mardi, 27 janvier 2009

Présidents et serments

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"I, Barack Hussein Obama, do solemnly swear that I will faithfully execute the Office of President of the United States, and will to the best of my ability, preserve, protect and defend the Constitution of the United States."

Mercredi dernier Barack Obama a prêté serment pour la deuxième fois. Il y avait eu un cafouillage lors de la cérémonie d’investiture, la veille. Le nouveau président est censé répéter le serment après le chef de la Cour Suprême. Or John Roberts avait récité dans le désordre le texte solennel prévu par la Constitution. Il avait placé le terme « faithfully » après « President of the United States », et non pas avant comme écrit dans la loi fondamentale.

Obama s'était interrompu, avant que Roberts ne répète le morceau de phrase, à nouveau dans le désordre. Obama avait obtempéré et fini son serment tel qu'il l'avait entendu. Par souci de précaution, et pour éviter toute contestation ultérieure, le Président a juré une deuxième fois, le lendemain, en respectant le texte constitutionnel à la virgule près.

Ce qui pourrait apparaître aux yeux de nombre de Français comme une cérémonie un peu désuète, entourée d’un luxe de garanties inutiles, est en fait une coutume profondément enracinée dans la culture américaine. Investiture. C'est à cet instant que le Président américain élu se trouve investi de sa charge et des pouvoirs qui l'accompagnent. Investi. La fonction habite le Président ; ce n'est pas le Président qui habite la fonction –vous voyez à qui je pense...

 

Les présidents américains jurent sur la Bible. Une coutume qui là aussi fait régulièrement couler beaucoup d’encre et de salive. Les premiers ‘Pilgrims’ (colons fondateurs) en Amérique, échaudés par les persécutions dont ils avaient fait les frais en Europe,  avaient insisté sur la nécessité fondamentale de séparer affaires politiques et religieuses. Alors, pourquoi ce paradoxe ? On peut considérer douteuse la source mystique de pouvoir conféré par le serment, mais la qualité du témoin - celui devant lequel on jure- n'est pas sans influence sur la source de la légitimité. Car la référence à Dieu revêt ce caractère sacral originel. Et il n'est pas mauvais que la fidélité aux institutions soit empreinte de sacralité. C’est bien un athée qui vous parle.

 

Le Président de la République, en France, n'est pas investi autrement que par quelques coutumes protocolaires (dont la passation de pouvoir par son prédécesseur). Il ne prête pas serment. On peut s’en réjouir, trouver le rite américain du serment hypocrite et archaïque. Et pourtant... Lors des cérémonies du 16 mai 2007 en France, on avait assisté à une magnification de l'homme et de sa famille... Une allégeance de tous au monarque plutôt qu'une allégeance du président à la nation. Un apparat dont les Américains eux-mêmes ne sont pas exempts, soit. Mais en France, à trop vouloir écarter toute coutume  considérée vieillotte, on finit par perdre de vue l’importance, la solennité de la fonction. Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit : je ne phantasme pas sur l'idée de faire jurer le président français sur la Bible. Je ne m’appelle pas BouTin. Mais ne pourrait-on imaginer un serment présidentiel, qui soit à la fois empreint de laïcité et de solennité ? Entre le sacre des Rois d’autrefois, qui montrait que la personne royale empruntait son pouvoir à la puissance divine, et notre système actuel où l’on s’en remet entièrement à la raison et l’équilibre supposés d’un président français investi (avec les résultats que l’on sait, 20 mois plus tard...) il existe de nombreuses variantes. Tenter de concilier un certain sérieux, et, je n'ai pas peur de le répéter, une certaine solennité, avec la vie moderne et les nécessités du XXI° siècle, est-ce un défi impossible ?

