mardi, 30 septembre 2008
America the Beauty-Fool
Il y a quelques mois, j’affirmais ici sur mon blog ma certitude absolue que, face à la cacophonie de la bagarre au sein du clan démocrate pour l’investiture (la meuf contre le nègre), les Républicains se tapaient sur le bide en attendant tranquillement le mois de novembre, sûrs de décrocher un nouveau mandat à la Maison Blanche pour quatre années supplémentaires.
La question qui se pose aujourd’hui, c’est : la donne a-t-elle été modifiée ?
Barack Obama a été choisi comme candidat démocrate, devançant largement Hillary Clinton dans les suffrages. Ils ont fait copain-copain et ont rentré tous deux leurs griffes. Le « ticket » se fera avec Joseph Biden, sénateur du Delaware depuis 35 ans. Un vieux loup sur la scène internationale, pour pallier à l’inexpérience supposée d’Obama. Choix judicieux ? Voire… Il avait été partisan du ‘Patriot Act’ et avait soutenu l’action militaire en Irak. Il a souvent commis des « gaffes verbales » en public. Il a aussi été mis en cause pour deux affaires de « plagiats » (pas bien méchantes, mais ça la fout un peu mal pour un futur vice-président...). Il a aussi été très acide avec Obama avant son investiture, et c'est un ami personnel de McCain. Qu’y peut-on ? En outre, il a été victime d’une double rupture d’anévrisme il y a quelques années. Ce n’est évidemment pas sa faute, mais ça pourrait le desservir…. L’ensemble donne un peu une impression de flou et de désordre….
Et face à cela, comme co-listier chez les Républicains, qui avons-nous ?

Oui…
Je sais…
Ca fait peur.
Ca fait franchement peur…
CV Express : naissance en 1964 – catholique – entraineuse de l’équipe de basket-ball du lycée, où on l’avait surnommée ‘Sarah Barracuda’ » - diplôme de journalisme – journaliste de 1987 à 89 pour des feuilles de chou locales – mariée 5 enfants – élue maire de Wasilla en Alaska, puis gouverneur du même état en 2006 – Aucun voyage hors du continent américain, mis à part une rapide excursion au Koweit, dans une base américaine où elle s’est exercée au tir de nuit. – Co-listière de John McCain pour le ticket républicain depuis le 29 août.
Hobbies : la chasse au caribou – la chasse à l’ours - Le tir – les armes à feu – Encourager ses enfants aux matches de hockey sur glace
Signes distinctifs : élue Reine de Beauté en 1984.
Anti : avortement – mariage homo – son ex beau-frère, Mike Wooten, qu’elle avait cherché à faire virer de la police en magouillant –
Pro : exploitation des ressources gazières et pétrolières dans les réserves naturelles de l’Arctique – NRA (tristement célèbre lobby pour le port d’armes, qui fut présidé pendant des années par Charlton Heston).
Suite à quelques interviews désastreux lors desquels, interrogée sur la situation internationale, l’opportunité pour les USA d’intervenir par les armes hors du territoire américain, et la crise financière, elle a pratiqué avec conviction l’art de faire du bruit avec sa bouche, en prenant un air entendu et convaincu, il semblerait que l’enthousiasme initial qu’elle avait provoqué parmi son électorat potentiel ait un peu « pâli » justement.
Doit-on s’en réjouir pour autant, et se dire que face à une équipe républicaine aussi minable, le ticket démocrate, qui fait tout de même « un peu plus sérieux », va sérieusement voir remonter ses chances de victoire ?
Je pense que rien n’est moins sûr.
Il s’agit bien sûr d’un coup de dés de la part de McCain : il utilise visiblement cette crétine qui semble échappée du dernier volet de « Porkys », pour draguer l’électorat féminin, conservateur, populaire et religieux.
Les femmes américaines se sont ruées vers les lunettes « façon Sarah Palin ». Les ex-reines de Beauté, c’est un genre dont les Américains raffolent, et qu’ils aiment recycler n’importe où, à tort et à travers…
Les capitalistes endurcis se frottent les mains avec la possibilité de nouveaux contrats juteux dans les exploitations pétrolières d’une région jusque là préservée, l'Arctique.
Les grenouilles de bénitier... Ah ben, de ce côté-là, la crise financière tombe à pic pour la Droite bien-pensante ; entendu récemment dans un magazine d’infos : « Les contribuables américains, déçus et en colère contre les banques, préfèrent s’en remettre à Dieu »… C’est pas des blagues, et ça ne m’étonne absolument pas, vu la psychologie du « Citoyen Lambda de Là-Bas ».
Reste l’électorat populaire : le plus dangereux. Ne pas s’y tromper. Il ne s’agit pas là des Noirs vivant en ghetto ou des victimes de la crise des subprimes. Ce groupe-là, innombrable, est majoritairement constitué de ‘Rednecks’ (autrement dit des ploucs ruraux, à l’image du futur beau-fils de Sarah, celui-là même qui a engrossé sa fille avant le mariage, et qui se définit fièrement comme un « Fucking Redneck » sur son blog personnel). On a affaire ici à une partie de la population qui ne se fait pas entendre, mais qui est d'une part fermement et indécrottablement attachée aux rassurantes valeurs « famille » « nation » « Bible », et d'autre part hostile à tout ce qui est tant soit peu « intellectuel », « étrange » ou « culturel ».
C’est cet électorat-là, silencieux, qui a souvent fait pencher la balance dans un sens ou dans l’autre.
Qui pensait que Dabeulyou serait réélu en 2004 ? Les faits sont pourtant là, têtus….
En ces jours où la crise financière fait vaciller l’Amérique et serrer les fesses au reste du monde, et où tous les politiciens, quels qu’ils soient, semblent totalement dépassés par les évènements, je doute que l’ignorance crasse dont la Sarah ne manquera de faire preuve lors du débat de jeudi, face à Joe Biden, constitue une différence qui puisse peser en faveur des Démocrates.
Des deux Vice-Présidents potentiels, on commentera l’attitude, la force de conviction, le passé, la tenue, l’émotion qu’ils sauront susciter. En un mot, la forme, au détriment du fond. Comme toujours.
Que restera-t-il dans la mémoire des électeurs américains, d’ici le scrutin de novembre ? De l'émotivité plutôt qu’une vision claire de la situation. Une inclination et non une réflexion. Un coup de cœur durable, pas une prise de conscience de l’urgence.
Et la grande majorité des abstentionnistes (je la prévois très forte, sur ce coup-ci) laissera les deux camps également amputés, mais avec leurs chances de départ intactes.
De sorte que la donne restera la même, avec un avantage aux Républicains. Et je continue à penser que John et Sarah, ça ira ça ira.
Jamais je n’ai été aussi pessimiste sur l’avenir de la planète, à tous les niveaux…
20:28 Publié dans News | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : élections américaines, sarah palin, barack obama, joe biden, républicains, démocrates
dimanche, 28 septembre 2008
Old man, forever New

Un acteur qui dégageait bien davantage que du sex-appeal. Son impact allait bien au-delà. Il fait partie de cette lignée qui, aux côtés de Marilyn, Montgomery, James, Liz, et tous les autres, ont marqué mon âme d’enfant.
