samedi, 29 août 2009
Ecrit il y a bien lontemps (3)
Grâce à Cornus hier soir j’ai fait un pèlerinage dans un vieux grenier, mon premier blog. Pas si vieux que ça d’ailleurs, car j’y ai écrit entre août 2007 et juillet 2008, ce qui n’est pas franchement antédiluvien. En revanche, j’y avais recopié des extraits d’un vieux journal (entre 1990 et 1991) et même des poèmes écrits vers la fin des années 70... Alors là... Je vous parle d’un temps que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître... Gloups. Tout ça ne me, ne nous, rajeunit pas. Peu importe. Ca m’a donné envie de fumer un nouveau joint à la naphtaline... Pour mieux anticiper ce mardi qui arrive. La méthode à Bertrand : savoir jouir davantage de l’instant présent parce qu'on est conscient de l’avenir qui se pointe...
Soleil caché...
Bel enfant étranger, si romantique image,
Sur le bord de la plage joue avec les galets
Dernier air de beauté d’amour laissé en gage
Comme un très doux breuvage des plages désertées.
Et sous le clair soleil, lui parlant de sagesse,
Evoquant la paresse il regrette sommeil.
Fuyant tous les conseils parlant de politesse
Rêvant d’une promesse il cherche le soleil.
Si beau soleil caché derrière les nuages
Sur les lichens séchés il laisse son image.
Même sur cette plage tout est froid et glacé.
Soleil nous a laissés. Automnal paysage.
Des feuilles desséchées hiver triste présage.
Comme on tourne une page soudain s’en va l’été...
17:03 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note
jeudi, 27 août 2009
L'état de garce
L’an dernier, à peu près à la même époque, j’avais (trop) longuement discutaillé ici sur les images qu’évoquaient en moi les divers noms donnés aux homosexuels (comme "ils" disent, mais qui diable sont ces "ils" à la fin... ?). Un exercice dont je raffole, quel que soit le mot. J’avais même embrayé sur les diverses façons de désigner son « conjoint » lorsqu’on est homo, gay, pédé, etc.
Depuis quelques jours un autre mot me trotte en tête : garce. Je suis moins concerné (quoique...) mais tout aussi intéressé. Quelques échanges en commentaire avec des amies m’ont fait gamberger sur le terme...
Avant de livrer mes réflexions personnelles sur le terme, je suis tout de même allé faire une petite reconnaissance, dans des dictionnaires divers et sur internet. Il résulte de tout cela, (le Larousse en est une bonne synthèse d’ensemble) qu’une « garce » est une « femme, fille, désagréable, méchante » « terme injurieux et très grossier. Se dit d’une femme débauchée ; chipie »
Chipa du tout d’accord. Mais bien sûr, encore une fois, cette analyse n’engage que moi.
D’abord, étymologiquement, « garce » est simplement le féminin de garçon, et ce mot signifiait jeune fille. XVIe siècle : « Le masle est gars à quatorze ans, et la femelle est garce à douze » (LOYSEL dans le Glossaire.)
Dans un canton du Vendomois, où elle séjourna quelques jours, on dit, paraît-il de Madame de Staël que c’était « une fameuse garce », et c’était un éloge. Entendait-on par là « une femme proche d’un homme par ses qualités »... ? Honoré de Balzac, dans « Les Chouans », écrit : « Cette tendance à prendre les mots en mauvaise part produit de fâcheux effets. Garce avait un sens très bon, on l'a rendu déshonnête ; il a fallu prendre fille. Aujourd'hui fille est devenu déshonnête à son tour en certains cas ; on ne peut plus dire une pension de filles ; il faut dire : de jeunes filles ou de jeunes personnes ; où s'arrêtera-t-on ? »
Mes investigations sur internet m’ont aussi fait découvrir que « la Garce » est le titre français d’un film de King Vidor « Beyond the Forest » tourné en 1949, où Bette Davis incarne, paraît-il, une femme moralement horrible. L’ensemble est tiré d’un roman de David Loomis dont je connaissais « Dark Passage », pour avoir préparé le cours de toute une année sur l’œuvre, en pure perte (il n’était pas réédité). Bref. Ce qui est intéressant, c’est qu’ il y a un personnage de garce fatale dans « Dark Passage » aussi, et apparemment les vamps sans scrupules étaient très à la mode dans les années 50.
J’ai eu également l’idée de chercher du côté des traductions, dans les langues que je connais. En anglais j’ai trouvé « bitch » « cunt » et « vixen ». « Bitch » et « cunt » sont selon moi très connotés « salope ». « Vixen » m’a fait sourire, je l’associais à des femmes à gros seins depuis les films de Russ Meyer, Ultravixens, Megavixens et Cie. Mais il est vrai que, outre leurs fortes poitrines, les nanas dans ces films exhibent des mœurs très relâchées. Connotations sexuelles donc, ne collant pas tout à fait, selon moi, à la « garce » française. En Italien j’ai trouvé « vacca » qui m’a beaucoup fait rire (pauvres bêtes...), mais aussi « puttana » (à peine connoté...), ainsi qu'un mot intéressant : « donnaccia » avec le suffixe servant à donner un sens péjoratif aux mots, accolé à « donna » que tout le monde connaît.
