mardi, 30 juin 2009
J’ai pas toujours l’air de ma chanson
Samedi soir, on était invités chez Lala, une collègue de travail de TiNours qui fêtait ses cinquante ans. Soirée paëlla géante dans le jardin, et chacun des invités pouvait apporter, au choix, une entrée ou un dessert pour que la maîtresse de maison ne se crève pas à préparer trop de nourriture pour la centaine d’invités que nous étions. J’avais fait deux tartes aux poires « qui déchirent leur race ».
Chez Lala, l’avantage c’est qu’on connaît toujours un tas de monde, et qu’on retrouve régulièrement des visages pas vus depuis plusieurs mois, un an, voire plus. C’est très agréable. Partout où l’on se retourne « Aaaah tiens, tu es là toi ??? » « Mais combien ça fait, depuis le temps ??? » « Ce que ça me fait plaisir, qu’est-ce que tu deviens ? » etc etc.
Il y a aussi les gens qu’on ne connaît pas. Dès notre arrivée là-bas, Ria, une amie à Lala, occupée à touiller la paëlla, m’a flanqué dans les bras (je rime mais c’est vraiment involontaire !) un ami à elle, parce qu’il ne ‘connaissait personne et que je suis sympa’ (et ran, encore une rime en A). Tu parles. En fait, c’est parce qu’il est homo, et que deux homos ensemble, chez les hétéros, ça doit forcément avoir l’instinct grégaire. Eh ben le courant n’est pas passé, et c’était pas ma faute. Même le bavard que je suis n’a pas réussi à lui arracher davantage que des "oui" , "non", et les détails indispensables pour répondre à mes questions sans être impoli, si bien que, découragé, je l’ai planté là au bout d’un quart d’heure. TiNours, gentil, a pris le relais quelques minutes plus tard. Il m’a raconté, mi-hilare, mi-agacé, plus tard, le résumé de leur « discussion » :
TiNours : « Et toi tu habites où ? »
Lui : « Saint-Paul. Ca se voit non ? »
(Pour les non-initiés, Saint Paul est un village pas loin d’ici, situé juste en bordure de mer, et le mec arborait un bronzage insolent, à croire qu’il dort dans un coffre à UV toutes les nuits...)
Bon, dans des cas comme ça, on n’insiste pas (marre de ces rimes en A !!!). D’ailleurs Mister Sarcome 2009 a très vite fait savoir à la copine qui l’avait amené qu’il s’emmerdait et qu’il voulait rentrer chez lui (ce qui obligeait Ria à quitter la soirée elle aussi, parce qu’elle l’avait emmené en voiture. Tout ça, avons-nous appris plus tard, pour qu’il puisse aller sur un lieu de drague vers les minuit... Ah, ces homos...)
Les deux homos restant (enfin, sur ceux qui étaient répertoriés et estampillés ce soir-là) se sont, eux, fort bien amusés. Le buffet était délicieux (en entrée ET en dessert) et j’ai repris de la paëlla. Sketches amusants pour fêter l’avènement de Lala en tant que quinquagénaire, et un « one man show » de son fils de 19 ans l'imitant, à la maison, au travail, ou lorsqu’elle se dispute avec son mari. Le tout était empreint de bonne humeur et toujours hilarant, sans méchanceté aucune.
Après, il a fallu danser ! Je me suis fait un peu tirer l’oreille pendant un quart d’heure par les nanas présentes « Oh ouiiiii Lancelot, allez viens danser » (j’adore me faire supplier à chaque fois par des femmes....) jusqu’à ce que j’entende ça. Et là, je ne résiste jamais :
J’ai dû tenir trois quarts d’heure sur la piste, et puis je suis allé me rasseoir, pour regarder de loin mon TiNours, bien plus vaillant que moi, qui était déchaîné ce soir-là. J’aime voir mon z’hom danser. Il est beau mon z’hom à moi quand il danse. A chaque fois, une espèce d’attendrissement m’envahit. C’est toujours lui le moteur, celui qui a les idées, celui qui est partant pour faire les choses. Le voir évoluer sur la piste de danse me faisait penser à son énergie infatigable... et c’est sur cette rassurante pensée que je me suis endormi sur un pliant du jardin, vers les 2h du mat, comme un grand-père ! Impression accentuée une demi-heure plus tard lorsque je me suis réveillé : Lala avait gentiment placé une couverture sur moi, parce que la nuit était fraîche. Bienvenue à l’Hospice des Mésanges.... Où était donc passé mon déambulateur... ?
Mais en tout cas une très bonne soirée. J’ai revu Lala le lendemain, elle avait peur que je me sois ennuyé. J’ai dû lui jurer à genoux qu’il ne faut pas tenir compte de mes incoercibles accès de somnolence en fin de soirée, où que je me trouve. Pas ma faute si j’ai été piqué par la mouche Tsé tsé quand j’étais petit.... SI, SI, je me suis amusé ! Beaucoup, même !
Dans un registre tout différent : hier soir, apéritif pour clôturer l’année scolaire. J’ai dit plus haut que s’il y avait une journée que je détestais par-dessus toutes, c’était bien celle de la pré-rentrée. Celle qui conclue les cours et examens, en juin, et surtout la cérémonie ridicule qui la marque, me sont presque aussi insupportables. A chaque fois, on doit écouter des discours soporifiques dont on n’a rien à foutre :
« Eh bien nous allons prendre des vacances bien méritées... tout le travail accompli... l’an prochain... classes en plus... classes en moins... effectifs... courage... efforts... Dieu... famille... patrie... »
« Cette année deux grands départs en retraite, qu’on ne remplace pas, parce qu’au rectorat ils ont dit qu’elles étaient irremplaçables (ah... ah ...... ahah...) : Madame Huguette Battani et Mademoiselle Ariane Museau. Ah et puis aussi, Monsieur Norbert Marsouin, qui a choisi de muter au lycée Marx-Lénine, le vilain... Sans oublier Monsieur Urbain Douch, qui après avoir brillamment réussi l’examen pour devenir proviseur adjoint, va bientôt faire partie comme nous des malheureux de l’administration... mais non on n’est pas malheureux. On vous aime, vous le savez.. » (applaudissements timides, et ricanements francs)
« ...Ah oui, je ne dois pas non plus oublier que Mademoiselle Ariane Museau se voit décerner, juste avant son départ en retraite, un grand honneur : elle reçoit les palmes académiques » (je l’imagine très bien les accrocher à la bretelle de son soutien-gorge Bras Croisés de Spongex. Non ça c’est moi qui le dis, c’est pas le proviseur). « Et si nous retracions sa carrière... ? Elle a passé l’agrégation en 1932... blabla... premier rapport sexuel en 1950...blablabla ... premier orgasme en 1966... blablablabla...une descente d’organes en 1975... blablablablabla.... »
Ouff c’est fini, on va enfin pouvoir s’attaquer au buffet vers lequel tout le monde louche depuis trois bons quarts d’heure : les pizzas et petits fours se ratatinent lamentablement sous l’effet de la chaleur, le mousseux et le jus d’orange passent insensiblement de l’état frais à tiédasse, avant d’attaquer la phase d’ébullition. Je tends une main impatiente vers une quiche pas trop ramollie, mais non, le moment n’est pas encore venu, finalement....
