fait chaud... » Je ne réponds rien, je le contemple avec une ombre de sourire au coin de la lèvre, une lueur au fond du regard, une envie qui se faufile au creux de mes mains.... Mmmmm.... Quel dommage qu’il faille aller bosser....

 

7h45, c’est le moment désagréable entre tous, celui de l’accélération. J’ai fini mon « stage » aux WC (TOUJOURS avec un journal ou un bouquin). TiNours vérifie sur internet que son train n’est pas annoncé avec du retard pour la millionième fois (ce qui l’obligerait à prendre le tram). Je me brosse les dents pendant que lui sort la voiture du garage, pour gagner du temps. Je ressors de la maison à toute vitesse. Il n’a jamais raté le train de 8h03 du fait de notre retard (on décolle toujours à 7h55), mais ne tentons pas le diable....

 

Toujours faire attention, lors de ces derniers instants précipités, à ne pas faire de gaffe lourde de conséquences.  Par exemple, se piquer nos trousseaux de clés respectifs par inadvertance, si l’un ferme la porte avec la clé de l’autre. C’est déjà arrivé, et ça peut provoquer des situations très compliquées, pour la suite de la journée !

 

Dernier motif possible d’énervement : le portail automatique, qui peut se bloquer à mi-course, et nous obliger à perdre de précieuses secondes pour le refermer manuellement. Ces matins-là, mon taux d’adrénaline s’emballe, et les voisins doivent entendre mes glapissements hystériques...

 

500 mètres en voiture, j’actionne les feux de warning, et je m’immobilise au passage piétons habituel, à vingt mètres de la gare, pour déposer mon petit homme. « Passe une bonne journée... » « Toi aussi bébé » Bisou rapide. Depuis quelques semaines, un jeune collégien qui passe par là à la même heure, pour prendre son bus, nous a repérés. J’ai vu l’évolution de sa réaction dans ses yeux au fil des jours. Lundi stupéfaction, mardi sarcasme, mercredi moquerie, jeudi léger sourire neutre... Je pense qu’avant l’été on pourra peut-être tabler sur « complicité » ?

 

Il est 8 heures. J’accélère en direction de la nationale. J’ouvre la radio et entends la voix de hyène de Marc-Olivier F. sur Europe 1. « Oh non, pas lui... ». Passage immédiat en fréquence CD. Aujourd’hui, c’est Annie Lennox qui m’accompagnera sur les six kilomètres qui conduisent au lycée. La journée de boulot va commencer.

 

J’aime cette heure quotidienne entre réveil et départ, où peu de paroles sont échangées, mais où gestes et habitudes tissent des mailles très douces, qui nous resserrent sans jamais nous emprisonner.

 

 

 

 

 

 

lundi, 06 avril 2009

Vision


podcast

 

 

Je me suis souvent demandé à quoi aurait bien pu ressembler notre vie si TiNours et moi nous étions rencontrés disons... dix ans plus tôt...  J’aime évoquer parfois, secrètement, cette vie qu’on aurait pu avoir à l’époque : moi encore étudiant, lui bossant pour nous deux. Davantage d’angoisses et d’incertitudes, mais aussi des épreuves que nous aurions traversées en commun.

 

Je regarde quelquefois des photos de lui plus jeune, à l’époque où on ne se connaissait pas. J’aime aussi évoquer ce petit garçon qu’il a dû être. Je l’imagine toujours sage, réfléchi, et adorable. L’enfant que l’on aspire à prendre dans ses bras.

 

Et à trente ans, à qui ressemblait-il ? Tout ce que je sais de sa vie, je le sais par lui. Personne n’a été là pour me dire « Tu sais, quand il était plus jeune... » « Ohlàlà le coup qu’il nous a fait le jour de son anniversaire... » « Je t’ai pas raconté qu’un soir, on allait au cinéma lui et moi et que... »

 

Eh bien, ce week-end, j’ai rencontré TiNours le jour de ses 29 ans. Mais mieux que sur une photo ou par histoire interposée. En chair et en os. Il est venu passer le week-end ici. Je le dévorais du regard, je le scrutais avec une attention fascinée. Je l’écoutais. Pas possible de tendre ma main pour la poser sur sa joue, ou lui ébouriffer les cheveux. Juste eu le droit de lui faire trois bises, avant qu’il ne reparte, il y a quelques heures. Mais je n’en demandais pas plus. C’était déjà bien beau de pouvoir assister à ce son et lumière, sans avoir eu besoin de magie noire pour cela.

