samedi, 31 janvier 2009
Plus c'est gros, mieux ça passe
Avant-hier matin, en attrapant ma serviette de toilette et en allumant la radio dans la salle de bains, j’entends qu’une bonne partie de la France s’émeut, à juste titre, des mutations du préfet et du directeur de la police de la Manche, suite aux odieux sifflets et cris hostiles entendus pendant le discours de bons vœux à la plèbe enseignante, présentés à Saint Lô le 12 janvier par notre très républicain Monarque. La sentence a été prononcée : « Pendez-les haut et court ». Et encore, ces deux responsables-là peuvent s’estimer heureux que l’on ne pratique plus d’exécutions publiques en Place de Grêve.
Ceci n’est au fond qu’un triste écho de ce qui s’était passé il y a quelques mois suite à l’occupation de la villa corse de Clavié, le grand copain à sa Majesté. Il est vrai qu’il est du ressort du Président de « nommer et dénommer » les préfets. Oui, « dégommer », surtout. Il y en aura encore beaucoup d’autres. Tel est le bon vouloir du Prince. Aucune mansuétude prévue à l’égard des Vicomtes ne sachant pas étouffer les émeutes des manants. Le Roy parle. Pas de hargne, pas de grogne, pas de rogne.
Alors que je sors de la douche et que je tends la main vers mon rasoir, le présentateur de France Info enchaîne sur une nouvelle fantaisie : la règle des « trois tiers » sur le temps de parole à l’antenne des divers représentants politiques. Une règle qui existait depuis plusieurs années déjà, mais jamais appliquée. On préférait s’en tenir au sens de l’équité des diverses chaînes. Or, fin décembre, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a adressé aux radios un courrier leur demandant des comptes rendus réguliers sur ce temps de parole. Il doit se répartir comme suit : un tiers pour le Gouvernement, un tiers pour la Majorité, un tiers pour l’Opposition.
Donc par exemple il n'y aurait, au regard de cette règle, aucun déséquilibre à faire parler Bertrant deux jours de suite, en tant que ministre du Travail puis en tant que secrétaire général de l'UaimePet. Et puis, comme la majorité fluctue, et l’opposition aussi (c’est très « tendance », de nos jours...) si on interviewe Monsieur X et qu’un mois plus tard, il rentre au gouvernement, basculera-t-on son temps de parole d’un tiers vers l’autre ?
Devant cette flagrante injustice et ces incohérences potentielles, on a bien évidemment pu entendre certains députés socialistes siffler de colère et cracher leur venin. A leur place, j’en aurais fait autant. Réponse sucrée de l’inénarrable Lefevre, porte-parole de la Cour : « Nous n’avons pas de leçons à recevoir de la part des Socialistes qui ne savent même pas s’accorder de liberté d’expression entre eux, au sein même de leur propre parti. ». Les dissensions de la gauche. Comme elles sont commodes. Quelle merveilleuse mine d’où l’on extrait à volonté réponse à tout, sous forme de n’importe quoi....
Je ricane, jaune (pas grand-chose d’autre à faire), je baille et je prends ma bombe de mousse à raser. Mais le meilleur restait encore à entendre. De surprise, au moment où j’allais l’étaler, je me suis aspergé les cheveux ! Le système des « trois tiers », il n’est pas applicable à une seule personnalité politique française, pour qui aucune comptabilité n’est prévue ! Devinez qui ??? Gagné !
« Ce serait contraire à l’esprit de nos institutions car le Président de la République ne peut et ne doit pas être considéré comme un acteur politique comme les autres. » a susurré Mme Albannel de sa voix sucrée.
Avec des arguments pareils, on se sent con-vaincus, con-quis, et con-fortés. Cons, pour faire bref. Tellement ébahis, abasourdis et assis, devant tant de morgue et de culot, qu’on ne sait plus quoi répondre.
« Démocrature », un mot qui m’avait amusé quand je l’avais entendu pour la première fois, il y a quelques mois. Aujourd’hui, vu sous un angle plus concret, il a plutôt tendance à me glacer.
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mardi, 27 janvier 2009
Présidents et serments

"I, Barack Hussein Obama, do solemnly swear that I will faithfully execute the Office of President of the United States, and will to the best of my ability, preserve, protect and defend the Constitution of the United States."
Mercredi dernier Barack Obama a prêté serment pour la deuxième fois. Il y avait eu un cafouillage lors de la cérémonie d’investiture, la veille. Le nouveau président est censé répéter le serment après le chef de la Cour Suprême. Or John Roberts avait récité dans le désordre le texte solennel prévu par la Constitution. Il avait placé le terme « faithfully » après « President of the United States », et non pas avant comme écrit dans la loi fondamentale.
Obama s'était interrompu, avant que Roberts ne répète le morceau de phrase, à nouveau dans le désordre. Obama avait obtempéré et fini son serment tel qu'il l'avait entendu. Par souci de précaution, et pour éviter toute contestation ultérieure, le Président a juré une deuxième fois, le lendemain, en respectant le texte constitutionnel à la virgule près.
Ce qui pourrait apparaître aux yeux de nombre de Français comme une cérémonie un peu désuète, entourée d’un luxe de garanties inutiles, est en fait une coutume profondément enracinée dans la culture américaine. Investiture. C'est à cet instant que le Président américain élu se trouve investi de sa charge et des pouvoirs qui l'accompagnent. Investi. La fonction habite le Président ; ce n'est pas le Président qui habite la fonction –vous voyez à qui je pense...
Les présidents américains jurent sur la Bible. Une coutume qui là aussi fait régulièrement couler beaucoup d’encre et de salive. Les premiers ‘Pilgrims’ (colons fondateurs) en Amérique, échaudés par les persécutions dont ils avaient fait les frais en Europe, avaient insisté sur la nécessité fondamentale de séparer affaires politiques et religieuses. Alors, pourquoi ce paradoxe ? On peut considérer douteuse la source mystique de pouvoir conféré par le serment, mais la qualité du témoin - celui devant lequel on jure- n'est pas sans influence sur la source de la légitimité. Car la référence à Dieu revêt ce caractère sacral originel. Et il n'est pas mauvais que la fidélité aux institutions soit empreinte de sacralité. C’est bien un athée qui vous parle.