« Madame Huguette Battani, qui a fidèlement dirigé la chorale du lycée depuis 5 ans va maintenant chanter une chanson extraite du répertoire des secondes qui participaient à l’atelier, et qui ne sont hélas pas là ce soir pour l’accompagner, mais qu’à cela ne tienne, elle va chanter en solo ! »
(Timbre de souris qui a la patte prise dans un piège) :
« Aàààà laaa claiiiire fontaiiine m’eeeen aaaallaaant proooomeneeeeer... »
Et là, j’ai dit non. J’ai envoyé promener la quiche molle. J’avais réussi à donner le change depuis une heure d’horloge en posant un sourire en kit sur ma gueule, que j’en avais mal aux zygomatiques. J’avais réussi à réprimer tous les fous-rires et crises de nerfs variés qui me montaient aux lèvres, selon ce que j’entendais. J’avais réussi à faire taire les borborygmes de mon estomac vide qui réclamait sa pitance (il était presque 20 heures). Je savais que TiNours m’attendait, et que pour souper, on avait justement une bonne quiche et une salade préparés par Lancelot qui déchire sa race. Mais le filet de voix de Madame Battani qui roucoule à la lune, comme un dindon la patte repliée, non, je ne pouvais vraiment pas.
Et d’ailleurs, c’est vrai, sans me vanter, que ma quiche à moi, elle déchirait vraiment sa race. Mon z’hom, penché sur mon épaule, confirme.

Ne donc jamais se fier à mes attitudes. Je peux donner l’impression de bailler tout en m’amusant comme un fou, ou bien faire risette alors comme je m’ennuie comme un croûton abandonné derrière une malle. Et je ne suis pas le seul, bien sûr. Tout est une question de psychologie. Ou d’hypocrisie, sur mon deuxième exemple. Une qualité indispensable à la survie en société.
19:55 Publié dans Les humeurs de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : fiesta, apéritif de clôture, année scolaire
dimanche, 28 juin 2009
Encore, encore, encore !
Allez, une autre pour la route....
Ca me tord de rire toutes ces conneries....
Celle-là est plus facile que la première (je pense).
C’est parti :

La Reine veut encore Blair, mais qui va l’apaiser.... ?
17:56 Publié dans Lancelot se marre | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note | Tags : contrepèteries
Contrepèterie
En la découvrant avant-hier dans un petit livre spécialisé en la matière, j’ai éclaté de rire si fort que TiNours, affolé, m’a dit : « CHUT ! T’es fou ! Tu vas ameuter le quartier ! »
Je vous la livre. Sans la solution. Le principe incontournable d’une contrepèterie, c’est qu’elle n’est amusante que si on découvre la clé soi-même.
Ségolène :
« François veut voir Mélanchon banni »

09:14 Publié dans Lancelot se marre | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : contrepèteries
vendredi, 26 juin 2009
Drôle de larme...
Au moment où toutes les radios et les stations télé repassent en boucle ‘Thriller’, ‘Billie Jean’ et compagnie, je voudrais rappeler que Michael Jackson n’était pas le seul à mourir hier (si vous voulez rigoler un bon coup, allez lire l’hommage que lui a adressé notre Ministre de la Culture, qui trouve matière à démarrer sur les chapeaux de roues, ici).
Dans la tempête médiatique déclenchée par le décès d’un personnage sulfureux qui a marqué la musique des années 80-90, on a un peu oublié Farrah Fawcett.
Farrah n’a certes pas révolutionné le monde du cinéma. Elle a connu une carrière assez classique de starlette américaine : remarquée lors de ses années d’université pour sa beauté, elle fut engagée pour des spots publicitaires, apparut dans quelques téléfilms, puis connut une notoriété fulgurante et éphémère en jouant dans la première saison de « Charlie’s Angels » en 1976. Elle a par la suite incarné de nombreux rôles très différents, notamment celui de Beate Klarsferld pourchassant des criminels nazis. Je me souviens aussi avoir été impressionné, quelques semaines après mon arrivée en Amérique, en la voyant à la télévision dans le rôle de l’antipathique Diane Downs. Une sociopathe accusée d’avoir voulu tuer ses trois enfants. J'ai revu récemment ce 'Small Sacrifices' de 1989 dans sa version française, où le doublage fait hélas perdre un peu de l’intensité de la composition de l’actrice. Elle y était fascinante et incroyable de perversion dans la folie.
Qu’on le veuille ou pas, son personnage de Jill Monroe dans « Charlie’s Angels » lui est resté (et restera) fatalement accroché à la peau. Talentueuse ou non ? Peu importe au fond. Farrah fait partie, avec cette série, un peu mal vieillie aujourd’hui, des souvenirs télé de nombreux enfants et adolescents. Je n’oublierai jamais cette scène incroyable dans le 12° épisode de la première saison, intitulé « Angels on Wheels » (merci Wiki !), où, pour échapper à des gangsters qui la pourchassaient, elle s’enfuyait en skate-board à travers des rues aux pentes abruptes (San Francisco... ? Los Angeles... ?) lors d’une course vertigineuse. On avait sans cesse l’impression qu’elle allait se fracasser contre une voiture ou un mur, or elle semblait se jouer de tous les obstacles sur sa planche à roulettes. Je n’avais vu cette scène qu’une seule fois, à douze ans. Surréaliste, improbable, mais inoubliable.
Même physiquement, Farrah était bien davantage qu’une bimbo à la longue chevelure blonde ébouriffée et au décolleté entr’ouvert. Il y avait dans son visage, son regard, une profondeur, une tristesse douce qui marquaient durablement. Elle semblait sans cesse dire « Bon oui c’est sympa d’être belle, mais si on parlait d’autre chose maintenant ? »
Le cancer a eu raison d’elle hier, à l’âge de 62 ans. Un petit morceau de plus dans notre enfance, nos souvenirs d’émerveillements naïfs, qui se détache et disparaît.