Eh ben non, pour moi une « garce » n’est pas une salope. Enfin pas salope dans le sens sexuel, ou méchant, voire les deux à la fois, où on l’entend actuellement. « Garce » est souvent associé à « petite », ce qui est intéressant. Une petite garce, fait penser à une adolescente se jouant des adultes. Une ‘chipie’ me ferait plutôt penser à une gamine, quoiqu’on retrouve ce terme là, souvent associé à ‘vieille’, aussi. « Vieille chipie » c’est amusant. Pour en revenir à « Garce », le terme évoque pour moi une nana capable de jouer des tours pendables (ce que l’on peut réprouver) mais toujours avec un côté rigolo et bon enfant. Le « A » a pour moi la sonorité du rire, et la gutturalité du « R », derrière, rend la rigolade sarcastique. Si l’on appuie fort sur la première syllabe, je vois jaillir une petite peste rigolote qui se tord de rire aux dépens des uns et des autres, mais qui peut finir par faire rire elle aussi. Qui agit dans son intérêt, oui, mais sans forcément écraser les autres. Si elle le fait, elle passera du côté obscur de la force et redeviendra une banale « salope ».
Après relecture de mon laïus, je me dis qu’il pourrait paraître terriblement misogyne. Qu’on ne s’y méprenne pas. Je ne crois pas que ce soit ma faute. Les mots sont, qu’on le veuille ou pas, connotés selon leur genre, féminin ou masculin. Ainsi un salaud n’est pas vraiment l’équivalent masculin d’une salope. « Chipon » ça n’existe pas, quant à « garçon », il n’est pas du tout connoté. De la misogynie du langage. Il existe bien sûr d’autres termes pour descendre les mecs, mais ils ne fonctionnent pas sur les mêmes bases.
Enfin, il n’empêche. Moi les « garces » j’ai tendance à avoir de l’affection pour elles.
(Note dédiée à Dame KarregWenn)

21:49 Publié dans Lancelot se marre | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note | Tags : garce, chipie, salope, sémantique
lundi, 24 août 2009
Bertrand et le bonheur
Bertrand, en vacances chez nous ce week-end, se prélasse dans l’eau :
« Aaaah demain à cette heure-ci je serai au boulot dans mon bureau » (ton de délectation intense)
Visages ahuris et yeux interrogateurs des trois acolytes présents.
Bertrand reprend d’un air malin : « Eh bien oui, laissez-moi vous expliquer ma philosophie personnelle. La plupart des gens basent leur idée du bonheur sur le regret des instants passés. Or il ne faut pas oublier qu’on peut aussi anticiper un futur pénible pour mieux jouir de l’instant présent : donc demain je serai en train de bosser, et je déguste d’autant plus le plaisir d’être aujourd’hui en train de me prélasser au soleil... »
C’est effectivement d’une logique incontournable. Rien à dire.
Sauf que ça peut mener loin. J’imagine très bien des présentateurs du JT : « Xavier Darcos est très satisfait. Les statistiques du chômage en France pour l’année 2009 sont inférieures de 5% à celles de 2010... »
17:58 Publié dans Potes | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : bertrand, philosophie, bonheur, vacances
samedi, 22 août 2009
Deux deux deux
22 août. Deux ans de blog. Ce qui me plairait, comme cadeau ? Qu’on y glisse une nouvelle fonctionnalité.
Avec internet, tellement de choses sont possibles que par moments on est tout étonné de ne pouvoir en faire certaines.
Dans une discussion autour d’une table, si l’on n’est pas d’accord sur le titre d’un film, le nom d’un acteur, la date d’un évènement historique, hop, on peut courir vérifier rapidement, pour mettre tout le monde d’accord...
On a le souvenir d’un poème qu’on a lu, d’une réplique dans une pièce de théâtre, de certaines phrases d’une chanson, on ne se rappelle ni du nom de l’auteur, ni du titre, hop, on gougolise, et on trouve.
On a un air dans la tête, on l’a pas en CD, hop on... se branche sur Deezer (évidemment, what else... ?)
On veut savoir si tel ou tel acteur, ou chanteuse, dont on n’a plus entendu parler depuis longtemps, a vieilli physiquement, hop on Gougolimagise.
On veut retrouver des vieux copains de sa préhistoire lycéenne ou universitaire, hop, on peut se brancher sur des sites... ça j’ai jamais fait, ça me fait peur. Mais bon, c’est possible.
On veut retrouver ce à quoi on pensait, ce sur quoi on pleurait, ce qui nous amusait, il y a 6 mois, un an : hop, on clique et on revient en arrière. Ce n’est pas exactement la même chose que de feuilleter à l’envers les pages d’un journal intime écrit dans un cahier. Là, il y a des commentaires : tiens lui a disparu depuis, c’est vrai. Tiens, je l’avais oubliée celle-là, qu’est-ce qu’elle devient, est-ce qu’elle tient toujours un blog ? Et puis, d’autres personnes ont pu réagir, après, sur de vieilles notes qu’on avait écrites à l’époque, en remuant de vieilles sensations. Même si c’est plus rare.
Etc etc....
Alors, quelle nouvelle fonctionnalité, liée au blog ?
Une fois et une seule (ne pas abuser, sinon ça pose problème) cliquer sur un lien magique : il nous envoie sur la note qu’on écrira dans un an pile. Pouvoir la lire, ainsi que les commentaires.
Si on n’a pas écrit ce jour-là, c’est PERDU ! Allez en prison, ne passez pas par la case départ, ne touchez pas 20000 francs. Vous pourrez retenter votre chance l’an prochain.
