vendredi, 29 mai 2009

Dur, dur, de rendre compte....

Mardi, en compagnie de trois acolytes anglicistes, je devais corriger un paquet de copies d’examen de BT S. L’un des volets du sujet demandait aux étudiants de faire en français le compte rendu d’un texte en anglais, en 200 mots environ. Le résultat final devait, peu ou prou, donner cela (je vous livre ma version, non pas celle du corrigé officiel) :

 

L’article extrait de [...] explique que les entreprises ont de plus en plus recours au bénévolat pour fédérer leurs équipes.

 

Courses d’obstacles et cours de golf étaient à la mode autrefois pour créer un esprit de camaraderie, mais de plus en plus d’entreprises montent des projets de volontariat aujourd’hui. Les grandes compagnies américaines, telles que Molson and Coors, ou Deloitte & Touche, demandent à travailler avec des associations caritatives spécialisées (Impact 4 Good, United Parcel Service), hors de l’entreprise. Les projets bénévoles peuvent se concrétiser lors de séminaires, de congrès, de sorties sur le terrain, et ce pour une journée au moins. Ces actions ont souvent des fins sociales, sont réalisées gratuitement, et ont un caractère manuel et concret.

 

Les avantages sont multiples. D’une part les employés apprennent à instaurer entre eux des relations de bonne camaraderie, des liens personnels qu’ils ne pouvaient établir au sein même de leur firme. La communication en est améliorée, on redécouvre certains sentiments comme la gratitude. D’autre part, les gains de productivité de l’entreprise augmentent parallèlement. Une compagnie plus « citoyenne » améliore son image auprès de ses employés, de ses fournisseurs, et de ses clients.

 

Le bénévolat ponctuel, géré de façon intelligente, peut donc dans une certaine mesure déboucher sur du profit, pour une entreprise.

 

 

 

Le sujet n’était franchement pas follement excitant, mais au moins l’article anglais n’était pas trop difficile à comprendre. Il y avait aussi d’autres exercices (traduction et lettre commerciale). Nous avons terminé la journée avec une moyenne assez honorable de 10,2. Cependant, dans le paquet, nous sommes tombés sur ce « texte perle » d’un (une...?) élève, et encore une fois, l’affreux petit lutin méchant que je suis ne résiste pas au plaisir de vous le recopier sans modifier la moindre virgule. Comme le site internet de description des appartements à louer pour les vacances, l’autre jour. C’est trop ‘époustouflifiant’ :

 

 

 

Le sujet traite sur la façon d’une entreprise à promouvoir un projet de volontariat avec un site internet de réunion expliquant provablement les démarches proposées.

 

Cette entreprise, prennons exemple l’entreprise Impact 4 Good, à pour but d’immobiliser les employées à construire des batîments necessaire à la ville dans un temps précis. Ce projet de volontariat motivent les jeunes employés à ce lancer sur un mode de travail en quelque sorte. Des pourcentage assez haut montre bien la motivation de ces employés. Cela intéresse beaucoup les clients americains et apprécie cette façon de faire en ayant un prix et une qualité égale.

 

On peut dire donc que cela mobilise bien les employés et les clients ; donc une hausse et pour eux un bénéfice et un bien être pour leur vie.

 

Des exemples intéressent, comme monsieur Ranzer directeur de l’entreprise, dit que les appels sont plus nombreuses. Ainsi une employée éprouve ce qu’elle ressens.

 

C’est ainsi que travailler dans la construction sur un projet de volontariat avec un temps ou durée définie, est un avantage pour les entreprises et un intérêt important pour les employé et clients.

 

 

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jeudi, 28 mai 2009

Sunday Happiness

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J’avais déjà écrit une note un peu indentique l’an dernier au lendemain de la fête de la musique, oui, et puis après ?

On ne va tout de même pas bouder devant le caractère récursif, "cyclique", même, du bonheur.

 

Les détails similaires :

-Une météo parfaite.

-Une eau à la température idéale.

-Un super-bon repas (bon, là je m’envoie des fleurs, mais si j’en juge d’après l’état des assiettes, que ce soit après le déjeuner ou après le souper, les convives n’ont pas été trop déçus... D’ailleurs c’est surtout le Chef TiNours ( photo côté Nord-Ouest) qu’il faut féliciter pour sa sublime daube d’agneau au curry. Moi (au Nord-Est sur la photo) je m’étais cantonné au dessert : tarte aux poires et à la noix de coco).

-Des invités de marque.

-Des fous-rires.

 

Les détails qui changent tout :

-Cette année Mimi (la talentueuse photographe) et Noël (le météore volant sur la photo) ont amené un sixième convive, bien caché.... Oh, plus pour longtemps. Deux semaines encore... ? Et puis il nous montrera le bout de son mignon nez que nous avons déjà entr’aperçu, échographie oblige.

-Ma Soeurette de Blog (photo, au Sud Est ! ) est venue nous rejoindre en fin de repas, et a pu prendre le dessert avec nous, et prolonger ça sur un après-midi de soleil, baignade et farniente intense, ainsi que sur une délicieuse soirée au clair de lune sur la terrasse, avec grenouilles en fond sonore, pour ajouter au romantisme des étoiles..

-Fiso avait amené une boîte de macarons de chez Ladurée : si seulement ils pouvaient mériter leur nom.... on voudrait que ça dure toujours !!! Excusez mon ignorance crasse de provincial, Msieurs-Dames, je ne connaissais pas la marque. Pour reprendre une expression à elle : ces gâteaux-là, ils déchirent leur race !!! TiNours et mi avons héroïquement réussi jusqu’ici à faire durer la boîte depuis qu’on l’a... on en prend un, deux maximum, et puis on la referme très vite et on la cache : à mourir de bonheur tellement c’est bon...

 

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Alors, au total, un dimanche comme on aimerait en revivre tous les jours...

 

Merci, qui que tu sois...

 

PS : Oui je sais, Noël, tu vas me dire que je n’ai pas publié les photos compromettantes de nos ébats, à toi et moi, dans la piscine. Mais comme tu vas bientôt endosser le rôle respectable de Papa, je ne voudrais pas que ces clichés nuisent à ta réputation sans tache et que Junior ait à en souffrir plus tard... La censure a donc fonctionné ! Les bacchanales des phoques dans leur bassin devront continuer à circuler sous le manteau...

samedi, 23 mai 2009

Souvenirs d'Enfance : la Guerre du Feu

Quand je suis entré en CM2, j’ai eu la surprise de découvrir qu’on allait avoir deux « Maîtres », comme on disait, à cette époque. Monsieur Aragorn et Monsieur Froscotti. Au début, la classe de 25 gamins que nous étions ne comprenait pas vraiment ce fonctionnement apparemment peu orthodoxe. Ca s’est très vite mis en place. Monsieur Aragorn était un jeune instituteur stagiaire qui resterait avec nous, pour nous enseigner à temps plein,  jusqu’à Noël. Mais le vrai titulaire du poste, Monsieur Froscotti, par ailleurs directeur de l’école, reprendrait la classe en main dès la rentrée de janvier.

 

J’avais dix ans. J’étais un gamin fantasque, passionné, bavard, exubérant. Je pouvais être très pénible, c’est vrai. Porter sur les nerfs des adultes avec mes questions, mes interventions, mon besoin de savoir le pourquoi du comment. Mais j’étais également appliqué, consciencieux, anxieux, même, désireux de bien faire.

 

« Bien faire », j’ai compris dès la deuxième semaine de cours que ce ne serait pas assez. Il fallait faire « parfaitement ». Une règle que je m’étais très vite imposée à moi-même, à cause de ce jeune « Maître ». Je n’avais jamais eu d’instituteur JEUNE auparavant. Ca me le rendait très proche, comme un grand frère. Et de plus, ses techniques de travail me passionnaient. Comme cela arrive très souvent dans ce genre de configuration prof-élève, je me suis mis à l’idolâtrer. S’il nous proposait de faire des recherches sur un champignon précis, je rassemblais tout ce que je pouvais en une soirée sur l’intégralité de la mycologie dans les encyclopédies familiales ! Dès qu’il nous signalait une émission intéressante à regarder à la télé  pour en débattre le lendemain, je faisais une scène à mes parents s’ils voulaient voir autre chose ! Ca confinait au fanatisme.

