mercredi, 13 mai 2009

Anne Boleyn

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Une des plus célèbres femmes dans l’histoire d’Angleterre, elle fut la seconde épouse d’Henry VIII. Ce dernier provoqua le schisme de l’église romaine au XVI° siècle en se passant de l’accord du Pape, nécessaire à son divorce. Il avait en effet été marié en premières noces avec Catherine d’Aragon. Suite au refus du Pape, Henry se fit proclamer Chef de l’Eglise d’Angleterre, ce qui lui permettait, en plus d’officialiser son divorce (et de ceux qui suivirent...), de s’autoriser quelques libertés, comme la confiscation des biens des monastères catholiques déjà implantés en Angleterre. Une façon comme une autre de renflouer le trésor royal, qui en avait bien besoin....

snapshot20090513154158.jpgNombreux sont les détails flous sur la vie d’Ann Boleyn, notamment ses date et lieu de naissance exacts. 1501 ? 1507 ? Dans le Kent ? Dans le Norfolk ? Elle fut la mère d’Elisabeth I dont le règne brillant marqua l’Angleterre pendant 45 ans, et même au-delà. Ann Boleyn, en tant qu’épouse du Roi d’Angleterre, présida aux fastes extravagants d’une cour magnifique. Favorable à la réforme religieuse, elle était néanmoins fervente catholique et, comme son mari s’opposait à la plupart des réformes doctrinales proposées par les Luthériens, elle devait louvoyer soigneusement pour amener l’Angleterre vers le « nouvel apprentissage ». De nature très généreuse, elle distribuait des vivres et de l’argent aux pauvres ainsi que des fonds aux œuvres éducatives.

Elle possédait un charme et une séduction naturelles ainsi qu’un goût immodéré pour la vie en société. Henry VIII pouvait lui reprocher sa tendance à une jalousie très vive, source de disputes violentes. Mariée à un coureur de jupons invétéré, elle avait quelques excuses... Le second grief, le plus grave, que lui portait son mari, était le fait d’avoir été incapable de lui donner un héritier mâle. La naissance d’Elisabeth fut suivie de trois fausses couches, dit-on.

snapshot20090513155105.jpgLa fin de la deuxième saison des ‘Tudor’ dont j’avais déjà parlé ici, rebondit sur ce reproche fatal d’une tare impardonnable pour une Reine. Les réalisateurs ont mêlé savamment éléments historiques avérés, détails célèbres d’origine plus incertaine, et tension dramatique nécessaire à la fin d’une époque, correspondant à la conclusion d’une saison, pour élaborer un épisode magnifique, centré sur le talent de Nathalie Dormer, qui incarne Anne Boleyn. La note dramatique a certainement été poussée à outrance. Peu importe. Les faits sont là, il ne s’agit pas d’un phantasme sorti de l’esprit d’un scénariste. En mai 1536 en Angleterre, un Roi se débarrassa de son épouse, incapable de lui donner un fils, sous de fausses accusations d’adultère et d’inceste. La Reine se vit reprocher des liaisons imaginaires avec Mark Smeaton,   un musicien flamand (contraint à de faux aveux sous la torture), Sir Henry Norris, un vieil ami du roi et de la reine, William Brereton, un jeune membre du conseil privé du roi, et même George, frère de la reine, accusé d'inceste et trahison. La longueur ridicule de la liste des amants supposés porte en elle-même son caractère phantasmatique. Le Roi (secondé par Cromwell) ne reculait devant aucun excès pour obtenir ce qu’il voulait. Comme le souligna Chapuys, un contemporain : « Vous n'avez jamais vu de prince ni d'homme qui fasse plus parade de ses cornes et les porte avec autant de sérénité ».

