dimanche, 18 octobre 2009
Les saisons du coeur
Depuis le début de la semaine, sans transition, on est passés d’un été languissant et nostalgique à un automne au froid mordant, coupant et brutal. Tout étonnés d’être bousculés ainsi après avoir été longtemps bercés, on ressort les lainages, on rallume le chauffage en catastrophe. L’hiver est à l’orée du bois !
Moi, j’aime l’hiver.
Les turbulences de la météo peuvent rappeler celles du cœur. Et en matière de sentiments tout comme au fil d’une année, il existe aussi une ronde des saisons.
L’amour, il naît, il brûle, et dans bon nombre de cas, il meurt, faute d’avoir su atteindre la sérénité. La métaphore amoureuse du feu qui flambe et s’éteint, c’est un lieu commun. Mais ce qui est plus intéressant, c’est la façon dont la vie, "après", se remet à couler, goutte après goutte, dans un paysage brûlé et ravagé.
L’été : brûlure intense du soleil. Tout n’est que souffrance, rappels incessants de souvenirs qui surgissent à chaque pas. Comme de progresser sur une plage où chaque coquillage blanchi, chaque débris de verre, renvoie un éclair de lumière douloureuse au fond de l’âme : un air de musique, l’évocation d’un titre de film, une phrase, simplement. un mot, même, un nom, bien sûr. L’âme enfiévrée fait feu de n’importe quoi. Dans l’alambic du désespoir, tout devient torture. Le temps semble ne plus avancer, et jeter son ancre dans un océan de plomb en fusion. Et pourtant, il faut poursuivre, front bouillant, veines battantes. La sueur coule à travers les sourcils, les yeux brûlent de sel et de larmes. S’arc-bouter pour atteindre un coin d’ombre, pour triompher du ciel qui déverse sans cesse sa pluie de feu impitoyable.
L’automne. La douleur s’émousse, tout en étant toujours présente. Elle ne brûle plus, mais elle est lourde à tirer. L’intensité de la folie, la force du chagrin, le rugissement du désespoir du début ont laissé place au découragement devant la fatalité. En fait d’abri, d’ombre, on a atteint un mur de briques. Frais, c’est vrai. Recouvert de branches, de ronces, de feuilles jaunies. Rougies. S’écorcher les mains dessus, se casser les ongles. Les larmes tombent sans bruit dans la terre, se mêlent silencieusement à l’humus. Le mur est dur, rugueux, impitoyable. Mais, en y appuyant son front, on s’aperçoit soudain avec surprise que sa fraîcheur fait du bien. Odeurs de feuilles humides, et de mousse de sous-bois. Les souvenirs pâlissent. Leur incandescence douloureuse a disparu. Mais les pierres sont dures, pesantes encore dans la mémoire. Le sang des cicatrices sourd toujours au creux des mains.
L’hiver. On s’aperçoit par hasard, au détour d’une journée, alors qu’on n’y pense plus, qu’on n’a plus mal. Le froid a engourdi les brûlures, cautérisé les écorchures. Alors qu’on se disait encore la veille qu’on n’oublierait jamais, on est tout étonné de voir que la neige s’est mise à tomber, et que, occupé à donner des coups de pieds rancuniers dans les feuilles mortes, on ne s’est pas aperçu que le chemin est maintenant bordé de congères. Et que c’est beau. On a les mains libres, on n’a plus rien à traîner, tirer, hisser sur son dos. Le fardeau s’est perdu quelque part, au détour des flocons. Prendre de grandes inspirations glacées : ça ne fait plus mal.... L’air expiré fait naître des nuages de buée dans l’air froid et pur. Résigné ? Résigné à quoi ? A rien du tout. La vie appelle et tend ses bras, dans le vent. La température, loin d’engourdir, fouette les sens et procure un sentiment d’allégresse. Les souvenirs, où sont-ils passés ? Dans le ciel bleu nuit, des étoiles brillent. Ils sont là-haut, inamovibles à jamais, mais inoffensifs désormais.
Et c’est là que tu souris et tu te dis que tu aimerais bien te réchauffer et retrouver un feu brûlant
Un feu de bois.
Dans une immense cheminée qui sent bon.
Et tu continues ta progression vers la lumière du chalet, dans le lointain. En fredonnant.
