dimanche, 24 août 2008
Le regard - Conte (semi) érotique

Hier en fin d’après-midi, sur la plage des Aresquiers.
Je suis seul, ils sont deux.
J’ai senti, plutôt que vu, au départ, son regard fixé sur moi. Ce regard qui dit « Veux-tu… ? » très courant chez les mecs. En général, il me fait sourire en coin. Echange fugace, clin d’œil rapide d’un passant dans la rue, ou plus appuyé dans un magasin. Souffle de sexe. Eclat de désir. Habituellement, ça ne va pas plus loin. Les yeux se disent « Tu me plais » « Moi non ». Ou bien c’est moi qui envoie un « Mmmm… » qui ne rencontre pas d’écho. Ou alors, plus rarement, c’est « Bordel, oui…. » murmuré des deux côtés, par les deux regards à l’unisson, mais les circonstances, le temps, le lieu font que… ce sera non.
J’ai déjà discuté dans une note précédente sur mes capacités personnelles à séduire physiquement, sur lesquelles je m’attarderai pas. Comme 90% de la population, je ne me plais pas. Ce qui ne signifie pas que je me trouve hideux. Mais je mérite, selon mes critères personnels, un gentil 11 sur 20, et c’est tout. J’ai appris depuis longtemps à faire la distinction entre ce à quoi je peux prétendre, ou pas. Les « bombes », les « canons », je sais que ce n’est pas pour moi. Ils ne me remarquent pas.
Sauf hier.
Ce regard se fait si insistant que je dévisage, moi aussi, en retour. Il a enlevé ses lunettes de soleil. Un regard bleu perçant et éclatant. La quarantaine environ. Un torse large comme un bouclier. Visiblement un adepte de la gym : ventre plat et biceps saillants. Une fine couche uniforme de poils. Slip de bain vert bien rembourré là où il faut…. Jambes bronzées, noueuses de muscles. Hummm. TOP.
Après avoir détaillé tout cela, je remonte sur le visage : ce n’est pas possible que CE MEC-LA me regarde MOI ? Honnêtement, je me demande où se cache l’erreur. Et lorsque mes yeux croisent à nouveau les siens, il m’assène l’estocade.
Grand sourire. Dents blanches parfaites. Des fossettes. La totale.
A partir de ce moment nous avons passé une bonne heure montre en main à nous caresser par le regard, lui et moi. Après l’échange de sourires (oui, j’ai répondu…) est venu un passage que je trouve délicieux entre tous : on a progressivement arrêté les risettes mais nos yeux ont continué à se chercher, pour se quitter le moins possible.
C’est une des étapes dans la drague homo qui a l’art de me mettre dans tous mes états : j’aime ce regard masculin, sérieux et dénué d’artifices, qui traduit le désir à l’état brut. Il y a là-dedans une intensité, une force, un appel sexuel, une virilité exacerbée, et en même temps une douceur, une complicité, une tendresse, même. Ce mélange fait plus que me troubler, il me déchaîne. La respiration s’accélère, la bouche s’assèche, les jambes deviennent molles et le reste dur… Je RAFFOLE littéralement de ça. J’ai souvent entendu parler de « coup de foudre » sans jamais savoir à quoi les gens faisaient allusion. En ce qui me concerne, je parlerais bien plus volontiers de « coup de testostérone », et sur cette plage à cinq heures de l’après-midi, sous le regard fixe de ce Canon sorti je ne sais d’où, mes veines en charriaient un torrent !
Désirer un mec, c’est banal. Mais savoir que tu es toi-même désiré, ET simultanément, par le même, clone physique de tout ce qui te plaît, ça c’est plus rare et c’est GEANT. Mon désir se nourrit de celui de l’autre. Mélange électrisant. Summum du plaisir anticipé. Je me suis mis sur le ventre. Impossible autrement. Tant pis pour mon dos qui proteste sous la morsure du soleil. C’est comme ca. Une demi-heure, au moins…
Envie démentielle de concrétiser. Laisser tout tomber, tout oublier, juste pour un instant. Crever la bulle de cristal. Baisser les bras. Accepter que la vague m’emporte. Troquer mes bonnes manières contre un peu de plaisir et un peu de poussière. Jouir, jouir jusqu’à mourir (vous affolez pas, c’est pas de moi, c’est de Lynda Lemay… LOL).
Eh oui, mais les circonstances… les contingences… la conjoncture… Son mec est là, (beaucoup moins à mon goût, celui-là…) et visiblement pas partant pour un plan à trois, dont je n’ai de toute façon pas envie. Ce désir, cette envie brute, c’est d’autant plus intense que ça se passe entre un + un = deux mâles. Lui me veut, moi j’ai envie de lui. Rien d’autre. Pas de fioritures. Mais « il » est visiblement coincé et dans le bleu de son regard, je peux lire aussi, clair comme si c’était clamé par un haut-parleur « Putain j’en crève moi aussi, mais je PEUX PAS, bordel ! » et dans un sens ça m’excite encore plus.
