jeudi, 30 octobre 2008

Fiso, Lancelot et la météo, eh oh !

 

Lundi :

 

cumulus_fair.jpgMatinée brumeuse, atmosphère humide. Je me rends à la gare en regardant le ciel avec inquiétude. Que décidera-t-on, en haut lieu ? Quels auspices, quelles couleurs du temps vont venir teinter cette parenthèse de bonheur de l’avoir avec nous, elle qui est si rare ?

J’attends appuyé à un pilier du quai. Elle arrive, souriante et détendue « Tu ne me voyais pas ? » Ben non, j’étais trop occupé à te regarder…

Les nuages laissent entrevoir des lucarnes de bleu sur l’esplanade de Saint Roch. Il fait frais, mais on se réchauffe en parlant, en marchant vers le Grenier. TiNours va venir nous y rejoindre. Comme d’habitude avec elle, il n’y a pas de temps mort. Comme toujours avec moi, il n’y a pas de blancs.  Et dès qu’il s’est joint à nous, la balle de la connivence à trois rebondit dans la chaleur de la salle, auprès de la convivialité un peu bourrue de la patronne, qui « ressemble à Bénédicte » Tiens c’est vrai ! Une brise de Paris-Carnets flotte dans l’air…

Et, bien sûr, la bonne humeur entraîne la météo dans son sillage : le soleil resplendit, la température remonte en flèche. J’ôte mon blouson en ressortant, elle son écharpe. TiNours retourne travailler, mon Nours…. Pas de chance. On se retrouvera ce soir.

 

 

Place de la Comédie, la lumière d’un automne encore chaud nous environne. Vue panoramique des quartiers des Aubes, comme une animation satellite, depuis la terrasse qui surplombe le Corum. On arpente Montpellier. Ma honte d’être encore capable de m’y perdre. Mais c’est amusant aussi, de musarder à deux, d’être deux touristes sur un pied d’égalité, à la recherche de la cathédrale St Pierre. Fiso-flash, Fiso-extase, Fiso-photo.

 

 

 

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  Passage par les jardins du Peyrou, après un café gourmand comme une boule de neige. Lodovicus Magnus sur son cheval, bravant les éléments. Et la re-découverte du bel aqueduc, un des monuments que j’aime le plus à Montpellier.

Après un passage éclair chez les gays, attablés en terrasse, et une dégustation-test-surprise de biscuits miel-céréales, (« le trouvez-vous trop craquant, assez craquant, craquant, peu craquant, pas du tout craquant…. ? »), on redescend chercher TiNours qui prend les commandes de la voiture. L’air frissonne et semble se rafraîchir à nouveau. Qu’importe, on cocoone, bien serrés dans la petite Clio.

 

 

 

Mardi :

 

pluie.jpg Vent fort, mistral force 8. Temps humide. Les températures chutent. Sortirons-nous ? On passe la matinée à se le demander. Pour oublier le gris, elle fait naître des bleus sur l’écran, sur le clavier de mon pc qui n’a pas l’habitude de son style doux. De mon côté je m’active à la cuisine, en chantant à pleine voix en karaoké sur mes CD. Lalanne, Phil Collins, Duran Duran, Kate Bush, tout y passe… Elle rit, la Petite Sœur. Aux éclats. « Tu t’éclates en cuisine et en chansons ? » Ben oui. On reçoit ce soir. Cuisiner m’apaise. Chanter m’enchante. Et la savoir là, tout près, ça m’amuse et me réjouit.

 

« …L’ami, j’me suis shooté pour rien… »

« …Saupoudrer les fruits rouges de vergeoise… »

« ….l’ami, j’ai comme une crampe au cœur, à vouloir trop me faire du bien…. »

« …mélanger le beurre ramolli avec 150 g de sucre et 200 g de farine…. »

« …. J’me suicide au marteau piqueur… »

« …répartir le mélange sur les fruits dans un moule beurré… »

 

Bon, le résultat (et les commentaires le soir) valaient quand même bien que je me défonce :

 

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L’après midi, le ciel est de plus en plus noir. La dépression tente une percée. Seuls dans la salle à manger, assis face à face dans le demi-jour qui s’éteint, nous glissons vers les confidences tristes. Les cœurs lâchent leurs béquilles, les âmes fondent un peu. La pluie coule sur les portes-fenêtres. J’écoute ses mots pleins de souvenirs brillants, sanglants, je suis attentif. J’interviens, je pose de temps en temps des questions. Sa voix se brise un peu, comme un nuage trop gorgé d’eau. Moi aussi, sans presque m’en apercevoir, je sens les flaques de mes yeux se remplir et déborder doucement. Trop-plein d’émotions réciproques. Je tends la main, je caresse ses doigts qui frémissent un peu, chagrin captif. Et tout à coup, un éclair dans ses yeux verts, une nouvelle vanne s’ouvre, et on éclate de rire en pleurant, comme des giboulées…

 

 

 

Mercredi  :

 

orage-6.jpgAlternances de passages nuageux et d’éclaircies. Il fait froid. TiNours est resté ce matin pour pouvoir se reposer après le souper entre amis, prolongé tard la veille. Il faut tout de même prendre tôt notre déjeuner, car il reprend le bureau à 13h30. Après l’avoir emmené à Montpellier, je rejoins Petite Sœur qui me fait explorer les cyclones du Monde des Blogs. Le Blog-Monde. Le Beau Monde. (« Car je suis plus mince que vous, plus belle que vous, et les hommes aiment mon corps… »). Je m’esclaffe, je me tords. Peut-on imaginer écrits plus ineptes…. ? Lancelot se retransforme illico en Bozo. Photos de pleines lunes, et commentaires de chiens qui hurlent après la Lune. Talons aiguilles, dessous chics. « Rendez vous au petit Trianon, j’y serai, là…  dans un lit à baldaquin, pour rêver à des étreintes Moyenâgeuses. J’y serai, là… Dans la baignoire mousseuse de la suite royale au Carlton, j’y serai, là …et aussi au cœur de la savane en feu, pour y faire l’amour comme deux bêtes sauvages affolées, car j’y serai, là… »

 

Le temps est très instable, mais on décide de braver les éléments. Après tout, Fiso n’a pas encore vu la Méditerranée depuis qu’elle est arrivée. Elle ne peut pas décemment repartir demain en ayant raté ça. Direction, la plage de Palavas et la cathédrale de Maguelonne. Froid mordant, on essuie même quelques gouttes de pluie, mais rien n’entame notre bonne humeur et nos bavardages. On blague, on blablate, on blogue à l’oral. On blablogue. Mérites comparés d’artistes variés du web. « J’adore le style de Carcafouille » « Ah oui, et tu connais Ptitvier Mou, ce vieil alcoolique libidineux ? » « Moi une que j’ai en horreur c’est Mzelle Nitouche, elle laisse toujours des commentaires à la con ». « Attends, tu n’as jamais lu ceux de PineurMan ? Lui il tient un blog soi-disant érotique mais depuis le temps il n’érotise plus que lui-même… »

 

La mer est étale, vierge aujourd’hui de tout baigneur. Aucun kite-surfeur, pas de hors-bords. Que des galets, paisiblement étalés sur la plage, et elle invente un jeu, auquel nos appareils numériques refusent de participer. Pour finir, on les a eus !

 

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Jeudi :

 

DSC00659.jpgIl ne pleut plus, mais il fait sombre. Et froid. (5° !) Et gris. Pour la dernière fois cette année, nous errons côte à côte dans le froid mordant des rues. On se réchauffe, dans un café sur la place. Dans un Virgin au rayon des bouquins érotiques (oui, l’érotisme, encore et toujours…). Dans un snack où elle commande des en-cas libanais.

Pour finir, câlins sur un quai de gare bien froid. Pour elle, direction Bordeaux, où les racines de son arbre généalogique la réclament.  Quand la reverrai-je, ma Petite Sœur ? Elle sait tellement bien me faire rire, sortir de moi-même, décortiquer les faux-semblants, débusquer les faux-fuyants.…

 

Elle a aimé mon TiNours, elle a aimé chez nous, elle a aimé notre cuisine.

Elle nous a laissé un magnolia, comme une promesse de retour.

Ce soir, on s’installe dans l’automne et on attend sereinement que l’arbre refleurisse.

 

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samedi, 25 octobre 2008

La prime transport

 

Face à la flambée des cours du pétrole, et suivant l’élan écologiste inspiré par le Grenelle de l’environnement, le gouvernement avait, au début de l’été, eu une bonne idée : généraliser un système déjà en vigueur en RP, à savoir, la prise en charge par l’employeur de 50% du coût des titres de transports collectifs de ses employés. On pourrait même (mais cela serait soumis au volontariat) proposer le même « avantage » aux salariés utilisant leur voiture, dans la limite d’un remboursement plafonné à 200 euros par an.

 

Cette proposition de prime, examinée mardi dernier par les députés de la majorité, en commission, a été supprimée.