Ce qui sous-entend qu’il vaut mieux prévoir soigneusement son jour à l’avance, pour éviter ce style de gaspillage.
Corollaire : Après l’avoir lue, dès qu’on clique sur la note pour quitter la page, on oublie tout de ce qu’elle contenait.... Terrible, non ? Sinon on s’enverrait les numéros du loto à travers le temps.... Trop facile. Ou bien, on chercherait à bousculer sa vie pour éviter certains inconvénients : dangereux, dangereux.
Dans un mois, dans un an, où serons-nous Seigneur ?
Les gens apparaissent, disparaissent. C’est la loi de la vie, et elle se reflète dans les rapports interblogs. J’ai déjà longuement gribouillé (« platussé » comme dirait ma mère) sur ça.
Je ne sais pas pourquoi mais j’en reviens toujours à cet extrait de dialogue qui me paraît receler toute la vérité du monde :
« Tu te souviens de cette période où je disais que tout allait bien trop vite, et de notre dispute, quand tu voulais que ça aille encore plus vite ? Et si on avait tort, tous les deux ? Pourquoi est-ce que tout ne se passerait pas exactement au bon moment ? C’est vrai... Pourquoi est-ce que certaines personnes arrivent dans nos vies ? Et pourquoi d’autres s’en vont sans qu’on sache pourquoi ? »
« Je ne sais pas... Une porte s’ouvre et une autre se ferme. »
Ces « portes » conduisent souvent vers des chemins qui me surprennent, avec du recul. Le CLIC sur le LIEN peut avoir quelquefois, des conséquences stupéfiantes, quand on regarde les évènements a posteriori.
Ouvrir une porte qu’on ne connaît pas, c’est toujours avec l’appréhension, l’angoisse, ou l’excitation, l’impatience de savoir ce qu’il y a derrière. Il flotte toujours un peu de magie dans ce processus-là. Les clics nous ont tellement habitués à tout cela qu’on n’y prend plus garde. Mais ralentir, s’arrêter, et regarder le talisman, quelquefois. C’est ce que je voudrais pouvoir faire.
Mais le temps tourne, comme d’habitude, et je dois publier mon blabla avant minuit, heure où le penseur redevient citrouille.
Clic.
20:25 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : anniversaire, blog
jeudi, 20 août 2009
Babil autour de Babel
J’ai passé la journée d’hier avec Jean-Mich, Laurine et leurs deux fils. Ils sont descendus du Nord et sont en vacances dans le Gard. On ne les avait pas revus depuis les vacances de Noël. Si l’on excepte les deux heures de voiture à parcourir, c’était une occasion idéale pour bavarder tranquillement pendant un long moment, et nous amuser avec les enfants. Je ne suis jamais resté aussi longtemps d’affilée dans la piscine ! TiNours travaillait, mais il s’est débrouillé pour finir plus tôt pour rentrer, et nous avons soupé tous les six ensemble en bavardant très agréablement.
Les enfants sont toujours circonspects dans leur attitude à mon égard. Pour ceux qui ne me connaissent pas, ou ne me voient pas régulièrement, j’ai toujours l’air au départ d’un vilain croquemitaine qui balance des interdictions : « On ne pousse pas de cris suraigus quand on est dans l’eau » (ni hors de l’eau d’ailleurs) « On ne s’approche pas du barbecue tant qu’il est allumé » « Non, je ne te servirai pas une 5° boule de glace tant que tu n’auras pas fini les 4 qui sont en train de fondre dans ton assiette « « Non, on ne joue pas à la gameboy à table » etc. En revanche, comme je suis toujours partant pour les jeux, courses et bagarres dans l’eau, parties de cartes, énigmes et devinettes, lectures d’histoires « en prenant les voix » etc, ils me sautent toujours au cou en partant en me demandant « Quand est-ce qu’on revient chez toi ? »
Je dois bien avouer que j’adore ça. Je ne suis pas particulièrement en manque d’enfants, mais je pense qu’ils trouvent en moi un écho du gamin que je n’ai jamais cessé d’être. Je suis un fana de Monopoly, par exemple. Ou, dans une moindre mesure, du jeu des Mille Bornes, auquel je les ai initiés hier. J’en raffole encore. En fait, les enfants doivent pressentir en moi le grand frère rigolo qu’eux n’ont pas, et que moi je n’ai jamais eu la chance d’être, puisque je suis le dernier enfant dans ma famille. Tout le monde y trouve son compte.
Esteban, le cadet, qui a cinq ans, me demande le soir après le souper : « J’aimerais que tu me montres le reste de ta maison, on est restés dehors tout le temps ». Je comprends ce style de curiosité, j’étais le même à son âge. Je le prends sur mon dos et je lui fais une visite guidée, ‘rien que pour lui’, ce qui lui a permis de surprendre ses parents du premier étage en les interpellant alors qu’eux finissaient leur dessert sur la terrasse. J’ai dû le soulever dans mes bras pour qu’il leur fasse coucou par la fenêtre. « Je me prends pour Michael Jackson » ai-je expliqué (oui, bon, c’était déplacé). Jean-Mich m’a répondu, mi-figue mi-raisin, « N’y joue pas trop sinon moi je pourrais me prendre pour son docteur ! » Fin de l’épisode.
Alexandre, l’aîné (il a huit ans) m’a demandé de l’aider à répondre à des QCM façon « Qui veut gagner des millions ? » sur son jeu électronique. Les premières questions, les plus faciles, consistaient en des choix idiots du genre : « Louis XIV a vécu : a) à Versailles. b) au Parc des Princes. c) à Buckingham Palace d) à la Tour de Babel.