 

Jérôme est son neveu, le fils de son frère. Il ressemble beaucoup à mon TiNours. Même cheveux bruns, même pétillance dans son regard vert. Dans l’arête du nez, aussi, je retrouve des reflets de la famille Nounours ! Sa démarche, sa nonchalance tranquille. C’est lui, c’est bien lui.

 

Et surtout, je retrouve, tout étonné, la gentillesse et la politesse que je croyais oubliées. Mais il est vrai que Jérôme n’est plus un ado, loin de là ! Il a fêté ses 29 ans en notre compagnie. Rien que nous trois. On lui a sorti le grand jeu : bon repas, champagne, gâteau, cadeaux ! « Il ne fallait pas » nous répétait-il, tout ému. Ben si, il fallait. Depuis le temps que j’ai des neveux et des nièces par alliance, que je ne connais pas ! Il est le premier de la liste, je suis bien content que ce soit tombé sur lui ! Il m’a tout attendri avec ce bain de jouvence, cet aperçu d’un double de mon z’om quand il avait 29 ans.

 

Je pense qu’il a été content de son week-end aussi. Il reviendra, nous a-t-il promis. Cette fois, avec ses parents. Ai-je fait bonne impression ? J’espère. Je n’ai pas souffert du fait que TiNours m’ait passé sous silence pendant des années. Je l’avais déjà écrit ici. Il fallait le laisser fonctionner à son rythme. Le côté agréable des choses, c’est que maintenant que certaines portes sont ouvertes, il me reste tout un monde passionnant à découvrir ! Ce week-end n’en était que la première plage. Du sable fin, et doux, tout du long. Je veux bien continuer l’exploration du continent.

lundi, 26 janvier 2009

Ambiance panne

Samedi après-midi, la tempête annoncée par Météo-France s’est déchaînée sur l’Hérault.

 

Les tuiles volaient, les chiens aboyaient, les alarmes des voitures se déclenchaient, les enfants hurlaient...  (bon oui j’exagère, mais à peine...) Au milieu de toute cette panique, TiNours et moi avons tout de même réussi à conserver un calme olympien, en nous souvenant de Dorothy dans le Magicien d’Oz, quand la tornade arrive et que sa maison décolle du Kansas et est emportée au pays des petits Munchkins... quand elle atterrit, elle écrase la méchante sorcière de l’Est... On rigolait comme des fous en évoquant tout ça et en préparant à l’avance le repas du dimanche (quiche au thon, porc au curry, panacotta), quand tout à coup nos rires se sont figés nets : la musique s’éteint, plus d’électricité.

 

Evidemment, par ce temps-là, on risquait davantage une coupure EDF que des millions au loto. Ca n’est pas bien grave, me direz-vous. Mais notre hilarité a été coupée net, et pour cause.

 

Un détail important, c’était d’anticiper la durée possible de la panne. Parce que figurez-vous que chez nous, tout, tout, absolument tout, fonctionne grâce à la fée électricité.

 

Alors d’abord, la chaîne stéréo s’éteint. Bon, pas grave. Si Fiso était là, elle pourrait témoigner : je fonctionne très bien en mode karaoké, même sans musique de fond. La chanson, je peux assurer « a capella » comme on dit. TiNours, indulgent, fronce le nez et continue à éplucher ses tomates, en refrénant une furieuse envie de... de RIEN, mauvaises langues....

 

Constatation numéro deux, nos préparations culinaires sont en souffrance. Alors on met les légumes épluchés et crus, ainsi que la viande en cubes, dans des plats qu’on recouvre d’un film plastique, et on range la tarte prête mais non cuite dans le frigidaire, qui est éteint aussi, au fait. Vite refermer la porte, pour qu’il ne perde pas trop rapidement le froid à l’intérieur...

 

Constatation numéro trois : en attendant, on ne peut se distraire ni en regardant la télé ni en surfant sur internet. Oui je sais, vous me direz : quand on est seuls à deux, il y a d’autres distractions possibles. Simplement on s’était déjà levés à 11h du matin après avoir longuement « pratiqué » cette activité-là depuis notre réveil, vers 9h environ....