Motifs, exposés par le président de la commission, Claude Méhaigneri :

 

-Ce serait une « mesurette » un peu illusoire pour augmenter le pouvoir d’achat des salariés. Mieux vaudrait s’attacher directement à augmenter les salaires.

-Le prix du baril de pétrole a flambé en été mais il a énormément chuté depuis, donc la mesure ne se justifie plus aujourd’hui.

-Il n’est pas juste que les chefs d’entreprises paient pour le transport des salariés vers leur lieu de travail. Les patrons, déjà ‘étranglés ‘ par la crise économique, ne pourront plus faire face, et il y aura un impact négatif en matière d’emploi.

 

Cette accumulation d’hypocrisies et de vérités se contredisant entre elles m’a laissé assis sur le cul. Encore une fois, ce n’est pas tant le fait que les chefs d’entreprises, soutenus par certains membres de l’UMP, veuillent défendre leur bifteck, qui me débecte. Ce qui me tue, c’est qu’on puisse refuser l’idée de la prime transport, en gardant la main sur le cœur, le petit doigt en l’air, la bouche en cul de poule, et roucouler que l’on s’appuie sur une logique économique et un vrai désir d’amélioration sociale.

 

« Il vaut mieux augmenter les salaires, car la prime transport est  un enrichissement illusoire » : je te le fais pas dire ! C’est pas avec ce mini-bonus que les ouvriers partiront en vacances aux Seychelles…. Mais, au point où nous en sommes, que ce soit un "plus" direct ou indirect, peu importe ! En définitive, on demande aux employés de renoncer à une prime bien réelle, assise sur des bases légales et concrètes, pour rêver à une augmentation de salaire virtuelle, hypothétique, qui serait décidée lorsque l’économie irait mieux. Ben voyons…

 

La baisse récente du prix du baril de pétrole : depuis juillet il a perdu 47% de sa valeur et est même tombé sous la barre des 80 dollars à New York.

Oui. Je sais que je vais dire une banalité qui fait régulièrement s’esclaffer les éminents économistes, car eux, les malins, savent bien que le cours du dollar a (fort opportunément...) remonté récemment, ce qui change complètement la donne : "Le pétrole se paie en dollars, et blabli, et blabla…" Excusez-moi de demeurer désespérément Bécassine, mais moi, consommateur lambda, citoyen epsilon, conducteur français anonyme, pour faire le plein de ma petite Clio de prolétaire, je n'ai pas pour habitude de me rendre dans une raffinerie afin de siphonner des barils que je paierais en billets verts. Je vais bêtement à la pompe, et je sors vulgairement mes euros de mon portefeuille. Prix du litre de diesel (dans la même station) : 1,42 euros en juin dernier. En octobre, 1,28 euros. Soit une baisse de 14 centimes depuis cette fameuse « chute » (qui bien évidemment ne va pas se poursuivre : le prix du pétrole va, comme la bourse, recommencer à jouer au yoyo sous peu….). Sur une moyenne d’un plein par mois environ (voire deux, tout dépend de la période, car en vacances on circule davantage, évidemment) j’ai gagné 7 euros. 7 euros sur un mois !! Franchement pas de quoi crier au miracle et m’acheter un 4X4 dans la foulée…

 

Les patrons « étranglés » : bôff… Il a été calculé par FO que pour une TPE de neuf salariés, le coup de la fameuse prime transport reviendrait à 270 euros par mois à l’entreprise. Est-ce vraiment une charge exorbitante…. ? Je rappelle à tout hasard qu’il y a 30 ou 40 ans, certaines usines organisaient déjà elles-mêmes le ramassage de leurs ouvriers par des bus appartenant à l’entreprise. Aujourd’hui, mobilité oblige, ces us et coutumes préhistoriques sont tombés dans l’oubli. Il n’empêche. Lorsque les patrons délocalisent une usine, dans un périmètre d’une cinquantaine de kilomètres, il paraît tout naturel que les salariés suivent (déjà bien heureux de ne pas avoir à déménager), en rognant sur leur temps, et sur leur budget. Qui s’en soucie en haut lieu ? Alors, pourquoi n’existerait-il pas un ascenseur en retour ? Le fait que ce problème, pourtant bien réel, ne trouve pas de solution consensuelle, crée une espèce de rapport de forces obscène et dégradant : « Si c’est trop loin pour vous, si vous n’êtes pas assez mobile, démissionnez ! ».

 

Une bonne fois pour toutes, disons-le : en ces temps où l’on ne cesse d’entendre qu’il faut changer le mode de vie, emprunter les transports en commun, eh bien il faut que le gouvernement sache jouer de la prospective politique, à long terme, être intelligent et penser à la qualité de la vie de la société de demain. Quant aux employeurs, le coût pour eux de cette prime est bien inférieur à ce que leur coûterait une augmentation de salaire (réelle ! non basée sur de vagues promesses à plus ou moins long terme). En définitive, ce serait plus rentable pour tout le monde.

 

Fion est intervenu en faveur du maintien de cette prime, sur laquelle il s’était personnellement engagé. C’est tout à son honneur. Une fois n’est pas coutume, alors je tiens à le reconnaître. Il a reçu les députés adverses au projet. Il y aura un vote en séance publique la semaine prochaine, à l’assemblée. Je ne risque pas de manquer ça.

 

 

mercredi, 22 octobre 2008

Tordant

Dans la foulée des « histoires de prof » et parce que le participe passé, ça va un moment mais bon, faudrait voir à changer de sujet, j’ai mon pote Pilou du Nord qui, selon son excellente habitude (merci mon Pilou !!), m’a envoyé une blague gouleyante par mail cet après-midi. Vous l’avez peut-être déjà reçue chez vous (sur internet, les blagues, ca circule vite) mais elle m’a tellement fait rire que je ne résiste pas au plaisir de vous la resservir ici :

 

 

 

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Un jeune professeur d’université rappelle à son amphi que le lendemain aura lieu l’examen de mécanique. Elle précise à ses étudiants qu’aucune absence ne pourra être tolérée sans motif sérieux, du type accident, grave maladie ou décès d’un proche…

Au fond de l’auditoire, Joël André, un jeune rigolo, demande alors : « Et en cas de très grande fatigue pour activité sexuelle débordante ? »

Tout l’auditoire éclate de rire. Quand le silence est enfin rétabli, le professeur sourit à l’étudiant et elle lui répond doucement :

« Vous écrirez avec l’autre main… »

mardi, 21 octobre 2008

L'Omar-ticipe passer

Hier matin, correction d’une version avec la classe de BTS.

Je rends les copies (texte anglais à traduire en français) en les commentant individuellement, et j’explique à Lauretta que sa note aurait été bien meilleure si elle ne faisait pas tant de fautes d’orthographe en français, notamment sur ses participes passés : « Les salaires ont augmenter », « Les femmes sont renvoyer », «Elles ont finies leur journée de travail »… bref une horreur.

 

« Ben oui mais je sais jamais comment ça marche » me répond la pauvre Lauretta.

 

Est-ce que ça vaut le coup de perdre dix minutes sur le cours pour réexpliquer ce qu’elle devrait savoir depuis… allez soyons sympa, le CM1…. ?

Apparemment ça vaut le coup, parce que j’entends des échos timides dans la classe « Oui, oui, j’y ai jamais rien compris à ce truc, moi non plus… » « Moi en grammaire j’ai toujours été nulle » etc etc…. Seules quelques bonnes élèves qui ont intégré « ça » depuis des lustres lèvent les yeux au ciel, mais me font des signes muets en battant des cils « Mais oui, allez-y, Msieur, réexpliquez-leur, à Lauretta et à la bande de gourdes… On fera un petit somme en attendant… »

Luciano_Pavarotti_15_06_02_cropped2.jpgBon. Lancelot prend une inspiration et bombe le torse façon Pavarotti qui démarre un concert :

« Le participe passé employé avec ‘être’… »

« C’est quoi un participe passé… ? »

(Pavarotti en perd son érection naissante)

« Quoi, vous ne savez pas ce que c’est qu’un participe passé…. ?? »

(Petits gémissements étouffés, regards hagards, sourcils froncés)

« Bon. » (Lancelot ferme les yeux, se recueille…) « Un participe passé c’est une forme du verbe, non conjugué »

Silence. En les dévisageant je sens qu’elles n’osent pas m’interrompre, mais que pour l’instant je parle un peu chinois.