Il me dévisage après m’avoir lu les questions et me demande « C’est quoi la Tour de Babel ? »
Alexandre n’a pas reçu d’éducation religieuse. Je réfléchis et je m’aperçois que ce n’est pas un mythe très facile à expliquer à un gamin, sans quelques explications préalables.
Lancelot : « Bon, ça se passait il y a très longtemps, mais c’est peut-être une légende, on n’est sûrs de rien. »
Alexandre, attentif : « Oui »
Lancelot : « A l’époque, les hommes parlaient tous le même langage, la même langue, tu vois ? »
Alexandre : « Ils parlaient français comme nous ? »
Lancelot : « Eh ben non justement, ils parlaient ni français ni anglais ni allemand ni russe, c’était une autre langue, mais ce qu’il y a d’important : ils parlaient tous la même. »
Alexandre : « Et c’était quoi comme langue ? »
Lancelot (bien emmerdé) « Euh, je sais pas. Ca se passait il y a trop longtemps. Donc tous ces hommes, ils ont décidé d’essayer d’aller rejoindre le Bon Dieu, celui qui est au ciel. »
Alexandre : « Comme quand on meurt, on nous dit toujours qu’on va ‘au ciel’ ? »
Lancelot : « Euh, oui, sauf que eux voulaient le faire en restant bien vivants. Alors ils ont décidé de construire une tour très très haute »
Alexandre : « Comme la Tour Eiffel ? »
Lancelot : « Oh, bien plus haute, il fallait qu’elle atteigne le ciel »
Alexandre (dédaigneux) : « Mais c’est pas possible d’atteindre le ciel, d’ailleurs il y en a pas de ciel, ça fait juste bleu à cause de l’oxygène. Ils étaient cons ces gens. »
(Vivent les cours de physique et l’éducation cartésienne ! )
Lancelot (réprimant une folle envie de rire) : « Ah ben ils savaient pas ce que c’était l’oxygène. Mais de toute façon l’important c’était de monter très haut, jusqu’au Bon Dieu. »
Alexandre : (tête ‘à moi on me la fait pas’ ) « Je parie qu’ils y sont pas arrivés »
Lancelot : « Eh non ils y sont pas arrivés... »
Alexandre (triomphalement) : « Elle a dû s’écrouler, leur tour »
Lancelot : « Non, en fait ce qui s’est passé c’est que le bon Dieu les a trouvés très orgueilleux de vouloir monter jusqu’à lui et il a décidé de les punir. »
Alexandre : « Les punir pourquoi ? »
Lancelot : « Euh ! De vouloir monter chez lui »
Alexandre : « Ils voulaient lui voler des trucs ? »
Lancelot (bredouillant) : « Euh non, pas exactement, mais ils voulaient être au même niveau que lui, quoi. Comme aux Jeux Olympiques, si sur le podium celui qui est arrivé second est jaloux de celui qui est arrivé premier »
Alexandre (pas convaincu du tout) : « Et alors, le Bon Dieu, ils les a fait tomber du podium et ils sont tous morts ? »
(Trop de films catastrophe, c’est évident...)
Lancelot : « Non... En fait quand la tour a été construite à moitié, il a décidé qu’il fallait les arrêter, et pour ça, au lieu de les tuer, il leur a fait parler des langues différentes... »
Alexandre : « Comme l’anglais ? »
Lancelot : « Oui, et plein d’autres, c’est pour ça qu’aujourd’hui sur Terre les gens parlent plein de langages différents et qu’on a souvent du mal à se comprendre »
Alexandre : « Mais pour qu’ils changent de langue, il leur a fait donner des cours, il y avait des professeurs, comme toi ? »
Lancelot : « Ah non, il l’a juste décidé, comme ça, et comme il peut faire tout ce qu’il veut, le Bon Dieu (enfin, d’après la légende) ils se sont tous mis à parler, certains italien, d’autres français, d’autres anglais... »
Alexandre : « Comme ça, d’un seul coup ?? »
Lancelot : « Euh, ben oui... »
Alexandre (un poil ironique) : « Ah ben tu pourrais faire pareil avec tes élèves, ça irait plus vite et ce serait plus facile, si tu étais le bon Dieu »
Lancelot (l’œil rêveur) : « Aaaah oui, ce serait bien, ça... Enfin bref à partir de là, comme ils parlaient tous des langues différentes, ça n’a plus été possible de continuer à se comprendre entre eux et ils ont dû arrêter de construire la tour. »
Alexandre (après avoir réfléchi quelques instants) : « Ben pourquoi ils ont pas fait venir des interprètes, ou des professeurs de langue, pour les aider ? »
Lancelot : « Ah mais ça existait pas à l’époque, justement, puisqu’avant ils parlaient tous le même langage »
Alexandre : « Sauf le Bon Dieu puisque lui il savait tous les autres »
Lancelot : « Ben oui, voilà, tu as compris »
Alexandre : « Et les premiers professeurs de langue, alors, ils ont réussi à monter le voir pour qu’il leur explique ses secrets ? »
Lancelot : « Euh, non, ils se sont appris entre eux, petit à petit, après »
Alexandre (nouveau temps de réflexion) : « Alors c’est à cause de cette tour, là, la tour de Pabel, qu’on est obligé d’apprendre l’anglais et tout ça aujourd’hui ? »
Lancelot : « ‘Babel’ mon grand, ‘Babel’. Eh oui ! Enfin c’est ce que raconte la légende, c’est peut-être tout inventé. En tout cas, si tout le monde parlait le même langage aujourd’hui, ce serait plus simple, mais moi je serais au chômage ! »
Alexandre : « Pas grave, tu ferais autre chose... »
Lancelot : « Ah oui ? Et quoi ? »
Alexandre : « Chais pas, moi, maçon ? »
(Pour construire des tours... ?)