Mais le skateboard continuera à glisser, indestructible et immortel, dans mon souvenir.
17:47 Publié dans Machine à remonter le temps | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : farrah fawcett, drôles de dames
jeudi, 25 juin 2009
Parler marseillais
Je suis né à Aix en Provence. Ma mère est alsacienne, mais mon père est un provençal de pure souche. J’ai passé les 25 premières années de ma vie dans cette région que j’aime, où j’ai, comme on dit « mes racines ». J’ai vécu aussi aux Etats-Unis, un temps, et dans le Nord, où je m’étais accommodé de tout, tout, absolument tout, sauf du climat. Il faut dire, mon TiNours était à mes côtés. L’amour, ça réchauffe lorsqu’il pleut, et ça colore le ciel gris.
Mais, lui et moi avons toujours aimé la chaleur, et même la fournaise, la canicule, alors il y a cinq ans nous sommes descendus sur Montpellier. L’Hérault est assez différent des Bouches du Rhône. Mais pas suffisamment pour que, outre le climat méditerranéen, on n’y retrouve pas certaines façons de voir, d’agir, de se comporter, et surtout de parler.
Le « parler marseillais » est un curieux mélange de français, de provençal et d’argot. Avant de monter dans le Nord, je n’aurais jamais imaginé que les gens pourraient me regarder d’un air ahuri lorsque je prononçais les mots « gansailler » « piter » « bader » ou « minot ». Moi, en arrivant sur Lille, j’étais bien trop occupé à m’habituer à des expressions et surtout à une prononciation ou à des locutions différentes, en Ch’ti : « Ouite heures vinte » pour « 8h20 », c’est « fort loin –ou tout autre adjectif-» pour : « c’est très... ». « Je t’appelle et je te dis quoi » signifiant « Je te contacte pour te dire ce qu’il en est » etc, etc...
Mais je m’égare. Laissons Danny Boon et Kad Mérad là où ils sont. L’heure est au « Sudisme ». Pour moi, les termes « marseillais » que j’ai mentionnés un peu plus haut étaient simplement des expressions argotiques qu’on pouvait entendre partout en France. Eh bien non. Il a fallu que j’explique patiemment :
« Gansailler » signifie « remuer », au propre comme au figuré. Il y a des nuances. Moi je l’emploierais plutôt dans le sens de « bouger légèrement » : « Ce volet, l’entrepreneur qui me l’a posé m’a fait un travail de bordille, il arrête pas de gansailler ».
« Bordille » (au fait !) signifie ordure, au propre et au figuré : « J’emmène toutes ces bordilles à la décharge, j’en avais plein le garage. » ou : « Antonin c’est une vraie bordille, il s’est cassé avec une jeunette, et il a abandonné sa femme après lui avoir fait quatre minots. »
Un « minot » c’est un gamin, un mioche : « A chaque fois que ma sœur elle se pointe chez moi avec ses cinq minots, c’est un vrai cirque ! »
« Piter » c’est taper dans un plat, piocher sans se servir vraiment. C’est exactement ce que l’on fait avec les assiettes de trucs pour apéritif. « Té, je vous ai apporté des cacahuètes et des tranches de saucisson d’Arles, vous gênez pas, allez-y, pitez ! »
« Bader » veut dire regarder avec de grands yeux, avec une nuance d’inaction énervante : « T’as pas fini de me bader sans rien foutre, amène toi et viens m’aider !!! »
Vous en voulez d’autres ?
Le « mourre » c’est la bouche ou le museau. Plus souvent « faire le mourre » (et non l’amour, lol) c’est « faire la gueule » : « Depuis que je suis rentré en retard l’autre soir, ma femme elle me tire un mourre de six pans de long ! »
Un « garri » c’est un rat. Mais surtout, c’est devenu une locution affective pour parler à un enfant, « Tiens mon garri, je t’ai acheté des bonbons »
« Mastéguer » c’est « mastiquer », qui lui ressemble pas mal : « Arrête de mastéquer ton chevingomme ! »
« Poulit » c’est « joli » en provençal. Mais il existe une locution marrante qui en découle : « Sian poulit ! » dans le sens : « Nous voilà dans de beaux draps ! »
« Tchatcher » c’est papoter à tort et à travers. A l’origine, il paraîtrait que ça vient de ‘tcha-tcha’, le chant de la cigale. Mais je me suis toujours demandé dans quelle mesure l’anglais ‘to chat’ n’y est pas lié. Qui, de la poule ou de l’œuf... ? Je ne m’égarerai pas dans ce débat-là... « Il passe son temps à m’appeler au téléphone que pour tchatcher, ce roumpe-dati ! »
Un « roumpe-dati », justement, c’est un casse-pieds. Enfin je suis poli. Je vous laisse déterminer seuls la signification plus vulgaire du deuxième terme de la locution mentionnée ci-dessus... Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé...
Lors d’un concert en 99, Lynda Lemay avait fait le même jeu avec le « parler québécois » pour terminer sur un texte truffé des mots qu’elle venait d’expliquer au public, tordu de rire. J’ai trop envie de plagier son idée, j’espère qu’elle ne m’en voudra pas, je l’adore :
Le mari en colère à sa femme :
« Alors si cette bordille de Zé revient te bader, je vais te le gansailler, moi ! Au lieu de passer toute la sainte journée à tchatcher avec ce bougre de roumpe-dati, tu ferais mieux de t’occuper de ton minot, regarde-le, qu’il arrête pas de piter des cochonneries ! Allez viens là mon garri, que je t’essuie le mourre, t’es plein de sucre à force de mastéguer des Haribo ! »
(« Haribo » : non non, ça, ce n’est pas une locution marseillaise)
Si ça vous amuse, on peut prolonger un peu les festivités. Je vous donne quelques termes marseillais, et vous devez deviner leur signification., uniquement d’après leur sonorité ou leur possible étymologie dans une langue ou une autre. Parisiens, Lyonnais, Bretons, unissez-vous ! Bien évidemment, défense de tricher et d’aller chercher la réponse dans un quelconque lexique sur internet. Pour que ce soit marrant, il faut deviner. Prêts ? C’est parti !
« Espintcher » (facile, ce verbe-là. Assez connu...)