 

Je me souviens qu’un matin, il avait lancé comme thème d’étude, de discussion, la préhistoire. Coup de bol, je venais de finir de lire à l’époque ‘le Félin Géant’ (suite moins connue de ‘la Guerre du Feu’ de JH Rosny Ayné). Paf, j’étais parti sur une impro. Les Néanderthaliens, les Cro-Magnons, mes connaissances sur le sujet étaient très vagues et superficielles. Bah, j’avais tout rassemblé, et j’avais parlé pendant dix minutes, en concentrant surtout mon discours sur l’histoire que j’avais lue, et les aventures de Aoun, le héros. En lisant quelques extraits choisis. Ca avait passionné l’auditoire ! Une autre fois, deux autres copains de la classe, en s’aidant de coupures de journaux, avaient fait un compte rendu sur un sujet dont on parlait beaucoup à l’époque : le moteur à eau. Toute la classe adorait Monsieur Aragorn, et cherchait à briller. L’émulation, ça fonctionnait du tonnerre ! Un autre matin, il nous avait fait ouvrir le livre de lecture sur une chose que nous n’avions jamais abordée : un extrait d’une pièce de théâtre. ‘Knock’, de Jules Romains. La consultation de la grosse dame en noir. Mais pas de lecture sur table, on l’avait jouée directement, sur l’estrade, nos livres à la main, à tour de rôle. Devinez qui avait été élu meilleur Knock de la classe ? Je m’étais d’autant plus amusé que je faisais équipe avec Annie, une copine très « clown » elle aussi. Des souvenirs inoubliables.

L’instit avait eu aussi une autre idée : faire un jumelage et mettre en place une correspondance avec une classe de CM2 d’Aix en Provence, tenue par un copain à lui.. On avait chacun ‘notre’ correspondant personnel. Le mien s’appelait Luc Albert. Veine ! Il était fan, comme moi, du Journal de Mickey et de Picsou Magazine... ce qu’on a pu s’échanger comme vignettes et histoires. A la veille de Noêl, la classe d’Aix était venue chez nous pour un après-midi. On avait préparé une fête, et aussi une petite pièce de théâtre. Et puis, Monsieur Aragorn nous avait dit au revoir. Plusieurs filles avaient pleuré. Moi j’avais « les boules » !! Mais je m’étais retenu... En tout cas, on avait tous pris son adresse, et il nous avait promis de nous répondre à tous, individuellement, si on lui écrivait.

 

La rentrée de janvier est arrivée, et nous avons refait connaissance avec Monsieur Froscotti, que nous avions entr’aperçu pendant une semaine en septembre.

Changement d’ambiance. Radical. Contrairement à ce qu’on pourrait anticiper, nous ne sommes pas passés d’un enseignement avant-gardiste à une éducation vieillotte et rébarbative. En fait nous avons fermé la porte d’un univers de découvertes et de stimuli permanents, encadrés par une autorité bienveillante, pour entrer dans un monde de grand vide intellectuel, cadré par...  n’importe quoi, des règles changeantes et fluctuantes, établies par un esprit totalement anarchique.

 

Dès le deuxième jour, Monsieur Froscotti nous a fait savoir qu’il était de très mauvais goût de sortir cahiers, règles, stylos, et tutti quanti de nos cartables dès notre arrivée, que ça faisait du bruit inutilement, et qu’il convenait de laisser nos sacs fermés jusqu’à ce que lui nous demande de sortir un livre, ou tout autre matériel. (de l’art d’apprendre à des élèves à ne pas s’impliquer dans le travail).

Les matinées commençaient vers 8h45, avec la lecture à haute voix (par lui...) et le commentaire (le sien...) des ‘Souvenirs d’Enfance’ de Marcel Pagnol, que j’avais déjà lus (...et que j’allais devoir réétudier l’année suivante en 6° en Français....). Les commentaires étant dignes du café de la gare, au bout de trois jours, toute la classe avait compris que c’était le bon moment pour prolonger, les yeux ouverts, pendant soixante minutes d’horloge, tout le bon sommeil de la nuit, interrompu si fâcheusement par nos Mamans, une heure et quelque plus tôt.

 

J’étais un élève bavard, trop. Je l’ai déjà dit. Aussi bien face au « Maître » qu’avec mes copains. J’ai donc très vite été ciblé comme celui qu’il fallait faire taire. La classe était arrangée en groupes de trois bureaux de deux, donc six élèves, qui faisaient équipe lors des ‘tournois’ d’orthographe, ou de calcul mental, ou autres, organisés par Monsieur Aragorn. Ces répugnantes coutumes étaient vite tombées dans l’oubli. En revanche, Lancelot le Bavard au milieu d’un groupe de six, impossible. Mon bureau a été mis à l’écart, seul. Pour ce qui était de ne pas poser sans cesse de questions au Maître, j’ai vite retenu la leçon après quelques rebuffades et moqueries de sa part. ‘On’ voulait que je me taise, je me suis tu.

 

Bien sûr, ça n’a pas suffi à me faire oublier. J’étais devenu la tête de Turc de la classe. Dès qu’une bêtise était faite, j’en étais responsable. Notre salle était au premier étage, le bureau du directeur juste au-dessous. Lorsqu’il recevait des coups de fil, Froscotti avait pris l’habitude de descendre en catastrophe. La classe était censée, pendant ce temps, remplir des grilles de tables de multiplication. Certains en profitaient pour faire la foire et se poursuivre autour des tables. Pas moi. Je savais qu’il valait mieux me faire oublier. Peu importe. Si, depuis le rez-de-chaussée, Froscotti avait entendu courir quelqu’un, c’était moi. Les punitions pleuvaient sur mon dos rond. Quelquefois méritées, quelquefois pas. Il m’est arrivé de me retrouver avec dix pages du livre de lecture à recopier. Je me taisais. Je savais que toute révolte, toute protestation de ma part n’aurait fait qu’aggraver mon cas.

 

Je n’étais pas le seul à en baver. Ma copine Annie (celle avec qui on s’était tant amusés à jouer Knock et la dame en noir) lors d’une séance de peinture, s’était amusée à se peindre les joues en rouge. Des bêtises de gamine. Elle n’avait pas eu le temps de se débarbouiller avant le retour de Froscotti (probablement encore en grande conversation téléphonique...). A son retour, il l’avait interrogée, mi-hilare, mi-menaçant : « Non mais tu n’es pas folle ? » Balbutiante, elle n’avait rien trouvé d’autre à répondre qu’une connerie, encore, de gamine : « Je n’ai pas fait exprès... ». Alors il l’avait envoyée, peinturlurée, dans la classe voisine, celle des CM 1 : « Tape à la porte et demande à Monsieur Bruneau s’il pense que c’est possible de se faire cela sans faire exprès. » Morte de honte, elle s’était arrêtée dans le couloir sans oser toquer, et avait fondu en sanglots. Alors, sans doute pour donner plus de poids à sa belle leçon,  il l’avait accompagnée lui-même. Eclat de rire tonitruant de la classe de CM1 devant la bille de clown de la pauvre Annie et ses joues peinturlurées, délavées par les larmes ...

 

Marc, un autre copain de la classe, aimait lui aussi donner son avis sur tout. Et un jour, il avait énoncé une énormité et argumentait à voix basse avec son voisin, Luc. Froscotti s’en était mêlé et avait décrété que la discussion entre les deux comparses était de toute façon absurde, et qu’ils avaient tous les deux tort. Peine encourue : « Luc, lève-toi et avoue devant la classe que tu es un âne. » Sidéré, Luc s’était levé et nous contemplait, muet, avec des yeux affolés. « Dis je suis un âne ou bien tu auras cent lignes à faire en récréation » Luc baisse les yeux : « Je suis un âne » « Et maintenant, Marc, à toi de nous dire que tu es un âne ». Marc s’était levé et l’avait regardé droit dans les yeux. Silence. « Dis ‘je suis un âne’ ou bien tu auras cent lignes » Silence. « C’est cent lignes que tu veux ? » Silence. On entendait les mouches voler. Je fixais Marc dans les yeux de toutes mes forces. « Bon, puisque tu ne veux pas reconnaître publiquement que tu es un âne, tu auras tes 100 lignes » A la sortie des cours, ce jour-là, on était au moins dix à féliciter Marc d’avoir tenu bon et ne pas s’être laissé humilier.

