vendredi, 12 décembre 2008

Full Metal Jaquette (part two)

avions_orly.jpg

Orly, donc.

 

 

 

Désolé du cliché, mais aujourd’hui encore, l’odeur du kérosène est aussi définitivement rattachée dans mon esprit au service militaire, que celle de la papeterie et du cuir l’est aux rentrées scolaires.

Je dois avouer que j’ai de bons souvenirs de ces huit mois. D’abord les conditions matérielles étaient très confortables : on logeait à neuf dans un appartement très bien équipé, on mangeait dans un self avec les pilotes et les hôtesses. Les horaires étaient assez intéressants, surtout pour des bidasses qui sortaient de 4 mois de classe en ayant eu sans cesse des gradés sur le dos : quelquefois on travaillait la nuit, quelquefois le matin, quelquefois l’après midi. Un peu le système des trois huit, mais de façon plus anarchique et désordonnée. Surtout, quand on ne travaillait pas, on avait quartier libre. Oui, libre comme l’air ! J’en ai profité pour faire quelques virées à Paris (jamais très longues, hélas, parce que 8 heures c’est pas un week-end. Mais on pouvait faire des choses intéressantes).

 

 

 

 

Les nouveaux gradés, bien plus cool qu’au centre de formation. Ils m’aimaient tous bien. A l’exception d’un, ivrogne.jpgqui m’avait dans le nez : le chef Proutel. Tout ça était parti d’une histoire « abracadabrantesque », comme dirait l’autre. Un matin vers les 7h, alors que je prenais gentiment mon chocolat et mes tartines avant d’aller faire mon service, voilà l’équipe qui venait de finir la garde de nuit qui débarque, accompagnée de Proutel. Et lui, bon prince, décrète, en sortant une bouteille de son caleçon, « Calva pour tout le monde ! » EUH ! Je n’ai rien contre le Calva (surtout pour flamber les crêpes…) mais, pris pur comme ça, au moment du petit déjeuner, entre le Nesquik et la confiture… J’ai décliné poliment. Il n’en a pas fallu plus. La guerre était déclarée entre Proutel et moi. On dit souvent que l’armée est un refuge à alcoolos. Ce n’est pas une légende. Je l’ai touché du doigt. Proutel n’a pas arrêté de chercher toutes les occasions possibles et imaginables pour me faire chier, après ça. Rassurez-vous, il en a eu très peu… Dans la mesure où je ne dormais ni ne mangeais sur place, sa sphère d’action était très limitée. Sur le boulot, j’étais irréprochable. Qui plus est, je ne dépendais pas directement de lui, et les autres gradés me défendaient.

 

 

  

 

 

Après quatre mois de service sur l’aéroport, j’ai eu un poste d’assistant au « Groupement » où je dépendais du secrétaire du Colonel, qui avait un travail de fiches et de classement « très long » à faire. Ca, c’était ce qu’ils disaient. Au départ, je devais en avoir pour deux mois… Je ne le leur ai jamais dit, mais j’ai eu tout fini en dix jours. Et j’ai même eu plein d’idées pour améliorer leur système de classement et de rangement. Et puis ils ont découvert par hasard que je savais parler anglais. Et répondre efficacement au téléphone. Et taper à la machine. Et faire des statistiques. Travail de traduction, de réception. Moi, je m’amusais comme un petit fou. Plus de Proutel dans les jambes (je lui souriais effrontément quand je le croisais dans les couloirs…). Des horaires de bureau. Plus d’avions ni de gardes de nuit. Cool, cool le Lancelot.

 

 

  

 

Luke-Guldan-06.jpg

Et les autres potes ? Ben on était une vingtaine en tout. C’était un niveau intellectuel un peu au-dessus de celui du centre de Tulle, tout de même. Je partageais l’appart avec Didier, Eric… Là aussi on s’entendait très bien.

Il y avait un deuxième appart, en face du nôtre. Il abritait une dizaine d’autres appelés, comme nous. Là-dedans, un mec, Henri Onochart. Il faisait de la gym en compet. Et, je dois bien dire que les quelques fois où je l’ai vu à poil sous la douche, j’ai eu envie de planter mes dents dedans. Mais, à part son beau corps musclé de partout, y avait rien. Mais alors rien. Non seulement c’était un con mais en plus c’était un connard. J’entends par là : il n’avait pas lu la Princesse de Clèves, je pense. Bon ça, ça passe, et même notre président actuel l’en aurait félicité. Mais « connard » parce que c’était le style de mec qui s’était aperçu qu’il y avait un peu du bordel dans les services et les permissions, et qui avait trafiqué le planning pour avoir davantage de congés. Surtout, ça sous-entendait que le travail qu’il aurait dû faire retombait sur la gueule des autres. Ecoeurant. Ecoeurant. Et une fois pris la main dans le sac, il continuait à protester de sa bonne foi… Le genre à casser la vitrine d’une bijouterie et assurer aux flics, la main sur le cœur, que c’était pour faire prendre le frais aux colliers et aux bagues… bref…

« Bah, il ment comme il respire… » m’avait dit un jour d’un air désabusé Alex, un autre mec qui venait de la caserne de Tulle, comme moi, mais qui, lui, logeait à la brigade.