Un « bédélet »
Un (ou une) « jobastre »
« Escagasser »
« Dégun » (le plus difficile...)
Bon courage à tous !
17:13 Publié dans Lancelot fait son Bozo | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : langage, argot, provençal, marseillais
mercredi, 24 juin 2009
Mes errements sur le remaniement...
Huit arrivées, huit départs. Dont certains étaient déjà prévus depuis longtemps. A part cela, on a encore une fois joué, non pas aux chaises musicales, mais aux quatre coins. X déloge Y qui prend la place de Z, qui réintègre le poste qu’il occupait précédemment (à un chouïa près). Le ballet des courtisans poursuit son lent mouvement de rotation, les lèche-bottes congratulent le Monarque pour ses choix judicieux, et la plèbe ricane (jaune).
L’idée de génie, celle qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive, c’était de « prendre » l’Autre à la culture. Le genre de perle signée Sarco. Impossible de ne pas voir, derrière ce choix, la volonté affirmée de brandir un symbole qui ne se résume finalement qu’à un nom de famille. On a entendu de nombreux journalistes roucouler sur la belle prise pour le gouvernement, comme si la constitution d’un ministère s’apparentait à un jeu de pêche au saumon. Pas très rose, en l’occurrence... est-il besoin de rappeler qu’en 95, ce saumon-là avait soutenu Chir4c... ?
Peu importe, au fond : les Socialistes ont en ce moment bien d’autres pertes électorales à déplorer sans encore aller pleurer ce symbole, comme un nom accroché à un pantin, féru de culture. Une anecdote à son sujet : chargé depuis plusieurs mois de la direction de la Villa Médicis, il avait présenté la cérémonie des Molières en avril dernier. Il avait alors démarré son discours d’ouverture par quelques mots en italien, avant de se taper sur le front et de présenter d’hypocrites excuses sonnant faux : « par moments, je ne sais plus quelle langue employer... », histoire qu’on n’oublie pas ce soir-là ses prestigieuses fonctions en Italie.
Ego surdimensionné oblige, il est aussi le seul qui n’ait pas su tenir sa langue jusqu’à l’annonce finale d’hier soir.
Navrant.
Consternant.
Lamentable.
Il est en tout cas représentatif de ce qui plaît, ou plutôt, de ce que le Président croit qu’il plaira, sous couvert de l’alibi de l’ouverture (« ouverture » à quoi, mon Dieu...) : une coquille vide et peinturlurée à l’extérieur. Dans le même ordre d’idées, on aurait pu nommer Zid4ne au sport, InGrid Betencour aux affaires internationales, ou Brigite B4rdot à l’écologie ! Sarco persiste dans sa naïveté à croire qu’une affiche bien tape à l’œil suffira à faire oublier la nullité du film...
Amusant aussi de constater, dans un autre registre, que les ministères peuvent aussi bien se créer que disparaître au gré du vent. Il y a quelques mois, crise oblige, on nous a pondu un Ministère de la Relance. On n’en a entendu parler que lors de sa création, vous remarquerez.... depuis, on n’a pas l’impression que Devegian ait été très « relancé » sur son efficacité en haut lieu. En revanche, le Secrétariat d’Etat aux Droits de l’Homme a disparu. Il paraît qu’il ne servait à rien, que c’était une « erreur » (sic). R4ma a été placardée (dans tous les sens du terme) à la jeunesse et aux sports, où elle sera moins susceptible de l’ouvrir et de faire de vagues.
(LaPorte a pris la porte.... yuk yuk yuk ... oui je sais c’est facile... mais tellement bon aussi...). Il n’est pas le seul : exit notre Christinette adorée, brandisseuse de Bibles et ennemie des Dom Quichotte... Elle ne pourra même pas s’occuper, comme prévu, des détenus, mais elle saura sûrement rebondir sur un poste de Conseillère au Vatican.
Concernant l’EN, la nomination d’un conseiller élyséen très proche de la tête pensante, originaire de l’ENTREPRISE et sans aucune expérience (sinon la sienne) de l’éducation, me paraît de très mauvais augure pour l’avenir de l’école, et des élèves, et des profs. Bon, on jugera l’arbre à ses fruits. Mais déjà je trouve le pommier bien précocement vérolé, et j’ai très peur que le cidre qu’on en tirera en automne ne soit fort aigre...
En revanche, une chose qui m’amuse follement depuis hier, c’est d’entendre régulièrement parler d’Angélique Marquise des Anges à l’Espace Rural et à l’Aménagement du Territoire. Le territoire du Roi Soleil, qui, jaloux de François-Joffrey de Bayrou-Peyrac, a voulu lui piquer sa femme...
Enfin, et surtout, malgré d’insistantes rumeurs, de désagréables bruits qui couraient, de sulfureux « on-dit », nous avons, encore ,comme lors du précédent remaniement, échappé à CA :

OUFFF....
Le Mammouth pourra, encore une fois, aller se faire voir ailleurs pour sa cure de dégraissage. Il reste peut-être encore un (tout petit) espoir pour les manchots et les ours polaires, en fin de compte....
23:22 Publié dans Les humeurs de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
lundi, 22 juin 2009
Juin, quatrains, examens
Aujourd’hui, double ration de surveillance de bac français : quatre heures ce matin, série générale, quatre heures cet après-midi, série technologique.
Mon bac français à moi, c’était.... il y a bien longtemps.... ! J’en ai gardé un très bon souvenir : pour l’oral, une semaine de révisions avec une liste de 8 œuvres et 70 textes. Pascal, Phèdre, le Misanthrope, Montaigne, les philosophes du XVIII° siècle, la poésie de 1870 à 1914, l’Education sentimentale... Je révisais avec application, bonne humeur, en suivant scrupuleusement le programme que je m’étais établi. Une œuvre par jour, avec une dernière journée où Cathie, ma copine de l’époque (eh oui ...) et moi avions prévu de nous retrouver pour nous interroger mutuellement au hasard, chacun sur deux textes de la liste.
Cette semaine-là, je me souviens, Antenne 2 avait fait une nuit cinéma non-stop. Ca tombait mal ! J’enrageais de la rater, mais je m’étais tout de même autorisé un film, vers les 23H (‘le Trou’ de Becker, que j’avais adoré. Je ferai peut-être une note dessus un jour). C’était une récompense que je m’étais promis de me décerner uniquement si je parvenais à finir l’œuvre prévue ce jour-là.