Le Président de la République, en France, n'est pas investi autrement que par quelques coutumes protocolaires (dont la passation de pouvoir par son prédécesseur). Il ne prête pas serment. On peut s’en réjouir, trouver le rite américain du serment hypocrite et archaïque. Et pourtant... Lors des cérémonies du 16 mai 2007 en France, on avait assisté à une magnification de l'homme et de sa famille... Une allégeance de tous au monarque plutôt qu'une allégeance du président à la nation. Un apparat dont les Américains eux-mêmes ne sont pas exempts, soit. Mais en France, à trop vouloir écarter toute coutume considérée vieillotte, on finit par perdre de vue l’importance, la solennité de la fonction. Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit : je ne phantasme pas sur l'idée de faire jurer le président français sur la Bible. Je ne m’appelle pas BouTin. Mais ne pourrait-on imaginer un serment présidentiel, qui soit à la fois empreint de laïcité et de solennité ? Entre le sacre des Rois d’autrefois, qui montrait que la personne royale empruntait son pouvoir à la puissance divine, et notre système actuel où l’on s’en remet entièrement à la raison et l’équilibre supposés d’un président français investi (avec les résultats que l’on sait, 20 mois plus tard...) il existe de nombreuses variantes. Tenter de concilier un certain sérieux, et, je n'ai pas peur de le répéter, une certaine solennité, avec la vie moderne et les nécessités du XXI° siècle, est-ce un défi impossible ?
D'accord : on sait très bien ce que valent ces serments une fois prononcés, que ce soit devant Dieu ou pas. Ils n’ont jamais empêché aucun roi, aucun monarque, ni surtout aucun président, de ce côté-ci de l’Atlantique ou de l’autre, de mentir ou de tricher. Mais j’ai envie de dire « peu importe ». Le sérieux, le poids, la portée de la fonction, doivent demeurer, perdurer, tout au moins d’un point de vue symbolique, même en 2009. Tous ces termes me paraissent bien oubliés, désuets depuis quelques mois. Le mot « institution » n’est pas seulement synonyme de poussière et d’odeur d’encens. Lorsque l’audiovisuel public, le tribunal de grande instance, la possibilité pour les députés d’un parti adverse de faire entendre leur désaccord sont assujettis à la seule approbation d’un chef d’Etat et de son parti, peut-on encore rire et prôner ce genre de modernisme ?
17:14 Publié dans Lancelot fait son sérieux | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : usa, serment d'investiture, présidents
lundi, 26 janvier 2009
Ambiance panne
Samedi après-midi, la tempête annoncée par Météo-France s’est déchaînée sur l’Hérault.
Les tuiles volaient, les chiens aboyaient, les alarmes des voitures se déclenchaient, les enfants hurlaient... (bon oui j’exagère, mais à peine...) Au milieu de toute cette panique, TiNours et moi avons tout de même réussi à conserver un calme olympien, en nous souvenant de Dorothy dans le Magicien d’Oz, quand la tornade arrive et que sa maison décolle du Kansas et est emportée au pays des petits Munchkins... quand elle atterrit, elle écrase la méchante sorcière de l’Est... On rigolait comme des fous en évoquant tout ça et en préparant à l’avance le repas du dimanche (quiche au thon, porc au curry, panacotta), quand tout à coup nos rires se sont figés nets : la musique s’éteint, plus d’électricité.
Evidemment, par ce temps-là, on risquait davantage une coupure EDF que des millions au loto. Ca n’est pas bien grave, me direz-vous. Mais notre hilarité a été coupée net, et pour cause.
Un détail important, c’était d’anticiper la durée possible de la panne. Parce que figurez-vous que chez nous, tout, tout, absolument tout, fonctionne grâce à la fée électricité.
Alors d’abord, la chaîne stéréo s’éteint. Bon, pas grave. Si Fiso était là, elle pourrait témoigner : je fonctionne très bien en mode karaoké, même sans musique de fond. La chanson, je peux assurer « a capella » comme on dit. TiNours, indulgent, fronce le nez et continue à éplucher ses tomates, en refrénant une furieuse envie de... de RIEN, mauvaises langues....
Constatation numéro deux, nos préparations culinaires sont en souffrance. Alors on met les légumes épluchés et crus, ainsi que la viande en cubes, dans des plats qu’on recouvre d’un film plastique, et on range la tarte prête mais non cuite dans le frigidaire, qui est éteint aussi, au fait. Vite refermer la porte, pour qu’il ne perde pas trop rapidement le froid à l’intérieur...
Constatation numéro trois : en attendant, on ne peut se distraire ni en regardant la télé ni en surfant sur internet. Oui je sais, vous me direz : quand on est seuls à deux, il y a d’autres distractions possibles. Simplement on s’était déjà levés à 11h du matin après avoir longuement « pratiqué » cette activité-là depuis notre réveil, vers 9h environ....
Constatation numéro 4, la plus ‘angoissante’ : on était prudemment restés dans la cuisine afin de moins ‘disperser’ l’énergie, car chez nous le chauffage aussi est UNIQUEMENT électrique. Aucune possibilité de se rabattre sur une cheminée à bois ou un poêle à pétrole. Et la température descendait doucement mais sûrement de quart d’heure en quart d’heure : 19°, 18°, 17°.... La panne avait commencé à 15h15, il était 17h30... et ça durait, ça durait....
Je me donc suis mis à corriger des copies (à défaut d’autre chose...) pendant que TiNours déployait un journal. Mais là aussi, il ne fallait pas croire que ça allait être si facile : le jour baissait, baissait.... On a pris chacun une bougie pour nous éclairer.... Tout ça avait des allures de Paris sous l’occupation, c’était palpitant... « Et au fait si on est obligés de faire un repas froid ce soir, qu’est-ce qu’on mangera ? Il n’y a rien pour faire des tartines... » « Et si ce n’est pas revenu quand on va se coucher, on a intérêt à mettre une double couette... » « Et les stores électriques, on ne pourra pas les refermer à la main, on va devoir utiliser les gros volets en bois qui d’habitude restent toujours ouverts... » Oufff....