 

  

 

 

Alex, je le connaissais mal parce que nous n’étions pas dans le même peloton pendant les classes. Arrivés à Orly, notre premier contact avait été plutôt sec. Et froid pendant un ou deux mois. On avait fait une première garde ensemble, et comme le gradé chargé de nous aimait à semer la zizanie, on avait marché.

Mais un jour on a mangé ensemble, et on a rigolé. Et puis on s’est aperçus qu’on aimait le même genre d’humour absurde. Et on a fait quelques virées à deux à Paris. Et aussi le soir, dans les couloirs et les recoins interdits de l’aéroport, auxquels nous, nous avions accès. On n’imagine pas la fourmilière et le dédale que ça peut être, les endroits où les voyageurs ne peuvent pénétrer, sur cet aéroport. Là aussi, on avait bien déconné. Des jeux de gamins. Prendre un chariot à bagages et nous pousser mutuellement à toute pompe dans les couloirs, en rigolant comme des fous…

Et puis et puis. Un jour en sortant d’une librairie de Saint Michel où je l’avais traîné, et où je venais de papoter sur un livre avec le vendeur, il me dit « il était beau ce mec, tu ne trouves pas… ? »

Une autre fois, on faisait une garde ensemble, et on dormait dans des lits superposés. Je me réveille au petit matin, et je le vois en-dessous qui me regarde un peu fixement. Je lui souris, et lui me dit : « tu laissais pendre ta main… » (tant que c’était que ma main….) « j’ai eu envie de la prendre… »

Comme il n’habitait pas très loin de chez moi, (enfin, de chez mes parents, puisque je logeais chez eux à l’époque) un jour j’étais rentré en permission et on avait prévu de se voir. Il était donc venu un dimanche, on avait passé la journée ensemble, et l’après midi, et le souper, et la soirée…. Et vers les 21h, comme je regardais ma montre et que je lui demandais à quelle heure il avait prévu de rentrer chez lui, il me dit « ben si tu veux je peux passer la nuit ici… »

 

Bon.

Et moi, qu’ai-je répondu …. ?

 

 

 

 

 

 

greys-anatomy-gay-kiss-soldat025.jpg

 

Ma main se posa doucement sur la sienne. Elle frémit à ce contact comme si une décharge électrique la parcourait. Nous n’avions pas allumé la lumière pour profiter de la douceur de cette fin de soirée d’été, et la clarté de la lune adoucissait ses traits, son profil si pur. A son tour il avança sa main et ses doigts légers se posèrent doucement sur ma bouche pour en dessiner le contour. Je fermai les yeux. J’inspirais profondément. Le moment était venu. Nous étions seuls face à face, habités de notre désir à la fois si timide, troublant, neuf, et violent. Lentement je me redressai, en proie à un trouble indicible. Je me détournai vers la porte fenêtre ouverte sur le jardin plein de senteurs fraîches et nouvelles, aussi pures que nos jeunes corps. Je le sentis s’appuyer contre moi, dans mon dos. Il s’était levé à son tour, souplement, sans que je ne l’entende. Sa bouche chaude se posa dans mon cou, faisant naître des vagues de tentations en moi. Je sentais son désir à lui, insistant et énorme contre la chaleur du bas de mon dos. Je me retournai, plongeai mon regard dans ses yeux, si clairs, si impérieux. Nos bouches s’effleurèrent. Doucement d’abord, puis mes lèvres devinrent plus insistantes. Nos langues s’unirent en un long combat viril. Mes mains le parcouraient tout entier, se refermaient sur ses pectoraux si durs, ses fesses si fermes. Haletant, palpitant, j’arrachai ma bouche à la sienne et lui murmurai :

« Laisse-moi accorder l’archet de mes ardeurs au Stradivarius de ta volupté... »

 

STOP ! COUPEZ ! Elle est bonne, celle là, Toto, on la garde. Mais cette réplique, ça sort d’un mauvais Soap. Même dans Dallas ou Dynasty ils n’auraient pas osé. Va falloir retravailler les dialogues…

 

 

 

1823.jpg

 

 

Mais bien sûr qu’il ne s’est rien passé entre Alex et moi. J’ai pas donné suite, pour deux raisons. La première, c’est que j’étais encore bien trop coincé et que j’avais pas encore sauté le pas. La deuxième, c’est qu’Alex ne me plaisait pas assez physiquement. Découvrir l’homosexualité, d’accord, mais au moins avec un Top-model. Ca s’imposait.