13:04 Publié dans Les vagues à l'âme de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : amour, été, automne, hiver
Commentaires
Mais moi j'aime pas l'hiver ! et l'été est plus synonyme d'amour flamboyant ;)
Heureusement qu'en hiver vient le temps des soupes au potiron !
Ecrit par : Valérie de Haute Savoie | dimanche, 18 octobre 2009
Côté feu de bois, je suis servie, le poele ronronne dans la salle à manger, c'est joli à regarder un feu alors qu'il fait froid dehors.
S'il y a bien une saison que je déteste par contre c'est l'automne, moi je ne revis qu'à partir du mois d'avril ... Je te vois sourire et te rassure tout de suite : non je suis pas un ours qui va entrer en hibernation !!
Ecrit par : Dame Scoffield | dimanche, 18 octobre 2009
Et puis, juste après, il y a les premiers perce-neige, puis les premiers bourgeons, les premières fleurs, les premiers fruits, le premier sourire. Et l'on se remet à y croire, parce qu'il faut y croire, parce que c'est beau, la vie. Moi, je crois que j'aime toutes les saisons.
Ecrit par : calystee | dimanche, 18 octobre 2009
Et pourquoi Lancelot il fait la tronche, sur la photo de la teuf ? Parce que Guenièvre se paie une petite cervoise ?
Ecrit par : KarregWenn | lundi, 19 octobre 2009
@ Valérie : pas forcément... le côté "cocooning" à l'abri du froid peut décupler la passion amoureuse aussi, et c'est un classique aussi...
(ah, faire l'amour sur des peaux de bêtes devant un feu de bois.... ;-)) )
@ Sco : Te bile pas, j'adore les Nounours !! Et aussi les Nounourses !
@ Calyste : J'ai laissé de côté le printemps, parce que tout n'est qu'un cycle perpétuel, bien sûr. Autre gros cliché. mais terriblement rassurant, aussi.
Moi aussi, j'aime toutes les saisons. Différemment.
@ KarregWenn : Non, c'est parce qu'elle se tient entre lui et Arthur et qu'il ne peut pas faire du pied à son Suzerain bien-aimé, comme ils adorent... Arthur aussi est bien emmerdé par sa bonne femme, d'ailleurs : tu as vu comme il dévore des yeux son chevalier préféré ? En fait, ils attendent tous les deux qu'elle roule sous la table pour s'esquiver en douce dans un donjon secret réservé aux hommes....
Ecrit par : Lancelot | lundi, 19 octobre 2009
oula, lyrisme !
Ecrit par : karagar | lundi, 19 octobre 2009
Très bien vu, très bien dit, très bien écrit. J'aime toutes les saisons aussi, mais je ne les vois pas vraiment comme ça, du moins pas en totalité comme ça. Et puis si j'aime l'hiver, j'aimerais qu'il soit parfois un peu plus court.
Ecrit par : Cornus | lundi, 19 octobre 2009
@ Karagar : On a tous nos moments....
@ Cornus : On a tous nos visions !
Ecrit par : Lancelot | mardi, 20 octobre 2009
Ah bon, tu es extra-lucide toi aussi ?
Ecrit par : Cornus | mardi, 20 octobre 2009
@ Cornus : Si j'avais été extra-lucide en matière d'amour, je me serais épargné bien des déboires...
Mais autant en emporte le temps.......
Ecrit par : Lancelot | mardi, 20 octobre 2009
"Aimer à perdre la raison
Aimer à n'en savoir que dire
A n'avoir que toi d'horizon
Et ne connaître de saisons
Que par la douleur du partir
Aimer à perdre la raison"
Jean Ferrat ;-) c'est ce qui m'est venu ...
et je t'embrasse
Ecrit par : Bougrenette | mercredi, 21 octobre 2009
Alors là, Bougrenette, merci. Cette chanson est une de mes favorites, au point d'avoir longtemps écrit quelque part : "Aimer à perdre la raison... et pourtant je suis raisonnable".
Ecrit par : Cornus | mercredi, 21 octobre 2009
@ Boubou : Je sais raison garder ! Plus de douleurs pour moi.... Je t'embrasse fort.
@ Cornus : Je te filerai son numéro de portable, si tu veux.... :-D
Ecrit par : Lancelot | mercredi, 21 octobre 2009
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