« Une forme du verbe non conjugué : j’entends par là une forme que vous ne pouvez pas employer seule dans une phrase » (Madame et Monsieur Bled, Monsieur Grévisse, pardonnez-moi, ne me maudissez pas du fond de vos tombes, je suis en train de débiter des idioties mais je simplifie à l’extrême pour leur faire comprendre !!!). J’attrape la craie et j’écris au tableau : ‘vu’,  ‘resté’, ‘ri’.  « En voilà, des exemples de participes passés. Et quand je dis que ce sont des formes non conjuguées, j’imagine qu’aucune de vous n’irait écrire ‘je vu’ ‘je resté’ ‘je ri’ non ? Il faut les conjuguer avec être ou avoir ! » Et j’insère au tableau ‘j’AI vu’, ‘je SUIS resté’, ‘j’AI ri’

Je vois leurs yeux s’illuminer… Elles n’osent pas me dire : « Alors c’est CA un participe passé ??? Aaaah booon… Si on l’avait su plus tôt… »

Pavarotti rebombe le torse :

« Donc le participe passé employé avec l’auxiliaire ‘être’… »

« C’est quoi un auxiliaire ? »

Pavarotti disparaît en un éclair. A sa place, il ne reste plus, devant le tableau, qu’un pauvre chat mouillé…

(Miaou plaintif) : « Vous ne savez pas ce que c’est qu’un auxiliaire…… ? »

(Grand silence blanc. Celles qui savent, elles dorment)

Lancelot ferme encore les yeux (« Seigneur pardonnez-leur ils ne savent pas ce qu’il faut savoir… »), se recueille et reprend, la voix un peu tremblante :

« En français il existe deux auxiliaires, « être » et « avoir ». C’est ceux dont vous avez besoin pour construire les temps du passé : ‘j’ai mangé’, ‘je suis descendu’, ‘tu as lu’, ‘il a pleuré’ (en tout cas en ce moment il en a très envie), etc etc… »

Là, elles font risette : manger (au MacDo), descendre (ouvrir à leur petit copain), lire (Gala), ça fait partie de leur univers, ça. L’auxiliaire, on a intégré la notion.

Je m’aperçois, au fur et à mesure que je parle, que ce qui au départ aurait dû prendre, selon moi, 10 minutes, va en fait bouffer tout le reste de l’heure. Va falloir revenir sur les notions de « sujet » de « complément d’objet » pour l’accord, en réexpliquant tout à chaque fois. Affreux. Affreux.

 

Au bout du compte, il y en a une qui me dit « Ohlàlà que c’est compliqué… » (ben oui peut-être mais qu’est-ce que j’y peux… ?) « A quoi ça sert tout ça…. ? Pourquoi on doit accorder… ? Est-ce que ça gênerait la compréhension si on disait, si on écrivait : ‘La phrase, je l’ai dit’ ‘Les hommes je les ai vu’ ‘Madame Dupont est monté’ etc etc… ?

Bon, moi ça m’écorche les oreilles, et les yeux. Mais c’est vrai au fond. Dans l’absolu. A quoi riment toutes ces règles idiotes, typiquement françaises ? En anglais, les participes passés ne s’accordent pas : « She was fucked yesterday ». L’accord, elle s’en moquait bien, vous savez. En Italien : accord avec le sujet si on a l’auxiliaire être : « Gli uomini sono stati scopati » et pas avec l’auxiliaire avoir « Due uomini li hanno scopato stamattina » Les mecs italiens dont il est question dans l’exemple aussi, ils s’en foutaient comme une guigne, de l’accord… Excusez la vulgarité bien délibérée de mes exemples…

Le français est bien compliqué tout de même. Et si elles avaient raison, au fond… ? Objectivement, est-ce qu’il pourrait y avoir des retombées concrètes à l’accord du participe passé…. ?

 

Illumination !Sherlock Holmes.jpg

Lancelot se métamorphose en Sherlock Holmes :

« Vous souvenez-vous, il y a quelques années, de l’histoire de cette dame qui avait été assassinée dans sa cave… ? »

Il y a des remous dans l’assistance. Les dormeuses se réveillent. Les réfractaires au participe passé ouvrent les yeux bien grand : « Quoi ? » « Un meurtre ? » « Où ça ? « Quand ? » « Comment ? »

Sherlock Holmes les regarde d’un air malin, tire quelques bouffées de sa pipe : « Eh ben on avait accusé son jardinier, qui s’appelait Omar, du crime, parce que sur le mur de sa cave, à côté de son corps,  on avait retrouvé, tracés avec son sang, les mots ‘Omar m’a tuer’ » (Sherlock écrit la phrase au tableau)

Mimiques d’horreur, battements de paupières.

« Alors vous ne remarquez rien… ? »

« Ben non, ben quoi ? Elle a voulu le dénoncer, quoi… »

Lauretta : « Si si ! Il y a une faute ! »

Sherlock exulte, et se re-métamorphose en Pavarotti prêt à chanter la Traviata « Ah ! Tout de même. Oui, Lauretta, je t’écoute ? »

« Elle aurait dû écrire ‘Omar m’a tué’ avec un é parce que Omar, eh ben c’est un nom masculin »

Devant le tableau, plus de Pavarotti. A la place il y a l’abbé Pierre version « les Guignols » qui se met à vitupérer, rouspéter et bredouiller :

Abbé Pierre.jpg« Mais té pas potible ça, pas potible !!!!! La phrase était construite avec l’auxiliaire AVOIR !!! » (En aparté : « espèce de conne ! ») « donc ça devait s’accorder avec le COD !!! » (Ma voix monte vers l’hystérie) « et il est où  le COD ??? » (silence épouvanté, elles ne savent pas…) « Ce M de « M’a tuer » il est là pour quoi ???? Pour faire joli ??? Qui il représente, ce M ??? Moi ? Vous ? ou la Mamie assassinée ???? »

(Le silence a fait place à un fou-rire général… Elles se tordent sur leurs chaises…)

Lauretta (entre deux quintes) « Ah ben oui donc elle aurait dû écrire « Omar m’a tuEE »

« Voilà… » (petit à petit, le chapeau et la pipe de Sherlock réapparaissent) « Et en fait, comme cette femme était lettrée, et n’avait pas pour habitude de faire des fautes en écrivant, on a pensé que ce n’était peut-être pas elle qui avait écrit le message, mais quelqu’un qui aurait  pu faire la faute de l’accord du participe passé… ce qui donc signifiait que le jardinier était en fait innocent ! Et il a été remis en liberté ! » Triomphalement : « Vous voyez bien que l’accord du participe passé peut avoir des retombées très concrètes ! »

Silence peu enthousiaste. Et Lauretta, (encore elle) me dit d’un air blasé :

« Boff, non, puisqu’on ne sait toujours pas qui c’est, le  vrai coupable…. »

 

C’est vrai. Omar, y en a marre. Je suis coincer. Elles m’ont bien attrapées. A quoi bon enseigné, euh enseignées , euh… en saigner ???

 

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samedi, 18 octobre 2008

Saturno Contro

img_87895_lrg.jpgFerzan Özpetek est un réalisateur d’origine turque, qui vit en Italie depuis la fin des années 70. Ses films sont profondément imprégnés de cette dualité culturelle, à l’instar, bien sûr,du magnifique « Hammam » (‘il Bagno Turco’), une première œuvre que j’avais eu la chance de découvrir dès sa sortie en 1997. Pour moi, un premier contact ébloui (et je pèse mes mots) avec le talent de cet artiste. Le film est un moment dans la vie d’un architecte italien, qui à la mort de sa tante Anita, hérite d'un hammam à Istanbul. Il tombe alors sous le charme d’un garçon rencontré là-bas, mais surtout du lieu lui-même. Au lieu de vendre, il éprouve le désir de restaurer le bâtiment pour le rouvrir, plutôt que de rentrer en Italie où sa femme l’attend.

 

 

La magie d’Istanbul à travers une série de promenades qui jalonnent le film, gassman1.jpgla beauté d’Alessandro Gassman qui incarne avec tact un homme déchiré entre la ville turque et la ville italienne, entre son rêve et ses racines, entre son cœur et sa raison, et surtout la lecture en voix off, en italien, des lettres d’Anita à son neveu, lettres que lui ne découvre qu’après la mort de cette dernière, avaient été pour moi la source d’un moment d’émotion rare.

 

 

locandina.jpgIl y a eu ensuite ‘Le Fate ignoranti’, (« Tableau de Famille ») en 2001, que TiNours et moi avions découvert, par hasard, un soir sur Arte. En français. Par chance, la chaîne rediffusait quelques jours (quelques nuits !) plus tard, le film en VO. Je me souviens avoir veillé jusqu’à 2 heures du matin pour être sûr de pouvoir l’enregistrer sans prendre le risque d’être soumis aux aléas d’un horaire fantaisiste ou des caprices du magnétoscope ! Encore une fois, et même bien plus encore que pour ‘Hammam’, j’ai été bouleversé par une vision à la fois juste, fine, émouvante et drôle, en deux mots, terriblement exacte, des rapports humains, vus à travers l’œil de la caméra d’Ozpetek. A Rome, Antonia, jeune femme médecin, mène une vie bourgeoise, sans histoires et confortable, avec son mari Massimo, qui tient une galerie d’art. Mais un jour en traversant une rue il meurt, percuté par une voiture. Passé les obsèques, les larmes et le choc, sa femme, en épluchant son courrier, tombe un jour sur un colis contenant un tableau accompagné d’une note pleine d’amour(*) signée ‘La tua fata ignorante’. Soupçonnant l’existence d’une maîtresse, elle fait des recherches pour découvrir que Massimo avait en fait, depuis des années, à son insu, une liaison avec un homme, Michele, vivant dans un quartier populaire, en compagnie de nombreux amis, dans une sorte de famille reconstituée, à laquelle Massimo venait régulièrement s’intégrer. Pour elle, le monde entier s’écroule. Mais, passé le choc initial, elle éprouve le désir de savoir, de comprendre,  d’aller à l’encontre de cette « famille » qui fut un temps celle de son mari. Entre Antonia et Michele se tissent des liens tendus, et lourds, parsemés de crises et de moments de complicité, jusqu’à la surprise du dénouement final.