 

Qu’est-il devenu, Alex, ? Je n’en sais fichtre rien. Je m‘entendais vraiment très bien avec lui, et je suis sûr que par la suite il a dû mener une vie d’homo tranquille et assumé. Moi, j’en étais pas encore là. Eh non, pas encore ! Je sais, j’ai été long à la détente. Il y avait TOUJOURS d’autres préoccupations suspendues au-dessus de ma tête. Je me cherchais des excuses pour ne pas affronter la réalité, je sais. Et, à la fin de mes douze mois de service, (à l’issue desquels j’ai eu la médaille, et les cinq jours supplémentaires de perm du bon soldat, je vous prie !) j’ai pris mes cliques et mes claques (en regrettant de n’avoir pas pu en laisser une en souvenir à Proutel) et un beau matin de novembre je suis monté dans le TGV qui me ramenait définitivement sur Aix.

 

 

 

La fac et mes études d’anglais m’attendaient.

 

 

 

 

 

Commentaires

mes premiers émois à l'armée c'était pendant les 3 jours. Le bidasse médecin , à qui j'avais avoué mon goût pour les garçons pour échapper au service militaire m'avait mis le grappin dessus, et après quelques hésitations, un peu de culpabilité et un gros mensonge à mon entourage, je suis allé passé en sa compagnie son week-end de garde à la caserne. Première nuit avec un homme... marié et amoureux de moi que j'ai gardé comme amant quelque temps et qui signait ses missives "gay toubib". Il a été le premier et m'a aidé à supporter l'armée et à tomber amoureux d'un beau garçon incorporé sous les drapeaux. C'est vrai que l'armée (et le sport) rapprochent les hommes...

Écrit par : arnaud | samedi, 13 décembre 2008

Que d'occasions manquées, mon cher Lancelot. Raconte-nous comment tu t'es consolé par la suite!

Écrit par : calystee | samedi, 13 décembre 2008

Je ne me souviens plus combien nous étions dans la chambrée, moins de huit en tout cas, tous les lits n'étaient pas occupés. Je n'avais pas encore eu l'occasion d'évoquer mon homosexualité, que par ailleurs j'assumais sans problème. Bien sûr, l'un de mes co-turnes s'avérait à ma convenance (je n'en étais plus à attendre des top-modèles, moi ^^). C'était un hétéro assez peu pudique, blond, les yeux clairs, et forcément une silhouette très honnête. Un jour de confidence, il me parla longuement de sa copine, allongé en slip sur son lit, et il y avait comme de la tension dans l'air. Si j'avais fait mes classes jusqu'au bout, je crois bien qu'il aurait accepté l'aventure ;)
À mon départ définitif de la caserne, j'avais appris que j'aurais dû passer l'année comme barman de la cafétéria. On ne pouvait m'offrir un poste plus stratégique :D

Écrit par : Kab-Aod | dimanche, 14 décembre 2008

@ Kab-Aod : Barman de la cafétéria ? BOF.... Même s'il s'agissait d'un poste 'sexuellement stratégique', à mon avis il était bien plus intéressant pour toi d'aller faire tes classes sexuelles ailleurs...
Ah ces hétéros.... Ils ont beau dire, ça les émoustille toujours d'exciter les homos, quelque part...

@ Arnaud et Calystee : Mon Dieu, j'ai failli ouiblier de vous répondre... je viens de m'en apercevoir.. Quel manque aux règles élémentaires du savoir-vivre...
-> Arnaud : hummm, une initiation avec un gradé, marié... Question phantasme encore plus excitant, je ne peux imaginer que le jeune curé à qui l'on confesse ses rêves humides....
Et tu en rajoutes trois louches en expliquant que tu lui as été infidèle, à ton 'gay toubib', en tombant amoureux d'un autre beau garçon incorporé...? Ca s'est terminé comment....? A trois....? Ciel, quel pervers je fais. Si TiNours était là, il me répèterait pour la centième fois que j'ai trop tendance à réécrira la vie sous forme de scénario d'un Cadinot... yuk yuk yuk !!

--> Calyste : Je n'avais pas encore besoin de me "consoler"... J'allais (encore!) avec des filles à l'époque. (long à la détente, je sais je sais...) Mon premier mec, c'était 4 ans plus tard. Oui, affreusement tard. je sais je sais... J'en ai déjà un peu parlé dans mon premier blog ("les pages oubliées") mais j'y reviendrai probablement un de ces jours, ici.

Écrit par : Lancelot | dimanche, 14 décembre 2008

Écrire un commentaire