Le pire c’était surtout qu’un copain devait passer vers 19h pour nous faire un devis sur des travaux chez nous (couloir et hall d’entrée à repeindre) et je sentais qu’on allait devoir lui faire faire la visite à la bougie ! Ca allait être gai ! On a eu envie de l’appeler pour lui dire que dans ces conditions ce ne serait pas la peine, mais nos téléphones fonctionnent eux aussi à l’électricité, et le portable de TiNours avait bien sûr sa batterie à plat.... Affreux, affreux je vous dis. Heureusement lui s’est rappelé qu’on avait conservé un providentiel vieux téléphone-coucou fonctionnant sans électricité. J’étais en train de mettre une caisse sens dessus dessous pour le retrouver, quand tout à coup, miracle de la technique, l’électricité est revenue. Aaah, extase. Au bout de deux heures et demie, tout de même...
Constatation rétrospective : si la panne avait perduré jusqu’au lendemain on aurait été obligés de prendre notre douche à l’eau froide... Brrr
C’est dans des cas comme celui-là qu’on se rend compte à quel point on est dépendant. Je suis sûr qu’on vivrait beaucoup moins cela comme un drame si ces coupures étaient plus fréquentes. On prendrait l’habitude de développer des stratégies, des trucs pour ne pas être coincés. On anticiperait, on prévoirait, on s’en sortirait beaucoup mieux. On prévoirait d’aller couper des rondins à la hache, d’aller casser la glace pour tirer des seaux du lac et les réchauffer dans des bassines de grand-mère. On prévoirait de sortir du fumoir le cochon que nous avions tué l’an dernier. Ah, tout ce qu’on prévoirait....
Samedi, en revanche, nous avions l’air très bête devant nos deux bougies qui faisaient tristement vaciller sur le mur nos ombres accablées....
Et encore, le pire nous a été évité : la panne est survenue en plein jour, à un moment où nos volets électriques étaient OUVERTS.... La nuit, ils se ferment automatiquement..... Et si l’électricité avait été coupée alors qu’ils étaient en position basse, alors il aurait fallu attendre, enfermés à double tour dans notre cocon-prison....
Heureusement qu’on y est bien.
19:27 Publié dans Lancelot et TiNours | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : panne, edf, tempête
dimanche, 25 janvier 2009
Conseil de classe, ou la Star-Ac bis
Depuis que je suis prof, j’ai été plusieurs fois étonné d’entendre des élèves me trouver des ressemblances avec Pierre et Paul : j’avais déjà évoqué ça il y a quelques mois, dans une autre note. Un coup Philippe Dana, un Kou Elie Kakou… : selon moi, je ressemble à peu près autant à ces gens qu’à Line Renaud… Enfin bon c’est marrant et ça distrait : on scrute les photos, on se dit : la coupe de cheveux ? la courbe du sourcil ? la couleur des yeux...? On se fait sa petite crise de narcissisme et on finit par ranger miroir mon beau miroir... Suis-je la plus belle du pays... ? BOFFF...
Vendredi soir, conseil de la classe de BTS. Le CPE, Jacques, est un super-beau mec dont toutes les filles sont amoureuses. Avant qu’on ne commence, je m’assois à côté de lui, car je ne veux rater aucune information concernant la vie scolaire qu’il pourrait donner pendant la réunion : c’est très important et je prends mon travail très à cœur, vous savez....
Il me regarde en souriant et me dit : « Lancelot, je viens d’avoir un entretien avec la mère d’une fille de Terminale X »
Moi : « Ah.... ? » (Intérieurement : Qu’est-ce qu’on va me reprocher, encore... ? De l’avoir traumatisée avec trop de théâtre... ?)
Jacques : « ...et la mère dit que selon sa fille il y a un des professeurs de la classe qui ressemble à Nikos Aliagas. J’ai passé la liste des profs en revue, ça ne peut être que toi... »
Moi : (le regard bovin) : « Aaah... » (à ce moment-là, j’étais surtout émoustillé à l’idée que Jacques pense qu’il ne pouvait « s’agir que de moi », Hummm.... Qui ça aurait pu être d’autre, d’ailleurs ? Le prof d’histoire-géo est gros comme une barrique, le prof de maths est un roudoudou sénile, et le reste, c’est une bande de vieilles toupies. Ah non c’est vrai ! Il reste le prof de philo qui, lui, est tout à fait présentable...)
Moi (hypocritement modeste) : « Mais c’était peut-être à Thomas, le prof de philo, qu' elle faisait allusion... »
Jacques : « Ah non ce n’est pas possible, parce qu’il était présent en tant que professeur principal lors de l’entretien, donc je ne pense pas que la mère aurait dit cela s’il s’était agi de lui. »
Livia, la prof d’espagnol, intervient : « Mais qu’est-ce que vous avez comme ça à rigoler tous les deux ? »
Moi : (avalant modestement ma salive) : « Ah ben Jacques vient de me raconter que d’après une élève de terminale, je ressemble à Nikos Aliagas ! »
Livia : « Mais non, enfin Lancelot, tu es beaucoup plus beau que lui... »
Moi (dégoulinant de satisfaction mal dissimulée, je me retourne vers Jacques ) : « Ah tu as entendu, d’après Livia je suis beaucoup plus beau que lui... »
Jacques : « Ca je ne pourrais pas te dire, moi t’es pas mon genre... »
ET PAN ! Prends-toi ça dans les gencives. Ca m’apprendra à garder mes distances avec les beaux CPE sexy. Du coup, je ne lui ai même pas fait du genou pendant le conseil. Petit con, va.
Bah, quand l’ego, les chevilles (et le reste...) enflent trop, c’est bon de les doucher.... Ca remet les choses en perspective...

