mardi, 22 septembre 2009
22 septembre, 3° édition
T’as 50 ans aujourd’hui.
Ton téléphone restera muet.
Mon blog, non.
Bon anniversaire.
Je pense à toi.
Et tu le sais.

19:16 Publié dans Famille | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : anniversaire
lundi, 17 août 2009
La vie en dansant
Mon père, en visite ici pour le week-end (avec ma mère, évidemment) nous raconte une histoire vendredi soir.
Avant les opérations récentes de ma mère, mes parents étaient fanas de danse. Tangos, paso-dobles et autres salsas n’avaient aucun secret pour eux. J’aimais les regarder évoluer lors des rares occasions festives que nous avions ensemble. Ils étaient beaux. Ils le sont toujours, mais leur sédentarité obligée leur a ôté pas mal de leur éclat. J’ai un mal fou à les voir vieillir. Mon œil, mon cerveau, mon subconscient, gomment rageusement ces rides, cette lenteur dans leur démarche, ces taches sur leurs bras. C’est d’autant plus facile pour moi qu’intellectuellement, ils sont aussi alertes, vifs, fins et intelligents à 85 ans qu’ils l’étaient à 65.
A l’époque où ils se rendaient tous les dimanches dans un club de danse, ils avaient un ami de leur âge, Monsieur Desprez, qui leur avait dit une ou deux fois « J’aime tellement ça que je voudrais mourir en dansant »
Un jour vers les 18h, après avoir virevolté sur la piste pendant plusieurs heures, Monsieur Desprez leur dit « Ouff, je suis crevé, quel bon après-midi, je vais rentrer chez moi ! »
En sortant, il croise à la porte une autre vieille amie qui, elle, arrivait, et qui lui dit « Oh tu pars maintenant, quel dommage ! J’aurais aimé faire au moins un tour avec toi ! Accorde-moi une valse ! » Bon prince, il accepte.
Et, au milieu de la piste, il est frappé d’un infarctus. Les pompiers, appelés immédiatement, n’ont pas pu le réanimer. Foudroyant.
La plus belle des morts c’est dans son lit, en dormant, disent certains. Peut-être, mais c’est une façon un peu passive d’envisager le moment de son décès. Le sien aura été plein de grâce, de mouvement, et de joie.
Une histoire que je trouve magnifique. Mon père souriait autant en la racontant que nous en l’écoutant.
21:33 Publié dans Famille | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : père, mère, danse
vendredi, 26 décembre 2008
Huîtres et charlottes
Sans apprécier outre mesure les fêtes de Noël et tout ce qu’elles trimballent de joie factice et d’agapes déraisonnables, elles comportent toujours pour moi certains petits plaisirs que je trouve uniques. D’habitude nous allons toujours chez mes parents, le 24, le 25 et le 26. Or cette année, pour éviter des fatigues excessives à ma mère qui a été opérée du genou en octobre, nous avons proposé de faire cela chez nous, en nous répartissant aux uns et aux autres le rôle de maître d’hôtel, cuisinier, pâtissier, serveur, sommelier…
Le 24 au soir, TiNours et moi étions seuls avec mes parents. Repas de la mer, pour ne pas déroger à la tradition : toasts, huitres et coquilles Saint Jacques. J’adore ouvrir les huitres. C’est pour moi un plaisir inégalé depuis des années. Au départ, mon père m’avait appris à le faire, avec mille recommandations pour que je ne me blesse pas (il paraît d’ailleurs qu’un bon quart des urgences reçues à l’hôpital les soirs de réveillon sont dues à des couteaux qui ont dévié de leur trajectoire en glissant sur de traitres coquilles). Quoi qu’il en soit, j’ai acquis maintenant rapidité et dextérité. Quand mon père ouvre trois huitres, j’en fais huit, tel un vrai poissonnier à la Criée. Je soupçonne d’ailleurs qu’il rentre d’ailleurs dans mon plaisir une bonne part de sadisme : trouver la fente, l’ouverture, glisser, progresser, faire levier pour forcer et ouvrir l’animal forcé de céder et de livrer ses délices gustatifs. C’est (presque) sexuel ! Le plaisir de la bouche vient, bien sûr, par la suite. Il me faut invariablement pain de seigle, beurre et citron pour apprécier pleinement cet ensemble que je ne déguste qu’une fois par an, comme un plaisir rare dont il ne faut abuser.

