dimanche, 03 mai 2009
Italy, Italia
Après la mort de sa femme dans un accident de voiture, près de Chicago, Joe décide d’aller vivre en Italie à Gênes, avec ses deux filles, pour tenter de restaurer une sorte de cohérence dans une famille détruite.
Les rapports entre eux sont d’autant plus compliqués après ce malheur que la cadette, Mary, se sent coupable de l’accident, et trouve refuge dans une forme de mysticisme : églises, mythes religieux, et même Monde des Morts la fascinent. Elle revoit par moments le fantôme de sa mère, présence affectueuse qui revient lui parler.
A l’inverse, l’aînée, Kelly, qui a été touchée tout aussi durement par le drame, tente d’oublier en s’étourdissant, à l’excès, d’été, de plages, de jeunes hommes italiens, et de fête. Entre elles, le père essaie de maintenir un difficile équilibre à leurs trois vies tranchées net quelques mois auparavant.
A Rome, Gianni, quinquagénaire célibataire , a pour principale occupation de prendre soin de sa vieille mère. A la veille du 15 août, le responsable du syndic de l’immeuble lui propose d’effacer ses nombreuses dettes s’il accepte de prendre soin, pour trois jours, de sa mère et de sa tante à lui. Il accepte avec réticence, mais c’est ensuite son médecin qui lui demande le même service. Gianni va donc devoir s’occuper pendant quelques journées (et quelques nuits !) de quatre vieilles dames aux caractères bien différents.
Le film de Michael Winterbottom est une succession de scènes brèves laissant peu de place (ou trop, par ricochet) à l’introspection. Le rythme est très rapide, et joue sur une alternance incessante d’aperçus sur ce que vivent le père (Colin Firth), et ses filles (Willa Holland et Perla Hany-Ja, excellente dans le rôle de la cadette). Les dialogues sont relativement brefs, les émotions suggérées par des regards, des silences, ou des travellings de la caméra. Le jeu des acteurs et le déroulement de l’action font ressentir au spectateur, jusqu’au malaise, le poids du non-dit lorsqu’un drame de ce genre arrive. La vie continue, par la force des choses. Essayer de tirer un rideau sur le passé en bouleversant tout par un déracinement en pays étranger, est-ce une solution ? Le film n’apporte pas de réponse, mais examine la question pendant 94 minutes.
Aux antipodes, dans un genre tout différent, Gianni di Gregorio nous livre, dans le film dont il est à la fois réalisateur et interprète principal, une histoire à l’optimisme indestructible. Le héros, brave garçon d’une gentillesse à toute épreuve, après avoir un peu paniqué au départ, s’arrange finalement très bien dans la gestion de ces quatre mamies, un peu despotiques sous leurs apparences aimables. Les caractères s’affirment, mais la bonté foncière de Gianni arrondit, adoucit, polit, même, les angles et aspérités de ce week-end de premier août qui aurait pu se transformer en expérience très éprouvante pour lui. Petit à petit, l’oubli des règles établies : prises de médicaments, horaires de coucher, restrictions alimentaires, fait glisser les personnages dans une joyeuse anarchie qui culmine en un éclat de rire à l’italienne, entre des verres de vin et une danse à cinq improvisée.
Le titre français du film de Winterbottom (« Un été italien ») est selon moi une erreur dans la mesure où il laisse dans l’ombre l’importance fondamentale d’un cinquième personnage : la ville de Gênes qui, filmée sous tous les angles (vue aérienne des ports, travelling dans les ruelles sombres et étroites de la vieille ville, aperçus de toits et de clochers) accompagne les protagonistes de façon très intime, au gré de leurs tourments, joies, humeurs et angoisses. Le titre original ‘Genova’, est lui, bien plus logique, laissant sous-entendre que la cité italienne est bien plus qu’un décor, qu’elle est un personnage à part entière, qui suit les autres héros et sert à refléter leurs états psychologiques, tantôt riante et ensoleillée, tantôt sombre et vaguement menaçante. Un jeu de « feedback » perpétuel où l’on ne sait jamais qui, de la ville ou des personnages, donne le ton. Même le soleil et les cigales peuvent sembler agressifs et menaçants dans cette scène où Joe, le père, parcourt plusieurs kilomètres dans la garrigue en courant pour tenter de retrouver sa fille qui s’est enfuie.