Un film original, rare, inoubliable. Je l’ai déjà dit plusieurs fois dans certaines notes ici, j’ai rarement été aussi ému par lab78042.jpg justesse de la vision des rapports humains tels qu’ils y sont décrits. Personne ne détient la vérité, aucun être n’est plus légitime qu’un autre dans l’amour. Entre Antonia qui reproche à Michele d’avoir, même a posteriori, brisé son couple, sa vie, ses souvenirs, et Michele qui lui répond « Peux-tu imaginer quelle souffrance pour moi cela a été de ne pouvoir être présent à l’enterrement de l’homme que j’aimais, pendant que le monde entier t’offrait son soutien ? », comment serait-il possible de prendre parti, pour l’un ou pour l’autre ? Leur douleur, leur colère, leur frustration, sont respectivement et également légitimes et belles.

Hier soir TiNours feuillette le journal à la page des spectacles : « Tiens, tu as vu, ils passent au Diago Capitole un film italien avec Stefano Accorsi, ce n’est pas lui qui jouait Michele dans ‘Tableau de famille’ ? »

Je dresse l’oreille, je demande des détails. Autres artistes à l’affiche : Margherita Buy (hummmm….? celle qui jouait Antonia, justement…) ainsi que Serra Yilmaz, actrice turque qui elle aussi était présente dans la distribution des ‘Fate ignoranti’. « Mais c’est qui le réalisateur… ? » « Ferzan Özpetec.... »

Adjugé, vendu ! Le film était diffusé à 22 heures. On a expédié le souper et on s’est précipités à Montpellier. On ne pouvait pas rater ça, surtout que seules deux autres diffusions étaient prévues, à des horaires très incommodes en semaine.

« Saturno Contro » (sorti en fait en février 2007) est encore l’histoire d’un groupe d’amis d’origines et de personnalités très diverses, unis par des seuls liens de tendresse, de complicité, de souvenirs, d’Amitié en un mot. Davide est écrivain, et vit avec Lorenzo, qui travaille sur des contrats publicitaires. Dans leur maison se rencontre régulièrement un petit groupe : le banquier Antonio (Stefano Accorsi), marié à la psychologue Angelica (Margherita Buy), qu’il trompe avec une autre femme. Il y a également Nival (Serra Yilmaz) une traductrice turque, Sergio, ex-compagnon de Davide (avec qui il a conservé de bonnes relations) et enfin Roberta, amie de Lorenzo, un peu dépressive, férue d’astrologie, et adepte de drogues.

Les rapports entre ces gens oscillent de la jalousie à l’amour, du désir à l’aigreur, de la complicité à la tempête, sans toutefois que jamais n’explose la bulle de leur amitié. Mais un soir, la lune entre en « Saturne », planète annonciatrice de bouleversements, de changements et de déchirements. Lors d’un de leurs repas entre amis, Lorenzo est victime d’une hémorragie cérébrale et tombe dans le coma. Autour de son lit d'hôpital, les membres de la « famille » vont chercher à régler leurs comptes avec leur monde affectif. La gestion de la perte d’un être aimé, et son acceptation en fonction de personnalités très diverses, est donc le thème du film.  

Retrouver Stefano Accorsi et Margherita Buy en couple marié après les avoir connus adversaires et néammoins amis dans ‘Le Fate Ignoranti’ était une épreuve curieuse que nous avons traversée avec intérêt cependant.  Même si ‘Saturno Contro’ est selon moi inférieur aux deux films d’Özpetec dont j'avais parlé pour commencer, il demeure, encore et toujours, dans la lignée de ce réalisateur, un très beau moment d’analyse des rapports humains entre des êtres qui se déchirent, se battent, s’étreignent, sans jamais cesser de s’aimer.

Si, pour plagier la démarche habituelle d’Orpheus, excellent critique cinématographique sur blog, je me demandais quel rôle j’aurais aimé tenir dans ce film-là, j’en citerais deux : Roberta (Ambra Angiolini) qui dans son désespoir, après la mort de son ami le plus proche, ne peut oublier la dernière phrase que Lorenzo lui a dite. Et quelques mois après, de l'eau plein les yeux, elle interroge un autre ami de leur cercle, à brûle-pourpoint : « Est-ce que toi aussi, tu aimerais me ressembler ? ». Désir désespéré d’amour et d’approbation. Ou bien, j’aurais aussi aimé jouer Sergio (Ennio Fantastichini), l’ex-amant de Davide, à l’humour grinçant et caustique. Pour cette scène magnifique où, quelques mois après la mort de Lorenzo, lors d’un ultime repas chez Davide, il le suit dans la cuisine et lui propose gauchement son aide, parce qu’il sent que Davide est sur le point de craquer sous le poids de sa souffrance. Mais ce dernier, aveuglé par sa douleur, ne peut que lui renvoyer colère et acrimonie en retour : « Tu ne peux pas savoir ce que je ressens depuis que Lorenzo est parti. Personne ne le peut. Tu ne sais rien » et il le plante là. Immobile, seul, et inutile au milieu de la cuisine. Le beau visage blessé de Sergio, sans larme aucune. Tout l’amour qu’il ressent encore pour Davide. Sa douleur à lui, l’ex-amant abandonné, dont personne ne se soucie. Tout cela transparaît dans ses yeux lorsqu’il croise le regard d’Angelica qui comprend qu’il vient de se produire quelque chose de grave. J'ai été fasciné par la dignité poignante de Sergio (encore un second rôle comme je les affectionne !) dans cette scène.

« Saturno Contro » est bien sûr un film à voir. C’est la garantie de deux heures de plaisir et d’émotions. Ferzan Özpetec, un réalisateur à découvrir de toute urgence, si par un hasard incroyable et malvenu, ce n’était pas encore fait. Cela, c’est une obligation.

(*)« Pour cette partie de toi qui me manque et que je ne pourrai jamais avoir, pour toutes ces fois où tu m’as dit ‘je ne peux pas’ mais aussi pour celles où tu m’as dit ‘je reviendrai’. Dans l’attente, toujours. Puis-je donner à ma patience le nom d’AMOUR ? » (dédicace posthume que Michel envoie à Massimo dans ‘Le Fate Ignoranti’)

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jeudi, 16 octobre 2008

Celles dont je n'ai jamais parlé

 


podcast
 

Il y a quelques jours, en naviguant chez Olivier Autissier, je suis tombé sur une petite note où il parle de deux actrices qu’il affectionne, dont Bette Midler.

 

Comme toujours (l’an dernier, j’avais eu le même coup chez Orpheus avec Annie Lennox), je me suis laissé avoir par la soif de souvenirs, que l’on peut si aisément réveiller, ressusciter même,  avec de la musique, et je suis allé déterrer mon CD de « Beaches » un film de Garry Marshall, que Bette Midler avait tourné avec Barbara Hershey en 1988. Je l’avais vu à sa sortie. Le scénario est « facile » et émouvant. Deux gamines se rencontrent par hasard à Atlantic City et nouent une amitié alors que leurs milieux sociaux, et la géographie, les sépare. Elles restent en contact grâce à une correspondance suivie et se retrouvent vers l’âge de 20 ans. Leurs vies seront ponctuées de séparations, de disputes, de retrouvailles au fil des années. L’une d’elles, Cee-Cee, devient une chanteuse célèbre, tandis que l’autre, Hillary, issue de la haute société de la côte Est, et malgré de brillantes réussites universitaires en droit, préfère embrasser une vie de bourgeoise, jusqu’à ce que de nouvelles turbulences les rapprochent à nouveau. Cee-Cee devient une star. Hillary divorce, et accouche d’une petite fille, redevient avocate. Cee-Cee divorce à son tour, et Hillary découvre qu’elle est atteinte d’une maladie cardiaque incurable. Elle demande à son amie de passer avec elle les derniers mois de sa vie.