17:06 Publié dans Lancelot se marre | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : tour de babel, enfants
lundi, 17 août 2009
La vie en dansant
Mon père, en visite ici pour le week-end (avec ma mère, évidemment) nous raconte une histoire vendredi soir.
Avant les opérations récentes de ma mère, mes parents étaient fanas de danse. Tangos, paso-dobles et autres salsas n’avaient aucun secret pour eux. J’aimais les regarder évoluer lors des rares occasions festives que nous avions ensemble. Ils étaient beaux. Ils le sont toujours, mais leur sédentarité obligée leur a ôté pas mal de leur éclat. J’ai un mal fou à les voir vieillir. Mon œil, mon cerveau, mon subconscient, gomment rageusement ces rides, cette lenteur dans leur démarche, ces taches sur leurs bras. C’est d’autant plus facile pour moi qu’intellectuellement, ils sont aussi alertes, vifs, fins et intelligents à 85 ans qu’ils l’étaient à 65.
A l’époque où ils se rendaient tous les dimanches dans un club de danse, ils avaient un ami de leur âge, Monsieur Desprez, qui leur avait dit une ou deux fois « J’aime tellement ça que je voudrais mourir en dansant »
Un jour vers les 18h, après avoir virevolté sur la piste pendant plusieurs heures, Monsieur Desprez leur dit « Ouff, je suis crevé, quel bon après-midi, je vais rentrer chez moi ! »
En sortant, il croise à la porte une autre vieille amie qui, elle, arrivait, et qui lui dit « Oh tu pars maintenant, quel dommage ! J’aurais aimé faire au moins un tour avec toi ! Accorde-moi une valse ! » Bon prince, il accepte.
Et, au milieu de la piste, il est frappé d’un infarctus. Les pompiers, appelés immédiatement, n’ont pas pu le réanimer. Foudroyant.
La plus belle des morts c’est dans son lit, en dormant, disent certains. Peut-être, mais c’est une façon un peu passive d’envisager le moment de son décès. Le sien aura été plein de grâce, de mouvement, et de joie.
Une histoire que je trouve magnifique. Mon père souriait autant en la racontant que nous en l’écoutant.
21:33 Publié dans Famille | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : père, mère, danse
samedi, 15 août 2009
Ultime ore in Sicilia
Samedi 1er août
Ce matin, pendant que TiNours range les valises, je prépare un pique-nique pour le trajet du retour, la télé allumée, tout en écoutant d’une oreille distraite un talk-show sur une des chaînes italiennes nationales. Le thème du débat, c’est : « Est-il choquant pour une femme d’allaiter son enfant dans un lieu public ? » Personnellement, je n’ai aucun avis sur la question, mais en italien, la discussion était absolument irrésistible. Il y avait notamment une belle jeune femme (plantureuse, cela va de soi...). Médecin ? Sociologue ? J’ai pris l’émission en cours de route et je n’ai pas pu saisir quelle était sa fonction. Elle argumentait : « Ma è une funziona naturale, quando il latte vienne dal segno della donna ! » avec tant de véhémence que j’ai même cru à un moment qu’elle allait faire une démonstration pratique sur le plateau.
Et puis sur le coup de 11h, Antonio et Valeria arrivent pour nettoyer la maison car l’arrivée de la famille suivante (encore des Français !) est déjà prévue pour cet après-midi. Valeria parle français. Pas Antonio, mais avec sa gentillesse naturelle, les angles de l’incompréhension s’adoucissent. On a eu de franches rigolades, ensemble, à plusieurs reprises, notamment le soir où ils étaient venus et où les plombs avaient sauté. Oui, « poissard » je suis, « poissard » je reste. Je n’ai pas voulu développer cet épisode-là de peur de lasser....
Valeria est aussi ‘innamorata della Francia’ que nous de l’Italie. Ca a donné lieu à de curieux dialogues où elle s’adressait à nous en français et où je lui répondais en italien, l’un complétant les lacunes linguistiques de l’autre sur la forme. Pendant ce temps, TiNours et Antonio étaient là, eux, pour assurer le fond, notamment en matière de géographie ou de culture politique, domaines où je ne brille guère !
Pour la route du retour, nous avons encore une fois dédaigné l’axe principal Catane-Palerme. Il fallait être au port à 19h, le bateau repartait à 21h. On avait le temps. On a donc choisi le chemin des écoliers, l’autoroute qui longe la côte nord de l’île.