Mes parents étaient partis à leur chalet dans le Vaucluse, et m’avaient laissé seul, en compagnie d’un frigidaire bien garni. On ne pouvait rêver de meilleures conditions de travail. Je bossais, tantôt à l’intérieur lorsqu’il faisait trop chaud, tantôt dehors, en fin de journée, tout en arrosant le jardin. Entre deux plans de tomates, je me récitais les principes du régime démocratique selon les philosophes des Lumières. En remplissant les arrosoirs, je repassais dans ma tête les caractéristiques de la poésie de Rimbaud. « On n’est pas sérieux quand on a 17 ans » : moi je l’étais pourtant ! Je souriais en relisant ses vers, et en me disant, avec une nostalgie anticipée, que je ne les aurais jamais plus, mes 17 ans !
« Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête...
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête...
A l’oral, je rêvais de tomber sur « De l’Esclavage des Nègres » de Montesquieu. L’examinatrice m’avait donné le choix entre deux poèmes : le Bateau Ivre, de Rimbaud, justement, ou l’Azur, de Mallarmé. J’avais choisi l’Azur. J’étais d’une fébrilité, d’une nervosité à faire rire. Les oraux m’ont toujours donné la nausée, et c’était là le tout premier de ma vie ! Angoisse de l’examen, accouplée à la météo splendide de ce jour-là. « On » ne pouvait pas faire plus à propos :
En vain! L'Azur triomphe, et je l'entends qui chante
Dans les cloches. Mon âme, il se fait voix pour plus
Nous faire peur avec sa victoire méchante,
Et du métal vivant sort en bleus angelus!
Il roule par la brume, ancien et traverse
Ta native agonie ainsi qu'un glaive sûr
Où fuir dans la révolte inutile et perverse?
Je suis hanté. L'Azur! L'Azur! L'Azur! I'Azur!
Tout s’était bien passé jusqu’à ce qu’en conclusion elle me demande : « Vous avez dit que Mallarmé faisait partie du mouvement de la poésie hermétique. Quelles sont les caractéristiques de l’Hermétisme ? » Inutile de dire que je n’en connaissais pas le premier principe. C’était une allusion faite par notre professeur de français, que j’avais happée au vol en cours, sans chercher à l’approfondir. Comme toujours dans ces cas-là, je me suis mis à bredouiller, afin de me donner le temps de réfléchir, pendant que dans ma tête le petit pompier vêtu de rouge courait dans tous les sens pour éteindre l’incendie de ma panique qui se déclenchait. Il a attrapé le premier extincteur qui lui tombait sous la main : « Donne lui les caractéristiques de la poésie de Mallarmé, celles là tu les connais, et ça pourra peut-être marcher, avec un poil de chance... » Je me suis mis à ânonner : « Pouvoir expressif de la poésie... métaphores à connotations religieuses... ambiguïtés dans l’association des mots... gnia gnia gnia » VEINE ! Le poil de chance s’est transformé en chevelure. Soyeuse et impeccable. L’examinatrice a souri. « Très bien, merci » Ouffff. L’après midi, Cathie m’a téléphoné. Elle était tombée sur l’Azur elle aussi. Sur une liste de 70 textes ! On n’en est jamais revenus, de cette coïncidence, elle et moi.
Deux jours après, l’écrit. J’aimais l’exercice de commentaire composé, je le prenais presque toujours si j’avais le choix, et si le texte n’était pas trop dangereusement ambigu. Là, après tous les sujets compliqués et retors que nous avait donnés notre (excellent) professeur de français de première, l’extrait était risible de facilité. Un passage de La Vie de Marianne, de Marivaux. L’héroïne voyait de loin un jeune homme, à l’église, et en tombait progressivement amoureuse. Paradoxalement, c’est toujours dans les lieux saints et consacrés que le « péché » vient planer et donner des idées aux pauvres mortels que nous sommes ! Enfin ceux de l’époque... Il est vrai qu’aujourd’hui nos envies peuvent être satisfaites de façon simple et rapide. Ca leur enlève, en revanche, le goût de l’interdit, et donc une certaine saveur violente lors de la transgression des tabous...
Quand à la messe j’allais, alors fallait voir les punaises
Me lorgner sans pudeur du coin de leur regard qui biaise
A travers leurs mains jointes, elles me lançaient des pointes :
‘Voyez un peu l’allure qu’elle a, Ave, Ave, Marie Stella’
Car moi j’avais l’air d’y aller que pour les faire parler...
En écoutant le sermon je faisais mon petit inventaire
Le curé, pas méchant, tout en prêchant, me regardait faire
S’disant « Dans une décade, quand elle sera en rade
Elle viendra m’raconter tout ça, confiteor, et cetera »
Car moi j’y allais évidemment me choisir un amant...
(Anne Sylvestre Les Punaises
et non pas La Vie de Marianne, de Marivaux !)
Mais je m’égare.... J’étais sorti très satisfait de mon commentaire composé (je n’avais pas osé citer Anne Sylvestre, tout de même), prêt à attaquer un été qui s’annonçait sous d’excellents auspices. On croyait encore, naïvement, cette année-là, que l’arrivée au pouvoir de Mitterrand changerait tout. Londres entier était en effervescence à l’approche du mariage princier, et c’est justement le jour où Charles et Diana se sont dit oui que j’ai reçu mes notes du bac français. Seize à l’oral, et à l’écrit. Ouf.... De quoi aborder la terminale l’âme sereine.
Qui pouvait se douter que les Socialistes ne tarderaient certes pas à bien décevoir, que quelques années après, la belle cérémonie à Westminster serait oubliée dans un divorce orageux et un accident de voiture surmédiatisé, et que l’obtention de mon bac l’année suivante allait m’ouvrir la porte sur une période bien sombre de ma vie.... ?
Peu importe. Juin, période du début de l’été, des chaleurs, des examens et des promesses, a toujours été mon mois préféré. Une parenthèse éphémère entre l’aboutissement logique du travail d’une année, et un plongeon dans la détente de longues journées estivales. Une transition entre l’intensification ultime des efforts, et le délassement qui suit, comme une promesse stimulante. Le « rush » final, même, en demi-teintes, est extrêmement plaisant. S’autoriser un bain, un seul, rapide, le matin, pour se détendre avant d’attaquer le chapitre du jour. Travailler, apprendre ses cours dans un jardin ombragé, calmement. Revoir ses fiches sous une tonnelle, en buvant un Perrier frais. Après le marathon des trois, quatre, cinq heures d’écrit, le plaisir de poser son stylo, ramasser ses affaires, sortir, s’étirer dans le soleil.