Je me souviens d’avoir été fasciné et effrayé par ses rôles de mauvais garçon dans ’Cool Hank Luke’ (Luke la Main Froide) ‘The Left Handed Gun’ (le Gaucher), ‘Hud’ (Le Plus Sauvage d’Entre Tous)…. Sa nonchalance étudiée, ses longs silences où seul son regard incroyable semblait parler, me le rendaient à la fois détestable et attirant. Le style de frère aîné que l’on redoute de voir débarquer, et que l’on regrette de voir filer.
Son choix pour ‘Cat on a Hot Tin Roof’ (la Chatte sur un Toit Brûlant) de Richard Brooks a également servi à sauver un film qui aurait pu être désastreux, car le scénario dénaturait l’esprit original de la pièce de Tennessee Williams. Mais son face à face avec Liz Taylor, la glace contre le feu, ainsi que la présence de Burl Ives dans le rôle de Big Daddy, ont contribué cependant à faire du film un grand moment du cinéma.
Je ne me suis jamais lassé de la fameuse scène d’anthologie sur le vélo dans « Butch Cassidy and the Sundance Kid », scène déjantée, incongrue et pleine de joie de vivre, à son instar.
Il avait déclaré, après avoir reçu son seul Oscar, pour ‘The Color of Money’ (la Couleur de l’Argent) en 1987, très tard dans sa carrière : « c’est super, maintenant je suis sur les rails, et je vais peut-être pouvoir trouver du travail… »
Paul Newman a été, toute sa vie, un acteur engagé dans des causes saines : il avait participé aux côtés de Martin Luther King à la Marche sur Washington pour les droits civiques des Noirs en 1963. Suite au suicide de son fils Scott en 1978, à l’âge de 28 ans, il avait créé le ‘Scott Newman Center’ pour la prévention de la drogue chez les enfants et les adolescents. Il avait également créé une marque de produits alimentaires dont les bénéfices étaient intégralement reversés à des organismes de charité pour les jeunes, et des créations de camps pour enfants cancéreux (il en existe notamment un en France).
Paul, c’était un Mec Bien.
On l’oubliera jamais.

22:23 Publié dans Ciné | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : paul newman, cinéma
mercredi, 24 septembre 2008
Vert, je suis VERT

Vous le connaissez, çuilà... ?
Si, par pure lubricité amour du sport, vous vous tenez au courant de l’actualité « rugbystique » comme on dit, vous avez dû apprendre récemment que ce beau monsieur quitte sa Néo-Zélande natale pour venir jouer à Perpignan.
Jusque là, rien que de très banal… Il y a tant de mouvement dans le monde des sports de ballon, qu’il soit rond ou ovale…
Mais il est vrai tout de même qu’hier soir, lorsque sa jolie frimousse est apparue sur l’écran télé, mon regard vague façon « fin de journée » est immédiatement redevenu alerte et brillant, façon « début de week-end (romantique) » Tous les sens en alerte, les antennes frémissent et pointent au Nord. Hummm…
Cela, surgissant immédiatement après le soporifique chapelet de platitudes et de fadaises débitées par le chef de l’Etat au sommet de New York, ça réveille et ça décoiffe, sans préavis !!!

Et c’est là que mon TiNours m’a annoncé, en arborant un grand sourire goguenard, qu’il va le rencontrer, dans le cadre de son boulot (rencontrer le rugbyman, évidemment. Pas le Chef de l'Etat...)
Si, si, c’est pas des blagues...
Et le mieux, c’est qu’il a 95 chances sur 100 de le voir se mettre torse nu devant lui….
Bon là je dois bien avouer que lorsqu’il m’a dit ça, j’ai la bouche qui est devenue sèche, les mains qui se sont mises à trembler et mes yeux qui se sont emplis de larmes.

Putain.
C’est pas juste…
CEPOJUSTE !!!!!!
Bien évidemment, mon TiNours en rajoute 18 couches pour me narguer, et j’en ferais autant à sa place, c’est sûr…
Mais hélas, sur ce coup-là, je ne SUIS PAS à sa place….
Pourquoi j’ai jamais de Dan Carter ou de Alain Bernard parmi mes élèves moi ???? Et pourquoi est-ce qu’ils ne devraient pas se mettre torse nu pour apprendre l’anglais ? Pourquoi pas après tout ???? Hein ?? HEIN ????

16:05 Publié dans Les vagues à l'âme de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : dan carter, rugby, nouvelle zélande, perpignan
mardi, 23 septembre 2008
Hier, 22 septembre
Et voilà, mission accomplie hier soir.
La main a composé le numéro.
De l’autre côté, ça a décroché.
Et ils se sont parlés.
Une vingtaine de minutes ternes.
« Minuternes »
Comme l’an dernier, à la même date.
On raccroche.
(Et on a honte de penser « Ouf » mais on le pense quand même)
C’est reparti pour un an de silence.
Qui sera (peut-être) interrompu le 10 janvier.
Sans oublier une carte postale que lui recevra en été.
Le silence, une des choses qui font le plus mal.
Le silence, il dure.
Il s’éternise.
Il n’en finit jamais d’être là.
Il est assourdissant.
Il te regarde en souriant.
Il se moque.
Faut vivre avec.
Le rompre, j’ai déjà essayé.
Jeter un caillou contre une vitre.
TOC
Il rebondit, la vitre ne s’ouvre pas.
Tu recommences, plus fort.
POF
La vitre s’ouvre, un visage flou apparaît, balbutie quelques mots incompréhensibles, et la croisée se referme très vite.
T’as rien compris.
Je n’ai encore jamais eu le courage de jeter une troisième pierre très fort.
Pierre, Très Fort.
CRAC.
La vitre se briserait-elle ?
Peur de recevoir des éclats, peur d’en sortir mutilé.
Trouillard.
Peureux.
Lâche.
Ne pas redemander.
Ne plus susciter.
Victime du silence
Victime devient bourreau.
S’enfouir à son tour dans le silence.
S’enfuir dans le silence.
Rester là en bas à regarder le volet fermé.
Le lierre gagnant chaque pouce du mur, mois après mois.
Moi après moi.
Moi après lui.
Lui après moi ?
Lui devant moi.
Ou derrière, mais jamais côte à côte. Configuration impossible.
On avait couru, pourtant, ce matin-là.
Ensemble.
Tu étais parti seul.
A ton retour, j’avais voulu faire de même.
« Attends » et tu étais reparti avec moi.
Nos quatre pieds martelant l’asphalte.
Soleil, sueur, bonheur.
Où est-ce qu’on s’est perdus ?
Ce brouillard épais, cette distance opaque qui semble s’être instaurée.
Victimes des autres et de leurs dissidences.
Victimes de nous-mêmes et de nos différences.
Victimes de peu de mots, de trop de silence.
Pierre, Très Fort.
"Le panthéisme".