 

Ne craignez rien : on ne se rebellait pas ouvertement, mais à onze ans, on a l’imagination fertile. Sachant qu’il ne vérifiait jamais ce que nous inscrivions dans nos « lignes » de punitions et qu’il les envoyait directement à la poubelle après les avoir déchirées, je les truffais de ‘Froscotti je t’emmerde’ entre deux phrases recopiées dans « Le Goût de Lire » éditions Hachette. Plusieurs fois, la prise téléphonique de son bureau a été débranchée à l’issue d’une récréation, il n’a jamais su comment. Un jour, il avait voulu nous faire rejouer la fameuse scène de Knock. Personne ne s’était porté volontaire, surtout pas moi. Les enfants sont des victimes peut-être faciles, mais aussi des bourreaux fins et impitoyables. J’avais compris qu’il aimait faire rire avec ses plaisanteries à deux balles. Je mettais toujours un point d’honneur à ne pas rire de ses blagues, même s’il m’arrivait (oh, bien rarement...) de les trouver drôles. Surtout, lorsqu’il me prenait à parti personnellement pour se payer ma tête dans un dialogue absurde comme il les aimait, je restais muet et indifférent, au lieu de me tortiller et de glousser bêtement dans un simulacre d’embarras poli. Il m’empruntait ma flûte pour jouer trois notes, puis : « Je te la rends ou je te la confisque ? » (alors que nous étions bien censés en avoir une pour nos ‘cours de musique’). Je ne répondais pas. Je détournais les yeux sans un mot. Je savais qu’il détestait ça. Et il savait que je le savais. Et je me régalais de ces dérisoires petits défis, de ces minables revanches minuscules sur son autorité de despote grotesque.

 

Je ne voudrais pas réécrire « Sans famille » ni « David Copperfield » mais des anecdotes du même genre, sur cette année de CM2, j’en ai plein mes tiroirs. Vers le 20 juin, j’ai profité de l’indulgence de mes parents pour arrêter définitivement ce supplice et me mettre prématurément en vacances d’été. Ce mois-là, on avait eu, dans le cadre de l’école, une fois par semaine, des cours de piscine dans un village voisin. On s’y rendait en bus, et il avait été demandé aux parents une participation de quelques francs pour les frais de piscine et de bus de la totalité du mois de juin. Forcément, le prix des deux dernières semaines avait été perdu pour moi (et pour de nombreux autres élèves qui eux aussi avaient voulu arrêter le massacre de cette année scolaire absurde). Quelques élèves plus assidus nous avaient transmis un message de Froscotti : « Ne comptez bien évidemment pas récupérer le prix des séances de piscine manquées ». J’avais éclaté de rire : « Vous lui répondrez de ma part que j’aurais bien volontiers payé dix fois plus pour être débarrassé de lui plus tôt. »

 

Ce style de réflexion, dans la bouche d’un gamin de onze ans, aujourd’hui encore, me choquerait. Il y avait là-dedans un mélange de haine et de maturité dont j’aurais été incapable six mois auparavant. J’avais changé. Et pas en bien.

 

Quatre mois de ma vie, et puis six mois. J’avais donné le meilleur de moi-même, au maximum, pour Monsieur Aragorn. Je m’étais replié, caché, réduit au silence, enfoui en moi-même, face à Monsieur Froscotti.

 

Et aujourd’hui, à des décennies de distance, si je fais un bilan, je n’en suis pas satisfait. Alors que je repense rarement à Monsieur Aragorn et à toute la joie que j’ai eue à le côtoyer, à apprendre près de lui, je n’ai jamais oublié la haine que m’a inspiré, pendant des mois, Froscotti. Il est parti de l’école de mon village deux ans après, et je n’ai pas cherché à savoir où. Il m’arrive d’imaginer que je le rencontre, par hasard, au détour d’une rue, d’un séminaire quelconque (il doit être à la retraite aujourd’hui) ou dans un café. Je voudrais pouvoir le regarder, et lui dire Merci. Merci de m’avoir enseigné la haine, le mensonge, la dissimulation. Merci pour m’avoir appris à creuser ces ‘terriers’ en moi, où je sais me cacher lorsque l’hypocrisie l’exige. Merci pour m’avoir flanqué à la porte de mon enfance alors que je n’étais pas encore (loin de là...) un adolescent, pour me laisser dans une sorte de No Man’s Land où Picsou et Donald ne m’amusaient plus, mais où je n’étais pas encore assez mûr pour m’attaquer à Zola. Mais mentir, tricher, voler même, cela je l’ai appris au contact de Froscotti. Ca fait aussi partie de l’éducation. Manier l’ironie, le sarcasme, le dédain calculé, l’indifférence, la froideur. Des pierres précieuses amassées pendant ces six derniers mois de mon CM2.

Précieuses, oui. Mais lourdes. Super-lourdes à traîner.

 

Lui dire aussi : « J’ai détesté peu de personnes dans ma vie, elles se comptent sur les doigts d’une main, mais vous êtes en tête de liste. »

 

Cette note que je viens d’écrire, c’est aussi faire beaucoup d’honneur à un con qui, lui, m’a sûrement oublié depuis belle lurette.

 

Oublier, c’est un luxe que ma personnalité me permet rarement.

J’aurais pu en écrire, des pages et des pages. Mon texte est déjà bien trop long... Mais à mi-parcours, j’ai préféré actionner le frein à main. Halte au pathos.

 

D’ailleurs, j’ai survécu. La preuve. Et au début de mon année de sixième, je suis retombé (ou remonté, comme on veut) dans l’exaltation : non plus un ou deux profs, mais une dizaine, et ça changeait sans cesse au fil de l’emploi du temps ! Mon baromètre amour-haine a pu fonctionner en mode variable, à toute vitesse, et ce pour des mois et des mois....

 

Adorer, détester, ne jamais oublier.

Et la machine fonctionne, encore aujourd'hui.

 

 

 

 

 

mardi, 19 mai 2009

Auto-tag, ou : Il n'y a pas de hasard...

Il y a quelque temps, chez ma Bougrenette, j’avais vu passer une chaîne qui m’intéressait. En fait il s’agissait plutôt d’un jeu amusant : se créer, au hasard, la pochette d’un disque qui devrait refléter notre personnalité. Mais sans tricher car le résultat devait être le seul fruit du hasard. Un peu comme de tirer des cartes chez une cartomancienne.

La procédure était (est) la suivante :

1 - Aller sur Wikipedia. Taper “random” ou cliquer sur http://en.wikipedia.org/wiki/Special:Random
Le premier article qui sort est le nom du groupe, ou du chanteur.

2 - Aller sur la page des citations et taper "random quotations" ou cliquer sur http://www.quotationspage.com/random.php3
Les derniers mots de la dernière citation de la page sont le titre de votre premier album.

3 - Aller sur Flickr et cliquer sur “explore the last seven days” ou cliquer sur http://www.flickr.com/explore/interesting/7days
La 3e image, quelle qu'elle soit, sera la pochette de votre album.

4 - Utiliser Photoshop, Paint ou autre pour associer ces 3 éléments.

Bien évidemment, même sans avoir été tagué, j’étais curieux de savoir ce que Dieu- Hasard déciderait pour moi. La plupart des blogueurs participant avaient trouvé le résultat intéressant.  Mais n’en est-il pas de même lorsqu’on consulte les caractéristiques de notre signe astral ou qu’on écoute les divagations d’une diseuse de bonne aventure ? On cherche toujours du sens, des concordances, là où en fait il n’y a qu’indétermination et coïncidences diverses.

Peu importe, c’est jouissif.

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Je dois avouer que j’ai été estomaqué de ce qui est sorti du chapeau, pour moi. L’image, déjà, est bien dans le genre de ce qui me plaît : paysage à la fois beau, menaçant et tourmenté. Le « chanteur », Lonnie Billiter Jr, après recherches plus poussées, est en fait un joueur de bowling qui a réussi 36 strikes d’affilée, en 2006.

