dimanche, 04 janvier 2009
Caos calmo

Après la mort accidentelle et brutale de sa femme, Pietro, homme d’affaires italien, entre dans une sorte de dépression très
particulière. Son chagrin est tellement intériorisé qu’il se demande même s’il le ressent vraiment. Les questions liées à sa vie professionnelle lui paraissent soudain futiles et il décide de passer ses journées à attendre, assis sur un banc dans un parc devant l’école primaire fréquentée par sa fille. C’est ainsi qu’il se met à faire des rencontres sans les susciter ni les approfondir : un enfant mongolien qui passe chaque jour, accompagné par sa mère. Une jeune fille blonde qui promène son chien. Le patron d’une brasserie toute proche. Un homme qui habite un immeuble voisin et qui l’invite un jour à partager son repas.
Entretemps le passé ressurgit. Ses anciens collègues de travail, sa belle-sœur, son frère prennent l’habitude de venir lui faire des confidences intimes dans ce parc. Mais le centre de sa vie reste sa fille de dix ans, timide, pudique et tendre, la seule peut-être à vraiment suivre et comprendre le cheminement intérieur de Pietro.
Aucun film ne m’avait autant plu depuis des mois. Même ‘Saturno Contro’, que j’avais adoré, m’a paru inférieur en qualité, en intensité. Ce que je peux raffoler du cinéma italien, moi. En lisant le synopsis, l’idée de départ m’avait intéressé, mais lorsque j’ai su que Nanni Moretti (‘La Stanza del Figlio’) et Alessandro Gassman (‘Hammam’) interprétaient les deux rôles principaux, je me suis dit qu’on ne pouvait pas rater ça. J’ai très bien fait. Le thème de la mort d’un proche, point de départ à des bouleversements internes, est bien sûr galvaudé, mais à chaque fois, les réalisateurs, qu’il s’agisse de Ozpetek, Grimaldi, ou Moretti lui-même, savent dérouter, surprendre, égarer. J’adore ces films où l’on ne peut jamais prévoir ce qui va survenir au fil de l’histoire, où les actions, les regards les plus simples, les gestes les plus banals, font percevoir la profondeur des rapports humains sous l’apparente tranquillité du quotidien. A chaque fois, je marche à fond. Je vibre, même.
J’aime ces vagues d’adrénaline que les scènes suscitent en moi. Le moment où Pietro arrête sa voiture une nuit, dans la rue pour se mettre à sangloter seul. Celui où la jeune fille inconnue le prend dans ses bras à la fin, pour le remercier d’avoir sauvé son chien. Le sourire reconnaissant de la maman de l’enfant trisomique. La voix calme, posée et grave de sa fille qui devant l’école lui demande de ne plus venir l’attendre, parce que la vie n’est pas un palindrome se répétant à l’infini et qu’il faut savoir changer et admettre l’irréversible.
Bien sûr, Moretti et Gassman sont parfaits dans des rôles qui leur vont à chacun comme un gant, mais était-ce la peine de le préciser.
Un merveilleux instant d’espoir, de douceur et de joie, qui nous a aidés, TiNours et moi, à clôturer nos vacances sur un point d’orgue.

19:18 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : nanni moretti, alessandro gassman, ferzan ozpetek, hammam, la stanza del figlio
Commentaires
Quelqu'un qui aime Moretti ne peut pas foncièrement être méchant! Moi aussi, il me fait vibrer, à chaque fois. La Chambre du fils, surtout, pour raison familiale.
Ecrit par : calystee | dimanche, 04 janvier 2009
Ca fait deux fois que je lis cette note, et ça fait deux fois que je me dis :
1. mais où est l'histoire de cul ?
2. il n'a rien de plus gai à nous raconter en ce début d'année morose ?
Allez tiens, je vais préparer des gaufres maison pour le 4 heures de MonMinou.
Ecrit par : panama | lundi, 05 janvier 2009
Tu m'as donné envie ... j'aime bien ;-)
Ecrit par : Bougrenette | lundi, 05 janvier 2009
@ Calyste : Moi méchant ?? Tu avais pu supposer ça de moi avant d'avoir lu que j'aimais Moretti ? Je suis vexé comme un POU...
@ Pan : Il y a une seule scène de cul dans Caos Calmo, (assez hard, même) mais comme c'est une scène hétéro, je ne l'ai pas mentionnée...
"Rien de plus gai à nous raconter": tu voulais pas non plus un résumé de 'Brice de Nice', non ? Si les (magnifiques) films que j'aime et que je résume ici ne te plaisent pas, zappe et va regarder les Simpson en 'graillant' tes gaufres et en amassant du cholestérol sous ta chemise rose boudinée... :-))
@ Boubou : Merci ma douce. Toi au moins tu sais apprécier les belles choses à leur juste valeur. Va vite le voir si tu peux, je pense que tu aimeras aussi, te connaissant. Mais dépêche-toi, à Montpellier je crois qu'on en était déjà à la dernière semaine de projection !
Ecrit par : Lancelot | lundi, 05 janvier 2009
Ecrire un commentaire