 

Constatation numéro 4, la plus ‘angoissante’ : on était prudemment restés dans la cuisine afin de moins ‘disperser’ l’énergie, car chez nous le chauffage aussi est UNIQUEMENT électrique. Aucune possibilité de se rabattre sur une cheminée à bois ou un poêle à pétrole. Et la température descendait doucement mais sûrement de quart d’heure en quart d’heure : 19°, 18°, 17°.... La panne avait commencé à 15h15, il était 17h30... et ça durait, ça durait....

Je me donc suis mis à corriger des copies (à défaut d’autre chose...) pendant que TiNours déployait un journal. Mais là aussi, il ne fallait pas croire que ça allait être si facile : le jour baissait, baissait.... On a pris chacun une bougie pour nous éclairer.... Tout ça avait des allures de Paris sous l’occupation, c’était palpitant... « Et au fait si on est obligés de faire un repas froid ce soir, qu’est-ce qu’on mangera ? Il n’y a rien pour faire des tartines... » « Et si ce n’est pas revenu quand on va se coucher, on a intérêt à mettre une double couette... » « Et les stores électriques, on ne pourra pas les refermer à la main, on va devoir utiliser les gros volets en bois qui d’habitude restent toujours ouverts... » Oufff....

 

Le pire c’était surtout qu’un copain devait passer vers 19h pour nous faire un devis sur des travaux chez nous (couloir et hall d’entrée à repeindre) et je sentais qu’on allait devoir lui faire faire la visite à la bougie ! Ca allait être gai ! On a eu envie de l’appeler pour lui dire que dans ces conditions ce ne serait pas la peine, mais nos téléphones fonctionnent eux aussi à l’électricité, et le portable de TiNours avait bien sûr sa batterie à plat.... Affreux, affreux je vous dis. Heureusement lui s’est rappelé qu’on avait conservé un  providentiel vieux téléphone-coucou fonctionnant sans électricité. J’étais en train de mettre une caisse sens dessus dessous pour le retrouver, quand tout à coup, miracle de la technique, l’électricité est revenue. Aaah, extase. Au bout de deux heures et demie, tout de même...

 

Constatation rétrospective : si la panne avait perduré jusqu’au lendemain on aurait été obligés de prendre notre douche à l’eau froide... Brrr

 

C’est dans des cas comme celui-là qu’on se rend compte à quel point on est dépendant. Je suis sûr qu’on vivrait beaucoup moins cela comme un drame si ces coupures étaient plus fréquentes. On prendrait l’habitude de développer des stratégies, des trucs pour ne pas être coincés. On anticiperait, on prévoirait, on s’en sortirait beaucoup mieux. On prévoirait d’aller couper des rondins à la hache, d’aller casser la glace pour tirer des seaux du lac et les réchauffer dans des bassines de grand-mère. On prévoirait de sortir du fumoir le cochon que nous avions tué l’an dernier. Ah, tout ce qu’on prévoirait....

Samedi, en revanche, nous avions l’air très bête devant nos deux bougies qui faisaient tristement vaciller sur le mur nos ombres accablées....

 

Et encore, le pire nous a été évité : la panne est survenue en plein jour, à un moment où nos volets électriques étaient OUVERTS.... La nuit, ils se ferment automatiquement..... Et si l’électricité avait été coupée alors qu’ils étaient en position basse, alors il aurait fallu attendre, enfermés à double tour dans notre cocon-prison....

 

Heureusement qu’on y est bien.

lundi, 12 janvier 2009

Tendresse des saveurs


podcast

Pour déroger à la tradition de la fiesta entre amis, et aussi parce que cette fois je n’avais pas envie d’investir dans des bougies dont le nombre commence à devenir ruineux au fil des ans, nous avions décidé, TiNours et moi, de nous faire un restaurant, une soirée entre nous, samedi dernier.  