Mais le vrai strike, c’est le titre. Une merveille. Une pure merveille. Je l’adore. Je veux le conserver comme clin d’œil sarcastique. Comme épitaphe d’une époque. Comme la conclusion de la Saison 2 de Lancelot and the City. Lancelot’s Anatomy. Desperate Lancelot. L’assurance qu’il n’y aura pas de saison 3. Une conclusion en éclat de rire.

If the phone doesn’t ring, it’s me.

Même Confucius n’aurait pas fait mieux.

Je ne tague personne, mais si certains ont envie d’utiliser la « procédure » pour rigoler un bon coup, ne vous gênez pas pour moi ! L’oracle fonctionne gratuitement ! C’est pas cool... ?

dimanche, 17 mai 2009

Train matinal

 


podcast

 

C’est sur lui que l’on embarque, cinq jours sur sept, après avoir quitté nos « vaisseaux nocturnes » respectifs.

 

Cette heure quotidienne est toujours guidée, formatée, planifiée et pourtant je la trouve très douce à chaque fois.

 

A 6h45 lorsque le radio-réveil se déclenche, que le volet s’ouvre, les soupirs et grognements s’échangent, avec des pauses, yeux fermés, pour prolonger un peu le plaisir du repos. Mini-dialogues brumeux :

« Pfffou, encore se lever... »

« Bien dormi... ? »

« Voui.... Et toi... ? »

« Ben non, vers 3h je t’ai entendu ronfler... »

« Menteur va... mais pourquoi il raconte toujours des mensonges cet ours... ? »

« C’est pas vrai c’est toi le menteur » (bisou)

« Moi je ronfle jamais... » (baillement)

« Tu paaaarles ! » (Rires)

« Allez courage... On y va... ? »

« Allez... » (re-bisou)

 

Pendant que TiNours se dirige vers la cuisine, Lancelot ouvre grand la fenêtre de la chambre, prend trois ou quatre longues inspirations d’air pur, examine le ciel pour connaître la couleur du temps et du moral du jour : beau fixe... ? gris déprime... ? colère sombre... ?

 

Faire le lit : une autre tâche que j’aime bien. Lifter les rides des draps abandonnées après la nuit, secouer les bouffissures de sommeil enfouies au creux des oreillers. Laisser le grand air envahir la pièce, pour une bonne heure, qu’il fasse chaud ou froid dehors.

 

Et puis, direction la cuisine, où TiNours s’affaire seul depuis dix minutes. La table du petit déjeuner  a été préparée, de façon systématique, depuis la veille. Une habitude qui a souvent suscité beaucoup de moqueries amusées de la part de nos amis. Mais, lorsqu’on émerge de sa nuit, c’est si agréable de se mettre en fonction « pilote automatique » pour laisser la mécanique interne préchauffer tranquillement.... Alors bols, assiettes, petites cuillères sont là, prêts à l’emploi, disposés sagement, depuis le soir. L’odeur-cliché du bon pain grillé s’infiltre dans mes narines. En revanche, pas de café. Le matin, j’aime prendre du thé. TiNours vient de presser les oranges. Mon verre est plein. Je le prends avec un sourire, et je retraverse la cuisine en entendant distraitement à la radio Bourdin qui susurre leur éternel slogan imbécile : « RMC : infos, donc sport... »

 

Dans la salle de bains, j’allume l’autre radio, qui, elle, est réglée sur France infos (’donc infos’, ça, ça tient la route...). Une gorgée, quelquefois deux, de jus d’orange. J’ouvre au préalable le jet de la douche, car l’eau chaude est toujours longue à arriver, et j’ôte tranquillement peignoir et caleçon. Difficile d’échapper à un coup d’œil sur soi : miroir panoramique devant moi, et derrière, les portes de la penderie sont constituées de glaces.

« Tu t’empâterais pas un peu, mon vieux... ? Et ça, là, ce n’est pas un cheveu blanc supplémentaire... ? »

« Mais non... Ces pecs rebondis, ce n’est pas dû à un excès de bonne chère, mais à un afflux permanent de testostérone. Quant aux tempes grisonnantes, ça te donne un faux air à la George Clooney... What else... ? »

 

Sous le jet brûlant de la douche, je m’étire, je chasse les derniers vestiges de la nuit engourdis au creux de mes muscles. Selon les jours, mes narines s’imbibent d’odeurs variables du savon-gel au nom exotique : Green Splash, Lemon Tropic, Orange Delight, Blue Lagoon... il y en a pour tous les goûts... pendant ce temps, à travers le bruit du jet d’eau, mon oreille capte une information sur deux : « S4rkozy gniagniagnia.... récession gnignigni... patron séquestré youyouyou.... loi Adopi pipipi... »

 

Sortir, se sécher vigoureusement. Nouvelles gorgées de jus d’orange, ça fouette les papilles ! Le corps, le cerveau, commencent à passer à la vitesse supérieure. J’ouvre encore en grand la fenêtre, car TiNours a horreur des vapeurs d’eau chaude, et j’étale la mousse à raser sur ma belle gueugueule à la mâchoire carrée (Quoi ma gueule.. ? Et qu’est-ce qu’elle a, ma gueule... ??). C’est toujours le moment du spot publicitaire sur France Infos. Si la chaîne était en osmose avec moi, je devrais entendre « Gillette, la perfection au masculiiiin ! » Hélas, c’est toujours des inepties du genre : « Bernard, tu as prévu quoi pour ta retraite ... ? » A chaque fois, je coupe rageusement le son et je me rase en faisant gaffe à ne pas me couper, moi. Le Bernard, son assurance-décès, il peut se la coller là où je pense. Pas de ça pour moi. Je compte bien être immortel. Dans cette optique, j’applique lotions et onguents divers : baume après-rasage, aftershave, lotion capillaire. Bon, rien de tout cela ne me transformera en Brad Pitt, mais inutile d’épiloguer, d’ailleurs TiNours, qui a fini de déjeuner, arrive pour prendre à son tour possession de la salle de bains et des fontaines de jouvence.

 

Après un détour par la chambre pour m’habiller (nouveau coup d’œil par la fenêtre ouverte, avec un regard complice, ou menaçant, c’est selon, vers le ciel), cap à nouveau vers la cuisine.

 

Tout en versant mon thé et en confitubeurrant ma tartine, je peux décider de trois options différentes pour le quart d’heure qui commence. Le plus souvent, je choisis de lire le journal, ou mon livre du moment. Ou bien, revoir un cours que j’aurai eu la flemme de repasser la veille. Enfin, je peux aussi rêvasser en écoutant RMC. La dernière option se fait de plus en plus rare depuis quelques mois car l’intensification des messages publicitaires, à cette heure, m’horripile. J’allais oublier qu’il m’arrive aussi d’emporter bol et toast dans le bureau où je jette un coup d’œil à mon blog pour voir si de gentilles petites souris ne seraient pas venues déposer un commentaire, depuis la veille.

 

TiNours en a fini avec ses ablutions à lui. Il vaque entre la salle de bains et la chambre, en pantalon, torse nu : « Pfffou qu’il fait chaud... » Je ne réponds rien, je le contemple avec une ombre de sourire au coin de la lèvre, une lueur au fond du regard, une envie qui se faufile au creux de mes mains.... Mmmmm.... Quel dommage qu’il faille aller bosser....

 

7h45, c’est le moment désagréable entre tous, celui de l’accélération. J’ai fini mon « stage » aux WC (TOUJOURS avec un journal ou un bouquin). TiNours vérifie sur internet que son train n’est pas annoncé avec du retard pour la millionième fois (ce qui l’obligerait à prendre le tram). Je me brosse les dents pendant que lui sort la voiture du garage, pour gagner du temps. Je ressors de la maison à toute vitesse. Il n’a jamais raté le train de 8h03 du fait de notre retard (on décolle toujours à 7h55), mais ne tentons pas le diable....

 

Toujours faire attention, lors de ces derniers instants précipités, à ne pas faire de gaffe lourde de conséquences.  Par exemple, se piquer nos trousseaux de clés respectifs par inadvertance, si l’un ferme la porte avec la clé de l’autre. C’est déjà arrivé, et ça peut provoquer des situations très compliquées, pour la suite de la journée !

 

Dernier motif possible d’énervement : le portail automatique, qui peut se bloquer à mi-course, et nous obliger à perdre de précieuses secondes pour le refermer manuellement. Ces matins-là, mon taux d’adrénaline s’emballe, et les voisins doivent entendre mes glapissements hystériques...