J’aurais voulu pouvoir revenir sur cette histoire-là, m’expliquer avec toi.
Qui je suis, en quoi je crois.
Trop rapide, trop coupant, trop abrupt, trop maladroit.
Revenir en arrière, mais c’était trop tard.
Tu m’as pas laissé parler.
M’expliquer.
S’expliquer.
Les mots pour moi, les actes pour toi.
Les actes, plus forts que les mots ?
Tu sais aussi jeter les mots.
Je n’ai pas su trouver de pacte.
Le bébé riait.
Le petit garçon lui souriait.
L’époque où tout était simple.
Taper dans des mains.
Jouer au moulin.
Et aujourd’hui, mes poches sont lourdes de toutes ces pierres.
Pierres de la vie.
Pierres, à vie
Pierres accumulées.
Tout vider.
Se libérer.
Se libérer des pierres, très fort.
Pierre, très fort.
Très fort.
Si tu savais.
17:52 Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
dimanche, 21 septembre 2008
Mamma mia

Une jeune fille de 20 ans prépare son mariage. Elle et sa mère vivent sur une île grecque. La donzelle ne connaît pas son père. D’après l’ancien journal intime de sa mère, qu’elle a déniché au fond du grenier, il y a trois candidats possibles à cette paternité. Elle les invite donc tous les trois respectivement à la cérémonie, en signant les invitations du nom de sa mère, qui bien évidemment ne se doute de rien.
Le film « Huit Femmes » de François Ozon, avait fait, paraît-il, un tabac à sa sortie, en 2002. Personnellement, quand je l’avais vu (à la télé), il ne m’avait pas emballé du tout, malgré son prestigieux casting. Autant j’avais aimé la pièce de théâtre mêlant comédie et côté « policier », autant l’insertion de chansons célèbres, au sein de l’histoire, dans le film, avait un côté artificiel que j’avais trouvé lassant et même déplaisant.
« Mamma mia », adaptation cinématographique de la comédie musicale écrite par Catherine Johnson, part un peu du procédé inverse : on tisse un scénario autour de chansons pré-existantes. Eh bien, tout en adorant ABBA (on n’est pas pédé pour rien) et Meryl Streep (comme tout bon homo qui se respecte), je n’ai pas pu m’empêcher de faire à ce film le même reproche qu’à «Huit Femmes» : non, même en aimant les tubes archiconnus, et justement PARCE QUE je les aime, je n’ai pas apprécié de les voir casés, à coups de botte, presque, dans une intrigue cucul et nunuche à souhait. La scène où, sur la route de montagne menant à la chapelle, Meryl Streep et Pierce Brosnan font une pause pour interpréter, sérieux comme des popes « The Winner Takes it All », c’est tellement alambiqué et invraisemblable que ça m’a tordu de rire. C’était peut-être le but recherché… ?
Les paysages de l’île de Kalokairi, tout en étant splendides, me paraissent « en discordance » avec ce style de musique. Pour moi, entendre « Gimme gimme gimme » c’est visualiser un podium de l’Eurovision, on un dancefloor des années 70 en boîte de nuit. Pas la Méditerranée ou des pinèdes, pour sublimes qu’elles soient.
Les Américains, dans le film, font fonctionner au maximum la carte du « trio » chère à leur cœur : Sophie, la jeune héroïne (Amanda Seyfrid), reçoit ses deux copines de lycée (gloussements, cabrioles, exclamations hystériques). Les trois pères potentiels (Pierce Brosnan, Colin Firth et Stellan Starsgard) débarquent en même temps dans l’île (camaraderie virile, réflexions méfiantes, défis lancés à demi-mots, mâles jalousies). Enfin, la mère de la future mariée (Meryl Streep) a également invité ses deux anciennes amies (Christine Baranski et Julie Walters) avec lesquelles elle formait un groupe musical dans sa jeunesse (nostalgies, crèmes de beauté, scènes de fous-rires autour de cocktails, angoisses ménopausées, etc…). C’est tellement américain (ça, plus l’intrigue) qu’on en vient presque à se demander ce que ABBA et la Grèce viennent faire dans tout cela.
J’ai l’air bien sévère. Alors pourquoi suis-je quand même ressorti de la salle le sourire aux lèvres ? Ben parce qu’une fois qu’on accepte le côté artificiel du mélange « Chansons d’ ABBA + Ile méditerranéenne + Acteurs américains célèbres » alors ça passe. Les chorégraphies sont géniales, et les acteurs globalement bons, chacun dans leur genre caricatural. Meryl Streep, depuis « le Choix de Sophie » jusqu’à « Le Diable s’habille en Pravda » en passant par « Holocauste » et « Out of Africa », prouve une fois de plus qu’elle peut tout, tout, tout jouer, en laissant à chaque fois le public (moi en tout cas) amoureux d’elle. Bien sûr, est-il besoin de le préciser, les chansons nous replongent dans un délicieux bain de jouvence made in années 70 (désolé pour les plus jeunes) et c’est très amusant (oui, aussi…) de les voir interprétées par des célébrités comme Pierce Brosnan. James Bond chante Abba !
Mon moment préféré a été la fin, où toute la troupe des acteurs, vêtus de pantalons kitsch à franges et vacillant sur des moonboots à talons hauts de 20 cm, interprète une chorégraphie de « Dancing Queen » et surtout de « Waterloo » comme sur une scène. C’est là qu’enfin, j’ai applaudi et adhéré, en riant de plaisir. Au final, je me suis dit que le film aurait en fait énormément gagné à se contenter de n’être qu’une suite de danses et de chansons sans qu’on cherche à les lier entre elles par un lien artificiel et une intrigue niaiseuse. Mais je suis indécrottable sur ce plan-là : je n’arrive jamais à concilier les deux genres « comédie » et « musicale » dans ma tête, et je m’étais déjà fait les mêmes réflexions après avoir vu « Footloose » ou « Flashdance ».
En conclusion, ça vaut le coup. Mais bon. Sans se rouler par terre non plus. Sinon pour se mettre au diapason et s’éclater au rythme de tubes que l’on a tous adorés un jour.
19:26 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : abba, meryl streep, comédie musicale, cinéma
vendredi, 19 septembre 2008
L'Elève Qui Enerve
C’est une fille.
Désolé pour ceux qui verraient en cela, de ma part, une misogynie primaire, ou une homosexualité trop bien assumée, mais c’est pas de ça qu’il s’agit. Depuis que je suis prof, je me suis aperçu que devant LES ELEVES, je gère mieux les situations de conflit avec les mecs. Avec les mecs, ça gueule, ça se dispute, ça s’empoigne, et au finish ils viennent toujours d’un air contrit me présenter leurs excuses, ou s’expliquer calmement, la fois d’après, puis on oublie. Les nanas, c’est rancunier, ça fait la gueule, ça envoie des piques, ça harcèle sans en avoir l’air. J’ai un mal fou à gérer ça. Je préfère mille fois chez LES ELEVES un mec emmerdeur qu’une nana chieuse. Y a pas photo.