J’aime ces paradoxes studieux. Pouvoir les prolonger tout au long de ma vie de prof est un privilège rare, dont je suis conscient.
19:29 Publié dans Machine à remonter le temps | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : bac français, marivaux, mallarmé, rimbaud, l'azur
vendredi, 19 juin 2009
L'impossible bac philo
Hier, un des beaux premiers sujets marronniers de l’année, dans lequel les médias ont pu planter les dents : le bac philo.
La veille au soir : série habituelle des recommandations qui ne servent à rien (bien dormir, ne pas réviser jusqu’à 3h du mat’, ne pas avoir fait d’impasses...)
Le matin même : phrases toutes faites qu’on nous ressort à chaque fois : « C’est parti... Le bac 2009 a démarré.... Les candidats vont plancher.... Cette année le plus jeune candidat... le plus vieux candidat... » assorties, cette fois, d’un matraquage particulièrement intense (et de très mauvais augure, selon moi...) sur l’utilité de la philosophie en tant qu’épreuve. Les auditeurs de plusieurs radios sont même appelés à se prononcer « Etes-vous POUR ou CONTRE le maintien de la philo au bac.... » comme si un referendum populaire pouvait être d’un poids quelconque dans un domaine académique... Après tout, la philo, tout le monde en fait au quotidien, même et surtout aux comptoirs des cafés, pas vrai... Ca ne s’apprend pas, ces choses-là, ça se papote... (« On nous dit pas tout !!! »)
Le soir : commentaires lénifiants de candidats à la sortie de l’épreuve, qu’on a déjà tellement entendus qu’on peut couper le son et les déclamer en play-back « Oh moi j’avais fini en deux heures... » « Je préfère miser sur les maths et l’éco... » « C’est tellement aléatoire la philo... » « J’espérais nature, on a eu culture... » « Je voulais l’être, on est tombés sur le néant... » « Je suis contente, c’est l’inconscient qui est sorti... » et blablabli, et blablabla, avec l’inévitable conclusion paternaliste du journaliste en voix off : « Mais rien n’est encore joué, car les épreuves ne font que commencer ! Laurence, Bertrand et Anne-Sophie vont pouvoir ressortir leurs fiches de révisions dès demain, après une nuit de repos bien méritée ! »
Un détail nouveau m’a cependant accroché l’oreille, hier matin. Interview d’un prof de philo sur RMC qui disait que de plus en plus d’élèves ancrent leur argumentation dans la presse people, les séries et la télé réalité. Sans qu’il le dise clairement, le ton de sa voix laissait sous entendre qu’il y avait là une sorte de fatalité contre laquelle il est impossible de lutter, mais qu’il vaudrait mieux accepter et accompagner. Ben oui, de la philo on en fait tous les jours, et toute expérience vécue (surtout dans Gala ou Voici) peut illustrer la théorie philosophique.
N’est-ce pas ?
« Est-il absurde de désirer l’impossible ? »
De tout temps l’homme a aspiré à des choses inaccessibles, comme de gagner au loto ou de marcher sur la Lune. Cela semble faire partie de la nature humaine de vouloir l’impossible. Les Desperate Housewives, elles veulent sans cesse être parfaites, et elles ne parviennent qu’à être désespérées, comme leur nom l’indique. Mais y a-t-il une rationalité à ce désir fou de vouloir sans cesse ce qu’on ne peut atteindre ?
Oui, il est absurde de désirer l'impossible au sens de mauvais calcul, d’illogique, d’irrationnel. Ainsi je sais qu’il est absurde pour moi de souhaiter avoir une bonne note en philo, dans l’éventualité bien improbable où je tomberais sur un correcteur indulgent, car, comme le dit le grand penseur Vox Populi, « les profs, tous des crétins ». Dans ces conditions le 18/20 s’avère être un vœu irrationnel et donc impossible.
L’impossible, c’est ce qui n’est pas accessible dans le réel ou ce qui est contradictoire en soi. Dès lors désirer l’impossible c’est la garantie de ne pas obtenir ce qu’on veut. Donc la souffrance sera certaine et on ne peut aspirer à cela en tant qu'être de désir, être sensible. De nombreux Français ont eu une cruelle désillusion après la promesse qui leur avait été faite par un certain Président, de pouvoir « travailler plus pour gagner plus ». Il est en effet ballot de constater deux ans plus tard que pour chaque individu, la somme d’énergie dépensée est égale, voire supérieure, pour un bénéfice bien moindre. Les êtres de désir, êtres sensibles, que sont les Français (en tout cas 53% d’entre eux) ont cruellement souffert d’avoir donné leur voix en pure perte.
On ne peut s’investir dans un projet que l’on sait irréalisable. On ne peut désirer l’impossible si on le sait vraiment impossible. Le propre du désir, c'est qu'il se représente son objet comme possible. Reconnaître que la chose est impossible, c'est donc ne pas pouvoir la désirer. Ainsi par exemple, on ne voit jamais un chien essayer de miauler, ni un chat désirer aboyer. Les animaux ont leur jugeote aussi, voyez-vous. Pourquoi la rationalité serait-elle l’apanage de l’humain seul ? Mais nous nous écartons ici du débat.
Aspirer à l’irréalisable serait donc un comportement irrationnel. Or si l’homme est un être de désir, il est aussi un être de raison, comme ses amis les bêtes. En conséquence, tout phantasme devrait être circonscrit aux limites du possible ! Médor ne ronronnera, ni Minou ne grognera, pas plus que je n’aurai mon baccalauréat grâce à la philo.
Mais d’autre part, ne serait-il pas déraisonnable de s’en tenir au possible ?
Contrairement à ce que soutient Descartes, célèbre joueur de poker, qui invite à ne désirer que le possible, on peut considérer que s'en tenir aux désirs du possible est une approche bien médiocre du désir. Réduire le désir à une volonté raisonnable ou aux besoins, ce n’est plus vraiment être dans le désir. Car nous tendons sans cesse vers des accomplissements plus perfectibles et lointains. Ainsi Lolo Ferrari n’était jamais satisfaite de la taille de ses seins, et passait sa vie dans le service de chirurgie mammaire.