Le chic du chic, sur Montpellier, c’est le Jardin des Sens, mais beaucoup de copains m’ayant dit que même si les plats servis là-bas étaient fins et excellents, la qualité et le cadre n'en justifiaient pas un prix élevé (100 euros par convive, en moyenne, vin non compris…), on a donc fait quelques investigations supplémentaires sur internet. Rien de bien concluant, jusqu’à ce que je contacte une « valeur sûre » : Noël et Mimi, qui aiment souvent se déguiser en inspecteurs du Gault et Millau pour écumer la région. Leur avis valait son pesant de foie gras. Contacté par e-mail, puis par téléphone, Noël m’a aimablement conseillé plusieurs autres alternatives accessibles du point de vue budget, et notamment un « outsider » intéressant : Prouhèze Saveurs, situé un peu à l’extérieur du Centre Ville. Je vérifie sur leur site (ah, que ferait-on si internet n’existait pas, de nos jours !). Le cadre avait l’air plaisant (même si très vaste, au premier coup d'oeil), les prix raisonnables, la carte alléchante, et, cerise sur le gâteau d’anniversaire, ce n’est pas très loin de la maison. 

Nous y sommes donc allés sur le coup des 21 heures. La nuit était parfaite pour l’occasion, à mon goût. Lueur glacée des étoiles dans un froid diamant, pleine lune inondant la route de clarté, ciel noir-bleu sombre comme je l’aime. Un inconvénient (de taille) : l’établissement ne comporte pas de parking et est situé en bordure d’une route où toutes les places sont déjà occupées, probablement par les habitants des maisons environnantes. Le bowling, à proximité, fait payer le stationnement (pas fous, ils doivent avoir l’habitude des « squatteurs » dans le coin). On a heureusement pu se rabattre sur un petit supermarché, dans le secteur, et rafler une des (deux) dernières places disponibles.

Il m’est rarement (jamais, je crois) arrivé de décrire ici un bon repas en détail, comme savent si bien le faire Fiso, ou Calyste, ces Epicuriens de l’Assiette (entre autres !). Mais vous avez compris que sur cette occasion-là, j’aimerais essayer de me lancer dans cet exercice. Le cadre était intime à souhait, contrairement à ce que craignait mon TiNours qui trouvait que sur le site les salles avaient l’air belles mais immenses. Nous nous sommes retrouvés confortablement placés autour d’une table pour deux dans un petit salon aux murs de pierre, juste à côté d’une majestueuse cheminée. Service discret, rapide, et efficace. Mis de bonne humeur par deux kirs, nous avons examiné la carte, très variée. Alors que d’ordinaire nous sommes très amateurs de poisson et coquillages, encore une fois ce soir-là nous avons changé nos habitudes. Influence moyenâgeuse des pierres de la cheminée, sans doute, nous nous sommes voluptueusement enfoncés dans le terroir : boeuf en entrée et cochon en sortie pour Tinours. L’inverse pour moi. Un principe chez nous : sauf circonstances exceptionnelles, ne jamais prendre la même chose que l’autre, pour pouvoir se faire goûter mutuellement nos plats, voire échanger nos assiettes au milieu du repas (oui je sais, ces gens ne sont pas sortables…).

Mon entrée, très originale, était servie dans une sorte de petit chaudron. Des oreilles de cochon grillées (la seule idée m’amusait)  accompagnées d’un œuf cassé et de mesclun. Plat agrémenté de champignons. Le mélange était parfait. La consistance des oreilles rappelait un peu celle de la tête de veau, et se mariait admirablement avec la douceur des cèpes et de l’œuf. La salade rehaussait le goût de l’ensemble. La terrine de bœuf de l’Aubrac choisie par mon z’om était froide, elle, très goûteuse, et sa sauce gribiche la relevait très plaisamment. Deux entrées parfaites pour nous mettre en appétit. On a donc enchaîné, toutes papilles déployées, sur un pied de cochon (encore !) désossé et farci, accompagné de pommes de terre au lard, pour Lui. Et, pour Moi, une blanquette de joue de bœuf (encore ! Nous avons fait un vrai massacre chez ces pauvres bêtes…) « cuite huit heures » (et engloutie en 15 minutes par votre serviteur) avec une sauce aux truffes, accompagnée de purée : le clou incontestable du repas, selon moi. Le bœuf fondait sur la langue, la sauce faisait exploser une multitude de saveurs forestières en bouche, et la purée, ce qu’elle était douce ! Une vraie merveille. Nous avons arrosé cela d’une bouteille de Carignan, vin rouge point trop fort. On a bien fait. La nourriture était suffisamment enivrante, et j’étais dans un état de semi-euphorie très plaisant. Le dessert (plateau de fromages et verrine de tarte au citron meringuée) était bien évidemment de trop après la fanfare calorique de l'heure précédente, mais, baste ! La soupe de légumes, ce serait pour le lendemain...