Donc, l’ « Elève Qui Enerve » est une fille.
Elle est bonne an anglais. C'est paradoxal, mais obligatoire. Très bonne, même.
Tellement bonne qu’elle se fout de ce que je raconte en cours.
Systématiquement elle n’a pas de cahier et quand je lui demande où il est, elle me dit qu’elle note tout sur des feuilles volantes. Et quand je pousse plus avant et que je demande à voir ce qu’il y a dans son trieur, je tombe sur un devoir d’éco, des photos de vacances, et le dernier numéro de Première.
Elle n’a jamais fait son exercice et si elle est interrogée, elle lève les yeux au ciel pour bien me faire comprendre qu’elle me fait une grande faveur en consentant à me répondre.
En cours elle connaît les réponses, mais elle ne lève jamais la main. En revanche, si certains produisent une mauvaise réponse, elle s’esclaffe.
Elle ne sourit jamais au prof et garde la plupart du temps son visage muré dans une expression de dédain impénétrable.
Elle pose systématiquement des questions sur des sujets qui fâchent. Elle remet en question le contenu du cours. Non pas avec des arguments solides, mais en utilisant le fameux « moi j’ai toujours entendu dire… » ou bien « moi je n’ai jamais dit ça comme cela »
Elle vient après le cours pinailler sur sa note, elle ne comprend pas pourquoi elle a eu 17.5 et pas 18.
Elle fait varier sa localisation dans la classe : toujours loin du premier rang, évidemment, mais à côté de gens différents. Des garçons de préférence. La victime varie, selon les cours. Mais le résultat est toujours le même : sourires, conciliabules, fous-rires incoercibles, silencieux ou non, jusqu’à ce que j’explose.
Quand je demande pourquoi elle rit, elle répond « pour rien »
C’est tellement facile de piétiner un prof qui quémande sans cesse de la participation de la part du public. Un pauvre couillon qui cherche à apprivoiser des statues.
Dédain.
Mépris.
Hostilité.
Bon, depuis des années que j’enseigne, j’ai appris à la reconnaître très vite, celle-là. Il y en a une par promo, en moyenne.
Elle parvient peu à m’empoisonner la vie, sinon ponctuellement. Je réponds au dédain par le dédain. Je me concentre sur les 99% de classe restants.
J’ai tout de même mieux à faire dans la vie.
Et elle, est-ce qu’elle fera mieux dans la vie, au fait… ?
Cette pensée me fait sourire lorsque je la regarde.
Et si, interloquée, elle me demande « pourquoi vous me regardez comme ça ? » je lui réponds « Pour rien… » en souriant encore plus.
C’est délicieux d’inverser les rôles, pendant 30 secondes….
17:37 Publié dans Lancelot joue au prof | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : élève, prof, enseignement, boulot
mercredi, 17 septembre 2008
Southern Hearts Episode 1
SOUTHERN HEARTS Episode 1
Cheryl gravit d’un pas allègre les quatre marches de l’escalier de marbre et franchit l’entrée de l’immense vestibule de Ivy House. Comme à chaque fois qu’elle pénétrait la demeure familiale en été, elle inspira profondément pour s’imprégner de l’odeur des chèvrefeuilles qui s’enroulaient autour des larges colonnes de la majestueuse bâtisse coloniale. Et, comme à chaque fois, l’effet fut le même : son cœur battit un peu plus fort, comme si l’air chaud de la Floride la prenait dans ses bras. Elle se sentit belle, riche et comblée.
Sans même jeter un coup d’œil à droite au grand salon où s’affairait la dizaine d’employés chargés de décorer la pièce qui verrait sous peu la consécration de sa jeune vie, elle gravit quatre à quatre le majestueux escalier courbe, atteignit le premier palier et obliqua vers l’aile est. Son pas allègre résonnait sur le lambris immaculé pendant qu’elle balançait fièrement sa cravache. Rien de tel qu’une heure de cheval, sur le dos de Blix, sa jument alezane préférée, par un bel après midi comme celui-ci, pour lui communiquer un sentiment de plénitude. Elle entra dans sa chambre, ôta laborieusement ses bottes et ses chaussettes, pour enfoncer voluptueusement ses pieds nus dans les 10 centimètres d’épaisseur de moquette crème qui recouvrait le sol.
Le soleil pénétrait à flots par les deux portes-fenêtres entrebaillées sur son balcon. Sans les franchir, elle regarda à l’extérieur. Elle avait une vue plongeante sur l’immense piscine en forme de larme que son père avait rajoutée à l’arrière de la maison, lorsque sa fille unique était née. L’eau topaze qui clapotait sous le soleil semblait en effet scintiller à l’unisson de la couleur des yeux pétillants de la jeune fille. Là encore, une armée de domestiques s’affairait autour du plan d’eau, sur le dallage immaculé et la pelouse d’un vert profond, pour les préparatifs de la cérémonie du surlendemain. Werner, le majordome, toujours impeccable dans son costume noir, donnait des ordres imperturbables, sans paraître souffrir le moins du monde du soleil brûlant et de la chaleur de cet après-midi de juillet. Des employés de chez Yurgens entrelaçaient des brassées de stéphanotis autour des pieds des tables. Norma, Anthéa, et Wilma, les trois jeunes filles de couleur qui officiaient habituellement comme aides à la cuisine sous la férule de Madame Potypott, s’activaient à disposer harmonieusement argent, porcelaine et cristal sur les soixante-quinze tables rondes, recouvertes de nappes damassées, brodées aux initiales de la famille. Sur une estrade à l’extrémité de l’immense étendue de la pelouse, un orchestre de douze musiciens répétait les airs, langoureux ou entraînants, que Cheryl avait choisis pour le bal qui devait suivre le mariage et se prolonger tard dans la nuit.
Bien que l’ensemble de la scène respirât pleine sérénité et heureuses expectatives, tout à coup un inexplicable frisson sembla toucher le cœur de la jeune fille. Elle se détourna de la fenêtre et ferma les yeux. Alors que toute la splendeur de cette belle journée semblait axée sur l’élaboration de son bonheur à venir, elle se sentait étreinte d’un malaise diffus et subtil.
Son regard tomba sur la photographie de l’être qu’elle aimait le plus au monde, posé sur sa coiffeuse. Elle caressa le lourd cadre d’ébène sculpté qui l’entourait.
Le vert profond du regard de Greg sembla l’hypnotiser, comme à chaque fois qu’elle contemplait ce visage aimé. Comment
aurait-elle pu ne pas tomber follement amoureuse de ces yeux, de ces traits, à l’instant où leurs chemins respectifs s’étaient croisés ? Les boucles blondes du jeune homme, encadrant son visage au sourire moqueur, accentuaient son côté juvénile mais cependant viril. La mâchoire carrée, les lèvres pleines et sensuelles, le bronzage profond contrastaient avec la jeunesse pétillante qui émanait des yeux. La photo s’arrêtait aux épaules, rondes et musclées. Le regard de Cheryl se posa sur l’échancrure de la chemisette Lacoste de son fiancé, qui révélait le galbe d’un torse semblable à un bouclier d’airain. Elle reposa le cadre sur sa coiffeuse et se sentit envahie d’une brûlante onde sensuelle, comme à chaque fois qu’elle évoquait le corps parfait du jeune homme. Elle passa sa langue sur ses lèvres sèches, ses mains se posèrent sur ses jeunes seins fermes. Pour un bref instant, l’angoisse qui la taraudait sembla chassée par une vague de sensualité bestiale. Elle renversait la tête en arrière et ses mains descendaient un peu plus bas lorsque deux coups secs frappés à sa porte la firent sursauter. Elle se retourna brusquement, balayant l’air de sa chevelure brune.