22:14 Publié dans Lancelot joue au prof | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : starac, nikos akliagas, conseil de classe, cpe
mardi, 20 janvier 2009
Lancelot courroucé, exaspéré, et très colère
Il y a quelques jours, Caroline, une collègue de français très discrète et gentille, avec qui j’ai en commun ma classe de première T, m’avait contacté pour me demander si je pourrais lui laisser exceptionnellement une heure de cours avec ces élèves, un jeudi matin.
Le jeudi, elle a cette classe de 9h à 11h. Moi, je les ai de 8h à 9h. Donc si je lui laissais ma tranche horaire, elle pouvait organiser avec eux un devoir écrit de trois heures. Ce qui serait très propice pour les préparer au bac français sans attendre le (seul) bac blanc organisé pendant l’année par l’administration.
Je n’avais pas de devoir prévu avec eux ce jour-là, et je ne suis pas en retard sur mon programme en anglais. Je lui ai donc dit que c’était OK en ce qui me concerne. J’aurais pu assurer la surveillance de 8h à 9h, mais comme elle n’a pas cours à cette heure-là, elle me dit « Ne t’en fais pas, je les surveillerai moi-même ». Parfait, donc.
Et comme nous voulons faire les choses dans les règles, elle est allée prévenir le proviseur adjoint. Je n’ai plus pensé à cette histoire jusqu’à hier, lorsque j’ai reçu un mot de Caroline dans mon casier : « Je suis obligée d’annuler le devoir de jeudi, le proviseur adjoint refuse, il ne veut pas que les élèves manquent une heure d’anglais LV1. »
La connerie à l’état brut, vous connaissez ?
Les professeurs concernés sont d’accord, il n’y a pas de problème de logistique (salle ou horaire), les élèves seraient en classe et surveillés, et l’entraînement à l’épreuve serait bénéfique pour eux.
Non, c’est "non".
Que se cache-t-il derrière ce « non » ?
Je m’en doute un peu : tout simplement, l’idée désagréable et terrible que Monsieur Lancelot serait payé pour une heure, le jeudi matin, qu’il n’assurera pas. Le fait que Madame Caroline fasse, elle, une heure en plus, et que donc nous ne pillons pas les caisses du budget de l’EN pour tirer au flanc, n’entre pas en ligne de compte. Mercredi après-midi dernier, je suis allé au lycée pendant 3 heures pour assurer la surveillance d’un devoir d’anglais pour les terminales, que je ne pouvais absolument pas placer ailleurs. Les élèves ont un peu maugréé, mais ils se sont prêtés au jeu gentiment, parce qu’ils savent que c’est pour leur bien que j’organise ça, sur mon temps libre et le leur. Bien évidemment, je n'ai touché aucune heure sup ni aucune gratification pour cela. C’est à l’œil. Je m’en fous, ça me permet d’entraîner les élèves. Ce n’est pas dramatique, une fois de temps en temps.
Eh bien non. S’il s’agit de faire cadeau d’une heure d’anglais à la prof de français qui en a besoin, non. J’avais déjà eu le même problème l’an dernier, toujours dans le même contexte, pour le même motif, quand j’avais voulu piquer des heures à la prof de philo (qui était d’accord) pour faire des devoirs en terminale. « Non non… On ne peut leur enlever des heures comme cela »
Et face à la connerie, comment est-on censé réagir ?
Je pense qu’un plan B s’impose : je vais recontacter Caroline pour lui dire qu’on n’a qu’à organiser le devoir sans rien dire à l’administration, qui (à condition de prendre certaines précautions élémentaires) ne s’apercevra strictement de rien. Il y a des jours où honnêteté rime avec imbécillité. Vive la roublardise.
21:42 Publié dans Les humeurs de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : administration, en, élèves
dimanche, 18 janvier 2009
Chocolate dream
La nuit dernière, j’ai rêvé que je me délectais de gâteaux au chocolat.
Au réveil, aucune frustration comme cela arrive souvent après un rêve agréable, quand on se dit : « Ah zut, ce n’était pas pour de bon… ». La sensation de satiété, d’apaisement était là. Et aucune calorie ingérée ! Géant non ? Un système à faire breveter chez Weight Watchers.
C’était un samedi matin. Ca tombait bien, j’ai pu prendre le temps de raconter mon rêve à TiNours, après lui avoir souhaité le Bonjour
16:16 Publié dans Les extases de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : rêve, chocolat
vendredi, 16 janvier 2009
Résurgences, réminiscences et récurrences
En ouvrant MSN il y a une semaine exactement, je vois surgir en liste un pseudo, une photo qui m’occasionnent un petit sursaut. Tiens… ?
Je ne l’avais pas vu depuis des mois et des mois. Très exactement, nous nous étions rencontrés sur un réseau en août 2007. Le courant était passé, et on s’était très vite proposé de communiquer via MSN. A l’époque, il habitait Toulouse, montait sa propre boîte et son site informatique, et était célibataire. On avait passé plusieurs heures, étalées sur plusieurs jours, à nous parler de nos vies respectives. On avait, comme cela arrive souvent dans ces cas-là, de nombreux points communs, au nombre desquels les plus bêtes et les plus amusants : notre parfum de glace préféré (vanille-framboise avec des éclats de meringue, pour ne pas le nommer…), Barbra Streisand, aussi. Il connaissait lui aussi la plupart de ses CD et on avait apprécié de se les repasser ‘en live’ tout en discutant. D’où le thème musical que j’ai choisi pour accompagner cette note. Mais il y a plus que cela dans mon choix de cette chanson.
Il m’avait terriblement touché par sa gentillesse, sa sensibilité à fleur de peau. Une fois, certaines choses que je lui avais dites l’avaient fait pleurer, à mon grand affolement. Je n’aurais jamais pensé qu’appuyer sur certains « boutons » déclencherait une réaction pareille. Le décès de son père, tout récent, en était la cause. Je m’étais excusé. Difficulté de ne jamais savoir exactement comment avancer, dans ce style de rapports.