Le lendemain, arrivée de mes sœurs, de mes beaux-frères : la maison se remplit de voix impatientes, de manteaux froids auxquels il faut chercher des cintres, en catastrophe, de bouquets de fleurs pour lesquels il faut des vases. Une avalanche de paquets enrubannés encombre le salon, on les déballe pendant l’apéritif. Pour leur ouverture, chaque année, hélas, je sens décroître ma hâte. Quand j’étais petit, cette attente était sans limites, je ne savais pas penser à autre chose. Maintenant, je savoure ma joie, et même, je l’arrose pour l’épanouir, mais elle n’a plus le caractère sacré et la violence grisante d’autrefois. Enfance, enfance, tu m’as filé entre les doigts.
Pour le festin, TiNours et moi avons été transformés en aide-cuisiniers sous la férule tyrannique de ma sœur, qui a fait des préparatifs dignes de Bocuse, ne souffrant aucun retard ni le moindre faux pas dans leur mise en œuvre. C’est l’occasion de quelques engueulades bien senties. On a toujours aimé ça dans la famille : se jeter le contenu des casseroles à la tête et après éclater de rire et se taper dans le dos en s’essuyant nos cheveux maculés de sauce. J’exagère, mais à peine.
Passé l’éclat des répliques et plaisanteries des débuts de repas, les vins sublimes apportés par mon père aidant, on s’enfonce un peu dans la torpeur inhérente à ces jours de fêtes d’hiver lors de ces après-midi à rallonge, autour d’une table dressée. Surviennent alors les phrases banales, usées jusqu’à la corde « Les réveillons, c’est la mort du foie » (les oies pensent de même) ou bien « On se plaint de la crise mais regarde tous ces cadeaux, c’est indécent » (alors pourquoi recommence-t-on d’une année sur l’autre ?)
A propos de foie fatigué, depuis deux ou trois ans s’est instaurée dans la famille une tradition : les charlottes de Lancelot. Personne dans la famille ne raffole de bûches, alors maintenant, je sers mes inventions de pâtissier en chef : cette année, charlotte aux raisins et à l’armagnac, et charlotte aux pommes flambées au calva. C’était très réussi. Allez, petit plaisir narcissique : les voici en photo !
11:16 Publié dans Famille | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : noël
jeudi, 16 octobre 2008
Celles dont je n'ai jamais parlé
Il y a quelques jours, en naviguant chez Olivier Autissier, je suis tombé sur une petite note où il parle de deux actrices qu’il affectionne, dont Bette Midler.
Comme toujours (l’an dernier, j’avais eu le même coup chez Orpheus avec Annie Lennox), je me suis laissé avoir par la soif de souvenirs, que l’on peut si aisément réveiller, ressusciter même, avec de la musique, et je suis allé déterrer mon CD de « Beaches » un film de Garry Marshall, que Bette Midler avait tourné avec Barbara Hershey en 1988. Je l’avais vu à sa sortie. Le scénario est « facile » et émouvant. Deux gamines se rencontrent par hasard à Atlantic City et nouent une amitié alors que leurs milieux sociaux, et la géographie, les sépare. Elles restent en contact grâce à une correspondance suivie et se retrouvent vers l’âge de 20 ans. Leurs vies seront ponctuées de séparations, de disputes, de retrouvailles au fil des années. L’une d’elles, Cee-Cee, devient une chanteuse célèbre, tandis que l’autre, Hillary, issue de la haute société de la côte Est, et malgré de brillantes réussites universitaires en droit, préfère embrasser une vie de bourgeoise, jusqu’à ce que de nouvelles turbulences les rapprochent à nouveau. Cee-Cee devient une star. Hillary divorce, et accouche d’une petite fille, redevient avocate. Cee-Cee divorce à son tour, et Hillary découvre qu’elle est atteinte d’une maladie cardiaque incurable. Elle demande à son amie de passer avec elle les derniers mois de sa vie.