 

500 mètres en voiture, j’actionne les feux de warning, et je m’immobilise au passage piétons habituel, à vingt mètres de la gare, pour déposer mon petit homme. « Passe une bonne journée... » « Toi aussi bébé » Bisou rapide. Depuis quelques semaines, un jeune collégien qui passe par là à la même heure, pour prendre son bus, nous a repérés. J’ai vu l’évolution de sa réaction dans ses yeux au fil des jours. Lundi stupéfaction, mardi sarcasme, mercredi moquerie, jeudi léger sourire neutre... Je pense qu’avant l’été on pourra peut-être tabler sur « complicité » ?

 

Il est 8 heures. J’accélère en direction de la nationale. J’ouvre la radio et entends la voix de hyène de Marc-Olivier F. sur Europe 1. « Oh non, pas lui... ». Passage immédiat en fréquence CD. Aujourd’hui, c’est Annie Lennox qui m’accompagnera sur les six kilomètres qui conduisent au lycée. La journée de boulot va commencer.

 

J’aime cette heure quotidienne entre réveil et départ, où peu de paroles sont échangées, mais où gestes et habitudes tissent des mailles très douces, qui nous resserrent sans jamais nous emprisonner.

 

 

 

 

 

 

samedi, 16 mai 2009

La HONTE !

Hier après-midi je surveillais une épreuve de BTS écrit en compagnie de Pierrick, un collègue de français avec qui je m'entends super-bien.

On fait entrer les étudiants, on les place, on vérifie leurs convocations, on demande d’éteindre les portables, on distribue des copies, bref les banalités habituelles.

Chaque épreuve comporte un code qu’ils doivent inscrire, en plus de leurs coordonnées, en en-tête de la copie. Au moment de l’ouverture des sujets, on inscrit toujours ce code au tableau pour éviter qu’ils ne le cherchent et ne se trompent. C’est une bête suite de chiffres, et de lettres transparentes. Par exemple en anglais ça peut être « ANG562 ». Comme pour ces épreuves le français a pompeusement été rebaptisé « Culture générale », hier c’était « 09-CULTGEN ». Pendant que Pierrick donnait les sujets, j’écris le code au tableau et là un étudiant lève la main et me dit avec un petit sourire : « Vous avez oublié le T... »

 

« CULGEN » : une épreuve de cul général, ça aurait fait désordre...

 

Pierrick s’étouffait (silencieusement) de rire...

 

Où Freud ne va-t-il pas se fourrer...

mercredi, 13 mai 2009

Anne Boleyn

180px-Anneboleyn2.jpg

Une des plus célèbres femmes dans l’histoire d’Angleterre, elle fut la seconde épouse d’Henry VIII. Ce dernier provoqua le schisme de l’église romaine au XVI° siècle en se passant de l’accord du Pape, nécessaire à son divorce. Il avait en effet été marié en premières noces avec Catherine d’Aragon. Suite au refus du Pape, Henry se fit proclamer Chef de l’Eglise d’Angleterre, ce qui lui permettait, en plus d’officialiser son divorce (et de ceux qui suivirent...), de s’autoriser quelques libertés, comme la confiscation des biens des monastères catholiques déjà implantés en Angleterre. Une façon comme une autre de renflouer le trésor royal, qui en avait bien besoin....

snapshot20090513154158.jpgNombreux sont les détails flous sur la vie d’Ann Boleyn, notamment ses date et lieu de naissance exacts. 1501 ? 1507 ? Dans le Kent ? Dans le Norfolk ? Elle fut la mère d’Elisabeth I dont le règne brillant marqua l’Angleterre pendant 45 ans, et même au-delà. Ann Boleyn, en tant qu’épouse du Roi d’Angleterre, présida aux fastes extravagants d’une cour magnifique. Favorable à la réforme religieuse, elle était néanmoins fervente catholique et, comme son mari s’opposait à la plupart des réformes doctrinales proposées par les Luthériens, elle devait louvoyer soigneusement pour amener l’Angleterre vers le « nouvel apprentissage ». De nature très généreuse, elle distribuait des vivres et de l’argent aux pauvres ainsi que des fonds aux œuvres éducatives.

Elle possédait un charme et une séduction naturelles ainsi qu’un goût immodéré pour la vie en société. Henry VIII pouvait lui reprocher sa tendance à une jalousie très vive, source de disputes violentes. Mariée à un coureur de jupons invétéré, elle avait quelques excuses... Le second grief, le plus grave, que lui portait son mari, était le fait d’avoir été incapable de lui donner un héritier mâle. La naissance d’Elisabeth fut suivie de trois fausses couches, dit-on.

snapshot20090513155105.jpgLa fin de la deuxième saison des ‘Tudor’ dont j’avais déjà parlé ici, rebondit sur ce reproche fatal d’une tare impardonnable pour une Reine. Les réalisateurs ont mêlé savamment éléments historiques avérés, détails célèbres d’origine plus incertaine, et tension dramatique nécessaire à la fin d’une époque, correspondant à la conclusion d’une saison, pour élaborer un épisode magnifique, centré sur le talent de Nathalie Dormer, qui incarne Anne Boleyn. La note dramatique a certainement été poussée à outrance. Peu importe. Les faits sont là, il ne s’agit pas d’un phantasme sorti de l’esprit d’un scénariste. En mai 1536 en Angleterre, un Roi se débarrassa de son épouse, incapable de lui donner un fils, sous de fausses accusations d’adultère et d’inceste. La Reine se vit reprocher des liaisons imaginaires avec Mark Smeaton,   un musicien flamand (contraint à de faux aveux sous la torture), Sir Henry Norris, un vieil ami du roi et de la reine, William Brereton, un jeune membre du conseil privé du roi, et même George, frère de la reine, accusé d'inceste et trahison. La longueur ridicule de la liste des amants supposés porte en elle-même son caractère phantasmatique. Le Roi (secondé par Cromwell) ne reculait devant aucun excès pour obtenir ce qu’il voulait. Comme le souligna Chapuys, un contemporain : « Vous n'avez jamais vu de prince ni d'homme qui fasse plus parade de ses cornes et les porte avec autant de sérénité ».

snapshot20090513154148.jpgEmprisonnée à la Tour de Londres  pendant plus de deux semaines, Anne Boleyn fit preuve, dans ses derniers jours, ses dernières heures, d’un sang-froid, d’une maîtrise et d’une grandeur incroyables. Cela aussi, c’est historique. Mais Nathalie Dormer incarne magnifiquement cette Reine prise dans un piège auquel elle ne peut échapper, soumise sur la fin à des pressions ignobles. Elle se réfugie dans la prière pour trouver en Dieu la force et le courage d’accepter son sort. Sa confession ultime, devant l’archevêque Thomas Cranmer et Lord Kingston, le gouverneur de la Tour de Londres, est pleine d’émotion et de sincérité. Tout en sachant que le chemin la conduisant à l’échafaud est inévitable, elle retrouve une partie de son caractère enjoué pour plaisanter : « J'ai entendu que le bourreau était très bon, et j'ai un petit cou... ». Dans le même temps, elle est sujette à des accès d’angoisse incoercibles lorsqu’on lui annonce que son exécution a été repoussée, d’abord de quelques heures, puis d’un jour entier. On imagine la pression psychologique qu’elle doit subir, alors qu’elle s’était préparée. Sereine au départ devant la mort, en apparence, elle faiblit et interroge anxieusement Lord Kingston : « Peut-être que je ne serai pas exécutée ? Ces atermoiements ont certainement un sens... ? Peut-être que le Roi a décidé de m’éprouver ? Je vais peut-être aller dans un couvent... ? » Mais face au visage désolé de son geôlier, elle comprend que son sort est scellé quoiqu’il arrive, et laisse échapper ses larmes.

snapshot20090513153906.jpgRien ne lui aura été épargné : de la fenêtre de son cachot elle peut assister à l’exécution de son frère qu’elle aimait tendrement, ainsi qu’au départ de son père, qui, lui, sera relâché, faute de preuves flagrantes de trahison. Même si c’est en partie à cause de sa folle ambition que sa fille avait été livrée au Roi, Lord Boleyn ne répond pas au signe qu’Anne lui adresse derrière la vitre, se détourne et s’éloigne. La jeune femme évoque alors, à travers son chagrin face à cette dernière trahison, des images de son enfance, lorsque, petite fille, elle aimait à jouer à cache- cache avec lui et se jeter en riant dans ses bras.