snapshot20090513154148.jpgEmprisonnée à la Tour de Londres  pendant plus de deux semaines, Anne Boleyn fit preuve, dans ses derniers jours, ses dernières heures, d’un sang-froid, d’une maîtrise et d’une grandeur incroyables. Cela aussi, c’est historique. Mais Nathalie Dormer incarne magnifiquement cette Reine prise dans un piège auquel elle ne peut échapper, soumise sur la fin à des pressions ignobles. Elle se réfugie dans la prière pour trouver en Dieu la force et le courage d’accepter son sort. Sa confession ultime, devant l’archevêque Thomas Cranmer et Lord Kingston, le gouverneur de la Tour de Londres, est pleine d’émotion et de sincérité. Tout en sachant que le chemin la conduisant à l’échafaud est inévitable, elle retrouve une partie de son caractère enjoué pour plaisanter : « J'ai entendu que le bourreau était très bon, et j'ai un petit cou... ». Dans le même temps, elle est sujette à des accès d’angoisse incoercibles lorsqu’on lui annonce que son exécution a été repoussée, d’abord de quelques heures, puis d’un jour entier. On imagine la pression psychologique qu’elle doit subir, alors qu’elle s’était préparée. Sereine au départ devant la mort, en apparence, elle faiblit et interroge anxieusement Lord Kingston : « Peut-être que je ne serai pas exécutée ? Ces atermoiements ont certainement un sens... ? Peut-être que le Roi a décidé de m’éprouver ? Je vais peut-être aller dans un couvent... ? » Mais face au visage désolé de son geôlier, elle comprend que son sort est scellé quoiqu’il arrive, et laisse échapper ses larmes.

snapshot20090513153906.jpgRien ne lui aura été épargné : de la fenêtre de son cachot elle peut assister à l’exécution de son frère qu’elle aimait tendrement, ainsi qu’au départ de son père, qui, lui, sera relâché, faute de preuves flagrantes de trahison. Même si c’est en partie à cause de sa folle ambition que sa fille avait été livrée au Roi, Lord Boleyn ne répond pas au signe qu’Anne lui adresse derrière la vitre, se détourne et s’éloigne. La jeune femme évoque alors, à travers son chagrin face à cette dernière trahison, des images de son enfance, lorsque, petite fille, elle aimait à jouer à cache- cache avec lui et se jeter en riant dans ses bras.

snapshot20090513155142.jpgLa série met l’accent, en parallèle avec les scènes se passant entre les murs de la prison, sur l’insouciance et la folie du Roi qui n’a qu’une hâte : que l’exécution ait enfin lieu, afin qu’il puisse convoler avec la nouvelle élue de son cœur, Jane Seymour, qui représente pour lui « toute l’innocence et la pureté existant dans le monde » après qu’il ait été exposé aux sortilèges malfaisants de la sorcière Boleyn, qui l’avait envoûté par la passion. Il est indifférent aux souffrances des hommes accusés injustement, des vies brisées pour qu’il puisse convoler à nouveau, et engendrer un héritier mâle. Elisabeth sera déclarée bâtarde, les frais servant à son éducation réduits afin de pouvoir subvenir aux frais de la captivité et de l’exécution de sa mère. Cette accumulation de mensonges et de mesquineries, il s’en lave en se plongeant un matin dans une mare, devant une partie de ses hommes. Convaincu qu’il s’agissait de la fontaine de Jouvence, il ressort de l’eau en criant « Je viens de renaître ! ».

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snapshot20090513153734.jpgPendant ce temps Ann fait face à la foule venue assister à son exécution et prononce un discours plein de dignité et de courage, qui est demeuré présent dans la mémoire de l’histoire : « Bon peuple chrétien, je suis venue ici pour mourir, parce que selon la loi et par la loi je dois mourir, alors je ne parlerai pas contre. [...] Je ne suis ici pour accuser personne, ou pour parler de cela, ce dont je suis accusée et condamnée à mort, mais je prie Dieu pour sauver le roi et pour qu'Il lui accorde un long règne, car jamais il n'y eut de prince plus doux et clément, et pour moi il a toujours été un bon et doux souverain. Et si une personne s'intéresse à ma cause, je lui demande de juger pour le mieux. Sur ce, je prends mon congé du monde et de vous tous, et je vous demande du fond du cœur de prier pour moi. Ô Seigneur, ayez pitié de moi, à Vous je recommande mon âme. »

L’excellent jeu des acteurs et la mise en scène soignée font mieux ressentir la démence de la situation. Un mélange d’horreur et de grandeur : injustice aveugle assiégeant la résignation fière, hypocrisies calculées face à la Foi réelle et pure, autant de contrastes qui nous aident à comprendre à quel point la monarchie absolue était une folie. Aucun monarque n’a jamais eu l’âme assez pure, l’esprit suffisamment sain, pour exercer  dans un tel cadre en conservant altruisme et discernement.

holbein_henry_viii.jpgEn route pour la saison 3. L’ensemble comporte évidemment, de nombreux défauts, erreurs historiques et anachronismes. Entre autres : en 1536, date de la mort de sa deuxième épouse et de son mariage avec la 3° (onze jours après la décapitation d’Anne !!), il ne restait plus que onze ans à vivre à Henry VIII. Sur la fin de sa vie il s’était sérieusement empâté et enlaidi. Or l’acteur qui l’incarne dans la série, Jonathan Rhys Myer est toujours aussi jeune et beau... Je suis curieux de voir comment les scénaristes vont gérer une transition physique qui sera forcément brutale.