Il y a une scène dans le film qui, je me souviens, m’avait particulièrement ému : au cours de ses derniers jours, Hillary, épuisée, se réveille au milieu de la nuit et se met à chercher dans des caisses de photos, un cliché particulier de sa mère, dont elle « ne peut se souvenir les mains ». Cee-Cee, réveillée, surgit et lui demande, sidérée, ce qu’elle fait. Alors Hillary le lui explique et ajoute : « I’m so scared, I’m so scared… » Sans poser de questions, Cee Cee lui serre le bras et se met à chercher avec elle : « We’ll find it, we’ll find it… ». J’aime ce passage. J’aime cette idée d’une amitié qui ne s’interroge pas, qui ne cherche pas de raisons à l’angoisse, à la folie. Cee-Cee est pleine de générosité et de force. Et elle sait qu’elle doit en partie sa carrière à Hillary, qui pendant leur adolescence, lui communiquait sa confiance, sa foi en elle. Lorsqu’elle apprend la gravité de l’état de son amie, elle abandonne les préparatifs d’un immense concert qu’elle doit donner dans la soirée pour se précipiter en voiture au chevet de son amie malade, à l’autre bout du pays.
Et puis, il y a une petite fille. La fille d’Hillary. Jalouse de Cee-Cee au départ. Leurs rapports sont tendus.
Outre la musique, très belle, le film m’avait touché parce que, dans sa deuxième partie surtout, les rapports entre les deux femmes, et l’enfant, avaient réveillé en moi des échos de ce qui se vivait au sein de ma famille.
J’ai deux sœurs. Deux.
J’ai déjà parlé dans mon blog , de mon père, ici. Et de ma mère, plus récemment. Il y a eu, aussi, bien sûr, mon billet sur mon frère, et une photo que j’avais publiée un an auparavant.
Et puis aussi, ces « eux » que j’aime tant.
Mais j’ai aussi deux sœurs.
Anne, comme elle aimait qu’on l’appelle.
L’intelligente, l’instruite, la bonne élève.
Celle qui m’a appris à lire.
Celle qui a brisé, brûlé, détruit.
Celle qui s’était enfuie, qui cherchait un ailleurs, un demain qu’elle n’a jamais atteint.
Celle qui est revenue avant de partir trop loin.
Retenue par une enfant, surgie en elle, pour la retenir ?
Celle qui a tant fait souffrir
Celle que je me suis forcé à détester, pour ne plus endurer ce mal, le sien, le nôtre.
Celle que je me suis obligé à oublier
Celle que je n’ai pu effacer.
Celle qui était malade, ce que nous n’avons su que trop tard.
Et aujourd’hui, lorsque je la revois, il m’arrive de me détourner, parce que mes yeux se remplissent de larmes malgré moi.
Vulnérable, douce, artificiellement apaisée pour la vie.
Elle ne méritait pas ce qu’elle a vécu, elle ne méritait pas ce qu’elle nous a fait vivre. Mais au milieu de ses délires et de ses cauchemars dans lesquels elle nous avait entraînés, elle a tout de même conçu, et reçu, un cadeau. Sa fille.
Sa fille, que nous avons tous immédiatement chérie et adorée. Surtout sa Tante, ma sœur. Mon autre sœur.
Rosie
The ‘Flamboyant one’ comme on aurait dit d’elle en Amérique.
Elle possédait ce don, faire rire les gens aux larmes.
Chanter, danser, mimer, raconter des blagues.
Aimer les enfants, s’amuser avec eux jusqu’à les faire hurler de plaisir sous les chatouilles.
Celle avec qui je regardais des émissions de télévision où je finissais par verser des larmes de rire tellement il était impossible de résister à ses commentaires décapants sur l’intrigue ou les personnages.