Une intimité très douce s’était créée. Comment donner un nom à ce style de relation, qui n’est pas encore de l’amitié (car la mise en place d’une amitié prend davantage de temps) ni de l’amour (puisqu’on en reste aux échanges virtuels) ni de la tendresse (qui exige, elle, un engagement plus sérieux, une proximité plus étroite). Il est difficile de délimiter des zones claires dans une géographie sentimentale quand les choses se mettent en place de cette façon-là. Si on a eu des échanges préalables (rencontre physique, ou sur blog) les paramètres de départ sont différents. Mais là… même s’il n’est pas question d’amour, ou même de ‘liaison’, les frontières des sentiments restent floues et mal définies. C’est peut-être ce qui fait l’attrait de ces dialogues, de ces rapports, avec des gens qui étaient de parfaits inconnus la veille. Pouvoir entretenir une ambiguïté que barricade l’obstacle de l’écran, du clavier, du virtuel.
Nous avions donc longuement échangé, parlé de tout et de rien, de choses légères ou fondamentales, ou les deux à la fois, par le biais du net. A l’époque de notre rencontre sur le web, il m’avait donné quelques conseils techniques pour l’ouverture de mon blog. Je butais sur des détails. Il m’avait aidé gentiment. En tout, nos dialogues avaient dû s’étaler sur deux semaines. Intenses. Je disposais de temps car j’étais en vacances, et lui était souvent connecté pour travailler sur son site. Les conditions étaient donc propices aux échanges.
Et puis, un jour, il a disparu. Au départ, cela n’a pas été un choc parce que je venais de faire la rentrée, et j’avais donc d’autres préoccupations. Mais ensuite, sollicité par moi en e-mail, il m’avait répondu pour me dire qu’il venait de rencontrer un mec au Mans, qu’il emménageait avec lui et qu’il préférait en conséquence fuir l’ « ambiguïté » de ces échanges, justement. Soit. Encore une fois, ce que j’ai le plus regretté dans l’interruption de nos relations, ce n’était pas tant de ‘passer à la trappe’ que de ne plus pouvoir savoir ce que LUI devenait.
Aujourd’hui, son mec et lui viennent de se séparer, et il quitte le Mans pour redescendre sur Toulouse.
Les circonstances liées aux rencontres de la vie, on a, enfin, en tout cas moi j’ai, tendance à les analyser comme on lit l’horoscope : non, on ne croit pas aux signes (« Omens », vous vous souvenez ?) mais on aime à en voir ici et là, et à les disséquer, quelquefois, pour chercher des liens, des correspondances, des échos.
Il était présent lors de l’ouverture de mon blog.
Il avait un genre physique particulier.
Surtout, il avait un prénom particulier. Et ce prénom, bizarrement, je l’avais oublié lors des mois qui ont suivi notre mode « mise sous silence ». C’est la semaine dernière, lorsque j’ai vu ce nom ressurgir en même temps que lui, sur MSN, que j’ai sursauté. « Ah oui, c’est vrai... ».
Je lui ai touché quelques mots de cette coïncidence un peu bizarre, mais cela l’a fait rire « Il y a plein d’ânes qui s’appellent Martin » m’a-t-il dit.
Oui, peut-être.
Mais le voir ressurgir aujourd’hui, et pas en mars, en juin ou en septembre, pour moi, c’était comme si un écho ressurgissait. Le retour du passé pour clôturer un épisode du présent. Le présent qui devient passé à son tour. Un lent mouvement de rotation auquel j’ai envie d’accrocher mon étonnement. Même si cela n’est qu’une série de coïncidences idiotes et sans portée réelle, peu importe. Je suis seul apte à en apprécier la valeur, puisque c’est moi seul qui suis au centre de ce cercle. Y chercher une signification, un ordre quelconque, c’est apaisant. Se dire qu’il y a un « au-delà » aux choses, une répétitivité de la vie, un reflet des mouvances. Si l’on sait lire les signes, on apprend à mettre tout ça en perspective. Il y a eu un « avant », il y aura un « après ». Les choses sont exactement comme elles doivent être. Tout est juste en ce monde. Non pas celui qui m’entoure, mais le mien. Mon monde intérieur, reflet, conséquence de l’impact que les évènements extérieurs ont sur moi. Il suffit de savoir accorder la vibration du diapason. Il y a eu Avant, il y aura Après. Et entre les deux, moi pour tisser des liens, établir les concordances, trier les faux échos des vrais, réorganiser l’univers pour parvenir à le considérer, non plus comme un maelstrom hostile, mais comme un enchaînement limpide de faits logiques et bienveillants.
« Seasons keep spinning on the wheels of time
We stand, we fall,
We struggle up the mountains we must climb.
Different dreams may colour what we see ahead
But our lives are strong together on a common thread…”
Je ne joue pas à la cartomancienne, ni à l’haruspice : ces concordances dont je parle, encore une fois elles ne concernent que moi. Si je crois pouvoir les analyser, et en tirer des leçons pour moi-même, je ne prends pas le risque de commettre une erreur sur qui que ce soit. Même pas sur moi. Parce que je conserve suffisamment de détachement et d’amusement pour mettre cela en perspective. Admettre qu’il y a un ordre aux choses, oui. Essayer de bouleverser cet ordre, non. L’impact positif, c’est que la prochaine fois, je saurai. C’est tout.
« Round and round and round and round we go…
Love and learn and change and grow
Round and round and round we go…”
Un mec, donc, avec qui j’avais énormément échangé, il y a un an et demi, sur MSN. Avec qui j’avais tissé des liens de complicité, d’intimité. Qui avait disparu sans crier gare, pour ressurgir, tout aussi soudainement, il y a une semaine. Que j’ai retrouvé avec autant de bonheur qu’au début, sans qu’apparemment rien n’ait changé à notre plaisir de nous retrouver pour discuter.
Une joie virtuelle. Tout comme le plaisir de raconter sa vie sur un blog. Ou de lire un livre qui nous plaît. Ou de visionner un film qu’on apprécie. Ce bonheur, nous le créons, ou en tout cas essayons de le recréer, au quotidien, égoïstement, pour nous-mêmes, en relation avec les autres, ou pas. La virtualité n’enlève rien à sa valeur. Bonheur est par essence virtuel.