Nous sommes dans un premier temps montés au Nord-Est, à Messina, qui ne présente strictement aucun intérêt esthétique. TiNours avait repéré dans le guide un joli village sur notre itinéraire, Savona, mais bien sûr, on avait oublié qu’on était en Italie et donc qu’aucun panneau nulle part ne nous permettrait de le localiser et de faire un petit détour par là. Pas plus que le duomo de Messina, seule chose belle à voir dans la ville, d’après le Routard, d’ailleurs. Peu importe. La vue des côtes calabraises, et l’émotion de se dire qu’on se trouvait presque à la pointe nord-est de l’île, valaient bien le déplacement. C’est là que le pont reliant la Sicile à l’Italie pourrait voir le jour... un jour. 5 Km au-dessus de l’eau, ce serait le plus grand pont suspendu du monde. Mais même si Berlusconi promet que les travaux commenceront l’an prochain, la plupart des Italiens émettent des doutes, devant l’ampleur colossale du chantier, et le coût phénoménal que tout cela engendrerait.
L’autoroute du Nord était un choix judicieux : le paysage défile, la Mer Tyrrhénéenne à notre droite, les Monts de Nebrodie et de Madonie à notre gauche. Nous avons aussi pu apercevoir, au loin sur la mer, une partie des îles éoliennes. Un des regrets que nous emporterons : ne pas avoir eu le temps de passer une journée sur l’une d’elles, non plus qu’à Ragusa, Caltagirone ou Noto. Nous nous sommes arrêtés plusieurs fois pour prendre les dernières photos. Jusqu’à la conclusion magique sur Palerme.
Contrairement à ce que nous craignions, aucun problème pour retrouver le chemin du port, qui était très bien indiqué, en arrivant par l’est. La ville a dû nous reconnaître et nous sourire avec bienveillance. Pour elle, nous n’étions plus des touristes. Hélas, nous repartons. Nous nous sommes garés, facilement. Nous avons pris des glaces, les dernières... On s’est promenés sur la jetée baignée de soleil, un lieu commun dans ce pays. La douceur de la fin de l’après-midi adoucit notre tristesse de partir, tout en l’intensifiant. Un paradoxe qui s’appelle Vague à l’Ame. Dans « Palerme » on peut retrouver « mer », « perle » et « larme ». Tout se qui se bouscule dans nos yeux alors qu’il est déjà l’heure d’embarquer.
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00:05 Publié dans Les vagues à l'âme de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : retour, vacances, sicile, palerme, messina, îles éoliennes
vendredi, 14 août 2009
"J'aimerais tant voir Syracuse"
Vendredi 31 juillet

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La partie la plus intéressante de la ville est l’île d’Ortygie, au Sud, où l’on peut accéder par de simples petits ponts. Le nom me rappelle celui d’Ogygie, où la nymphe Calypso retenait Ulysse par des enchantements parce qu’elle était amoureuse de lui. Quand j’étais gamin, j’adorais la musicalité magique de ces noms qui me faisaient rêver. A propos du héros de l’Odyssée, certains énormes rochers de lave crachés plus au Nord par l’Etna, dans la mer, auraient, selon la légende, été les blocs balancés par le cyclope Polyphème, furieux, voulant se venger d’Ulysse qui lui avait crevé son œil unique.
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Mais je m’égare. Ortigia constitue un lieu de promenade idéal par une belle matinée ensoleillée. Ceci dit, elles le sont toutes en Sicile, en tout cas en juillet ! Garés tout près de la mer, à l’entrée de l’île, nous avons d’abord traversé le marché, plein de couleurs, de saveurs, et surtout d’odeurs. Ah oui, les odeurs... Mais ici elles étaient agréables. Ce qui d’ailleurs me donne une idée : pratiquer l’exercice conspué par notre docte Olivier Autissier : le « Bonheur en Clichés » ! En voici, tant et plus :
Le café a été pris plus loin, sur la Piazza Archimède baignant dans la lumière de ce bel après-midi.
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Nous nous sommes rendus ensuite dans la partie nord de la ville pour y visiter le théâtre grec (le plus grand de Sicile). Hélas, pour le voir il fallait obligatoirement prendre un billet groupé pour le parc archéologique. Un système complètement absurde, soit dit en passant, mais bref. Nous n’avions plus le temps d’aller visiter la totalité du parc. On s’est donc contentés de prendre une photo de l’amphithéâtre depuis l’extérieur (c’était très difficile de trouver une vue possible en repartant sur la route, mais à force de nous acharner, nous y sommes parvenus). J’en rajoute une que j’ai prise en gros plan sur un poster affiché à l’office du tourisme. On distingue cependant assez nettement la nuance entre ce qui est pris ‘en live’ et la ‘photo de la photo’.
Syracuse est la dernière grande ville italienne que nous aurons visitée, le maximum que nous aurons pu faire en deux semaines. Tout se superpose et se mélange un peu dans ma tête : la splendeur turbulente de Palerme, la cosmopolite. L’élégance insolente de Catane qui n’a pas voulu se laisser apprivoiser ; Enna, douce, assoupie et si accueillante ; enfin Syracuse, vibrante de vie, et paradoxalement si peu touristique, bien ancrée qu’elle est dans le réel du quotidien.
C’est déjà demain le départ. Ces 15 jours ont passé à une vitesse incroyable, comme un carrousel où l’on aurait tendu sans cesse la main vers le pompon, sans jamais parvenir à l’attraper. Tout juste si nous avons pu l’effleurer. Dieu sait que nous aurions aimé gagner un deuxième tour !
Bien évidemment, l’âme et la richesse d’une île (et je pourrais même écrire ‘pays’, car la Sicile en est un à part entière) aussi magnifique ne peuvent s’appréhender, se capturer dans un espace de temps si court. Mais il nous en est resté une douceur au fond de l’âme, un enthousiasme au creux du cœur, que l’on ne peut oublier. On abordait chaque journée très tôt avec une hâte d’enfants gourmands. On se couchait tous les soirs épuisés, mais avec une sensation de plénitude.