Sans attendre d’être invitée à entrer, la mère de Cheryl pénétra dans la pièce. La jeune fille réfréna les paroles cinglantes qu’elle tenait prêtes pour l’intrus. De toute la maisonnée, Mrs Ferguson était la seule à pouvoir se permettre pareille action. Comme à chaque fois qu’elle se trouvait en présence de sa mère, Cheryl se sentit redevenir une petite fille. L’assurance, et même l’arrogance qu’Eleanor Ferguson avait hérité de sa longue lignée d’ancêtres sudistes, imposait immanquablement le respect et réduisait presque toujours ses interlocuteurs au silence lors des joutes verbales qu’elle aimait à initier.
Omettant de refermer la porte derrière elle, Eleanor avança jusqu’au milieu de l’immense chambre et s’arrêta. Ses yeux d’un bleu glacial se fixèrent sur sa fille dont les courbes charmantes étaient mises en valeur, dans le contre-jour de la fenêtre. Elle marqua une pause et tapota ses cheveux impeccablement coiffés, craquants de laque.
« Chérie, je t’ai cherchée partout cet après midi. Etais-tu encore partie à cheval ? »
« Maman, il ne faut pas m’en vouloir. Je sais bien que tu comptais sur ma présence pour les dernières retouches à ma robe d’organza, mais j’avais vraiment besoin de m’aérer un peu, loin de tout cela… » Cheryl baissa les yeux… « Je me sens si nerveuse, terrifiée, heureuse, excitée à la perspective d’après-demain… J’avais besoin de remettre un peu d’ordre dans mes pensées… »
« Je le sais, chérie. Mais il y a encore beaucoup de détails que nous devons régler au préalable, et ta présence, ton avis sont indispensables. Tu sais que ton père tient à ce que tout soit parfait pour toi. Ne le déçois pas, je te prie. Je ne cesse de m’activer depuis ce matin sans jamais sembler venir à bout de tous ces tracas. Les plans de tables ne sont pas terminés. Et nous ne devons commettre aucun impair en mettant côte à côte des gens qui se détestent cordialement. Il est inutile de faire confiance pour cela à Werner, il n’y entend rien. Lors de la dernière réception que nous avions donnée pour l’anniversaire de ton frère, en mai, il avait fait servir en toast du Beluga à l’associé de ton père, alors que sa femme ne supporte que le Caspienne Impérial. C’était de très mauvais goût, et, bien que j’aie pu rattraper cette maladresse, je me suis sentie très mal à l’aise. Il faut absolument éviter ce style d’impardonnable bévue après-demain et nous allons nous y employer. Puis-je compter sur toi pour superviser le travail de ces jeunes filles de couleur au-dehors ? Elles sont certes dévouées mais si.. primaires… »
Cheryl soupira. Elle savait que les inflexions policées et aimables de sa mère, la douceur de sa voix semblant perpétuellement sucer des dragées, cachaient une volonté de fer que personne n’avait jamais su faire plier. « C’est entendu, Maman, je vais aller contrôler cela dès que j’aurai pris un bain relaxant. » Elle hésita imperceptiblement, puis ajouta « Quoique si cela ne tenait qu’à Greg, nous pourrions simplifier le cérémonial des plans de table. Il n’est absolument pas à cheval sur l’étiquette.. »
« Je sais » l’interrompit Eleanor d’une voix coupante. Le bleu de ses yeux virait à la couleur d’un soir d’orage. Le futur mari de sa fille était un sujet bien difficile à aborder pour elle, et même l’imminence du mariage ne parvenait à entamer cette répugnance. « Mais ton fiancé se marie ici, et il va donc devoir apprendre à accepter ce que cela implique de devenir, à son tour, un Ferguson. »
Cheryl éclata d’un rire cristallin « Tu exagères, Maman. C’est moi qui vais porter son nom. Et même si Papa l’apprécie beaucoup, au point de l’associer à ses affaires, c’est bien moi qui m’appellerai bientôt Mrs. Cheryl McFairlane, et non pas lui qui portera mon nom. Greg Ferguson… » L’idée la fit rire de nouveau. « T’ai-je dit qu’au retour de notre voyage de noces il compte nous faire faire un détour par la Californie pour me présenter ses cousins ? »
Eleanor sursauta.
« Votre voyage de noces est prévu pour se dérouler aux Caraïbes, votre hôtel particulier a déjà été réservé. Alors qu’est-ce que c’est que cette histoire ? » fit-elle d’un ton sec.
Et, pour se donner une contenance, elle baissa les yeux et feignit de vérifier le rouge des longs ongles de sa main droite, ce qui n’était d’aucune utilité, car ils étaient, comme toujours, impeccablement manucurés.
« Je sais bien, Maman, mais il n’est absolument pas question d’annuler ce voyage si merveilleux que toi et Papa avez organisé pour nous ! Ce sera divin de danser tous les soirs dans le patio de ‘La Mirada’ en sentant la brise marine mêler nos cheveux, après nous être repus d’ortolans et de champagne… Mais, pour en revenir à ce détour californien, il ne s’agit que d’un ou deux jours, ce qui ne fera pas grande différence. Nous n’aurons même pas à nous occuper de modifications de réservations, puisque Greg pilote lui-même le jet que Papa lui a offert l’an dernier lors de nos fiançailles…. »
Mrs Ferguson soupira. Ses lèvres vermillon, assorties à la laque de ses ongles, se pincèrent en un minuscule bouton de rose désapprobateur. « A propos de ce garçon… » dit-elle d’une voix empreinte d’un zeste, de deux zestes, d’un citron tout entier d’agressivité contenue, « je crois justement qu’il t’a écrit. »
Les yeux azur de Cheryl reflétèrent la surprise. « M’écrire ?? Mais il est en route pour Ivy Hall, il m’a téléphoné ce matin même pour me le confirmer… Il devrait déjà être ici, je suis sûre que sa Jaguar est retenue dans les embouteillages de Savannah… » Elle s’interrompit. Elle venait pour la première fois de remarquer que la main gauche de sa mère serrait effectivement une enveloppe. « Une lettre de Greg… ? » Soudain le sentiment d’angoisse qui l’avait saisie quelques minutes plus tôt l’étreignit à nouveau. Elle serra convulsivement son collier d’émeraudes, un geste qui lui était coutumier dans les situations de stress. « Donne-moi cela, Maman, s'il te plaît… »
Eleanor baissa un peu trop rapidement ses paupières ombragées de faux-cils pour masquer un éclat dans son regard. « Voici, chérie. Je te laisse seule pour lire. Ce n’est sûrement rien de grave, elle a été postée il y a trois jours. Il a dû oublier de t’en parler ce matin au téléphone. N’oublie pas de me rejoindre très vite dans le jardin après ton bain aux algues et à la lavande. Nous avons mille tâches à terminer. Je compte sur toi. »
Elle sortit et referma la lourde porte de chêne sculpté derrière elle sans aucun bruit, en véritable femme du monde. Cheryl ne la suivit pas des yeux. Assise sur le tabouret, devant sa coiffeuse rose à glace ovale, elle était occupée à décacheter l’enveloppe de ses doigts tremblants. Son angoisse lancinante se transformait en panique.