‘Pranzo di Ferragosto’ (‘Le Déjeuner du 15 Août’) joue beaucoup moins avec des aperçus de la ville de Rome. Gianni sort par instants dans la rue, mais la majorité du film se situe dans l’appartement qu’il occupe, en huis-clos successifs avec les vieilles dames. Toutefois il y a une seule scène où la ville est véritablement mise en perspective, en extérieurs : celle représentée sur l’affiche française du film. Tôt le matin du 15 août, Gianni part acheter du poisson pour le repas de midi, et son ami l’emmène sur sa mobylette. Un cliché italien sur lequel on se laisse entraîner avec plaisir, face au soleil inondant les avenues désertes. Ce dernier détail est improbable d’ailleurs, car ce jour-là une foule nombreuse se rend dans des établissements religieux. Mais quelle importance ? On se laisse griser par la vitesse, la lumière, la légèreté de l’Italie, en un mot.
Un aperçu américain intéressant de Gênes, regard extérieur exilé volontairement au sein même de la ville.
Un moment intimiste dans la vie d’un citoyen romain moyen sans éclat, une plongée au cœur de l’âme des gens d’un pays lumineux à tous points de vue.
Un mélange d’espoirs fragiles et de pessimisme ambiant, pour le premier. Une tranquille sérénité, un moment de bonheur entropique pour le second.
Deux films complètement différents, qui n’ont comme point commun que l’Italie, assorti pour nous au fait que nous les avons vus hier et avant-hier, profitant de notre week-end prolongé.
Promesses, portes ouvertes sur un horizon proche.
18:59 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : italie, rome, gênes, cinéma
Commentaires
Italie à l'horizon? Veinards!
Gênes est pour moi une ville mystérieuse: je n'ai jamais vraiment pu la visiter, comme si volontairement elle voulait m'échapper. Je connais très bien pratiquement toute l'Italie, du nord au sud et Gênes pas (comme Bologne d'ailleurs). De Gênes, je n'ai que les vues plongeantes entraperçues entre tunnels et viaducs sur l'autoroute, en me rendant ailleurs. Une fois, nous avons voulu la visiter avec Pierre: nous n'avons jamais pu nous garer et sommes repartis bredouilles. Je la connais la nuit comme lieu de changement des chauffeurs du bus qui nous emmenaient à Rome avec les élèves, la place devant la gare avec la statue de Christophe Colomb, le port, ses rues étroites aux nombreuses prostituées. De loin ou la nuit donc. Il paraît pourtant que c'est une ville intéressante. Tu me raconteras si vous y séjournez.
Ecrit par : calystee | dimanche, 03 mai 2009
@ Calyste : Hélas, je ne crois pas que nous allons y "séjourner". Nous y serons en transit. Tout au plus quelques heures. Mais nous comptons vraiment les mettre à profit, au maximum.
Tu m'effraies un peu en me parlant de l'impossibilité de s'y garer, cest justement ce que je redoute. Enfin, on avisera. A chaque jour suffit sa peine....
Ecrit par : Lancelot | lundi, 04 mai 2009
Merci pour cette critique de ‘Genova’. Il est vrai que le titre français est assez maladroit. J'avais bêtement à l'esprit une resucée italienne d'Une grande année de Ridley Scott. Et ce film en est bien loin.
Ecrit par : Chondre | lundi, 04 mai 2009
@ Chondre : Je n'ai pas vu 'Une Grande Année'. Affaire à suivre, pour moi, donc. Je n'ai pas réussi à déterminer,en lisant ton commentaire, si tu avais aimé 'Genova' ou pas ! En ce qui me concerne, j'ai des sentiments mitigés. Je dirais que c'est un beau film, mais qui m'a laissé un peu frustré. Et j'ai bien l'impresion que c'est l'effet voulu.
Ecrit par : Lancelot | lundi, 04 mai 2009
Quel bonheur de savoir que le cinéma italien existe toujours, et qu'il reste fidèle à lui-même.
Gênes vaut certainement le détour... je vais y réfléchir...
Ecrit par : Johnny | samedi, 16 mai 2009
@ Johnny : Gênes... AVEC NOUS ???? Super, ne te gêne surtout pas, on est d'ac par avance ! ;-)
Ecrit par : Lancelot | samedi, 16 mai 2009
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