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Il y a une scène dans le film qui, je me souviens, m’avait particulièrement ému : au cours de ses derniers jours, Hillary, épuisée, se réveille au milieu de la nuit et se met à chercher dans des caisses de photos, un cliché particulier de sa mère, dont elle « ne peut se souvenir les mains ». Cee-Cee, réveillée, surgit et lui demande, sidérée, ce qu’elle fait. Alors Hillary le lui explique et ajoute : « I’m so scared, I’m so scared… » Sans poser de questions, Cee Cee lui serre le bras et se met à chercher avec elle : « We’ll find it, we’ll find it… ». J’aime ce passage. J’aime cette idée d’une amitié qui ne s’interroge pas, qui ne cherche pas de raisons à l’angoisse, à la folie. Cee-Cee est pleine de générosité et de force. Et elle sait qu’elle doit en partie sa carrière à Hillary, qui pendant leur adolescence, lui communiquait sa confiance, sa foi en elle. Lorsqu’elle apprend la gravité de l’état de son amie, elle abandonne les préparatifs d’un immense concert qu’elle doit donner dans la soirée pour se précipiter en voiture au chevet de son amie malade, à l’autre bout du pays.

Et puis, il y a une petite fille. La fille d’Hillary. Jalouse de Cee-Cee au départ. Leurs rapports sont tendus.

 

Outre la musique, très belle, le film m’avait touché parce que, dans sa deuxième partie surtout, les rapports entre les deux femmes, et l’enfant, avaient réveillé en moi des échos de ce qui se vivait au sein de ma famille.

 

J’ai deux sœurs. Deux.

J’ai déjà parlé dans mon blog , de mon père, ici. Et de ma mère, plus récemment. Il y a eu, aussi, bien sûr, mon billet sur mon frère, et une photo que j’avais publiée un an auparavant.

Et puis aussi, ces « eux » que j’aime tant.

 

Mais j’ai aussi deux sœurs.

 

Anne, comme elle aimait qu’on l’appelle.

L’intelligente, l’instruite, la bonne élève.

Celle qui m’a appris à lire.

Celle qui a brisé, brûlé, détruit.

Celle qui s’était enfuie, qui cherchait un ailleurs, un demain qu’elle n’a jamais atteint.

Celle qui est revenue avant de partir trop loin.

Retenue par une enfant, surgie en elle, pour la retenir ?

Celle qui a tant fait souffrir

Celle que je me suis forcé à détester, pour ne plus endurer ce mal, le sien, le nôtre.

Celle que je me suis obligé à oublier

Celle que  je n’ai pu effacer.

Celle qui était malade, ce que nous n’avons su que trop tard.

Et aujourd’hui, lorsque je la revois, il m’arrive de me détourner, parce que mes yeux se remplissent de larmes malgré moi.

Vulnérable, douce, artificiellement apaisée pour la vie.

Elle ne méritait pas ce qu’elle a vécu, elle ne méritait pas ce qu’elle nous a fait vivre. Mais au milieu de ses délires et de ses cauchemars dans lesquels elle nous avait entraînés, elle a tout de même conçu, et reçu, un cadeau. Sa fille.

Sa fille, que nous avons tous immédiatement chérie et adorée. Surtout sa Tante, ma sœur. Mon autre sœur.

 

Rosie

The ‘Flamboyant one’ comme on aurait dit d’elle en Amérique.

Elle possédait ce don, faire rire les gens aux larmes.

Chanter, danser, mimer, raconter des blagues.

Aimer les enfants, s’amuser avec eux jusqu’à les faire hurler de plaisir sous les chatouilles.

Celle avec qui je regardais des émissions de télévision où je finissais par verser des larmes de rire tellement il était impossible de résister à ses commentaires décapants sur l’intrigue ou les personnages.

Celle qui savait se disputer, tenir tête à mon père. La seule qui osait, dans notre enfance.

Celle qui s’est tant occupée des autres, avec son cœur et ses bras.

De sa sœur, notamment.

 

Il y a eu des moments où Anne était pâle et abattue, et nécessitait des soins, une présence constante. Rosie a été là, elle a secondé mes parents, les a même devancés, suppléés dans cette tâche. Elles sont aussi parties en vacances, quelquefois, toutes les trois, avec ma nièce. Je ne sais pas s’il y a eu entre elles de scènes semblables à celle du film, lorsqu’Hillary recherche une photo au milieu de la nuit. Mais ce que je sais, c’est que Rosie a toujours prêté ses bras, sa force, son cœur.

 

Rosie

Son rire, ses chansons

Sa force, qui s’est mise à s’échapper d’elle un jour.

Pour une histoire d’amour avortée.

Des années plus tard, sa vie entre une maison qui n’en finit pas de grandir

Un mari qui n’en finit plus de repartir.

Un corps qui n’en finit plus de souffrir.

 

Anne, Rosie

Mes sœurs.

 

 

 

 

 

mardi, 14 octobre 2008

Entre mes murs

 

Cet été, Jojo, un copain que nous recevions, s’est tourné vers moi à table après avoir écouté une des histoires marrantes que TiNours racontait sur son travail, et m’a dit : « Et toi au fait ? Tu ne parles jamais de ton boulot… » et comme j’hésitais quelques secondes avant de répondre, il s’est mis à rire et a rajouté : « Oui c’est vrai que prof, c’est toujours pareil, il n’y a rien à en dire… » et sa main droite a dessiné dans l’air un petit geste, des doigts tenant un stylo imaginaire et gribouillant des mots dans le vide.

J’ai été un peu interloqué, destabilisé, pour une raison double. Je trouvais qu’il n'avait pas tort sur le fait qu’ « il n’y a rien à en dire » (pour des raisons que je vais aborder). Mais le geste de la main au stylo imaginaire, voletant paresseusement dans l’air, m’a blessé.

Et puis j’ai enchaîné sur une pirouette, quelques plaisanteries plates et superficielles, et on est passés à autre chose.

 

Et me revoici, plus de deux mois après,  rentrée faite, à fixer mon écran en me disant qu’il serait temps d’approfondir ma réponse à Jojo.

 

Je ne voudrais démarrer avec une complainte sur fond de violons, mais il faut avant tout dire une chose : un prof, c’est toujours un écorché vif. Il y en a qui sont déjà morts, mais ils ne le savent pas. Mais, mort ou vif, un prof est  écorché.

Un écorché de l’extérieur, parce qu’on en prend pas mal dans la gueule, journellement, à gérer sans cesse et à toute vitesse, face à un public multiple et varié,  questions-réponses-remarques-engueulades-plaisanteries-réflexions-débats-idées-remontrances-rabâchages-conseils-doutes-et j’en passe… Sur la longueur, dans la foulée, on ne se rend pas trop compte… Mais le soir, rentré chez soi, le disque dur donne des signes de faiblesse : envie de faire du yoga à la langue, de la laisser bien cachée au fond de sa boîte, à se détendre douillettement…. Envie de mettre le cerveau sur le mode « méditation transcendantale » déconnecté de l’immédiateté, de l’angoisse de la réponse à fournir dans l’instant, de l’urgence de la question à poser au bon moment.

Ces écorchures-là, elles sont plutôt agréables au bout d’un certain temps d’adaptation quand  le cuir s’est tanné. La dynamo tourne. Les hélices fonctionnent. L’avion vrombit. Non, Jojo, ce n’est pas « toujours pareil », sur une heure de cours, en tout cas. Des centaines de sollicitations relancent sans cesse la mécanique. Ce boulot « dérouille » mieux que n’importe quel dégrippant. On ne s’ennuie jamais pendant. Impossible.

 

Mais un prof c’est aussi un écorché de l’intérieur. Processus plus lent, insidieux  et douloureux, au final. Ecorché de quoi ? Bah, de lassitude. Pas celle engendrée par les cours, les élèves ou l’administration. La lassitude du regard, de l’empreinte, des marques, des signaux parvenant du « monde extérieur ». Ces phrases, toutes ces phrases, qu’on n’entend même plus à force de les entendre mais qu’on entend quand même :

« Encore en vacances… ? »

« Les profs toujours en grève… »

« Moi ça m’aurait pas intéressé ça gagne pas assez… »

« Je vous admire, moi je pourrais pas »

« Je tiens à rendre hommage aux profs qui effectuent quotidiennement un travail de terrain formidable dans des conditions souvent difficiles »

(Ces « hommages » qu’on nous rend régulièrement –et uniquement verbalement, car ils n’engagent à rien- font sans cesse lever en moi des « images » de discours devant des monuments aux morts… Je disais bien d’ailleurs plus haut que certains parmi nous le sont déjà, « morts »)

 

Alors, au bout d’un moment, pour fermer la gueule à cette souffrance-là, et cautériser les écorchures,  on se tait, on évite de parler travail avec les « autres ». Il y a quelques semaines, Anydris faisait remarquer que les profs entre eux ça ne parle que « prof » et il s’interrogeait sur les raisons à cela. A moi ça paraît évident : on est fatigués de relire dans les yeux des autres le geste de Jojo, alors on s’abstient, et on se « lâche » entre nous… Rien de bien méchant, ni de bien glorieux d’ailleurs. Juste une façon de rechercher un écho chez d’autres qui savent de quoi il retourne vraiment. Non pas pour partager des souffrances. Ce métier, pas plus affreux qu’un autre, comporte des joies en part égale. Mais simplement pour ne plus entendre les  phrases, les signaux « encore… toujours… pas assez… admire… rendre hommage… formidable… »

 

Ce n’est pas un fonctionnement en circuit fermé…

 

Etre prof implique être ouvert en permanence. Trente, trente cinq têtes devant soi. Voire bien plus, en amphi. Le maximum que j’aie connu, c’était 150 étudiants face à moi. Une hydre à tête multiple. Une entité qui peut se transformer, évoluer sans cesse. Rien n’est jamais acquis. Un nouveau venu peut tout faire basculer dans le mauvais sens, ou, plus rarement, dans le bon. Les débuts d’année où l’on se jauge, mutuellement, l’entité et le prof. Domptera, domptera pas ? Intéressera, intéressera pas ? Rejet en bloc ou complicité ? Je laisse de côté, volontairement, les verbes « aimer » et « haïr ». Contrairement à une croyance trop répandue, ce n’est pas sur ces moteurs-là que des rapports élèves-prof doivent se construire.