Celle qui savait se disputer, tenir tête à mon père. La seule qui osait, dans notre enfance.
Celle qui s’est tant occupée des autres, avec son cœur et ses bras.
De sa sœur, notamment.
Il y a eu des moments où Anne était pâle et abattue, et nécessitait des soins, une présence constante. Rosie a été là, elle a secondé mes parents, les a même devancés, suppléés dans cette tâche. Elles sont aussi parties en vacances, quelquefois, toutes les trois, avec ma nièce. Je ne sais pas s’il y a eu entre elles de scènes semblables à celle du film, lorsqu’Hillary recherche une photo au milieu de la nuit. Mais ce que je sais, c’est que Rosie a toujours prêté ses bras, sa force, son cœur.
Rosie
Son rire, ses chansons
Sa force, qui s’est mise à s’échapper d’elle un jour.
Pour une histoire d’amour avortée.
Des années plus tard, sa vie entre une maison qui n’en finit pas de grandir
Un mari qui n’en finit plus de repartir.
Un corps qui n’en finit plus de souffrir.
Anne, Rosie
Mes sœurs.
23:21 Publié dans Famille | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : beaches, bette midler, soeurs
mercredi, 10 septembre 2008
Histoires du petit garçon (2)
Hier soir mon père m’appelle, direct et sûr de lui, à son habitude :
« Je vais te donner le numéro de sa chambre et un téléphone où tu peux la joindre. »
« Tout s’est bien passé pour son admission ? »
« Oui, ta sœur était là, elle a pris la direction des évènements. Tout va bien. Elle est dans une chambre individuelle où il y a la télé, le téléphone… »
Moi, taquin : « L’eau courante aussi ? Et un lit ? »
(Rires) « Evidemment ! Tu peux l’appeler ce soir si tu veux. »
« Je vais faire ça tout de suite »
(Petite pause, il parle en hésitant) « Bon, cela s’est bien passé la dernière fois, il n’y a pas de raison pour que ça n’aille pas demain non plus, n’est-ce pas ? »
Une petite fêlure, un tremblement imperceptible dans sa voix. Et, brusquement, je suis submergé de tendresse. Lui qui a toujours cherché à se montrer fort, dur, inébranlable, inflexible, vient d’entrouvrir, en une micro-seconde, un tout petit vasistas sur son coeur. Bien sûr, il a peur. Bien sûr, il angoisse. Je reprends ma respiration, je lui prodigue des paroles réconfortantes, bêtes et bourrues. Des bêtises qui nous font du bien à tous les deux. Son silence attentif, presque implorant à l’autre bout de la ligne. Pendant une minute, je deviens le père de mon père. J’aimerais être auprès de lui physiquement. Mettre mon bras sur ses épaules. Un geste que je ne me souviens pas avoir jamais fait, depuis que je le dépasse d’une tête. Serrer sa grande main dure dans la mienne.
Une minute plus tard, au moment de raccrocher, nous avons très vite ré-endossé nos rôles respectifs. Ces instants entre lui et moi sont fugaces et rarissimes. Quoi qu’il arrive, je serai toujours, devant lui, le petit garçon qui était heureux de revenir de chez le dentiste, le soir dans la chaleur de l’auto.
Je compose le numéro qu’il m’a donné, et à l’autre bout de la ligne, j’entends la voix un peu endormie de ma mère. Non non, je ne la réveille pas. Elle est simplement couchée, et se détend un peu en regardant les jeux paralympiques à la télé. Elle a tellement baissé le son, pour ne pas gêner les chambres voisines, qu’elle n’entend rien, « mais ça n’a pas d’importance ». C’est bien d’elle, ça.
Ma mère.
J’ai déjà écrit quelques notes sur mon père, rarement sur elle. C’est pourtant elle qui s’est le plus occupée de nous pendant notre enfance. Une Maman au foyer forte pour toutes les tâches dans une maison. Une excellente jardinière. Une cuisinière hors pair. Excessive dans ses élans d’amour comme dans ses colères.