Que contient la lettre que Greg a envoyée à Cheryl ?
A vous de la rédiger, dans le ton approprié, en commentaire.
Grâce à vous, la saga des Ferguson peut connaître des rebondissements multiples et variés !
A vos claviers…..
16:56 Publié dans Lancelot se marre | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : saga
mardi, 16 septembre 2008
Et l'autre avec sa médaille....
Les syndicats le claironnaient depuis l’an dernier, mais la confirmation est tombée il y a deux semaines. La rentrée 2008 sera, est, a été, RUDE. On court après les économies à droite et à gauche. Quitte à tirer le diable par la queue, autant y mettre les deux mains.
J’y ai déjà fait allusion : dans mon lycée, suppression des options à faible effectif (Latin, Allemand LV1, etc etc). Tant pis pour l’hémorragie des (bons) élèves vers les (bons) lycées qui EUX, auront su se battre pour conserver ces cours-là.
Les classes de langues ne sont plus dédoublées qu’à partir de 25. Economie oblige. Alors, que fait-on ? De deux classes de seconde professionnelle, on en crée une à 24 et une à 36 élèves. Donc on économisera le dédoublement sur celle à 24. Et tant pis pour les profs qui se coltinent celle à 36 en classe entière. Je ne vous parle même pas des problèmes de logistique : classe à 36 envoyée dans une salle prévue pour 32 élèves. Que fait-on ? On gère dans l’urgence, on pique deux bancs dans la salle à côté, au mépris du bon sens et de la sécurité.
Le poste ATOS de l’employé qui était là pour les photocopies a été supprimé. Trop cher. Il était pourtant bien utile, c’était lui qui se chargeait de réparer les machines lorsqu’elles étaient bourrées, de les recharger en toner et en feuilles neuves, de nous distribuer du matériel aussi (craies, marqueurs, etc). Comment peut-on se passer de lui ? Eh bien, il suffit d’ « être moins brutal avec les machines pour ne pas les coincer », de « faire moins de photocopies pour ainsi moins gaspiller de feuilles et de toner », et d’ « aller réclamer nos craies à l’intendance » lorsqu’on en a besoin. Bien évidemment, le bureau de l’intendant se situe à l’autre bout du lycée.
Et pour la millième fois depuis que je suis prof, je me remets à philosopher sur nos revendications misérables et à la façon dont on les considère, dont on les traite, « en haut lieu ». C’est abusif, de vouloir faire cours de langue dans des classes à moins de 25 ? C’est honteux, d’utiliser les photocopies pour faire travailler les élèves sur des sujets que l’on vient de dénicher dans l’actualité ? C’est extravagant, de vouloir avoir de la craie en libre service ?
Il faut croire que oui. Trop cher, trop dispendieux, trop coûteux tout ça. Serrez la ceinture et les mâchoires, et continuez à faire des miracles avec du rien.
Alors après ça, quand l’ « autre », avec sa nostalgie au coin de l’œil, nous parle de revenir aux bonnes vieilles méthodes d’antan, à savoir, restaurer une certaine solennité à un examen et à une remise de diplômes qui l’ont perdue depuis que mai 68 est passé par là, franchement, on hésite entre le fou-rire ou la crise de nerfs. Ou les deux à la fois. Une médaille aux bacheliers ! Bronze pour les mentions AB, argent pour les mentions B, or pour les mentions TB. « Comme aux Jeux olympiques ! » Idée merveilleuse, si à la mode, si porteuse, si pleine d’esprit de compétition. On jouera la Marseillaise à chaque fois que les candidats commenceront à plancher. Leurs urines seront prélevées avant et après les épreuves, et soigneusement examinées par un jury anti-dopage. Chaque lycée sera estampillé du logo du bac olympique : cinq livres disposés harmonieusement, tels des anneaux. Les profs seront bombardés entraîneurs bien sûr, et si les performances de leurs poulains ne sont pas satisfaisantes, on pourra en changer dans la foulée. N’oublions pas non plus le bac paralympique, qui aura lieu lui aussi, en septembre, pour les éclopés.
Quel enthousiasme, quelle nouvelle motivation ne vont-ils pas fleurir sur ce nouveau terreau !
Une vision des choses si jeune, si dynamique, tellement tournée vers l’avenir, tellement ‘UaimePet’, en résumé !
Putain…
Quand je pense que ce mec, entre deux idées conçues pour économiser trois francs six sous, est payé pour réfléchir à de si géniales trouvailles, assis derrière son bureau, je me dis que la médaille, c’est lui qui la mérite. Or, argent, bronze ? Comme vous le sentez. Les trois couleurs à la fois. Trois, comme la règle qu’il ne sait même pas appliquer.

14:14 Publié dans Les humeurs de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : rentrée, postes, enseignants
mercredi, 10 septembre 2008
Histoires du petit garçon (2)
Hier soir mon père m’appelle, direct et sûr de lui, à son habitude :
« Je vais te donner le numéro de sa chambre et un téléphone où tu peux la joindre. »
« Tout s’est bien passé pour son admission ? »
« Oui, ta sœur était là, elle a pris la direction des évènements. Tout va bien. Elle est dans une chambre individuelle où il y a la télé, le téléphone… »
Moi, taquin : « L’eau courante aussi ? Et un lit ? »
(Rires) « Evidemment ! Tu peux l’appeler ce soir si tu veux. »
« Je vais faire ça tout de suite »
(Petite pause, il parle en hésitant) « Bon, cela s’est bien passé la dernière fois, il n’y a pas de raison pour que ça n’aille pas demain non plus, n’est-ce pas ? »
Une petite fêlure, un tremblement imperceptible dans sa voix. Et, brusquement, je suis submergé de tendresse. Lui qui a toujours cherché à se montrer fort, dur, inébranlable, inflexible, vient d’entrouvrir, en une micro-seconde, un tout petit vasistas sur son coeur. Bien sûr, il a peur. Bien sûr, il angoisse. Je reprends ma respiration, je lui prodigue des paroles réconfortantes, bêtes et bourrues. Des bêtises qui nous font du bien à tous les deux. Son silence attentif, presque implorant à l’autre bout de la ligne. Pendant une minute, je deviens le père de mon père. J’aimerais être auprès de lui physiquement. Mettre mon bras sur ses épaules. Un geste que je ne me souviens pas avoir jamais fait, depuis que je le dépasse d’une tête. Serrer sa grande main dure dans la mienne.