D'accord : on sait très bien ce que valent ces serments une fois prononcés, que ce soit devant Dieu ou pas. Ils n’ont jamais empêché aucun roi, aucun monarque, ni surtout aucun président, de ce côté-ci de l’Atlantique ou de l’autre, de mentir ou de tricher. Mais j’ai envie de dire « peu importe ». Le sérieux, le poids, la portée de la fonction, doivent demeurer, perdurer, tout au moins d’un point de vue symbolique, même en 2009. Tous ces termes me paraissent bien oubliés, désuets depuis quelques mois. Le mot « institution » n’est pas seulement synonyme de poussière et d’odeur d’encens. Lorsque l’audiovisuel public, le tribunal de grande instance, la possibilité pour les députés d’un parti adverse de faire entendre leur désaccord sont assujettis à la seule approbation d’un chef d’Etat et de son parti, peut-on encore rire et prôner ce genre de modernisme ?

 

 

Commentaires

Bible ou pas bible, en France on a bien une histoire de collier de je ne sais pas quoi qui est remis au Président. Pour moi, ça n'est que folklore de cérémonie, pas davantage. Sans doute, ça doit flatter un ego qui déjà n'est pas de petite taille.

Ecrit par : Olivier Autissier | mardi, 27 janvier 2009

Mais quelle valeur auront les mots si on les dit juste pour perpétuer la tradition et la solennité de l'instant ? Par respect pour nos amis les vocables, ne devrait-on pas les conserver pour les occasions où ils ont un sens, où ils sont respectés et où ils ne seront pas contredits par la pensée ?

Ecrit par : Allégrion | mardi, 27 janvier 2009

@ Olivier : Un collier ? Je n'en avais pas entendu parler... En l'occurrence, il faudrait y ajouter une niche et un nonoss en plastique... pour le roquet en exercice, ce serait parfait... LOL

@ Allegrion : Une occasion où "les mots ont un sens, où ils sont respectés et où ils ne seront pas contredits par la pensée" ? Ca existe, ça ? Sur quelle planète...?

Encore une fois, je ne me fais aucune illusion sur les retombées concrètes du serment en question, mais encore une fois je dis : PEU IMPORTE. Il serait là, en tout cas, comme un idéal à atteindre (même si c'est impensable), comme la preuve bien réelle qu'on ne vit pas que dans un monde qui sacrifie tout au bling-bling, à l'agitation et à la précipitation incontrôlées.

Ecrit par : Lancelot | mercredi, 28 janvier 2009

J'imagine l'autre jurant sur la bible ! Pfff

Ce Barack est vraiment très agréable à regarder.

Ecrit par : Valérie de Haute Savoie | mercredi, 28 janvier 2009

Il faudrait aussi, à mon avis, recréer cette solennité à l'école. Même si les rites ne sont que des rites, ils rythment le temps, ils cadrent l'imagination. Quand j'étais au lycée (= collège et lycée), le proviseur passait à la fin de chaque trimestre pour distribuer en personne blâmes et récompenses, avec commentaires à l'appui. Ça avait une autre gueule qu'une simple case cochée au bas d'un bulletin trimestriel pour indiquer que l'élève a un avertissement pour son attitude ou des félicitations pour ses résultats. Je ne suis pas pour les classements, pour l'émulation conne, mais on ne rêve plus dans un établissement scolaire, et c'est peut-être ce qui manque aux élèves.
Tu vois, j'ai encore pris un chemin de traverse. Excuse-m'en, mais je réagis en fonction de ce que ça m'évoque. Bises.

Ecrit par : calystee | mercredi, 28 janvier 2009

"Ils n’ont jamais empêché aucune roi, aucun monarque, ni surtout aucun président, de ce côté-ci de l’Atlantique ou de l’autre, de mentir ou de tricher"

Certes, mais dans le cas américain, c'est sur la violation de ce serment que repose l'acte d'empeachment. Je suis donc plus réservé que toi sur ce point.

Au fait : tu fais la grève demain ?

Ecrit par : panama | mercredi, 28 janvier 2009

@ Val : Il est certainement plus agréable que "l'autre" (comme tu l'appelles!) à regarder ! Mais bon... Ce n'est pas un top model non plus. Ceci dit, on lui (on leur) demande surtout d'être efficaces. le reste, c'est la cerise sur le gâteau...