Ils sont allés nager, un peu. J’ai constaté avec délectation qu’ « il » écourtait le bain, et est revenu se coucher sur sa serviette (la fraîcheur de l’eau n’avait pas calmé ses ardeurs à lui non plus, apparemment). Et là, il se met à farfouiller dans son sac, tout en continuant à me jeter des coups d’œil… Qu’est-ce qu’il écrit ? Il démarre des mots croisés ? Un Sudoku ? (Je t’en foutrais, moi du SodoCul…)
Retour du conjoint. Ca se sèche, ça papote. MERDE ! Ils se lèvent. Plient les serviettes… Ca va être la fin de l’heure « sexe ». Profites-en au moins pour lui lancer un dernier regard bestial quand ils vont passer devant toi, Lancelot. Prépare-toi. Je le fixe. Ils s’approchent. Il ne me regarde même pas, ce c…
Ils sont passés. Mais j’oublie de suivre du regard son postérieur musclé. Mes yeux sont hypnotisés par autre chose : en passant, il a subrepticement desserré les doigts et laissé tomber devant moi une minuscule boulette de papier. J’ai compris. Il faut que je reste sur le ventre… sinon ça le fera pas. Mon cœur se remet à cogner, ma testostérone recommence à circuler. Je déplie le petit papier. Je sais déjà ce qu’il y a dedans…
« Jean 06 15 etc etc etc »
Bien sûr il ne s’appelle pas Jean. Qui s’appelle encore Jean, de nos jours ? C’est une technique courante en matière de drague homo. Si j’appelle et que je dis « Allo Jean ? » il saura que c’est moi. Classique. Je souris, je me retourne. Son beau cul moulé dans son maillot vert est déjà bien loin. Lui ne regarde pas en arrière. Evidemment….
Je renverse la tête dans le soleil qui descend. Je souris encore. Putain que c’était bon. Meilleur, même, qu’une baise classique, à la limite. La torture de ce désir exacerbé qui renverserait tout, mais qui ne peut trouver d’exutoire. Ce regard. Son regard bleu. Il y avait écrit « sexe » dedans.
Je vais me baigner à mon tour, je reviens. Pas trop s’attarder. Je replie ma serviette. Le papier est bien là, j’avais pris la précaution de le caler sous ma paire de baskets. Je les mets. J’ignore le petit papier enfoui à demi dans le sable. A quoi bon ? Le désir, le moment, sont passés. C’était cet après midi, là, tout de suite, que j’aurais été prêt à céder et à me rouler dans l’adultère. Maintenant qu’il est parti, l’envie s’est envolée avec lui. Et, tiens, au fait, le papier s’envole, lui aussi. Je tourne le dos tranquillement, je reviens à la voiture. Ca va encore « plaire » à TiNours ce soir, quand je vais lui raconter l’histoire de ce « Jean 06 15…… » Euh ? C’était comment après déjà…. ? P***** de mémoire de M***** …… !!

10:14 Publié dans Les extases de Lancelot | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : sexe, regard, bomec, plage, aresquiers
Commentaires
Bah alors ? On a revu tous ses Falcon ce week-end ? Et on a été s'installer tout au bout de la plage ? Entre la plage hétéro et la plage gay nudiste ? Et on a salivé pendant des heures, l'intimité écrasée contre le sable brûlant ?
Plus je vieillis, plus j'ai du mal avec ce genre d'expérience. Les musclors qui, sur les plages, passent négligemment l'index sur leur torse ou sur un téton en soutenant un regard, avec un air de : "dis-le que tu me donnes un 18 sur 20, admets que je n'ai qu'à faire claquer l'élastique de mon slip" ne me font pas regretter d'être myope...
:-)
Hier, dans le bus, un homme a commencé à me fixer avec insistance, sur l'air de "j'ai tout ce qu'il faut pour toi chéri" (et qui m'a rappelé celui qui s'était un jour installé à côté de moi pour me dire tout de go : "j''ai 23 cm ET DEMI"). Ca m'a donné envie de rire et, regardant ailleurs, je n'ai tout de même pas pu réprimer un sourire (soupape du rire). Il a pris ça pour un encouragement. Et vas-y que je te regarde en biais, que je passe ma langue sur les lèvres, que je me frotte le ventre... c'est tout juste s'il ne me montrait pas de l'index son entrejambe. Quel cinéma tout de même !
Ecrit par : christophe | dimanche, 24 août 2008
Mais ne prends pas mal ce que je viens d'écrire Lancelot, hein ? Je sais bien que c'est toi qui a raison, moi je finirai à l'HP a soudoyer les infirmiers pour un peu de chaleur et ce sera bien fait pour ma gueule !
;-)
Ecrit par : christophe | dimanche, 24 août 2008
Ben je ne connaissais pas la technique du "Jean" pour draguer... Me serait même pas venue à l'idée :)
Ecrit par : Olivier Autissier | dimanche, 24 août 2008
Ouh! Quelle chaleur ce soir tout à coup! Et tu appelles ça "semi érotique"! Qu'est-ce que ça doit être, la dose complète!
Ecrit par : calystee | dimanche, 24 août 2008
Belle illustration du désir, très érotique, évocateur, et vivant.