Une minute plus tard, au moment de raccrocher, nous avons très vite ré-endossé nos rôles respectifs. Ces instants entre lui et moi sont fugaces et rarissimes. Quoi qu’il arrive, je serai toujours, devant lui, le petit garçon qui était heureux de revenir de chez le dentiste, le soir dans la chaleur de l’auto.
Je compose le numéro qu’il m’a donné, et à l’autre bout de la ligne, j’entends la voix un peu endormie de ma mère. Non non, je ne la réveille pas. Elle est simplement couchée, et se détend un peu en regardant les jeux paralympiques à la télé. Elle a tellement baissé le son, pour ne pas gêner les chambres voisines, qu’elle n’entend rien, « mais ça n’a pas d’importance ». C’est bien d’elle, ça.
Ma mère.
J’ai déjà écrit quelques notes sur mon père, rarement sur elle. C’est pourtant elle qui s’est le plus occupée de nous pendant notre enfance. Une Maman au foyer forte pour toutes les tâches dans une maison. Une excellente jardinière. Une cuisinière hors pair. Excessive dans ses élans d’amour comme dans ses colères.
Le petit garçon, il se souvient de l’époque où il était à l’école maternelle. Lorsque l’institutrice lisait ou racontait une histoire, il en gravait bien fort les détails dans sa mémoire pour pouvoir la raconter en rentrant à la maison, à sa Maman qui lui posait toutes sortes de questions. « Ah, et en quoi il s’était déguisé, Goupil ? » « Mais pourquoi est-ce que le Roi ne faisait pas emprisonner les méchants ? » « Redis-moi le nom de cette ville où les enfants s’étaient réfugiés ? »
Avec du recul, je suis persuadé qu’elle n’écoutait tout cela que d’une oreille. Mais elle savait à quel point le petit garçon aimait se rendre important à ses yeux, dans ce rôle de conteur, puisque lui savait des histoires qu’elle n’était pas censée connaître. Et quelle patience, de demander avec le sourire « Alors c’était quoi, ces bottes de sept lieues ? » alors qu’elle avait déjà dû entendre ça 200 fois dans son enfance à elle.
Elle savait cueillir des aigrettes de pissenlit sans que tout ne s’envole. Et le petit garçon, dépité, ne comprenait pas pourquoi tous les pissenlits s’envolaient parce que lui arrachait trop fort la fleur. « Mais comment tu fais ?? » Elle riait, elle en cueillait pour moi et me faisait souffler : « C’est pas grave, tiens, vas-y ! »
Ses gâteaux, ses langoustes, ses gratins de légumes, ses coquilles Saint Jacques qui embaumaient la maison les jours fériés, et les autres jours aussi. Une image d’Epinal, ben oui…
Qu’est-ce que j’y peux ? Pour être original, je ne vais tout de même pas raconter qu’elle nous servait des nouilles et du jambon tous les soirs afin de pouvoir consacrer tout son temps à ses cours de yoga et son club de skate-board… ?
Sa voix lente et douce, un peu fatiguée, hier soir, sur la ligne : « Tu sais, j’appréhende davantage que la dernière fois… » Mais là, pour moi, il est plus difficile de parler, d’être fort, que lors du dialogue avec mon père. D’abord parce que c’est elle que l’on va opérer. Ensuite, parce qu’elle, bien plus souvent que mon père, m’a tenu dans ses bras lorsque j’étais petit et vulnérable. Je ne pourrai jamais jouer le rôle du père de ma mère. Je suis condamné à être son fils. Une condamnation bien douce. Mais une condamnation tout de même.
L’an dernier, lors de sa première opération, je m’étais transformé pour elle en infirmier. En fils-infirmier. Elle ne pouvait se lever de son lit, elle avait eu besoin de moi pour ses toilettes. Et au moment où je la changeais, j’avais vu des larmes briller dans ses yeux. Le sentiment d’humiliation, bien légitime, de dépendre de son fils pour cet acte intime. Je lui avais dit : « Tu l’as bien fait tant de fois pour moi quand j’étais gamin, aujourd’hui je le fais pour toi, qu’est-ce que ça change ? Et je sais que tu le referais pour moi si j’avais un accident et que nos situations étaient inversées. Tu n’AS PAS à avoir honte. Mon aide, je ne te la DOIS pas, je te l’OFFRE. » Et puis, comme toujours dans la famille, avant que l'émotion, de part et d’autre, ne submerge tout, ne fausse tout, je ne sais plus lequel de nous deux avait lancé une plaisanterie qui nous avait fait rire aux larmes, mais des larmes déviées de leur source. Le manteau de fou-rire.
Hier soir, j’ai raccroché en lui souhaitant une bonne nuit, en discutant, légèrement, de tout et de rien, comme si aujourd’hui il ne s’agissait pour elle que de passer quelques examens de routine.
J’espère que tout s’est bien passé, Maman.
Je t’attends. Je suis là.
Rejoins-moi, rejoins-nous vite.

15:28 Publié dans Famille | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : mère, père
dimanche, 07 septembre 2008
Deux notes en une
1) Aaaaaah ! Back at last !
Alors, quand Toto le PC tombe en panne le matin même de la pré-rentrée, qu’est-on censé faire ?
Tout d’abord, prudemment, en bon profane, on se renseigne sur les raisons possibles de la panne…
Le jour de la rentrée, on aborde donc (avec mille précautions) le spécialiste informatique du lycée (surnommé par moi « le Bachelor » en raison de son physique insolent de bonne santé –il vient en short jusqu’en novembre pour faire admirer ses beaux mollets poilus) pour qu’il daigne jeter un coup d’œil à Toto. Rendez-vous est pris pour le lendemain, dans le bureau personnel du Bachelor.
Le lendemain il arrive une demi-heure en retard (mais c’est pas grave, je sais, par expérience, depuis longtemps, qu’en matière d’informatique, une vertu première, c’est la PATIENCE) mais il m’accorde tout de même 40 minutes de son temps précieux (alors qu’il avait d’autres choses à faire, je dois reconnaître qu’il a été vachement sympa, le Bachelor…) pour me dire que probablement mon disque dur était mort.
Horreur.
Stupeur.
Malheur.
Le plus affreux (et ceux qui ont déjà été soumis à ce style de panne ne me contrediront pas), ce n’est pas le prix de la réparation (un disque dur tout neuf, ce n’est pas si onéreux…). Non, le plus terrible c’est que selon l’état du vieux disque dur, on ne pourra rien récupérer dessus, à moins de l’envoyer dans des boîtes spécialisées sur Paris, qui facturent la récupération de données dans les mille euros, en étant optimiste… Bon.
Comme le Bachelor avait tout de même d’autres ordinateurs à fouetter après ce premier diagnostic sur le mien, j’ai emmené Toto chez Gentil Docteur qui m’avait été conseillé par Betty (vous vous souvenez ? J’en avais parlé ici…).