 

Je n’ai toujours pas vu « Entre les Murs ». J’en ai à la fois envie et pas envie, comme je le disais hier chez Christophe, en commentaire à sa note sur l’enseignement en général, et le film en particulier. J’ai peur de ressortir de là en ayant entendu pour la deux millième fois ce que pense le bon sens populaire, qu’une classe qui fonctionne c’est celle où des rapports de confiance sont établis (vrai) , où les élèves peuvent s’exprimer (vrai) librement (faux, il ne s’agit pas de laisser dire tout et n’importe quoi, il y a des garde-fous à poser), que le prof doit apprendre en écoutant ses élèves (vrai), qu’il existe une culture en dehors de l’école (vrai) tout aussi valable que celle qu’on y enseigne (faux, il faut savoir hiérarchiser. Je suis intéressé par la télé-réalité en tant que phénomène médiatique, mais je ne la mettrai jamais au même niveau que le théâtre élisabéthain ou l’histoire de l’abolition de la ségrégation aux USA). En définitive, je crois que ce film n’a, justement, pas grand-chose à m’apprendre que je ne sache déjà. Mais j’ai envie d’aller le voir de façon détachée (difficile exercice !), tel un divertissement comme un autre…

 

Un prof, c’est un acteur qui improvise sans cesse. La trame de la pièce qui se joue « entre les murs » d’une salle de classe est écrite d’avance, certes. C’est la préparation du cours. Mais les répliques sont à réinventer, toujours. Inutile de songer au décor pour faire oublier la pauvreté du jeu, si besoin est. La salle, l’éclairage,  restent les mêmes. Les costumes ? Eux changent en fonction des saisons, mais le meilleur costume de l’acteur-prof c’est encore son langage et ses intonations. Cependant, le plus difficile encore, c’est de rendre un public récalcitrant acteur à son tour. Et, lorsque ce public veut bien intervenir dans la pièce, il faudra canaliser, intervenir, faire réagir, de façon à ce que le dialogue soit tant soit peu cohérent.

 

Un chef d’orchestre, plutôt. Je dis cela très modestement. Il m’est arrivé plus d’une fois de finir une heure de cours en me disant que la cacophonie avait été infâme, et qu’il n’était rien sorti de bon de ma façon de diriger. Ca s’apprend. Déclencher les trompettes (les meilleurs élèves) pour donner une impulsion, faire faire un arpège au piano pour synthétiser (l’intelligent qui ne lève la main que lorsqu’il sent que les autres ‘sèchent’). Aller chercher les clarinettes et les hautbois (les petits timides trop discrets) pour que la musique soit plus fluide et douce. Sans oublier de canaliser la batterie et les percussions (les chieurs qui mettent le foutoir) qui peuvent avoir aussi leur utilité éventuellement, pour  réveiller un auditoire qui s’endort (certes, ça peut arriver).

 

Oui, Jojo, ma main vole en l’air. Les deux mains, même. Comme ma voix.  Mes yeux aussi, remuent, en cours. Mes jambes jamais immobiles. Je ne m’assois pratiquement jamais. Chef d’orchestre sans baguette, je fais mon numéro, j’essaie d’accorder les instruments entre eux. Désolé, si, par la suite, hors de l’auditorium, je ne sais plus fredonner la symphonie -voire la cacophonie, j’assume- qui est née à chaque fois. Un chef d’orchestre ne sait pas chanter seul. Il a besoin de ses musiciens. Qui peut parler du travail que je fournis en cours, sinon mes élèves eux-mêmes ? Moi, quand j’ai fini ma journée, j’oublie la musique. Elle se remet en branle toute seule quand eux et moi repassons la porte de la salle de classe, le lendemain. Ce qui se passe « entre les murs » il faudrait qu’une caméra vienne le filmer. Mais pour ça, personne n’est allé chercher Lancelot, ni Calyste, ni Andesmas, ni Anydris, les blogueurs inconnus de l’EN. Y avait déjà François Bégaudeau sur le coup. Lui et ses « élèves » choisis pour incarner des stéréotypes, sont-ils vraiment représentatifs de cette infinité de situations diverses dans tous les collèges, les lycées de France… ? Rien n’est moins sûr. Enfin, ils ont décroché la palme à Cannes. Grand bien leur fasse. Cette distinction-là ne faisait pas partie de ma liste d’ambitions lorsque j’ai passé les concours de l’enseignement.

 

 

dimanche, 12 octobre 2008

"Il y a la crise, le soleil et la mer..."

 

Il existe depuis des années une guerre ouverte et déclarée entre TF1 et France 2 concernant l’audimat du journal de 20H. Avec toutes les variations « pipolistiques » possibles et imaginables autour. Un noir à 20h, est-ce que ça plaira ? Plutôt plus, plutôt moins ? Les femmes seront-elles sensibles au charme exotique de Roselmack… ? PPDA viré du journal, est-ce à cause de son (minuscule et unique !) dérapage, un jour, devant notre Président adoré ? Laurence Ferrari et son glamour juvénile suffiront-ils à remplacer dans nos cœurs notre Patrick immuable depuis plus de 20 ans…. ? Etc etc etc… jusqu’à l’écoeurement.

 

Personnellement, je n’ai réussi à m’intéresser, ou plutôt à me ‘documenter’ sur tout ça (si on peut employer ce mot-là pour un thème aussi risible…) que grâce au matraquage médiatique, auquel aucun Français, à moins d’être sourd, aveugle, sans télé, ni radio ni journaux, n’a pu échapper. Et malgré tout, j’ai toujours survolé ça de très très loin… Par exemple, à l’époque où elle présentait le JT, j’ai jamais su dire si Christine Ockrent était sur la une ou la deux. Elle a changé sans cesse, passant de l’un à l’autre à une vitesse étourdissante, et j’étais toujours ébahi quand je demandais « C’est quel journal, là… ? » qu’on sache me répondre sans erreur « Mais enfin c’est la 2, puisqu’il y a Christine Ockrent… » Ben oui mais ça changeait tout le temps ! J’y ai jamais rien compris…

 

Tout cela pour dire que les JT, aujourd’hui (et depuis belle lurette…) sont devenus un problème de forme, sans même qu’il soit question du fond. Par « le fond » je n’entends pas « les sujets abordés », qui, en principe, doivent être les mêmes en fonction de l’actualité. Le fond, pour un JT (enfin, selon mon éthique, un peu trop idéaliste peut-être…) c’est la façon de présenter cette actu : percutante, incisive, dérangeante, nous incitant à nous poser des questions, etc etc.

Bien sûr, elle plane, mon éthique. Et moi avec. Les seules questions que suscitent les JT, de nos jours (à en croire les échos du lendemain) c’est « PPDA se sent-il humilié… ? » « Ferrari parviendra-t-elle à relever le challenge… ? » « L’audimat d’Harry est-il inférieur –ou supérieur- parce que c’est un journaliste de couleur… ? » etc etc etc…

Le reste, à savoir, de quoi l’on parle ce soir, la façon de présenter les sujets, l’ordre dans lequel ils arrivent, c’est vraiment des fioritures accessoires. Du glaçage sur le gâteau de la vie et des sentiments des présentateurs. La simple assiette qui servira à contenir la tarte à la crème de l’émotion ressentie par les téléspectateurs. Non pas en s’informant sur la famine en Erythrée, ou les malversations financières de l’affaire de l’Angola-Gate, mais en s’interrogeant sur des choses bien plus fondamentales pour l’avenir du monde, telles que la réalité de la moumoute d’untel, ou du bébé virtuel de telle autre. Ca, ça marche. Ca fait de l’audimat. JT, comme « Je Tartine ».