Le désir est un « moteur » : ne désirer que le possible, c’est se contenter de ce qui est : le désir est le pouvoir de transformer, de tendre vers une perfection. Chez l’homme, l’utopie est nécessaire, sans elle il n’y a pas de progrès, historique, scientifique et surtout technologique. Aujourd’hui nous ne pourrions disposer des merveilles que sont les micro-ondes si un jour une femme préhistorique n’avait crié « assez ! » devant son cuissot de mammouth carbonisé sur un feu de bois mal entretenu. Aucun humain ne pourrait contacter ses proches sur son portable si Sioux et Apaches n’avaient un jour refusé les contraintes imposées par les signaux de fumée, surtout par temps pourri.
Ne désirer que le possible, c'est être garanti de parvenir à satisfaction et donc arriver vite à bout du désir. Or on peut penser que le plaisir est dans le désir, donc ne désirer que le possible, c'est se condamner à l'ennui, à la souffrance paradoxalement. A vouloir y échapper, on la crée. Parvenues au sommet de leurs carrières, Dalida, Marilyn Monroe, se suicidèrent, car toutes leurs aspirations à des rêves possibles avaient été comblées, et au-delà.
Non, il n’est pas absurde, au sens de déraisonnable de désirer l’impossible.
Le sujet présuppose que l’on puisse désirer autre chose que l’impossible. Or l’objet du désir peut être considéré comme étant l’impossible : par exemple obtenir une reconnaissance (en tant que premier ministre français, de nos jours), ou retrouver la plénitude perdue (mythe des couples androgynes séparés, dont les exemples abondent : Sheila et Ringo, Johnnie et Sylvie, Stone et Charden), la quête d’absolu, autant de rêves inaccessibles liés à la quête du bonheur, de la sérénité. Freud explique qu’on ne l’atteint qu’en tuant sa mère. Pour Platon, c’est en sortant de son trou.
Le sujet présuppose aussi que l’on peut bien cerner la différence entre possible et impossible. Or, le désir peut repousser les limites du possible. « Il faut que tu crois encore plus ce que tu crois, et quand tu commences à croire ce que tu crois, y a personne au monde qui peut te bouger ! » explique Jean-Claude Van Damme.
Il est donc peut être absurde de désirer l’impossible, mais c’est le lot de l’homme déchiré entre désir et raison. Les lofteurs qui ont cédé trop vite au découragement ont perdu. Mais le désir peut être au service de la raison. Loana, à force de s’accrocher à son rêve (et à l’autre que j’ai oublié son nom, dans la piscine) elle a fini par gagner et être adulée par des milliers de gens.
En conclusion, ce qui serait donc absurde, ce serait donc ne pas désirer l’impossible, car ce serait alors ne plus désirer du tout. Même les stars les plus inaccessibles ne le sont pas vraiment, dans une perspective cosmique. Adriana Carambeu et George Clooney ont encore du souci à se faire pour leurs fesses.
20:13 Publié dans Lancelot joue au prof | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : bac philo, people
jeudi, 18 juin 2009
Encore des devoirs à rédiger....
Ma grande sœur bretonne, alias KarregWenn, a lancé depuis dix jours, sur son blog, un questionnaire auquel j’avais tardé à répondre ! Menacé des pires représailles si je ne m’exécutais pas (manger du Kouign-aman jusqu’à ce que mort s’ensuive), j’ai décidé de rendre enfin ma compo. Ne m’en veuillez pas du retard, Mdâme, il fallait aussi que je fasse les devoirs pour l’autre maîtresse, Virginie (cf note précédente !).
(« Quoi, Lancelot a des maîtresses... ? » chuchotements indignés dans l’assistance, chez les copains ‘de l’autre bord’... « Faux frère, traître, vendu... »)
(« Taisez-vous les mecs, je parlais de maîtresses d’école. Replongez-vous dans votre lecture de Têtu et laissez-moi me concentrer... »)
1 - Si je devais ne garder qu'un livre ce serait : l’Encyclopédia Universalis, ou la Britannica. Comment ça, ça fait plusieurs volumes ? En tout cas, ça fait un seul CDrom... Ben oui forcément il faudrait prendre le pc avec... Euh... Ya la wifi sur l’île déserte où on doit aller... ?
2 - Si je devais m'exiler je partirais : en Italie. En Toscane.
3 - Si je devais changer de métier je serais : écrivain. Vous trouvez ça prétentieux ? Mais j’ai jamais dit que je serais un écrivain célèbre, ou même talentueux...
4 - Si je devais emporter trois objets sur une île lointaine ce serait : TiNours, notre maison, et un sac plein de graines de fleurs et de légumes mélangés.
(Qu’est-ce que vous dites ? TiNours ça ne compte pas comme ‘objet’ ? Ben si, c’est l’objet de ma passion.)
5 - Si j'allais en prison à perpète j'emporterais : une citerne de préservatifs..... (yuk yuk yuk...)
6 - Si je gagnais 250 000 euros j'achèterais : ohlàlà... ça me saoule ce style de question....Qu’est-ce qu’on peut bien se payer avec 250000 euros tout en restant original ? Une opération pour se transformer en transsexuel... ? Je répondrai, toujours les mêmes conneries : on solde le crédit de notre maison, on fait plein de voyages dans tous les coins du monde. Bon, éventuellement, pour me la péter une fois dans ma vie, je pourrais acheter une petite décapotable rouge vif...
7 - Si je pouvais me transformer en animal magique ce serait : un dauphin. Un qui parle, évidemment. Un qui ne meurt jamais échoué sur le rivage. Et qui ne perd pas ses dents... (et un clin d’oeil de plus, un... mais d’un œil qui pleure...)
8 - Si je pouvais supprimer un jour nul ce serait : le jour de la pré-rentrée !!! Je le DETESTE pardessus tout !!!!
9 - Mon juron le plus fréquent est : FUCK (ça m’arrive même de le sortir en classe, à la grande joie de mes élèves...)
10 - Ma couleur de vêtement préférée : le noir, oui, comme KarregWenn, je pense. Mais j’avoue que la question m’a un peu dérouté, c’est le style de truc qui ne me vient jamais spontanément à l’esprit... Les fringues et moi, vous savez...
11 - Le mets que je préfère : ohlàlà, longue histoire, il y en a plein ! Si ça vous intéresse vraiment, je préfère vous renvoyer (presque) pile poil un an en arrière, sur la « chaîne alimentaire » à laquelle Anydris m’avait demandé de participer. Mes goûts n’ont pas changé depuis.
12 - Les deux défauts que je supporte le plus mal : le mépris de l’autre, et le manque d’humilité.
13 - Ce qui me fait rire le plus : les répliques incongrues et décalées, voire déjantées, dans les situations sérieuses, ou même graves.