19:47 Publié dans Les vagues à l'âme de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : msn, chat, contacts virtuels
jeudi, 15 janvier 2009
Le Prisonnier, Au Coeur du Temps, et autres contes.
Ce matin, sous la douche, j’entends à la radio que Patrick McGoohan, interprète principal, scénariste et producteur de la série britannique « The Prisoner » (Le Prisonnier) est mort à 80 ans. La série (en 17 épisodes) relatait les aventures d’un agent secret (espion ?) un jour transporté à son insu dans un village en un endroit (pays ?) inconnu, où tous les gens vivent dans un confort relativement agréable mais ne peuvent s’enfuir d’une enceinte délimitée. Ils sont tous des « numéros ». Notre héros est donc le numéro 6. On ne cesse de vouloir lui extorquer des « informations » (lesquelles ? Mystère…) qu’il refuse de livrer. Il cherche toujours à entrer en contact avec le numéro 1 (le chef probablement) sans y parvenir, ou à s’échapper, sans plus de succès. Ses tentatives semblent sans cesse être sur le point d’aboutir mais à la fin de chaque épisode il est inexorablement ramené à son point de départ.
Je me garderai bien de faire l’apologie de cette fameuse « série-culte » des années 60, adorée par des milliers de fans. Personnellement, je me souviens que lorsqu’il m’arrivait, gamin, d’en voir un épisode, je trouvais l’ensemble super-angoissant, dérangeant et déplaisant. Les tentatives de fuite du héros, toujours stoppées net par cette espèce de bulle blanche cauchemardesque qui se lançait à sa poursuite et l’étouffait, mais surtout ce village qui me rappelait un terrain de golf à cause de ses ridicules voiturettes électriques, la jovialité forcée des habitants, et enfin l’éternel recommencement forcé à chaque fois me donnaient envie de hurler. Oui, youpi, c’était cela qui était voulu par les scénaristes : « En fait, chacun peut voir dans Le Prisonnier ce qu'il a envie d'y voir. Le Village ne serait-il pas le symbole de la condition humaine, et le Numéro 6 le pauvre humain qui cherche, sans toujours y parvenir, à lui donner du sens ? Ce Numéro 1 qu'on ne voit jamais (sauf au dernier épisode) n'est-il pas une allégorie de Dieu, et les Numéro 2 qui se suivent et ne se ressemblent pas une personnification, par exemple, de tous ceux qui de façon contradictoire au cours des âges ont affirmé agir en son nom ? C'est en tout cas l'une des hypothèses possibles parmi bien d'autres. » . Je cite Wikipedia. Je ne lancerai pas mes propres interprétations métaphysiques, j’en serais bien incapable. Quand j’avais six, sept ans, j’étais loin de pouvoir analyser de semblables allégories, ou métaphores, comme vous voudrez, et je pouvais seulement me dire que tout ça n’avait pour moi ni queue ni tête, que je rêvais seulement de voir l’épisode ultime où enfin ce brave Numéro 6 parviendrait à se barrer, et nous débarrasser l’écran, espoir régulièrement déçu.
Cependant, les séries des années 60, ah, quel beau sujet de conversation ! Il y a quelques années, pour mon anniversaire, TiNours, connaissant ma passion pour toutes ces bêtises, m’avait offert un livre : « Les grandes séries américaines des origines à 1970 ». Je lui avais sauté au cou, il ne pouvait pas mieux trouver pour me faire plaisir. Le bouquin, riche en photos et très documenté, passe en revue origines, fiche technique, liste des épisodes, jugements appréciatifs, dates de diffusion en France et aux USA, et c’est donc, au final, une mine de renseignements passionnants pour les ‘aficionados’ de Bonanza, Daktari, Les Envahisseurs, Hawaii Police d’Etat, Ma Sorcière Bien Aimée, Mannix, Mission Impossible, les Mystères de l’Ouest, Star Trek, et autres Zorro.
Je me souviens des ‘lendemains’ de diffusion, à l’école : « Et tu as vu quand l’araignée géante est sur le point de les bouffer ? » « Putain quand le mec essaie de désamorcer la bombe j’étais sûr qu’il allait y passer ! « « Ah si seulement on pouvait remuer son nez comme elle pour que nos divisions se fassent toutes seules… » etc etc… De six à douze, treize ans environ, avec un pic vers l’âge de dix ans, mes copains de classe et moi, on fonctionnait au carburant de séries TV idiotes et on les revivait par la parole pour raviver le plaisir des yeux et des oreilles et de l’esprit, éprouvé la veille. A l’époque, pas de magnétoscopes, pas de DVD, pas d’internet. Un épisode d’une série culte, on ne pouvait le rater, il n’y avait pas de rattrapage possible ! On épluchait les programmes télé, on faisait toujours très attention à l’heure, quelquefois on se réunissait à plusieurs chez un pote pour voir un épisode et le commenter ensuite. Sans web, on avait peu accès à la biographie, filmographie des acteurs, alors on extrapolait surtout sur leurs personnages. Pour les malheureux qui n’avaient pas la chance d’avoir deux téléviseurs à la maison, c’étaient des drames si les parents voulaient en même temps voir autre chose sur une autre chaîne. Pour ma part, dans ce style de cas, je filais souvent chez ma grand-mère qui habitait le rez-de-chaussée de notre maison, et qui était pleine d’indulgence pour me laisser regarder les Mystères de l’Ouest, Mission Impossible, ou Chapeau Melon et bottes de Cuir, devant lesquels elle s’endormait régulièrement.
Ma série préférée, un peu moins connue que celles citées dans la liste au-dessus, s’appelait ‘Au Cœur du Temps’ (« The Time Tunnel »). C’était l’histoire d’un gigantesque complexe scientifique caché dans les sous-sols de l’Arizona, où des savants avaient installé une machine à voyager dans le temps, un tunnel, en français le « Chronogyre ». Ils avaient envoyé dans le temps deux savants, Tony Newman et Doug Philips, qui voyageaient d’une époque à l’autre au fil des épisodes, en essayant de sauver les gens de catastrophes diverses (le naufrage du Titanic, la chute de Troie, l’attaque de Pearl Harbour, l’explosion de volcan Krakatoa, le massacre de Little Big Horn). Les autres savants, restés en 1968, époque de départ, essayaient bien de les ramener mais n’y parvenaient pas pour des raisons techniques, et faisaient quelquefois revenir par erreur dans le chronogyre des personnages du passé ou des objets divers (un soldat troyen, un Indien, un pirate, et même une bombe à retardement).