 

Depuis bientôt un an que nous sommes passés à la TNT, on a été ravis de pouvoir claquer la porte, refermer la tombe sur les miasmes de ces JT nationaux. Les chaînes d’info en continu, même si elles sont loin d’être idéales et objectives, ont l’avantage d’être plus vivantes, diversifiées, avec davantage de reportages en direct. Et puis, elles sont multiples. Si un sujet nous ennuie, on zappe et on va voir à côté. Encore une fois, ce n’est pas la panacée, mais on retire de tout ça l’impression d’avoir reçu, sinon un aperçu objectif, du moins un compte rendu globalement intéressant de l’actualité du jour. A nous de la redigérer et la commenter entre nous, par la suite.

 

Mais, zapping oblige, par moments (rares, heureusement) on retombe, hasard malheureux, sur les indigestes ("indigérables", même) JT de TF1 ou France 2 entre 20h et 20h30. Hier soir, vers 20h25, nous avons été contraints d'atterrir sur la 2, et forcés d’y rester, en raison d’une défaillance de notre parabole. On aurait mieux fait de carrément tout éteindre.

 

Le  JT avait bien sûr débuté avec la réunion du G7 à Washington, et celle, prévue pour le lendemain, de l’Eurogroupe à l’Elysée, sur fond de crise boursière, évidemment.

 

Il se terminait sur une charmante note optimiste : il a fait un temps magnifique hier sur l’ensemble de la France. Températures estivales et soleil radieux, ce qui était bien agréable en début de week-end, et suite à une semaine météorologique un peu morose. Interviews sur la plage d’Arcachon :

 

(j’ai utilisé le podcast sur leur site internet pour ne pas risquer de modifier l’esprit du reportage) :

 

 

Voix off : Que son banquier se rassure, cette dame n’est certainement pas en train de paniquer…Quant à la météo, les valeurs sont en hausse, +25 sur le mercure, bonjour maillots de bains, adieu bas de laine… »

« Est-ce que vous pensez à la crise financière, là, maintenant ? »

La dame (langoureusement vautrée): « Pas du tout…. (petit rire étouffé)… pas du tout… »

« Et pendant la journée ? »

« Non plus… non plus, je pense à faire du vélo… et à m’amuser sur la plage…. »

Voix off : Même tonalité pour la famille Indiana Jones, en partance pour l’Ile aux Oiseaux. Pour eux, l’important, c’est que ça monte et que ça descende…

Le Papa : « Ca descend, portés par le courant avec la marée montante, et puis faire le retour avec la marée descendante, le soir. Voilà. Et puis profiter du soleil, surtout, on a une belle journée…Je suis notaire… »

Voix off : Mince alors… sur la côte d’argent, il fallait s’y attendre. Mais c’est un notaire sous l’effet du beau temps !

Le notaire : « Vous avez du soleil, vous avez de l’oxygène, donc de marcher ça vous fait oublier un petit peu tous ces … tous ces problèmes, et puis de voir une mer comme ça, ça calme, non ? C’est sûr… ? Un petit peu… »

Voix off : Et si le notaire disait vrai ? A Bordeaux, revoici l’euphorie. Le dernier paquebot de croisière de la saison vient d’accoster. Avec ces riches Américains, toujours aussi riches, sur le miroir d’eau de la ville, toute une foule profite d’un soleil généreux.

Un autre mec (viril, respirant la santé, genre homme d’affaires qui fait des UV et de la muscu pendant sa pause-déjeuner) : « Quand on passe un bon week-end comme ça, vous respirez un grand coup, et puis le lundi matin faut espérer que ça aille mieux, quoi… »

Voix off : Le dimanche aussi sera ensoleillé, décidément ça n’est pas un temps de crise…

 

Pendant un moment je me suis même demandé s’ils n’allaient pas oser mettre en toile de fond « Y a du soleil et des nanas, la la li lalala… »

Ces 45 secondes façon « Wall Street au Club Med » m’ont horriblement déprimé. Quel est le but de ce reportage ? Il ne peut y en avoir que deux. Ou bien on cherche à nous remonter le moral : la météo comme antidote à la déprime ambiante dûe à la crise économique  (ces jours-ci, autant s’exiler au Sahara à vie pour espérer un résultat efficace… !) . Ou bien, en douce, on veut nous glisser qu'en définitive les Français sont flemmards, insouciants, déconnectés, et peu concernés, pendant que Nicolou et les responsables mondiaux se démènent, s’activent, et trempent leur chemise afin de nous sortir de l’impasse. 

Ou, encore pire : l’objectif du reportage est double : nous faire comprendre que nous pouvons garder le moral et croupir au soleil dans notre indolence, puisque finalement nous ne sommes bons qu’à ça. En haut lieu, on se charge de nous et des vraies décisions. Ne nous colletons pas avec ce qui nous dépasse.

 

Moi, même si je râle, je veux bien qu’on me dise que l’ampleur de la crise sera incalculable. Même si je conteste, e veux bien entendre que c’est un système économique mal régulé, et non un groupe réduit de vautours spéculateurs qui a provoqué un désastre planétaire. Même en angoissant, je veux bien admettre que les temps à venir seront durs, qu’il va falloir se serrer la ceinture…

 

Mais ce que je n’ADMETS PAS, que je n’admettrai jamais (et je pense que je suis assez représentatif du Français moyen sur ce coup-là) c’est qu’on se foute de ma gueule et qu’on me prenne pour un mongol qui ne pense qu’à se dorer au soleil. Un mouton de Panurge qui oublie son compte en banque le temps d’une virée en bateau. Un abruti qui contemple des Américains en vacances en se disant que ça ne doit pas aller si mal pour eux, puisqu’ils ont du fric à dépenser chez nous. Non, ça je ne l’admets pas.

 

Je me suis longtemps demandé à quoi tenait le succès des Guignols de l’Info. Leurs gags ne sont pas toujours désopilants. Lorsque je regarde la rétrospective de la semaine, le dimanche, ils doivent réussir, en tout, à me faire rire trois fois, en moyenne. Ce qui est assez peu, sur cinq jours. Mais non, en définitive, à bien y réfléchir, c’est déjà énorme. Une vision de l’actualité en négatif, avec un sourire ironique et grinçant en toile de fond. OUI, c’est de ça que j’ai besoin. Tant pis si la ficelle est grosse, et que là aussi, au final, il s’agit d’un miroir aux alouettes, et que Guignols ou pas, rien n’empêchera la crise et la déprime. Ce piège-là, je veux bien m’y laisser prendre, parce qu’il me donne au moins l’impression, pendant 5 minutes, d’une catharsis à cette sempiternelle ragougnasse que l’on nous sert dans les JT. Ces voix doucereuses aux formules étudiées :

 

«Quant à la météo, les valeurs sont en hausse, +25 sur le mercure, bonjour maillots de bains, adieu bas de laine… »

Que c’est drôle. Que c’est élégant. Quelle jolie pirouette…

 

Bien évidemment, le reportage à Arcachon a été préparé, et les gens interviewés ont été briefés au préalable. Mais j’aurais aimé y être pour faire mon numéro.

 

Mon phantasme d’interview au JT

 

 

Moteur :

 

« Est-ce que vous pensez à la crise financière, là maintenant? »

« Absolument, regardez, je suis en train de lire le Wall Street Journal sur la plage ! »

« Et pendant la journée ? »

 « J’y pense jour et nuit. C’est pour ça que je suis venu ici justement. J’envisage de louer un bateau pour aller me noyer au large. Si j’en ai les moyens évidemment. Vous n’êtes pas sans savoir que tout augmente et que la location de pédalos est aussi touchée par une vertigineuse inflation ? »

« Quelles idées noires ! Pourquoi ne pas simplement profiter du soleil ? »

« C’est ce que j’essaie de faire, pour mes derniers instants. Et aussi d’écouter le cri des mouettes, bien plus agréable que tes questions à deux balles pour veau décérébré.  Maintenant, tire-toi de mon soleil et va demander à Parisot si la chaleur de ce beau week-end estival lui a tapé sur la tête à elle aussi, au point de lui faire oublier ses propres intérêts financiers. Quoique je me doute de sa réponse… »

 

mercredi, 08 octobre 2008

TAGMUSIK !

Les chaînes interblogs, c’est amusant, mais quelquefois, en examinant les questions posées, on se dit qu’il va falloir se gratter les méninges pour trouver des réponses pertinentes, honnêtes, amusantes, originales…. Lourde tâche, parfois pénible…

 

Tagué hier par ma jumelle (nos blogs étaient nés presque en même temps), lorsque j’ai lu le principe du jeu, pour la première fois, je me suis dit « Super, ça me botte un max, ça ! »

Il s’agit donc de choisir 5 chansons qui nous ressemblent, et d’expliquer pourquoi. C’est tout à fait le style de chose faite pour me plaire, parce que j’ai tendance à penser que les morceaux de musique (et les paroles qui leur sont associées), rythmant nos vies, parlent de nous mieux que nous-mêmes (ce qui me rend souvent furieux de frustration, d’ailleurs…). On pourrait trouver que c’est à double sens : à force d’écouter ces chansons, notre cœur entre en résonnance avec elles, et une osmose bizarre se produit. Je suis triste et j’écoute ‘ceci’, ça me rend encore plus malheureux, et ça me plait (« wallowing into self-pity » comme ils disent). A l’inverse, écouter ‘cela’ va décupler mon enthousiasme, ma joie, dans certains cas…

 

Comment vivre sans musique…. ?