Ce genre d'événement fait toujours du bien à l'ego.
Ecrit par : Farfalino | lundi, 25 août 2008
@ Christophe : Mais non mon grand, je me vexe pas... Je sais bien que c'est hypercourant, ce style de drague (quoique moi j'ai jamais rien eu d'aussi "appuyé" que ce que tu racontes !). Simplement ce que je voulais dire dans cette note, c'est surtout que le fait que les DEUX mecs en présence se fassent passer un message subliminal qui concorde, eh ben c'est suffisamment rare pour être un cocktail hyper-excitant (pour moi). Mais bien sur, encore une fois, (désolé pour la banalité de ma conclusion...) tout ça n'engage que moi personnellement....
@ Olivier : Ah bon ? Eh ben tu pourras toujours essayer ça un de ces quatre, alors... A la place de "Jean" je te conseille "Isidore" ou "Théodule", ce sera plus original... ;-))
@ Calystee : Si tu es sage, je te promets de pondre une note encore plus hard... LOL... Quand...? Nous verrons... Déjà, il faudrait que je parvienne à me souvenir par coeur du numéro de tel du beau "Jean" pour qu'il y ait une suite concrète...
(et... MERCI... Tu me fais rosir de plaisir... j'ai donc de l'avenir en tant que scénariste HOT...)
@ Farfalino "Très érotique, évocateur et vivant"...? Hummmm... tu confirmes donc ce que dit Calystee....? Merci mais je tiens à dire que je ne serais pas là ce soir en train de tenir ce Hot d'Or si Rocco Sifreddi n'avait pas été mon mentor........ oui oui oui.....
(Et ça n'a pas fait du bien qu'à mon ego d'ailleurs, ce jour-là... LOOOL)
Ecrit par : lancelot | mardi, 26 août 2008
on t'as jamais dit qu'il ne fallait rien jeter dans la nature ?
poubelle le papier ;-)
bigre, je me suis offerte plusieurs lectures
il s'en passe des choses à la plage ... je vois jamais rien moi
monde cruel !
bisous
Ecrit par : Bougrenette | mercredi, 27 août 2008
@ Bougrenette : "Poubelle, le papier" : c'est bien ce que j'avais l'intention de faire au départ, le vent m'en a empêché (la poubelle aurait en outre eu l'avantage certain de pouvoir me restituer le numéro de tél dans son intégralité...).
J'imagine que mes "contes érotiques" sont plus amusants à lire (et relire) que mes mails, pas vrai, petite coquine ?
Promis, la prochaine fois je t'emmène. Tu pourras "happâter" du regard toi aussi (si le coeur t'en dit)... Bisous ma Nougrette
Ecrit par : lancelot | jeudi, 28 août 2008
°_O tout aussi amusants ! je suis une grosse feignasse du mail (et de msn), aucune excuse, si ce n'est que bah c'est tout moi.
T'inquiète déjà prévu prochain déplacement vers Albi je vise aussi montpellier
Ecrit par : Bougrenette | jeudi, 28 août 2008
@ Bougrenette : Ouhlà, Albi, c'est pas la porte à côté... mais, si tu es motorisée et que le coeur t'en dit... tu seras toujours la bienvenue chez nous...
(je t'ai vue faire une apparition éclair sur MSN ce matin, mais avant même que je ne puisse t'interpeller, tu avais déjà disparu, happée par le néant... du caractère FRUSTRANT intrinsèque propre à tous ces moyens de communication à la NOIX....)
Ecrit par : lancelot | vendredi, 29 août 2008
J'aime bien ce conte léger ... et surtout, il ne finit pas comme on l'aurait imaginé, et c'est ce qui me plaît, je comprend quand tu écris que tu n'avais pas envie de plus que ce regard, ça m'arrive souvent, parfois, je me dis, merde, chuis conne, et puis non ... l'important, c'est de faire, pas de réussir dit souvent un de mes -sages - amis :)
Ecrit par : Fiso | vendredi, 29 août 2008
@ Fiso : en fait, j'avais bien envie de PLUS, quand je l'avais sous les yeux. Ensuite, tout devient plus compliqué, on tombe dans les coups de fil, les intrigues, les cachotteries, et ça a fatalement un côté saoulant qui "désérotise" le truc.
Je médite sur la maxime de ton Sage Ami... Quelle est au fond la différence entre 'faire' et 'réussir', dans un contexte de drague et de sexe...?
Ecrit par : lancelot | samedi, 30 août 2008
J'y réfléchis .. elle est légère, mais il y a une nuance :)
Ecrit par : Fiso | vendredi, 05 septembre 2008
Tiens, je retiens cette petite phrase : "Mon désir se nourrit de celui de l’autre. " Elle me convient bien.
Ecrit par : karagar | vendredi, 27 février 2009
@ Karagar : Ben, c'est le principe, tu ne crois pas ? Je veux dire, il est bien évident que plus un mec (surtout s'il est beau) te trouve toi-même désirable, plus la tension de l'excitation augmente...
Ecrit par : Lancelot | samedi, 28 février 2009
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