Regarder les gens autour de nous. Essayer de deviner qui en est, qui n’en est pas. Discuter et fou-rire des collègues de travail de TiNours, un vrai « soap » que je raconterai peut-être un jour sur ce blog. Evoquer les possibles destinations pour les prochaines vacances de février. Retrouver, par le biais de ces plats bien estampillés « France du terroir » des souvenirs de scènes d’enfance, passées dans la ferme des grands-parents, d’un côté ou de l’autre. Même si nous vivons ensemble depuis seize ans, je suis toujours surpris de voir qu’il reste encore et toujours des recoins de nos passés mutuels à explorer, à raconter à l’autre. Pétillances d’idées. Valses des réminiscences. Fragrances de sensations. Jouer à la confrontation des mémoires. « Le mois où je suis né, toitu… » « L’année où tu passé le bac, moijeu… » . Ces méandres nous ont souvent conduits à des surprises étonnantes. Non, contrairement à ce qui m’est arrivé avec d’autres personnes, TiNours et moi ne nous étions jamais « frôlés » dans l’espace de nos vies respectives, « avant ». On progressait, simplement. Deux nuages légers qui avançaient l’un vers l’autre. Sans hâte, mais inexorablement, je crois. Et ce soir, quand je regarde sa main posée sur la nappe près de la mienne, ou quand je relève mon regard dans le vert de ses yeux, je me dis que nous avons la chance des gens simples.

Ressortir dans la nuit glaciale et frissonner du plaisir de l’anticipation de la chaleur de la couette qui nous attend, douce, chez nous. Enfin, éteindre la lampe sur cette soirée parfaite.

 

dimanche, 05 octobre 2008

Coming out, Staying in

Seul en ce dimanche après-midi. TiNours est parti pour la journée chez son frère et sa belle-sœur, près de Perpignan, où ils ont récemment acheté un appartement.

 

Il se trouve qu’ils ne me connaissent pas, et qu’ils sont peut-être en ce moment en train d’entendre parler de moi pour la première fois. Oui. TiNours n’a jamais fait son « Coming-out » auprès de quiconque dans sa famille, à l’exception d’une personne, son neveu, qu’il a mis au courant il y a quatre ans.

 

Avant de se dire qu’il a pris son temps, il faudrait aussi comprendre la configuration familiale et le contexte particulier qui ont été, qui sont les siens. Il est le dernier enfant d’une famille de trois garçons. Ses parents ont divorcé, et pas du tout à l’amiable, alors que lui avait une vingtaine d’années. La famille s’est alors scindée en deux : ses frères aînés, leurs femmes et enfants ont privilégié leurs contacts avec le père ; lui seul est resté du côté de sa mère.

 

Sa maman est décédée trop tôt (à 55 ans) des suites d’une maladie génique. TiNours l’a soignée, assistée, aidée jusqu’au bout. Il a revu ses frères au moment des obsèques, mais le contact n’a pas vraiment été renoué. Par la suite, eux se sont éloignés à leur tour du père, qui s’était « remis en ménage » avec une autre dame. C’est donc encore une fois  TiNours qui a été mis à contribution lors des derniers mois de la vie de son père, lorsqu’un cancer a été diagnostiqué.

 

Avant le décès de sa Maman, TiNours l’avait mise au courant de ses préférences, de sa vie. En revanche, malgré le rapprochement qui s’est opéré entre lui et son père vers la fin, ce dernier n’a jamais rien su. Manque de temps, manque de souffle, de courage de part et d’autre, manque d’occasions propices pour parler.

 

Depuis le décès de son père, il s’est rapproché de ses deux frères. Mais l’éloignement géographique n’a jamais favorisé les contacts entre eux. Il a assisté au mariage de ses neveux et de ses nièces. Il a passé certains réveillons dans le Nord avec eux (alors que moi j’étais chez mes parents). Mais ces visites ont été très sporadiques, de sorte qu’il n’a jamais eu à parler de moi, car je n’étais pas présent en ces rares occasions. Ces possibilités se sont faites encore plus rares depuis que nous avons déménagé sur Montpellier, eux étant restés dans le Nord. Mais plus récemment les choses se sont mises à bouger, puisque son frère aîné voudrait s’installer non loin d’ici pour sa retraite.