Merci, pour toujours.
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jeudi, 13 août 2009
Des mosaïques
Jeudi 30 août
Nous sommes partis ce matin pour la villa Casale, à une trentaine de km au Sud-Est d’Enna, ville située presque au centre de la Sicile.
J’avais pris le volant et j’ai eu pour la Xème fois l’occasion de vitupérer contre les panneaux routiers italiens . On ne cesse de faire allusion au fait que les Siciliens conduisent comme des fous. Ce n’est pas ce qui nous dérange le plus ! Ca, on s’y fait. Non, le drame, le cauchemar, même, ce sont les panneaux indicateurs qui sont soit inexistants, soit cachés par les arbres, soit écrits en caractères microscopiques. C’est abominable lorsque l’on est dans une grande ville et qu’il faut effectuer rapidement un choix de direction. Nous sommes ressortis de Piazza Armerina et avons dû revenir en arrière pour trouver le bon embranchement en centre ville, passage obligé pour se rendre à la Villa Casale. Si vous passez dans le coin et que vous recherchez le site vous aussi, ne ratez surtout pas ce panneau, sur votre droite, en plein centre, à Piazza Armerina ! Le manquer m’a coûté une bonne dose de hurlements, glapissements divers, et deux bons litres d’adrénaline.
Fin de mon coup de gueule.
La Villa Casale est une merveille à ne rater sous aucun prétexte, si comme moi vous êtes fans de mosaïques. Au British Museum en mars, en me voyant m’extasier devant elles, Betty m’avait dit : « Il faut absolument que tu ailles en Sicile si tu aimes ça ». J’ai suivi son conseil ; bien m’en a pris, pour beaucoup d’autres raisons. Mais la Villa Imperiale (son autre nom) est effectivement une splendeur pour les amateurs de ce style d’art. J’ai toujours aimé le côté à la fois naïf et artistique des représentations. Les figures humaines m’évoquent toujours ce côté appliqué et propret des dessins publicitaires des années 50, avec à chaque fois une précision et une douceur dans l’aspect final, qui me fascinent.
La villa date du IV° siècle ap JC. Le propriétaire en était sûrement un sénateur, membre de la classe aristocratique de l’époque. La propriété s’étend sur 1.5 hectare et le bâtiment s’organise principalement sur 4 éléments principaux, selon un plan délibérément irrégulier. Elle a été découverte en 1929 et remise en valeur à partir de 1954.
Les visiteurs déambulent sur des échafaudages permettant une vue en hauteur des mosaïques, sous des verrières. Nous y étions entre onze heures et midi, ce qui avait deux inconvénients : il faisait bien sûr très chaud ; mais surtout, le soleil dessinait des jeux de lumière et d’ombre sur les carrelages, ce qui a nui à mes photos.
Selon certaines études, le propriétaire pourrait être cet homme, au centre, représenté lors d’une chasse. Incroyable de se dire que plus de mille six cents ans après, sa maison et son portrait ont subsisté alors que son nom et sa vie ont été oubliés. Reconnaitrait-il les restes de sa villa où déambulent tranquillement une horde d’étrangers effrontés, armés de numériques ?
L’après-midi : Enna, la Centrale, la Magnifique, la Belle Assoupie.
Comparée à la beauté agressive de Catania, Enna m’a fait le même effet que Sienne après Florence, il y a deux ans. L’impression d’une ville sage, douce, et bienveillante, qui prend les voyageurs dans ses bras avec amitié. Qui les invite à admirer, découvrir, s’étonner et sourire sans jamais s’abîmer dans la fatigue ou le stress.
Moment magique, hors du temps : assis dans un coin d’ombre au pied du Castello di Lombardia, vers les 15h, surplombant une vallée splendide écrasée par la torpeur de cet après-midi d’été, TiNours et moi nous rendons compte que nous sommes pratiquement au centre, au cœur de l’île. Et tout vibre de silence autour de nous.
Mmmm.
00:10 Publié dans Les extases de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : mosaïques, enna, piazza armerina
mercredi, 12 août 2009
Volcans et mariages
Mercredi 29 juillet
1°) Etna e Alfio
Alfio est passé comme prévu nous prendre à 8h30 tapantes. Nous étions fin prêts (bouteilles d’eau, chaussures de marche, appareil photo, sans oublier chien-chien caché au fond de mon sac). On a simplement un peu regretté par la suite d’avoir mis des pantalons longs. Même en hauteur, là où l’air se rafraîchissait, nos shorts habituels auraient été tout à fait suffisants, car comme toujours, le temps était superbe.
L’Etna fait plus de 3500m de hauteur (à quelques dizaines de mètres près, variables, évidemment, en fonction des éruptions). Nous avions choisi l’excursion s’arrêtant à 2000m. Au-delà, la végétation ne peut croître. Au-dessous de la barre des 2000m peuvent s’épanouir les plantes ‘colonisatrices’ : pins, châtaigniers, saponaria, spinosanto, et autres bedulla aetnensis. J’ai essayé de trouver les équivalents français sur mon fidèle Garzanti, mais il n’est pas assez spécialisé. Karagar, Cornus, n’hésitez pas à apporter vos lumières ici et là, je ne me vexerai pas ! Dame KarregWenn, vous voyez bien que je sais aussi la respecter, par moments, la Botanique.