Le petit garçon, il se souvient de l’époque où il était à l’école maternelle. Lorsque l’institutrice lisait ou racontait une histoire, il en gravait bien fort les détails dans sa mémoire pour pouvoir la raconter en rentrant à la maison, à sa Maman qui lui posait toutes sortes de questions. « Ah, et en quoi il s’était déguisé, Goupil ? » « Mais pourquoi est-ce que le Roi ne faisait pas emprisonner les méchants ? » « Redis-moi le nom de cette ville où les enfants s’étaient réfugiés ? »
Avec du recul, je suis persuadé qu’elle n’écoutait tout cela que d’une oreille. Mais elle savait à quel point le petit garçon aimait se rendre important à ses yeux, dans ce rôle de conteur, puisque lui savait des histoires qu’elle n’était pas censée connaître. Et quelle patience, de demander avec le sourire « Alors c’était quoi, ces bottes de sept lieues ? » alors qu’elle avait déjà dû entendre ça 200 fois dans son enfance à elle.
Elle savait cueillir des aigrettes de pissenlit sans que tout ne s’envole. Et le petit garçon, dépité, ne comprenait pas pourquoi tous les pissenlits s’envolaient parce que lui arrachait trop fort la fleur. « Mais comment tu fais ?? » Elle riait, elle en cueillait pour moi et me faisait souffler : « C’est pas grave, tiens, vas-y ! »
Ses gâteaux, ses langoustes, ses gratins de légumes, ses coquilles Saint Jacques qui embaumaient la maison les jours fériés, et les autres jours aussi. Une image d’Epinal, ben oui…
Qu’est-ce que j’y peux ? Pour être original, je ne vais tout de même pas raconter qu’elle nous servait des nouilles et du jambon tous les soirs afin de pouvoir consacrer tout son temps à ses cours de yoga et son club de skate-board… ?
Sa voix lente et douce, un peu fatiguée, hier soir, sur la ligne : « Tu sais, j’appréhende davantage que la dernière fois… » Mais là, pour moi, il est plus difficile de parler, d’être fort, que lors du dialogue avec mon père. D’abord parce que c’est elle que l’on va opérer. Ensuite, parce qu’elle, bien plus souvent que mon père, m’a tenu dans ses bras lorsque j’étais petit et vulnérable. Je ne pourrai jamais jouer le rôle du père de ma mère. Je suis condamné à être son fils. Une condamnation bien douce. Mais une condamnation tout de même.
L’an dernier, lors de sa première opération, je m’étais transformé pour elle en infirmier. En fils-infirmier. Elle ne pouvait se lever de son lit, elle avait eu besoin de moi pour ses toilettes. Et au moment où je la changeais, j’avais vu des larmes briller dans ses yeux. Le sentiment d’humiliation, bien légitime, de dépendre de son fils pour cet acte intime. Je lui avais dit : « Tu l’as bien fait tant de fois pour moi quand j’étais gamin, aujourd’hui je le fais pour toi, qu’est-ce que ça change ? Et je sais que tu le referais pour moi si j’avais un accident et que nos situations étaient inversées. Tu n’AS PAS à avoir honte. Mon aide, je ne te la DOIS pas, je te l’OFFRE. » Et puis, comme toujours dans la famille, avant que l'émotion, de part et d’autre, ne submerge tout, ne fausse tout, je ne sais plus lequel de nous deux avait lancé une plaisanterie qui nous avait fait rire aux larmes, mais des larmes déviées de leur source. Le manteau de fou-rire.
Hier soir, j’ai raccroché en lui souhaitant une bonne nuit, en discutant, légèrement, de tout et de rien, comme si aujourd’hui il ne s’agissait pour elle que de passer quelques examens de routine.
J’espère que tout s’est bien passé, Maman.
Je t’attends. Je suis là.
Rejoins-moi, rejoins-nous vite.