 

Je n’ai jamais reproché à TiNours le « black-out » qu’il a mis à mon sujet dans sa famille. Je suis plus à même que quiconque de savoir ce qu’il en coûte de faire ce style de révélation, même et surtout lorsqu’on a dépassé la trentaine, la quarantaine. Pour ma part, j’avais mis mon frère, mes sœurs, et enfin mes parents au courant lors de « confessions » successives et espacées dans le temps. Pour mes parents, j’ai attendu d’avoir presque 37 ans avant de sauter le pas. Et je l’ai fait par nécessité. J’en avais assez d’aller les voir, non seulement sans emmener l’homme qui partage ma vie, mais aussi sans parler de lui. C’était une gymnastique à laquelle je m’étais certes habitué, mais également une gymnastique étouffante, sclérosante.

 

Je n’ai jamais « mis la pression » pour être présenté à la famille de TiNours. J’ai toujours attendu, j’attends, qu’il se sente prêt. Je ne me suis jamais senti rejeté, mis à l’écart. Je sais ce qu’il ressent, je sais qu’il n’a pas honte de moi, de nous, je connais le fond de son coeur. Je sais que je suis de sa famille bien avant ses frères. C’est moi qui le connais mieux que quiconque. Nous nous ressemblons. A quelques nuances près, nous avons les mêmes goûts, les mêmes envies, les mêmes colères, les mêmes habitudes. Les mêmes rires, les mêmes larmes. Le même humour. Surtout le même humour. Il sait me faire fou-rire, appuyer sur les bonnes touches, mieux que personne. Il sait mes silences, il sait mes angoisses, il sait même mes mensonges. Et il les respecte. Il m’emmène sans m’emporter, il me tient sans me prendre, il m’aime sans me vouloir. Les liens que nous avons tissés  entre nous sont pareils à l’oxygène : on ne le voit pas, on ne l’entend pas, on ne le sent pas. Mais sans lui, on meurt. Je sais. J’ai déjà essayé. Eloignement physique (lorsque lui vivait déjà à Montpellier, et moi encore à Lille) ou randonnée extra-sentimentale. Dans les deux cas, l’asphyxie est survenue. Lente, sourde et insidieuse, mais très sûre. Et je sais gré à mon Petit Ours d’avoir été présent pour contribuer à ma guérison, à chaque épreuve. Pas en me prêtant son épaule pour que j’y sanglote. Il y a des choses auxquelles on n’a pas droit, quelle que soit l’intensité du chagrin. Mais il a été là. Là, présent, tout simplement. Son regard vert, qui me disait « je sais ». Son silence doux, qui me soufflait « j’attendrai ». Ses mains, ses mains d’homme qui ont serré les miennes jusqu’à casser le chagrin. « Accroche-toi à moi, à nous, bats-toi, SURVIS… »

 

Le sexe. Une valeur fondamentale. Mais également fugace, capricieuse, changeante, volatile et éphémère. J’ai « baisé » avec beaucoup d’hommes. J’ai même fait l’amour, souvent. Mais le seul qui ait su, en plus du plaisir, me faire la tendresse, c’était, c’est, mon Nours. Lui seul.

 

Y a pas. C’est lui et pas un autre. Et ce qui m’a toujours conforté dans cette idée, c’est que jamais, jamais, depuis 17 ans que nous nous connaissons, il ne m’est arrivé, lorsque j’étais avec lui, de me dire que j’aimerais être ailleurs, ou que lui soit loin de moi. Jamais je n’ai eu envie de le quitter.

 

Alors, pendant que lui fait (peut-être) son « Coming out » auprès de son frère et de sa belle-sœur, moi je viens de faire mon « Staying in ». Une épreuve tout aussi acrobatique. Un pari sur l’avenir, et non des révélations sur le passé. Une constatation sereine plutôt que des aveux hésitants. Je viens vous avouer que le mec avec qui je vis, c’est l’homme de ma vie. Le mec de ma vie. Mon Mec, quoi.

 

Bah « acrobatique », comme tu y vas, Lancelot….. Y avait-il vraiment besoin d’une note entière pour confesser pareille évidence ?