 

Alors la vraie difficulté, c’est choisir ces morceaux pas seulement « parce qu’ils nous plaisent » mais surtout « parce qu’ils nous ressemblent ». En principe, ceci explique cela. Mais j’ai assez peu hésité pour ma liste personnelle. Les deux tendances se complètent, et « se font écho » si je peux utiliser cette métaphore musicale, justement.

 

Allez, on y va. Voici le Juke-box :

 

Pour ouvrir le bal, on commence par Daho (et son Gafione.JPGéclat de rire au début de la chanson) qui fait des essais photographiques sur un beau mec en sliman. Admirer la beauté masculine (sinon l’immortaliser sur papier glacé) c’est quand même une des composantes de ma vie. Je me souviens que TiNours et moi avions attrapé un mémorable fou-rire en vacances en l’écoutant et en imaginant une dédicace possible qu’Etienne aurait pu écrire : « Je dédie cette chanson à Jean G. Il se reconnaîtra… »

« De ta silhouette athlétique

Je l’avoue j’en suis fanatique…

De ta silhouette en sliman

Je dois admettre que je suis fan

De tout ce que tu émanes

Un éloge chic de la France

A la beauté qui n’en a pas conscience… »

(clin d’œil à mon TiNours)

 

  Ensuite, une chanson que j’avais déjà «publiée » sur mon blog, il y a bien longtemps, avant l’été… Dans cette note (délirante…), je racontais que je prenais le volant de mon « blogoscaphe » pour aller visiter les blogpotes, et en toile de fond, je faisais tourner « Can’t stop loving you ». J’adore Phil Collins et sa voix qui sait monter dans les aigus. Et surtout, j’aime les paroles de cette chanson, parce qu’elles reflètent bien mon état d’esprit par rapport aux amis inter-blogs, justement. Je vous aime. Que reveniez ou pas. Que vous vous manifestiez ou pas. Que je vous aie parlé, rencontrés, ou pas. Tous les blogueurs de « ma liste » ici en haut en droite, sans exception aucune. Je ne tire pas de trait sur le passé, jamais. Je ne ferme jamais de porte. Je peux pas. Tant mieux pour ceux qui en sont capables. Moi, je le confesse « I can’t » comme Phil.

 

« So you’re leaving in the morning on the early train

I could say everything’s alright

And I could pretend and say goodbye

But that would be lying

Cause I can’t stop loving you

No I can’t stop loving you ”

(Clin d’oeil à Sammy)

 

En 3, je sens que je vais me faire huer... Il est de « mauvais goût » d’apprécier certains artistes comme Céline Dion, ou Francis Lalanne. Bah, j’assume. S’il est vrai que le monsieur sus-mentionné est tant soit peu irritant, je trouve qu’il a tout de même fait des choses très belles, à ses débuts, et encore aujourd’hui. J’ai toujours aimé l’optimisme, qui se dégage, paradoxalement, des accords de guitare qui rythment cette chanson, qui peut trouver un écho en chacun de nous... "Vlà huit heures"...  Les bouffissures, la torpeur, les brouillards des matins de semaine qui sentent le café, le gel douche et le métro… Et pourtant, on avance, on est portés par une petite veilleuse tout en dedans de nous-mêmes… Cette veilleuse, c’est plus que de l’habitude, c’est aussi de l’espoir…

 

« La fille, sur l’escalier roulant

Elle est belle, mais elle monte, et moi je descends…

A quoi ça rime de faire des vers

Quant on vit le cœur fermé, les yeux ouverts

Moi j’voudrais vivre ailleurs qu’ici

L’était belle cette fille,

Pourquoi j’lui ai pas dit …. ? »

(Clin d’œil à Fiso…)

 

La quatrième chanson… Aaah la quatrième chanson… J’en suis amoureux, ainsi que de son interprète. La tranquille sérénité de Maurane, sa belle voix. Et j’aime cette bulle de plénitude que la chanson nous ouvre. A chaque fois que je l’écoute, je revois, je revis, des moments de bonheur connus au cœur de l’été…

« Te regarder t’étendre

Comme un pacha au soleil…

Qu’il est doux de se détendre

Dans le jour qui sommeille

Il n’y a que le bon à prendre

La lune, le miel

J’ai des ailes, faudra-t-il un jour descendre

Quitter le ciel,

Le ciel… ? »

(Clin d’œil à Bougrenette)

 

L’optimisme, encore et toujours….

 

Et pour finir, j’ai voulu compléter le choix « plurilingue » avec une chanson en Italien. Parce que cette langue est si belle, et qu’il est si bon de l’écouter, de la parler. Parce que c’est la musique originale d’un des plus beaux films que j’aie jamais vus « Le Fate ignoranti ». J’y avais déjà fait allusion une fois  ici. Je n’ai jamais pris le temps d’écrire une note dessus, mais je le ferai sûrement un jour.

Une chanson qui parle du désir de s’unir pour être moins seuls, moins démunis devant la vie. Pour être meilleurs. Pour un bout de chemin.

 

« Perché siamo due destini che si uniscono

Stretti in un’ instante solo….

Superando quelli ostacoli

Se la vita ci confonde

Solo per cercare di essere migliori

Per guardare ancora fuori,

Per non sentirci soli... »

(Clin d’œil à Corinne, à Bruno, à Nat, à Thierry, Christophe, à toute l’ équipe…)

 

Sinon, le jeu voulait aussi qu’on mentionne un 6° titre, qui nous résume mieux que tous les autres. J’ai exhumé une chanson d’Eurythmics, pas très connue, dont le refrain est basé sur les vers du poète Tennyson :

 

 

"Mieux vaut avoir aimé et avoir perdu

 Que ne jamais avoir aimé du tout"

 (Clin d’œil à Olivier)

 

Ne pas oublier, en fin d’émission, de taguer quelques auditeurs potentiels, comme le veut le jeu.

 

S’ils le veulent bien, je propose donc le studio et le micro à :

 

Christophe, Farfalino, Calyste, Anydris, Valérie

 

Bon courage à vous. Pour moi en tout cas, ça a été un vrai plaisir de participer à cette chaîne. Merci ma Boubou. Et en plus, grâce à toi, je me suis initié aux délices de Deezer ! Je me coucherai moins bête ce soir…. Comme quoi, on apprend tous les jours….

 

 

 

 

mardi, 07 octobre 2008

Moi j'm'en fous, et j'm'en contrefous...

Aujourd’hui, la météo boude.

Ciel gris. La température s’est nettement rafraîchie depuis vendredi. Va falloir bientôt bâcher la piscine. Une chose qu’on a HORREUR de faire. D’abord parce que c’est hyper-chiant et pénible, ensuite parce que chaque année, ça équivaut à clouer le couvercle du cercueil de l’été….

 

On a des marguerites qui fleurissent en septembre uniquement. On les attend tout l’été, et puis, elles s’épanouissent deux semaines et se ratatinent trop vite, pour confirmer la mort des beaux jours début octobre.

 

Et bien, grâce au numérique, refusons cette cruelle fatalité :

J’ouvre une fenêtre sur un aperçu qui était encore véridique il y a une semaine… Mensonge ? Bah… Si peu. Regardez avec moi, l’été n’est pas encore enfui !

 

P9240066.JPG

(je sais je sais : les pétunias, à l’étage au-dessous, ils font un peu la gueule… Mais eux ont droit à leur retraite, ils ont tenu bon plus de deux mois !)

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(Et le premier qui me dit que le fond de la piscine est sale, il gagne une séance de nettoyage à faire lui-même, ou elle-même !  Comme on ne se baigne plus depuis 15 jours, température de l’eau oblige, on ne se fatigue plus à passer le robot : on fera un seul nettoyage juste avant de bâcher….)

 

Hier, catastrophe boursière :

Et malgré l’assurance, répétée, martelée par nos chers Nicolou et Fion, selon laquelle nos comptes courants ne risquent rien (encore heureux !!!) SI ils sont inférieurs à 70000 euros (je sais pas vous, mais là, moi, je ne me sens pas trop menacé…) et SI on n’a pas fait de placement en actions (là non plus, pas de risque me concernant…), eh ben il paraîtrait que la confiance des Français n’est pas vraiment au rendez-vous. Ce qu’on peut être ingrats, tout de même….

Tant pis. Ca ne m’a pas empêche de  HURLER DE RIRE ce matin en ouvrant mes mails et de trouver cette blague que Pilou m’a envoyée depuis le ch’Nord. Vous l’avez peut-être eue vous aussi ? Sur internet, ça circule vite, ces farces-là…. Et heureusement d’ailleurs. Heureusement qu’il nous reste la possibilité de rire.

 

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