14 - Ce que j'aime chez moi : (longue cogitation préalable) ...euh... ma fermeté de caractère.
15 - Ce que je déteste : mon émotivité (que j’ai partiellement appris à dompter), ma paresse, ma tendance à procrastiner.
16 - Si je rencontrais un tigre dans la rue : je le prends en photo (si j’ai mon appareil sur moi, et s’il me laisse le temps de le sortir).
17 - Si je rencontrais un pape dans la rue : je me transforme illico presto en Sœur de la Perpétuelle Indulgence et je me mets à jeter des capotes à tour de bras dans la rue, sur son passage.
18 - Les deux odeurs que je préfère : Deux, c’est très limité. L’odeur de la pizza qui cuit, ou des croissants chauds. Ou bien de la viande qui cuit au gril. J’adore également l’odeur d’ozone qui précède l’arrivée de l’orage. 19 - Ce dont je ne pourrais me passer : Tout ce qui est bon et beau m’est indispensable. J’aurais eu beaucoup plus de facilité à répondre à : « ce dont je peux très bien me passer ».
20 - Si ma dernière heure était arrivée : eh ben elle arrive et elle passe, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise, moi... ? Que pour immortaliser ce précieux instant, je vais danser le charleston habillé en troubadour du Moyen-Age, en jonglant avec des assiettes en porcelaine de Limoges.... ? Le monde ne s’arrêtera pas de tourner parce que Lancelot n’y sera plus !

19:37 Publié dans Lancelot se marre | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : karregwenn, questionnaire, caractère
mardi, 16 juin 2009
Un tag embarrassant...
« Si Amélie Poulain aime briser la croûte d’une crème brûlée avec la pointe de la petite cuillère, faire des ricochets sur le canal Saint-Martin et plonger la main dans un sac de grains, nous avons tous et toutes des petits plaisirs qui n’appartiennent qu’à nous et nous redonnent du baume au cœur.
Quels sont, comme Amélie, les trois petits plaisirs qui vous redonnent le baume au cœur ?
Taguer ensuite 5 personnes en indiquant celle qui vous a envoyé le tag. »
C’est hyper-dur, ça, comme devoir. Enfin pour moi ! Elle exagère, la maîtresse (Virginie, en l’occurrence....) D’abord, j’ai déjà parlé longuement, ici, et là, et un peu ailleurs, des choses que j’aime bien dans l’existence. Même et surtout au quotidien. Même et SURTOUT ‘les petits plaisirs’ ! J’aurais l’impression de me répéter mille fois.
Essayer de faire original, je me suis creusé la cervelle aussi, mais j’y suis pas arrivé ! La seule idée que j’avais en tête, elle était horrible : dévier le thème du jeu et au lieu de parler des petits plaisirs qui me plaisent, évoquer ceux qui me PLAIRAIENT mais que je n’ai jamais pu pratiquer.
Bah, tant pis. Lancelot vit aussi bien dans le réel que le virtuel. Allons-y pour la rédac. Ca va chauffer...
Alors on va faire ça en deux temps :
Les petits plaisirs de la vie qui me font un bien fou, c’est :
-Cuisiner, mitonner de bons plats en compagnie de TiNours, côte à côte, coude à coude dans la cuisine. Lui affairé sur la découpe de la viande, moi en train de faire monter les œufs en neige pour le dessert. Par exemple. Avec, au bout, un excellent repas à la clé, idéalement pris en compagnie d’amis invités.
-Faire des papouilles à de gros chienchiens, gratter l’oreille, secouer la papatte, frotter le ventre, parler chienchien et gâtifier (« canifier » comme dirait notre Sylviane !!). Des huskis, des bergers allemands, des labradors, enfin tout ce qui est gros et exubérant. J’adore j’adore.
-Sur le trajet du boulot, le matin en voiture, mettre très fort un cd que j’aime, en boucle, et, bien évidemment, chanter à tue-tête sans personne pour me dire « Arrête, tu chantes mieux qu’un cheval mais tu cours moins vite ! » Un moment privilégié, limité (10 minutes environ) que j’aime bien. L’impression n’est pas du tout la même au retour. J’ai moins envie de chanter, forcément, ma langue de prof a été trop sollicitée pendant la journée. Je lui fais du yoga, je la détends. J’écoute la radio sans chanter ni même commenter, puisque je suis seul dans l’auto.
Voilà pour les plaisirs réels.
Ce dont je raffolerais ce serait de pouvoir :
-Faire irruption chez les voisins d’en face quand leurs enfants braillent non-stop tout l’après midi dans leur piscine, et nous empêchent de jouir de nos moments de détente au soleil. Les attraper par les cheveux. Prendre le premier pour assommer le second avec. Leur maintenir la tête sous l’eau et écouter avec délice leurs hurlements se transformer en glouglous désespérés....
-Au beau milieu d’un conseil de classe, quand le proviseur nous explique pour la dixième fois qu’il a une politique très sévère et inflexible concernant les absences, et qu’il a récupéré avec ses méthodes musclées deux ou trois lycées en perdition au cours de sa carrière passée, me lever. Le regarder. Lui dire qu’il est nul à chier. Bouffi d’orgueil, de contradictions et de conneries. Qu’on a vécu très bien avant son arrivée, et qu’après son départ (que j’espère rapide, mais là, je peux rêver) on survivra très bien. Et sortir en claquant la porte.
-Au beau milieu d’une page de pub radiophonique ou télévisuelle, me mettre à hurler, attraper une hache et fracasser impitoyablement les appareils jusqu’à ce que ces maudites voix sucrées et surexcitées se TAISENT. Les éliminer, les éradiquer dans un nuage de fumée et une crise d’hystérie. Et puis me retourner pour constater que mes appareils sont en bon état, sans aucun dégât, et qu’on peut continuer à regarder notre film, notre reportage, comme si de rien n’était.
Ca, ce sont les petits plaisirs virtuels.
Maintenant, la question c’est de déterminer la part de Jeckyll et de Hyde en Lancelot. Lesquels de ces plaisirs sont-ils les plus précieux ? Vers lequel des deux personnages penche-t-il le plus .... ?
Qui vais-je taguer ? C’est libre ! Tous ceux qui auront envie d’explorer leur côté Amélie Poulain ! Ou Aurélie Vilain ! C’est selon !
20:12 Publié dans Lancelot se marre | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : amelie poulain, lordy, plaisirs quotidiens, tag