snapshot20090513155142.jpgLa série met l’accent, en parallèle avec les scènes se passant entre les murs de la prison, sur l’insouciance et la folie du Roi qui n’a qu’une hâte : que l’exécution ait enfin lieu, afin qu’il puisse convoler avec la nouvelle élue de son cœur, Jane Seymour, qui représente pour lui « toute l’innocence et la pureté existant dans le monde » après qu’il ait été exposé aux sortilèges malfaisants de la sorcière Boleyn, qui l’avait envoûté par la passion. Il est indifférent aux souffrances des hommes accusés injustement, des vies brisées pour qu’il puisse convoler à nouveau, et engendrer un héritier mâle. Elisabeth sera déclarée bâtarde, les frais servant à son éducation réduits afin de pouvoir subvenir aux frais de la captivité et de l’exécution de sa mère. Cette accumulation de mensonges et de mesquineries, il s’en lave en se plongeant un matin dans une mare, devant une partie de ses hommes. Convaincu qu’il s’agissait de la fontaine de Jouvence, il ressort de l’eau en criant « Je viens de renaître ! ».

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snapshot20090513153734.jpgPendant ce temps Ann fait face à la foule venue assister à son exécution et prononce un discours plein de dignité et de courage, qui est demeuré présent dans la mémoire de l’histoire : « Bon peuple chrétien, je suis venue ici pour mourir, parce que selon la loi et par la loi je dois mourir, alors je ne parlerai pas contre. [...] Je ne suis ici pour accuser personne, ou pour parler de cela, ce dont je suis accusée et condamnée à mort, mais je prie Dieu pour sauver le roi et pour qu'Il lui accorde un long règne, car jamais il n'y eut de prince plus doux et clément, et pour moi il a toujours été un bon et doux souverain. Et si une personne s'intéresse à ma cause, je lui demande de juger pour le mieux. Sur ce, je prends mon congé du monde et de vous tous, et je vous demande du fond du cœur de prier pour moi. Ô Seigneur, ayez pitié de moi, à Vous je recommande mon âme. »

L’excellent jeu des acteurs et la mise en scène soignée font mieux ressentir la démence de la situation. Un mélange d’horreur et de grandeur : injustice aveugle assiégeant la résignation fière, hypocrisies calculées face à la Foi réelle et pure, autant de contrastes qui nous aident à comprendre à quel point la monarchie absolue était une folie. Aucun monarque n’a jamais eu l’âme assez pure, l’esprit suffisamment sain, pour exercer  dans un tel cadre en conservant altruisme et discernement.

holbein_henry_viii.jpgEn route pour la saison 3. L’ensemble comporte évidemment, de nombreux défauts, erreurs historiques et anachronismes. Entre autres : en 1536, date de la mort de sa deuxième épouse et de son mariage avec la 3° (onze jours après la décapitation d’Anne !!), il ne restait plus que onze ans à vivre à Henry VIII. Sur la fin de sa vie il s’était sérieusement empâté et enlaidi. Or l’acteur qui l’incarne dans la série, Jonathan Rhys Myer est toujours aussi jeune et beau... Je suis curieux de voir comment les scénaristes vont gérer une transition physique qui sera forcément brutale.

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dimanche, 10 mai 2009

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Lancelot sans jamais le demander

Bon.... Tagué par mon Christophe, il va falloir que je me trifouille les neurones pour trouver 25 particularités concernant ma petite personne. Vingt-cinq !! C’est pas rien... J’ai pour principe de participer à toutes les chaînes où l’on m’invite, qu’elles me plaisent ou pas. Mais celle-ci, je la trouve un peu dérangeante. Tout ce qui me vient à l’idée, ce sont, soit des manies que tous les lecteurs de ce blog connaissent déjà, soit des choses qui n’ont strictement aucun intérêt selon moi, ou bien des trucs intimes que je trouve gênants à déballer comme ça (ou les trois à la fois...).

TiNours m’a d’ailleurs fait remarquer qu’il y avait eu, il y a plus d’un an, une autre chaîne un peu  similaire : il fallait mentionner cinq habitudes bizarres dans notre vie quotidienne. Je suis retourné voir. Ce que j’y avais écrit, associé à d’autres souvenirs annexes de l’époque, m’a fait sourire. Mais bon, bref. Je m’écarte du sujet. Prêt ?

 

Allez : déballons nos 'petits secrets', il n’y a que le premier pas qui coûte.

 

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1)     En matière de musique, je suis un véritable juke-box ambulant. Je connais des centaines de chansons, en français, en anglais, par cœur de A à Z. Quand j’étais au lycée, avec une copine, on faisait un jeu : elle me disait un nom d’album que je possédais, le numéro de la chanson, et je la ressortais, intégralement, sans hésitation.

2)     Quand je vais courir, je ne peux pas parler en même temps. J’ai adopté un rythme de respiration qui rend la chose impossible pour moi.

3)     Mes cheveux sont toujours coupés très court.

4)     J’adore les douches brûlantes.

5)     Je ne peux plus dormir sur le ventre (et ce, à mon grand regret...) depuis trois ans environ, depuis que j’ai eu un problème au dos. Si je le fais, des douleurs très vives me réveillent au bout d’un quart d’heure.

6)     Quand je vais au WC, il me faut impérativement un bouquin. Voilà pourquoi il en traîne souvent deux ou trois en ce lieu chez nous !

7)     Je peux citer de mémoire des listes incroyables, comme tous les noms des gens qui étaient dans ma classe en 6°, 5°, 4°.... Bien évidemment, lorsqu’il s’agit de retenir des choses plus importantes, comme le nom des villes où nous avons voyagé, histoire de pouvoir commenter des photos au retour de vacances, j’en suis incapable et je dois avoir recours à TiNours.

8)     J’adore étendre le linge. Je ne sais pas pourquoi, c’est une activité qui m’apaise.

9)     J’ai longtemps voulu être dentiste. Pendant plusieurs années, les dents, ça me passionnait. Au point même de lire des revues médicales et des ouvrages là-dessus. Je suis très fortiche sur le sujet.

10)  J’ai une haine viscérale de la publicité radiophonique et télévisuelle. Au point que le matin, entre la douche et le rasage, je coupe systématiquement la radio dès qu’un jingle surgit sur les ondes. Là aussi, à force, je suis devenu très doué pour rouvrir pile poil quand le message publicitaire s’achève et que les infos recommencent.

11) Je n’ai absolument pas peur de prendre l’avion, ni aucun autre moyen de transport d’ailleurs, même en voiture avec des conducteurs roulant à tombeau ouvert. J’ai en moi, pour ça,  une espèce de confiance innée. A ce jour, je n’ai jamais encore pu savoir si c’était un bien ou un mal.

12) J’aime les endroits déserts et silencieux.

13) Quand j’éternue, c’est à répétition, et ça peut durer, durer, durer.... (saloperies d’allergies...)

14) Je déteste que l’on m’offre des assortiments de bougies : je trouve que c’est le plus tartignol des cadeaux...

15) J’adore qu’on m’offre des bouquets de fleurs.

16) Je m’endors régulièrement le soir, devant la télé ou en voiture (les deux choses qui me bercent le mieux, quand l’heure du coucher arrive).

17) Je n’ai jamais été saoul de ma vie. « Gai », tout au plus (oui... bon...). Et pourtant Dieu sait si j’adore le bon vin, les cocktails ou le champagne.

18) Je n’ai jamais fumé de ma vie. Plus ‘clean’ tu meurs !

19) Je parle aux objets qui m’énervent. Je les engueule, je les insulte.

20) Les petites emmerdes ont l’art de me faire violemment sortir de mes gonds, alors que face aux gros ennuis sérieux, je suis toujours d’un calme et d’un sang-froid remarquables.

21) J’adore avoir des invités à la maison.

22) Je dors toujours avec une bouteille d’eau près du lit, j’aime pouvoir boire un coup si je me réveille en ayant soif.