@ Calyste : Pourquoi pas ? Sans aller toutefois jusqu'à dstribuer des médailles aux bacheliers, comme le prônait notre cher ministre il y a quelques mois, histoire d'avoir une nouvelle bêtise à inventer....

@ Pan : Aucun président américain n'a jamais été "impeached", pas même Nixon. Alors, quel risque courent-ils ? A moins que ton commentaire ne sous-entende (et tu aurais raison) que le serment en question a peu de retombées concrètes sur les actions.

Oui, je fais la grève demain. Première fois depuis très longtemps. Mais pourquoi dis-tu "au fait" ? Je ne vois pas le rapport avec la note ! Je ne fais pas la grève en tant que Président accablé par sa charge, mais simplement en tant que prof qui en a marre, non pas de ses conditions de travail personnelles, mais des conditions de travail générales, et des dérives actuelles.

Ecrit par : Lancelot | jeudi, 29 janvier 2009

Jurer sur la bible est un symbole fort pour les américains, profondément encrés dans une forme de protestantisme qui mixe finance, politique et religion. On retrouve même Dieu sur les billets de banque. On ne sait finalement pas à qui le Président doit rendre des comptes. S'il y a une couille, une parjure (i.e. glougloutage de bistouque dans le bureau ovale), cela prend vite une toute autre proportion.

Heureusement que les Français ne jurent pas sur la bible, hein?

Ecrit par : Chondre | jeudi, 29 janvier 2009

Je comprends tout à fait ton point de vue, j'ai moi-même un certain respect pour une solennité mesurée. Cependant, même si pour les Américains ceci tient de la particularité historico-culturelle, je reste dubitatif sur l'implication de la Bible. Bien que je sois croyant (de surcroît protestant), ce manquement à la laïcité, dans un occident démocratique et républicain, ne me paraît pas si inoffensif.

Ecrit par : Kab-Aod | jeudi, 29 janvier 2009

@ Chondre : "Glougloutage de bistouque dans le bureau Avale" : bah, si c'est à lui que les présidents doivent rendre des comptes, Dieu en a déjà vu bien d'autres... Genre les mensonges concernant les présupposées armes nucléaires irakiennes, plus récentes que la bouche ridée -et probablement botoxée aujourd'hui- de Monica...

Non, il est effectivement heureux que les présidents français ne jurent pas sur la Bible, même s'il est arrivé à certaines grenouilles de bénitier illuminées de la brandir à l'assemblée... pour éclater en sanglots de crocodile quelques jours plus tard. En matière de ridicule, nous avons aussi notre lot...

@ Kab-Aod : Non, je suis bien d'accord avec toi, ce n'est pas inoffensif. Et, comme dit Chondre, en Amérique, Dieu est présent même sur les dollars avec la devise "In God we trust". Ce mélange compose un terreau bizarre et malsain dont nous sommes heureusement exempts (pour l'instant, car rien n'est jamais acquis...).

Ecrit par : Lancelot | jeudi, 29 janvier 2009

@ Lanc' : tu joues sur les mots. Nixon a démissionné pour éviter de faire face à une procédure d'empeachment.

Quant à la grève, comme les cambrioleurs de ta chérie Cécilia, je ne l'ai pas faite, ne faisant plus partie à l'heure actuelle de la société qui travaille, et n'aynt pas de voiture aujourd'hui de toute façon !

Ecrit par : panama | jeudi, 29 janvier 2009

@ Pan : Je ne joue pas sur les mots, ce sont les Américains qui magouillent ! La procédure d'Impeachment (avec un i) est prévue par la Constitution des USA, mais elle présuppose un bien trop grand scandale et une honte trop marquée aux yeux du reste du monde pour oser l'appliquer au Président lui-même. Donc Nixon a été démissionné, et non pas "impeached" (avec un i). C'est une hypocrisie oui, mais c'est une réalité, pas un jeu de mots.

"Cambrioleurs" ? "Cécilia" ?? "chérie" ??? Je ne SAIS PAS DU TOUT à quoi tu fais allusion... Eclaire ma lanterne STP.