Je RAFFOLAIS littéralement de cette série. Je n’en ratais pas un épisode. Avec mon voisin on s’amusait même à tout rejouer le mercredi suivant : lui c’était Tony et moi Doug, celui des deux savants que je préférais. J’avais même entamé courageusement une entreprise qu’avec du recul je trouve titanesque, pour le gamin de huit ans que j’étais : retranscrire chaque épisode comme une histoire après l’avoir vu. A raison d’un par semaine (ça passait tous les dimanches soirs sur TMC) j’ai bien sûr été rapidement débordé et j’ai dû abandonner, découragé, après cinq ou six « retranscriptions » maladroites.
Mais encore une fois, je souris avec attendrissement au souvenir de ce petit garçon qui, en déployant d’énormes efforts de mémoire et de concentration, cherchait à immobiliser son émerveillement d'un soir sur le papier, à défaut de ne pouvoir voyager lui-même dans le temps. Ca me fascinait comme idée. Quel pied ! Et puis, les paradoxes que cela pouvait occasionner, c’était passionnant. Dans l’épisode sur Pearl Harbour, Tony rencontrait son double en 1941, lui-même, un enfant de huit ans, justement. Et il lui parlait, et il SE parlait ! Moi, j’ouvrais devant l’écran des yeux grands comme des étoiles. Je savais que c’était impossible, mais ce rêve-là, il était trop beau, il fallait l’immortaliser ! J’écrivais, je gribouillais frénétiquement, dans tous mes moments libres. J’étais régulièrement déçu du résultat, bien sûr. Mes mots, pâteux, mouillés, n’étaient jamais capables de traduire la magie qui avait lieu derrière l’écran. Tout a dû finir un jour à la poubelle.
Aujourd’hui, c’est trop facile. J’ai retrouvé sur le web « tombés d’un camion virtuel » comme dirait Panama, tous les épisodes que j’avais particulièrement aimés. Toutes les photos sont là, facilement accessibles. Les synopsis, les biographies des acteurs, en un clic sur Wikipédia. On m’aurait mis ça dans les mains quand j’étais enfant, j’aurais eu l’impression d’ouvrir la porte du Paradis.
Ce qu’il faut, en définitive, c’est se débrouiller pour que notre machine à voyager dans le temps personnelle, qu’on réactive régulièrement, à travers nos neurones, et qu’on affine parfois, par le biais de certaines de nos notes sur le blog, ne rouille jamais. Ne pas rester coincé, comme ce pauvre Numéro 6, dans le village du présent, et continuer à naviguer de souvenirs en espérances, de réminiscences en perspectives, entre passé et futur.
« Je ne suis pas un amnésique, je suis un blogueur libre ! » Na.

19:45 Publié dans Série télé | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : patrick mc goohan, le prisonnier, au coeur du temps, enfance, souvenirs
lundi, 12 janvier 2009
Tendresse des saveurs
Pour déroger à la tradition de la fiesta entre amis, et aussi parce que cette fois je n’avais pas envie d’investir dans des bougies dont le nombre commence à devenir ruineux au fil des ans, nous avions décidé, TiNours et moi, de nous faire un restaurant, une soirée entre nous, samedi dernier.
Le chic du chic, sur Montpellier, c’est le Jardin des Sens, mais beaucoup de copains m’ayant dit que même si les plats servis là-bas étaient fins et excellents, la qualité et le cadre n'en justifiaient pas un prix élevé (100 euros par convive, en moyenne, vin non compris…), on a donc fait quelques investigations supplémentaires sur internet. Rien de bien concluant, jusqu’à ce que je contacte une « valeur sûre » : Noël et Mimi, qui aiment souvent se déguiser en inspecteurs du Gault et Millau pour écumer la région. Leur avis valait son pesant de foie gras. Contacté par e-mail, puis par téléphone, Noël m’a aimablement conseillé plusieurs autres alternatives accessibles du point de vue budget, et notamment un « outsider » intéressant : Prouhèze Saveurs, situé un peu à l’extérieur du Centre Ville. Je vérifie sur leur site (ah, que ferait-on si internet n’existait pas, de nos jours !). Le cadre avait l’air plaisant (même si très vaste, au premier coup d'oeil), les prix raisonnables, la carte alléchante, et, cerise sur le gâteau d’anniversaire, ce n’est pas très loin de la maison.
Nous y sommes donc allés sur le coup des 21 heures. La nuit était parfaite pour l’occasion, à mon goût. Lueur glacée des étoiles dans un froid diamant, pleine lune inondant la route de clarté, ciel noir-bleu sombre comme je l’aime. Un inconvénient (de taille) : l’établissement ne comporte pas de parking et est situé en bordure d’une route où toutes les places sont déjà occupées, probablement par les habitants des maisons environnantes. Le bowling, à proximité, fait payer le stationnement (pas fous, ils doivent avoir l’habitude des « squatteurs » dans le coin). On a heureusement pu se rabattre sur un petit supermarché, dans le secteur, et rafler une des (deux) dernières places disponibles.