23) Je suis un fan de glaces et de crêpes. C’est maladif, à un point gravissime. Je peux avaler 20 crêpes au sucre et ne pas reculer devant la 21°. Ou bien je peux vider des bacs d’un litre de crème glacée à moi tout seul. Voilà pourquoi j’essaie de ne (presque) jamais en acheter, sauf pour des invités. Je me fais peur, je ne sais pas m’arrêter sur ça ! (ce qui ne m’empêche pas d’avoir un tour de taille très raisonnable, bande de mauvaises langues....)

24) Quand j’étais petit, j’ai fait ce qu’on appelle une primo-infection. En conséquence, on ne m’a jamais fait de BCG.

25) J’ai beaucoup de mal à me cantonner aux demi-mesures. J’aime en bloc, ou je déteste à fond (même si j’essaie très fort de me raisonner). Je suis excessif : je peux pardonner des choses très graves à quelqu’un que j’aime, parce que je l’aime. Mais ça fonctionne aussi en sens inverse : lorsque la limite est franchie, il n’y a plus aucun espoir de retour en arrière.

 

 

 

Oufffff. Cette psychanalyse m’a laissé épuisé, Docteur.

 

 

Si ça leur chante, je tague Orpheus, Karagar et KarregWenn. Sans obligation aucune pour eux de suivre, bien entendu.

samedi, 09 mai 2009

Lancelot joue au Zorro

zorro-1.jpgUn cavalier, qui surgit de la nuit.... hélas non, désolé de vous décevoir, il ne s’agit que du brave prof qui arrive en trottinant, d’un pas décidé tout de même (on a une réputation à tenir...) au bout du couloir, avec son cartable plein de sujets à commenter. C’est les oraux. Il y a quelques jours, Lancelot a joué aux oraux. Pas de cheval noir, de cape, ni de masque. Ni de combat. Quoique !

 

Lancelot arrive tôt en ce bel après-midi ensoleillé. On va pas non plus y passer sa vie, pas vrai. On ouvre les volets, on dispose les tables : l’une à une extrémité de la salle avec des brouillons tout prêts, pour les candidats. De l’autre côté, mon attirail personnel : ma banque de sujets, la feuille d’émargement, la feuille de notation, un stylo pour qu’ils me laissent un petit ‘autographe’ comme je le leur demande pour les faire sourire et les mettre (un peu) à l’aise, c’est parti.

 

Sur douze candidats, la première est une fille. Tout le reste, des garçons... Ah... ? Oui, en fait il s’agit de candidats libres, pour la plupart issus d’une école privée préparant à des compétitions sportives. C’est ce que j’ai appris par la suite. Beaucoup de joueurs de football, de handball. Ah.... Comme c’est intéressant....

 

Legende%20de%20Zorro%20p1.jpgBarbara est stressée.  J’essaie de la mettre en confiance, mais il est difficile pour elle de parler de publicité sans prononcer les mots « marque » ou « société de consommation ». Elle se tortille les cheveux, espérant probablement que l’inspiration va en jaillir. Elle ponctue ses demi-phrases en anglais de « pfou, putain » soufflés à mi-voix quand elle est face à son incapacité à formuler des phrases. Elle fait ce qu’elle peut, mais elle ne peut pas grand-chose. Allez, bah, va, sa grammaire tient la route tout de même. Elle aura 8.

 

Théodore suit. Sa technique n’est pas mauvaise. Comme beaucoup cet après-midi là, il applique ce que leur prof a dû leur conseiller de faire en classe : il divise son brouillon en quatre parties : présentation, description, interprétation, conclusion.  Il fait quelques fautes d’anglais, il s’est trompé sur l’interprétation d’un des éléments de l’image, mais lorsque je le remets sur la bonne voie, il se reprend et conclue intelligemment. S’il lui manque un mot, il sait me le demander en anglais, sans en abuser. Super. Allez, Théo, 13. Au suivant de ces messieurs.

 

Thibault, le troisième, sait plein de choses. Ou, en tout cas, il a eu la chance de pouvoir choisir, sur les deux documents que je lui ai proposés, un support qui l’inspirait. Un parallèle entre Barack Obama et Martin Luther King. Et l’élection du premier, et l’assassinat du second.... Ca part un peu dans tous les sens, mais il possède une qualité rare : il comprend les questions qu’on lui pose, les objections soulevées, il réagit immédiatement. On est presque dans un dialogue tel qu’on pourrait en avoir un dans la vie courante. Avec des fautes de grammaire, des erreurs de syntaxe ici et là, mais ça ne gêne pas le dialogue. Un vrai bonheur. Allez, zou, 14. Chouette, ça s’annonce pas mal pour l’instant.

 

untitled33.JPGHélas, ça ne va pas durer. Laurent, le suivant, n’a rien capté, ni retenu, ni appris ( ?) en anglais depuis sept ans... « The text speak about.... At the top appear the title .... The family compose the father the mother the boy... He wearing a costard…. » Au début de ma “carrière” (!) d’examinateur, je m’efforçais de comprendre, je faisais répéter, corriger les fautes. Maintenant je sais que ça ne sert strictement à rien sinon à augmenter le stress de l’étudiant, et à perdre un temps fou... Je me contente d’acquiescer en souriant niaisement, et en notant les fautes... J’enclenche une sorte de pilote automatique. Mon oreille est devenue sélective, elle ne laisse parvenir au champ de la conscience que les phrases correctes, signifiant quelque chose. Dès que le délire linguistique commence, elle se ferme. Ensuite, je me retrousse mentalement les manches : vient le (dur) moment des questions prof-élève pour essayer de trouver un fil conducteur dans le fatras... Ca peut être horriblement pénible quand le niveau est vraiment très bas, quand on demande « Who ? » et qu’ils comprennent « Où ? » ou bien quand ils enclenchent comme un disque rayé  leur phrase « I don ‘t understand » face à une question simple comme « What sort of text is it ? ». Je me suis souvent demandé autrefois pourquoi les séances d’oraux me donnaient régulièrement des envies folles de pisser et j’ai fini par comprendre un jour : je ne peux pas souffler sans cesse les réponses, alors mentalement je FORCE pour leur envoyer des signaux télépathiques, mais hélas, la pression exercée par mes ‘ondes mentales’, en supposant que j’en émette, ne fait que retomber sur ma vessie pour la torturer. C’est un véritable handicap, je vous le garantis.... Toujours s’assurer qu’il y a un WC à proximité avant de commencer les examens. Au revoir, Laurent. Désolé, pour toi, ce sera un 4.

 

Zorro amoureux.JPGLe suivant c’est Jean Marc... Hummm.... mazette... ! un genre physique dont je raffole. Tee-shirt tendu sur des pecs et des biceps prêts à le faire craquer (moi aussi je craque...), un dos en V musculeux et des fesses galbées que je détaille longuement et lubriquement pendant qu’il hésite entre ses deux choix de sujet.... Hélas... Son corps de rêve ne rachètera pas son anglais bien trop rudimentaire. Il a tout de même appris une méthode, des phrases types. Malheureusement, dès qu’il s’agit de sortir du cadre pré-établi et de faire appel à un vocabulaire personnel, il n’arrive plus à rien et ne se dépatouille pas face à mes questions (pourtant pas tordues du tout). Bon, il fait ce qu’il peut. Ca vaudrait bien un 8. Un 9 peut-être ? Je l’interroge sur les sports qu’il pratique (...........), je lui demande si à part cela il a d’autres hobbies. Il me fait un sourire éblouissant « Yes !! Girls !! ». Le cri du cœur... DEHORS ! Tu auras 8, en fin de compte....

 

(Oui je sais j’ai l’air affreux, comme ça.... Mais je ne le suis pas vraiment, vous savez... je force un peu la note, mais au fond, ce que je juge toujours au-delà de toute considération annexe, c’est la  CAPACITE A COMMUNIQUER clairement. Certains en sont dépourvus, tant pis pour eux.