Quant à toi, tu fais ce que tu veux bien sûr, mon Biquet. Même si tu étais encore en activité dans ta boîte, et même si tu avais été motorisé, je ne t'aurais pas jeté la pierre au cas où tu aurais choisi de ne pas aller manifester. Chacun ses opinions, chacun ses motivations. Les miennes ne sont pas meilleures ou moins bonnes que celles des autres. Moi j'écris un blog, je ne fais pas du prosélytisme.

Kiss you. Miss you.

Ecrit par : Lancelot | jeudi, 29 janvier 2009

@ Lancelot : Nixon n'a pas été "démissioné". ll l'a fait de lui-même pour éviter un sort encore moins enviable, non ? Ne jouons pas sur les mots, comme tu le dis si bien. Et ne donne pas des leçons d'histoire à un khâgneux stp.

M'en fous de la grève, fallait pas voter massivement Sarko ; c'est trop tard maintenant !

Ecrit par : panama | samedi, 31 janvier 2009

@ Pan : Nixon a 'démissionné de lui-même'...! je me marre ! C'est vrai qu'il en mourait d'envie, de démissionner, quand il ne voulait pas remettre les enregistrements téléphoniques... En fait ce qui s'est passé c'est qu'ON lui a fait comprendre qu'il valait mieux démissionner. Il a fini par être d'accord, soit. De là à dire qu'il a pris la décision de son propre chef, c'est un peu exagéré.

Les khâgneux, c'est susceptible sur leur petite culture, dis donc... C'est vrai qu'en khâgne on donne des cours d'histoire très poussés, mais ils sont beaucoup moins forts question orthographe ("démissioNNer" avec deux N, my Sweetheart... I love you soooo much) ;-))

Je ne fais pas partie du "massivement" dont tu parles. Moi, en mai 2007, j'étais dans les 47% qui n'ont pas voulu participer à l'Hystérie Suicidaire. Et je doute aussi que ça ait été le cas de la majorité des manifestants d'avant-hier.

When will I ever see you again ?

Ecrit par : Lancelot | samedi, 31 janvier 2009

Le khâgneux t'emmerde. Je n'ai jamais été très fort en orthographe, mais je n'ai pas l'étroitesse d'esprit de croire que j'ai toujours raison.

Ecrit par : panama | samedi, 31 janvier 2009

@ Panama : Bon, eh bien j'ai tort. Tort de plaisanter, tort de répondre, tort de croire que l'on peut se permettre une dureté de ton (apparente) quand on a la même en face, au fil des notes. Tort de croire que l'humour grinçant peut être réciproque.
Tort d'imaginer que quel que soit l'état d'esprit du destinataire, le commentaire sera toujours accepté d'une humeur égale. Ou plutôt, de croire que puisque c'est ce qu'on semble attendre de moi sur mon blog (accepter tout commentaire avec humour), il est normal de penser que la règle du jeu ne fonctionne pas à sens unique. Tort.
J'ai tort.
J'ai toujours tort.
Je t'embrasse, et j'ai encore tort.

Ecrit par : Lancelot | samedi, 31 janvier 2009

Ambiance...

Ecrit par : christophe | samedi, 31 janvier 2009

As I'm coming into this thread very late, I'll just comment on one of the aspects - how French people are suspicious of ceremony and costume. I remember showing photos of my graduation in Australia and being gently mocked for dressing up in cap and gown.

Later on, when I graduated from a French university, it was a bit of a shock to the system to learn that the only official recognition was receiving a typewritten attestation in the mail... two years later.

These days, there is a move to set up graduation ceremonies. Those involved - the students and their parents - seem to appreciate this open recognition, but it is very hard to reinvent something that has been done away with so long ago.

It may just be the negative side of a very French virtue: not taking things at face value. But perhaps this suspicion can be taken too far.

Ecrit par : Johnny | dimanche, 01 février 2009

@ Johnny : as for examinations, your commentary tends to meet with Calystee's.
I wouldn't go so far as to ask French students to dress up in hat and gown. On the other hand, receiving a typewritten attestation by mail two years later sounds equally ludicrous...

Ecrit par : Lancelot | dimanche, 01 février 2009

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