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Commentaires

passionnant, mais ça passe où ce truc???????

Ecrit par : karagar | mercredi, 13 mai 2009

Vi Vi!!.. l'ai super sexy le king!!..presque autant que son pote, le duc de Suffolk (hum!!!...) même que ça titille l'imagination de certains.....

Ecrit par : piergil | mercredi, 13 mai 2009

@ Karagar, tu peux louer la totalité des épisodes au vidéo club de L'odet. Je ne les ai pas encore vus, mais la beauté de l'acteur (Rhys Meyer) illumine les pochettes ^^
Pour ma part, bien qu'ayant étudié la naissance de l'Anglicanisme, je ne suis guère amateur de fresques historiques. Mais peut-être un dimanche après-midi pluvieux me laisserai-je tenter, en espérant que le roi ne vieillisse jamais :)

Ecrit par : Kab-Aod | jeudi, 14 mai 2009

C'est vrai que le passage de la dernière image à l'avant-dernière, ça va être coton !

Ecrit par : KarregWenn | jeudi, 14 mai 2009

La tête n'était apparemment pas le morceau préféré d'Henry VIII !

Ecrit par : christophe | jeudi, 14 mai 2009

Moi, ce que j'admire, c'est à la fois l'intérêt de ce billet et sa légèreté malgré la longueur. Quel homme, ce Lancelot!

Ecrit par : calystee | jeudi, 14 mai 2009

teh, parlant de vieilleries....


"Lancelot, prénom masculin d'origine obscure" Chevalier de la charette, XII siecle. Enlevé par la dame du Lac, une fée des eaux qui l'éduque en chevalier. " ((Larousse des prénoms)

Ecrit par : noel | vendredi, 15 mai 2009

@ Karagar : En ce moment la saison 2 passe sur Canal+, tu peux aussi, comme le conseille Kab-Aod, louer les DVD, si votre médiathèque est bien achalandée. Comme ce n'est pas notre cas, TiNours et moi nous débrouillons autrement....

@ Piergil : OHLALA ! GEANT le montage sur YouTube !! MERCI pour le lien !! J'invite instamment tous les gens passant ici, et intéressés par la série, à cliquer sur ce brave Piergil ! Un best of absolument EXQUIS.....

@ Kab-Aod : Toi, tu préfères les fresques érotiques, petit gredin....

@ KarregWenn : Certes ! Quoique : on vient de commencer la saison 3, on sent un frémissement dans le physique. Jonathan Rhys Meyer fait plus austère, plus sévère de visage. Bon, quand il se déshabille, c'est toujours Chippendales and Co. MAIS ! Ils le font beaucoup moins se déshabiller. Donc, on sent qu'ils cogitent sur cette désolante (mais fatale) métamorphose du beau jeune premier au Roi bouffi et rhumatisant.

@ Christophe : Pourtant on peut faire (sexuellement) plein de choses avec une tête aussi ! Et lui ne s'en privait pas non plus (je te dis pas certaines scènes 'osées'.....).

@ Calyste : Vil flagorneur.... Cessez de me flatter... Vous n'êtes pas un courtisan et je ne suis pas Henry VIII... (j'en suis heureux d'ailleurs : beau ou pas dans sa jeunesse, quelle ordure... )

@ Noel : Vieillerie toi-même !

S'il t"intéresse à ce oint, le récit détaillé de "mon enlèvement" se trouve ici :
http://boatonthesea.hautetfort.com/list/lancelot/lancelot_les_origines_doc.html
(après il faut cliquer sur 'télécharger le fichier')

Lancelot enfant aurait préféré être enlevé par l'Homme du Lac, qui l'aurait éduqué à plein de choses... mais bon, je suis pas ici pour réécrire les légendes....

Alors quand est-ce qu'on vous revoit à la maison ???

Ecrit par : Lancelot | samedi, 16 mai 2009

Ah oui, le clip chez Piergil, super beau boulot ! Qu'est-ce que j'ai ri !

Ecrit par : KarregWenn | dimanche, 17 mai 2009

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