15:28 Publié dans Famille | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : mère, père
vendredi, 08 août 2008
Elle et Lui
Elle, l’autre jour, alors que nous marchions dans un chemin perdu au fin fond de la campagne, appelle sur le téléphone portable pour nous annoncer sa joie d’avoir été recrutée, choisie, sélectionnée, pour un poste qui l’intéressait.
J’avais été témoin, au cours des derniers mois, de ses angoisses, son abattement, son découragement, ses doutes sur elle-même, tout en essayant de l’aider. Mais la chasse à l’emploi reste un domaine où je me sens tellement impuissant, tellement. Les mots pâteux, mouillés, lourds et inefficaces que je lui avais servis à l’époque. Mon incapacité totale à être utile en ces circonstances.
En avançant dans ce chemin, ce « tunnel vert » bordé par des arbres et buissons denses de chaque côté de nous, j’entends sa voix vibrante dans mon oreille, je perçois son exaltation et son enthousiasme comme s’ils étaient palpables. Je souris, je me sens aussi inutile que lorsqu’elle m’avouait sa peur de toujours rester « nulle » et que mes mots de réconfort glissaient sur elle. Mais cette fois, je suis heureux à l’unisson et je me répète sans cesse intérieurement « je le savais, je le savais… ».
Lui, hier soir, sur le téléphone fixe, cette fois. En reconnaissant sa voix je comprends tout de suite. « Elle est née ??? » Il rit doucement, « Oui, elle est née… elle est belle, elle pèse trois kilos 330, elle a les yeux bleus, elle va bien, oui sa Maman aussi… » Il est Papa, il est heureux, il est fier.
J’ai le cœur qui bat, je ferme les yeux. Tout se mélange en même temps. Joie, étonnement. Regrets et tristesse douce, aussi. Je me souviens du jour de sa naissance à lui. De ce dimanche pluvieux où je m’étais penché avidement pour découvrir le visage de ce bébé magnifique qu’il était. C’est si loin et si proche à la fois. Je ne l’ai pas vu depuis plus de deux ans. Je ne connais même pas sa femme. Mais à chaque rare fois qu’il appelle, même sans qu’il n’ait de grande nouvelle à m’annoncer, sa voix, son calme, sa gentillesse me remuent.
La vie, les histoires familiales, nous ont éloignés l’un de l’autre. Mais je lui suis reconnaissant d’accepter de maintenir ce fil ténu entre nous. De venir me dire que la famille continue, de me faire ce signe d’amitié.
Elle, à Paris. Lui, à Manosque. Entre eux deux aussi le silence s’est installé.
Ils sont de mon sang, ils sont de ma chair. Et aujourd’hui, lorsque je me retourne vers ces enfants que j’ai rêvés mais que je n’ai jamais eus, vers ces projets si lointains et délaissés avec agacement depuis, ces petits qui auraient pu continuer à tracer une ligne dans mon existence et bien au-delà d’elle, et que je ne peux plus que hausser les épaules, jouer le fataliste, je sais qu’il y a encore Elle et Lui. Eux.
Je les aime, pour ce qu’ils sont. Elle parce qu’elle me ressemble tellement, de par son caractère. Lui parce que j’ai toujours senti qu’il était quelqu’un de profondément bon.
Mais je les aime aussi parce que j’ai l’impression que nos liens de sang ont tissé, que cela nous plaise ou non, qu’on le veuille ou non, des boucles serrées entre eux et moi. Je ne sais pas pourquoi, mais pouvoir se détourner des liens familiaux en haussant les épaules, c’est une chose que je n’ai jamais su faire. Quoiqu’il arrive, mes mains vers eux seront toujours tendues et ouvertes.
Lui et Elle, je les aime, tout simplement.
Et leurs voix que, le plus souvent, je ne peux appréhender que par le biais du téléphone, à chaque fois, elles descendent profond en moi et se posent doucement, pour me laisser une impression durable. Lui et Elle sont là pour me parler d’avenir, je suis pour eux un fragment du passé. Mais, dans le présent, demeure mon amour à leur égard. Pour Elle et Lui. Pour Lui, aussi. Pour toujours.

00:05 Publié dans Famille | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : famille