 

1170858614.jpgLe dernier candidat a eu 14. Pas sexy du tout d’ailleurs. Mais il a pioché un sujet sur les blogs, thème intéressant pour moi s’il en fut,  et argumentait bien. Long dialogue agréable. Encore une fois, on aurait pu se croire dans une conversation naturelle, en faisant abstraction des quelques fautes d’anglais qui ponctuaient son discours. Il m’avoue qu’il a tenu un blog il y a trois ans, avec des amis, mais qu’il a abandonné assez vite, n’y trouvant que peu d’intérêt... Et puis il me parle des autres interfaces, comme Facebook, qui prennent le relais. Est-ce mieux, est-ce pire ? Nos avis divergeaient totalement mais la confrontation en anglais était stimulante. Il m’a fait terminer la journée sur une bonne impression.

 

Quatre heures, douze candidats. Bah, ce n’était pas si mal en fin de compte. En entrant les notes sur le site le soir même, j’ai constaté que je parvenais (ou plutôt, le groupe des élèves) à une moyenne de 10.3. Avec des échanges de points de vue intéressants. Et puis, le corps sculptural de Jean Marc (ainsi que de quelques autres que je n’ai pas détaillés ici, de peur de passer pour un affreux obsédé...), c’était tout de même une cerise agréable sur le gâteau...

 

 

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lundi, 04 mai 2009

Vaisseau nocturne

Par principe, je ne regarde jamais les chiffres lumineux du réveil lorsque cela arrive, mais je suis persuadé que le moment doit toujours se situer dans les mêmes eaux. Dormantes.

 

Le rêve s’interrompt. Assez net. Sans heurt véritable. Pas de sursaut ou de cœur qui bat. Je pense aux derniers grains d’un sablier qui s’émiettent, parcimonieusement, lentement. Il n’y en a plus, tout à coup. Le voyage ralentit, s’arrête, et je me retrouve dans le noir, yeux toujours clos. Les dernières images s’estompent, le signal radio-rêve faiblit, s’éteint. Les personnages perdent leurs contours, leurs couleurs, leur bande-son, rapetissent, disparaissent. Eux vont continuer sans moi. Vers où ? Mystère. Je reste déserté par eux, pour reprendre contact avec l’autre côté du miroir : la chaleur de la couette, la courbature de mon épaule ou de ma jambe un peu ankylosée, car je reposais sur elle.

 

Je me retourne lentement, sans faire de bruit. Quelquefois, j’entends sa respiration paisible, quelquefois pas. Dans ces cas-là, j’étends toujours, dans l’obscurité, une main hésitante et légère, à travers l’espace du lit. Légère, légère. Ne pas le heurter, ne pas le réveiller, surtout. Mes doigts effleurent son dos chaud. Quelquefois, une mèche de cheveux doux. Ma main recule aussitôt. Chut,  mon TiNours dort. Chut, il se repose, mon Petit Homme. Repos bien mérité, après, avant l’interminable journée de travail. Lundi, mardi, dis, c’est marre, toujours travailler alors qu’on est si bien  chez soi, à vaquer à nos occupations, à deux. Mercredi, jeudi, je dis, quand c’est qu’on arrête ?

 

Mes paupières sont restées closes. Si le jour pointait, je le saurais, je le sentirais, à une variation infime de la vibration de la lumière sous mes cils. Le moment n’est pas venu. Quelle heure peut-il être ? Six heures ? Et quart ? Veux pas le savoir... J’ai envie de reprendre le voyage. J’invoque la torpeur. Je remonte dans mon Chronoscaphe. Un véhicule de mon invention. Transparent, ovoïde. Légèrement fuselé, avec des courbes arrondies et élégantes. A l’intérieur, en manipulant une des commandes, on peut rendre l’extérieur invisible. S’asseoir confortablement, démarrer et laisser le vaisseau partir, lentement d’abord, puis à pleine vitesse. Dans le cocon, on ne sent rien. On ne sait pas où l’on va. C’est cela le but. Destination nulle part. Laisser filer les pensées sans les organiser. Glissade sans objectif, ni chute. Juste glisser, dériver. Se laisser emporter par le courant, sans résister.

 

Au fil de l’eau, quelquefois, sans crier gare, des écueils affleurent, des obstacles surgissent. Pensées aiguës, vives, acérées. Soucis récurrents, comme une brûlure qui éveille. Le Chronoscaphe éclate, le fleuve disparaît. Je me retrouve sur la rive froide, sur... le drap. Bras et jambes étalés, comme une étoile de mer. Soupir. Chasser la brume des pensées malsaines, se retourner, se blottir au creux de l’oreiller pour étouffer les nuages noirs de l’esprit. Respirer, bien à fond, posément. Haleter, même, si le sommeil tarde à revenir. J’ai lu quelque part une fois qu’un excès d’oxygène a tendance à engendrer une certaine torpeur. C’est justement ce que je cherche. Réintégrer mon nid de paresse. Mon cocon d’oubli. Ma bulle de bien-être. Respire, respire, respire.

 

Quelquefois, je pense à la dame. Elle s’appelle Arwenn. Elle a de longs cheveux bruns, ondulés. Son visage est jeune et très doux. Elle a une longue robe mauve, ou indigo, enfin c’est toujours dans des tons bleus foncés. C’est un tissu très fin, très usé. Elle est là, elle me sourit. Elle est calme, elle veille. Inaltérable, éternelle, sereine. Elle me prend dans ses bras, parle assez peu. Elle chuchote, plutôt. Qu’est-ce qu’elle dit ? Que si je ne peux pas replonger dans les rêves, mon Chronoscaphe est bourré de livres. Je n’ai qu’à choisir, et me laisser sombrer dans la lecture.

 

Cette bibliothèque est à deux niveaux. Je peux y prendre les livres que j’ai déjà lus, de l’autre côté du sommeil. Repasser les détails un par un. J’ai une excellente mémoire pour cela. Mais ce procédé-là, c’est pour les cas lourds d’insomnie. Lire sans allumer la lumière. Paradoxalement, quelquefois, la vigilance s’émousse. L’histoire se délite, se dilue, se fond dans l’assoupissement.

Le niveau le plus intéressant de la bibliothèque, il se situe au-dessous, dans une zone intermédiaire très floue, mince, fragile et ténue, entre veille et sommeil. Il contient les livres que j’ai écrits, ou plutôt que j’écris, en temps réel, à la vitesse de la pensée. Ce niveau-là, je peux quelquefois y parvenir (et y ralentir, un peu) lorsque mon ascenseur remonte, lentement, de l’inconscience vers l’éveil. Mon esprit fourmille de mots, de phrases. Ce ne sont déjà plus des rêves, et ce n’est pas encore la réalité. C’est un moment rare, dont je raffole. Les paroles, répliques, ont une vie qui leur est propre. Je peux les initier, et les regarder se dérouler, fleurir, sans avoir de contrôle sur elles, une fois que je les ai fait naître. C’est fascinant. Un peu comme de planter une graine, et la voir se transformer en plante en vitesse accélérée. La célérité est stupéfiante. C’est moi qui parle, pense, pense, écris, mais à un rythme étourdissant. Il n’y a pas de sens aux mots, pas de signification aux phrases, aucune notification à la rumeur que j’émets et que j’écoute. Seulement du rythme, comme une musique qui vient du fond de moi, et que je laisse jaillir, comme une source. Je ne dors plus, je ne veille pas. Je suis là, entre le fond et la surface, à contempler, fasciné, ce chant issu du tréfonds de moi-même. Je sais que ça ne durera pas. Je suis en train d’accompagner les courants, dans leur mouvement ascendant inexorable.

 

Minutes sans dimension où j’ai l’impression de plonger au plus profond de moi-même, avant d’émerger à la surface, tout droit, comme un nageur qui remonte debout.

 

Et, cette fois, c’est la bonne : le volet s’ouvre, le jour fait lentement irruption dans la chambre. Le radio réveil se déclenche toujours avec trente secondes de retard sur le volet. Derrière moi, bibliothèque, Chronoscaphe, Arwenn disparaissent rapidement dans leur néant. Je me retourne, paupières toujours obstinément closes, pour poser ma main, pleinement cette fois, sur la peau de mon TiNours qui se réveille lui aussi, qui revient de ses contrées-sommeil, n’appartenant qu’à lui.  Sa chaleur, son odeur. Grognements, mots gentils du matin, souffles mêlés. Et puis, je daigne enfin desserrer les paupières. Je veux que ma première couleur du jour soit le vert feuille de son regard qui s’ouvre sur moi.

 

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