La lave basaltique, la plus dure, est utilisée dans la région pour faire des pavés et des murs de maison. Mais bien sûr, ce type de lave, durcie avec le temps, n’est pas celle dans laquelle la végétation peut prendre racine. Celle où un tel phénomène est possible est la lave ‘scoriacea’. Je garde les termes italiens qui nous ont été livrés par notre guide. S’il passe des spécialistes de volcans dans le coin, qu’on me pardonne ce côté un peu ‘profane’, aussi bien en vulcanologie qu’en botanique.
L’Etna est bien sûr composé de plusieurs cratères, à l’activité différente, et c’est variable au fil du temps. Actuellement il en comporte sept. C’est le plus haut qui culmine à 3500m d’altitude. Trois autres sont en activité. Leur hauteur, à eux aussi, varie. L’altitude fait que le sommet de l’Etna est l’un des rares endroits enneigés, et la neige peut persister même en été.
En 1928, une éruption avait provoqué une coulée de lave en direction de la ville de San Alfio (ce que nous a raconté en souriant notre guide, le bien nommé !). Les habitants avaient alors organisé une procession à la Vierge, et la coulée a dévié, provoquant la destruction de la ville de Mascali, où nous logeons actuellement. Trop païens, probablement, les Mascaliens. En remerciement pour leur ville épargnée, les San Alfiens ont fait édifier une chapelle sur la trajectoire de la coulée de lave qui menaçait, en 1928. Plus de cinquante ans après, en 1979, la chapelle a été touchée par une nouvelle coulée de lave, qui s’est miraculeusement immobilisée juste avant de détruire l’édifice. Qu’en conclure ? Ave ave, Marie Stella.
Nous avons longuement arpenté les Monts Sartorius. Ils ont été appelés ainsi en raison d’un scientifique (allemand, je crois) du XIX° siècle qui a été le premier à proposer une classification rationnelle aux plantes colonisatrices que l’on peut retrouver sur les flancs du volcan.
On se surprend à penser qu’on aimerait assister à une éruption (Alfio nous a dit qu’en hiver, le mélange de lave et de neige rend le spectacle encore plus beau et spectaculaire), mais ce style de phantasme s’émousse lorsque l’on voit des photos et des films du phénomène. Le danger doit être énorme. Nous avons fait une halte dans un lieu où le 27 octobre 2002 des coulées ont détruit une route et deux auberges, heureusement sans faire de victimes. Les photos affichées des évènements ‘en live’ faisaient froid dans le dos. A l’époque, c’est plutôt chaud qu’ils ont dû avoir. Nous avons même rencontré le propriétaire de l’une des deux auberges, souriant et philosophe sur ces choses-là. Il tient aujourd’hui, 100 mètres plus loin, une buvette et un stand de souvenirs. A l’entrée, une affiche que j’ai prise en photo, pour un clin d’œil à mon Calyste !
Le paysage des flancs du volcan est un mélange incroyable de vertes pinèdes et d’étendues scoriques et désolées, rappelant un paysage minier. (« Qu’elle était verte, ma montagne » !). La grandeur sauvage et menaçante des roches volcaniques solidifiées est compensée par le ciel bleu, la mer, et les côtes de Calabre en toile de fond. Le contraste crée des sentiments mitigés tandis que l’on progresse. On finit irrésistiblement par repenser aussi au voyage de Frodon et Sam
« au pays de Mordor où s’étendent les ombres... »
Et, comme de juste, Alfio nous a fait terminer l’excursion au fond d’une grotte (Grotta Coruccio) un peu comme dans les mines de la Moria du nain Gimli. Tout au fond, une concrétion évoque une sorte de tortue géante, mais bienveillante tout de même, gardienne séculaire des lieux, en compagnie de quelques chauve-souris.
Sandy a beaucoup fait rire Alfio qui s’est pris au jeu et s’est ingénié à trouver des endroits où le faire poser pour la photo, après que je lui aie expliqué que c’était pour mon blog.
Alfio, se vieni qui a legere, abbiamo passato una buonissima giornata con te, e non dimenticheremo mai l’Etna ! Grazie tanto ! Non ci sono volcani attivi in Francia, ma se vieni qualche giorno, potremo farti fare un giro a Montpellier che è anche una città esplosiva !
2°) Mariage à l'italienne
L'après-midi (enfin, vers les 17 heures, car nous sommes redescendus tard) visite d'Acireale, à une vingtaine de km au nord de Mascali. Acireale est une adorable petite ville avec une cathédrale et une basilique de toute beauté. On y célébrait un mariage. Je n’ai pas résisté au plaisir de mitrailler au numérique, sous le regard indifférent des rangées de vieux messieurs papotant sans cesse entre eux, incrustés dans le paysage. Je suis persuadé qu’ils sont à leur poste, assis là autour des tables, ou sur des bancs en rang d’oignon, même en hiver.
Par parenthèse, Alfio nous a expliqué que s’il neige au sommet de l’Etna en hiver, la température en plaine ne descend guère au-dessous des 15°C même en janvier. Ils n’utilisent donc pas de système de chauffage. Un mode de vie qui me laisse positivement rêveur.
Vocabulaire du jour : pipistrello = ‘chauve-souris’
Saponaria ; spinosanto ; bedulla aetnensis = les copains, au boulot !
14:13 Publié dans Les extases de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : etna, volcan