L’avis médical de gentil Docteur a confirmé celui du Bachelor : il fallait pratiquer l’ablation et une greffe. Lobotomiser mon Toto et lui insérer un nouveau cerveau, plus puissant.
Adieu, tous mes favoris patiemment enregistrés.
Adieu, les cours et devoirs surveillés qui étaient emmagasinés dans mes documents.
Adieu, surtout, toutes les archives de mes notes de blog écrites depuis un an, que j’avais toujours pris la précaution d’enregistrer sur Word avant de les publier.
Adieu, veaux, vaches, cochons, couvées…
Heureusement :
J’avais pris la précaution de conserver toutes nos photos de vacances sur un disque dur externe…
Des favoris, en farfouillant, ça se retrouve.
Les cours et DS que je n’avais pas déjà sauvegardés, je les possède sur papier, car je les avais imprimés, et je garde toujours prudemment un exemplaire papier dans mes pochettes. C’est déjà ça.
Enfin, les notes du blog… elles existent encore sur le blog… Sauf que… Plus de 200 notes à ré-emballer en copié-collé, ça va faire du boulot… J’attendrai les prochaines vacances pour me lancer dans ce boulot titanesque…en espérant que Haut et Fort ne soit pas victime entre-temps d’un bug thermonucléaire.
Merci au passage à Gentil Docteur et à son assistant, qui cumulent pour moi de nombreux avantages : 1) leur boutique n’est pas loin de la maison 2) ils sont gentils et disponibles 3) ils expliquent très clairement ce qu’il en est et ne sont pas âpres au gain 4) ils acceptent de dépanner et aider, sur leur temps de travail, même hors du domaine de la panne.
MAIS SURTOUT : reconfigurer la totalité d’un ordinateur que l’on possède depuis plus de quatre ans, avec plein de petits programmes sympas auxquels on tient, c’est pas évident…. Déjà, remettre la connection internet, ça m’a causé bien du tracas, et hier soir et ce matin. Nombreuses crises d’hystérie, hurlements et glapissements variés devant mon écran, jusqu’à ce que je trouve la solution (idiote et évidente, comme d’habitude en matière d’informatique) : mon mot de passe était bon, mais c’est mon adresse d’utilisateur qui était fausse. « Connexion impossible » « Erreur n°971 » « Veuillez vérifier votre mot de passe », autant de formules qui m’ont fait hurler à la lune tel Croc-Blanc perdu dans le blizzard, jusqu’à ce que j’aie une illumination ce matin. Veine ! J’ai pu accéder à mes mails, à mon blog, bref tout ce qui rend l’ouverture d’un PC plus excitante et agréable.
Une semaine sans internet (sauf ponctuellement, depuis le lycée, où je suis venu visiter en douce mon blog, tel un cambrioleur honteux… mais il fallait bien répondre aux commentaires sur la dernière note). A ce sujet, une remarque ! C’est logique, mais je n’y avais pas pensé avant : si l’on espace les notes de plusieurs jours, elles attirent de nombreux commentaires, parce que les copains s’étonnent de notre « absence ». Les lecteurs prennent connaissance de la dernière note, une fois, deux fois, trois fois, sans rien en dire, puis, après, envoient un petit coup de semonce, genre « Bon alors qu’est-ce que tu fous ? » Inversement, si l’on est très « prolixe » et que l’on pond une note par jour, ou tous les deux jours, alors, les commentateurs n’auront pas le temps de faire fonctionner leur starter, et donc le nombre de commentaires sera inversement proportionnel à la vitesse de publication. Logique.
Cruel dilemme donc : écrire beaucoup pour être peu commenté, ou bien réduire le nombre des notes, pour aiguiser la rage commentatrice des copains… Que choisir ?
2) Les profs, ça passe leur temps à se plaindre
J’en ai en tout cas profité pour vivre une semaine « déconnectée » au propre et au figuré, me permettant de me concentrer sur ma pré-rentrée. Bilan :
-un emploi du temps pas terrible (notamment le jeudi, c’est une horreur, un morceau de gruyère plein de trous, mais je ne détaillerai pas, j’aurai maintes fois l’occasion d’en reparler cette année)
-une classe que je devais avoir et que je n’aurai pas, on m’en a fourgué, à la place une autre, dont je ne voulais pas, tagada tsouin tsouin…
-des réductions d’effectifs qui entraînent des réductions horaires. J’avais l’an dernier une classe de BTS à 27, qui suite à des démissions variées, est passée à 23. Et au-dessous de 25, la politique c’est qu’on ne dédouble plus pour les cours en demi-groupes. Je perds donc deux heures de cours, et je ferai dorénavant des TP en classe entière, à 23. C’est la fête chez les oursons… On privilégie l’oral pour les langues vivantes, c’est évident.
-un refus de faire suivre, dans l’emploi du temps, deux heures d’option, qui sont séparées dans la semaine, même si sur ma fiche de vœux j’avais bien mentionné qu’il était nécessaire de les regrouper, pour gagner du temps (10 minutes d’interclasse gagnées par séance et par semaine, ce n’est pas négligeable pour la progression dans le programme !). Non, refus catégorique. C’était pourtant bien pour les élèves, et non pour moi, que j’avais réclamé ça. Qui s’en soucie ? Quand j’ai réitéré, « on » m’a fait comprendre que j’emmerdais mon monde….
Mais c’est vrai que les profs passent leur temps à se plaindre et ne pensent qu’à eux….
Tout ce que je remarque (et je ne suis pas le seul), c’est qu’avec ce style de politique de l’économie à tout prix, on fait sauter tous les cours à faible effectif (latin, grec, allemand…) ce qui à long terme va se révéler catastrophique pour la bonne réputation des lycées dont l’administration n’aura pas eu assez de couilles pour maintenir les options malgré les restrictions budgétaires. Tous les élèves à profil « Allemand langue 1, Anglais langue 2, option Latin » sont découragés de rester. On leur suggère de permuter leurs deux langues vivantes, et de virer l’option. S’ils tiennent légitimement à leurs choix, ils vont devoir émigrer vers d’autres lycées, qui attireront ces bons élèves. Car il ne faut pas se voiler la face ni tenir de discours hypocrite, la configuration que j’ai mentionnée ci-dessus est celle du profil d’un « bon » élève. Au final, d’ici deux à trois ans, mon lycée aura réalisé de super-économies et fait plaisir à Nicolou et à Wortz, et se retrouvera avec une myriade de classes à effectif 36 : « Anglais LV1 Espagnol LV2 Crétinisme option 3 ». Trop belle la vie.
N’oublions pas la POSITIVE attitude : en tant que prof d’anglais, je suis loin d’être menacé de chômage. Je travaille plus pour gagner moins, mais je travaille. Tant d’autres m’envieraient cette chance incroyable. Merci, merci.
16:07 Publié dans Les vagues à l'âme de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : pc, panne, internet, blog, pré-rentrée, élèves, lycée