Il m’est rarement (jamais, je crois) arrivé de décrire ici un bon repas en détail, comme savent si bien le faire Fiso, ou Calyste, ces Epicuriens de l’Assiette (entre autres !). Mais vous avez compris que sur cette occasion-là, j’aimerais essayer de me lancer dans cet exercice. Le cadre était intime à souhait, contrairement à ce que craignait mon TiNours qui trouvait que sur le site les salles avaient l’air belles mais immenses. Nous nous sommes retrouvés confortablement placés autour d’une table pour deux dans un petit salon aux murs de pierre, juste à côté d’une majestueuse cheminée. Service discret, rapide, et efficace. Mis de bonne humeur par deux kirs, nous avons examiné la carte, très variée. Alors que d’ordinaire nous sommes très amateurs de poisson et coquillages, encore une fois ce soir-là nous avons changé nos habitudes. Influence moyenâgeuse des pierres de la cheminée, sans doute, nous nous sommes voluptueusement enfoncés dans le terroir : boeuf en entrée et cochon en sortie pour Tinours. L’inverse pour moi. Un principe chez nous : sauf circonstances exceptionnelles, ne jamais prendre la même chose que l’autre, pour pouvoir se faire goûter mutuellement nos plats, voire échanger nos assiettes au milieu du repas (oui je sais, ces gens ne sont pas sortables…).
Mon entrée, très originale, était servie dans une sorte de petit chaudron. Des oreilles de cochon grillées (la seule idée m’amusait) accompagnées d’un œuf cassé et de mesclun. Plat agrémenté de champignons. Le mélange était parfait. La consistance des oreilles rappelait un peu celle de la tête de veau, et se mariait admirablement avec la douceur des cèpes et de l’œuf. La salade rehaussait le goût de l’ensemble. La terrine de bœuf de l’Aubrac choisie par mon z’om était froide, elle, très goûteuse, et sa sauce gribiche la relevait très plaisamment. Deux entrées parfaites pour nous mettre en appétit. On a donc enchaîné, toutes papilles déployées, sur un pied de cochon (encore !) désossé et farci, accompagné de pommes de terre au lard, pour Lui. Et, pour Moi, une blanquette de joue de bœuf (encore ! Nous avons fait un vrai massacre chez ces pauvres bêtes…) « cuite huit heures » (et engloutie en 15 minutes par votre serviteur) avec une sauce aux truffes, accompagnée de purée : le clou incontestable du repas, selon moi. Le bœuf fondait sur la langue, la sauce faisait exploser une multitude de saveurs forestières en bouche, et la purée, ce qu’elle était douce ! Une vraie merveille. Nous avons arrosé cela d’une bouteille de Carignan, vin rouge point trop fort. On a bien fait. La nourriture était suffisamment enivrante, et j’étais dans un état de semi-euphorie très plaisant. Le dessert (plateau de fromages et verrine de tarte au citron meringuée) était bien évidemment de trop après la fanfare calorique de l'heure précédente, mais, baste ! La soupe de légumes, ce serait pour le lendemain...
Regarder les gens autour de nous. Essayer de deviner qui en est, qui n’en est pas. Discuter et fou-rire des collègues de travail de TiNours, un vrai « soap » que je raconterai peut-être un jour sur ce blog. Evoquer les possibles destinations pour les prochaines vacances de février. Retrouver, par le biais de ces plats bien estampillés « France du terroir » des souvenirs de scènes d’enfance, passées dans la ferme des grands-parents, d’un côté ou de l’autre. Même si nous vivons ensemble depuis seize ans, je suis toujours surpris de voir qu’il reste encore et toujours des recoins de nos passés mutuels à explorer, à raconter à l’autre. Pétillances d’idées. Valses des réminiscences. Fragrances de sensations. Jouer à la confrontation des mémoires. « Le mois où je suis né, toitu… » « L’année où tu passé le bac, moijeu… » . Ces méandres nous ont souvent conduits à des surprises étonnantes. Non, contrairement à ce qui m’est arrivé avec d’autres personnes, TiNours et moi ne nous étions jamais « frôlés » dans l’espace de nos vies respectives, « avant ». On progressait, simplement. Deux nuages légers qui avançaient l’un vers l’autre. Sans hâte, mais inexorablement, je crois. Et ce soir, quand je regarde sa main posée sur la nappe près de la mienne, ou quand je relève mon regard dans le vert de ses yeux, je me dis que nous avons la chance des gens simples.
Ressortir dans la nuit glaciale et frissonner du plaisir de l’anticipation de la chaleur de la couette qui nous attend, douce, chez nous. Enfin, éteindre la lampe sur cette soirée parfaite.
18:32 Publié dans Lancelot et TiNours | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : restaurant, anniversaire
samedi, 10 janvier 2009
10.01, inexorable date-palindrome
En furetant par-ci par-là, je découvre que :
-le renversement de la dynastie Han en l’an 9
-la fondation de l’Ordre de la Toison d’Or par Philippe le Bon en 1430
-l’annulation du mariage de Napoléon et Joséphine en 1810
-la répudiation de la dette du régime tsariste par Lénine (et le début des emmerdes pour les porteurs d’actions français qui avaient contracté des emprunts russes) en 1918
-l’offensive américaine à Guadalcanal en 1943
-la première d’ 'Apostrophes', de Bernard Pivot en 1975
-la promulgation de la loi Evin en 1991
-le retrait de la Corée du Nord par rapport au traité de non-prolifération nucléaire en 2003
...et que les naissances de :
-Raspoutine
-Sal Mineo (acteur américain qui a joué dans ‘la Fureur de Vivre’ aux côtés de James Dean)
-Rod Stewart
-Sapho
-Philippe Courroye
...ont eu lieu un 10 janvier.
Si j’examine les évènements, il n’y a pas beaucoup de bonnes nouvelles dans la liste, à l'exception des débuts d’Apostrophes et de la loi Evin. Quant aux célébrités : j’aime beaucoup Rod Stewart, soit. Sapho, bôf. Le juge, euh ! Il y a du bon et du mauvais dans son parcours. Restent Raspoutin et Sal Mineo : brrrr : morts tous deux assassinés….
Bon, prenons-en notre parti :
Je suis sur la liste moi aussi.
Un animal d’hiver.
Qui aime se tapir dans sa tanière
Qui adore hurler en des occasions diverses et variées
(mais qui montre rarement les dents)
Qui n’aime pas du tout courir en meute, toutefois
Et qui blanchit aux tempes en vieillissant.
Quelques flocons de neige et un an de plus.

00:08 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : anniversaire, 10 janvier
