mercredi, 09 juillet 2008

Bac-chaos

Hier matin, j’ai repris allègrement le chemin du lycée pour ma dernière « journée » de travail avant les vacances.

J’avais été réquisitionné pour assurer la surveillance d’épreuves de rattrapage du bac STG. Comme il s’agit d’oraux, vous devez vous demander ce que je pouvais bien surveiller. Eh bien le principe (à la base) c’est que les candidats sont réunis dans une salle où ils préparent leur sujet avant de passer devant l’examinateur qui les cuisinera. Et sur cette salle de préparation sont censés régner deux cerbères, dont j’étais.

Si, comme je m’en doute, vous avez déjà passé des oraux (de bac) vous devez vous demander pourquoi faire compliqué quand ce pourrait être si simple. A savoir : pourquoi chaque examinateur ne prend-il pas un candidat en entretien, pendant que le suivant prépare sn sujet à lui dans un coin de la même salle, comme ça s’est toujours fait ? Non non non non non… Plus question de ça. En fait la logistique a été modifiée pour une raison simple : maintenant tous les candidats d’une même tranche horaire (mettons, de 8h30 à 9h30) doivent obligatoirement plancher sur le même sujet pour chaque matière qu’ils repassent. Or un candidat qui préparerait pourrait entendre ce que dit celui qui passe avant lui, ainsi que les remarques et questions du professeur, et par là même être avantagé. Impossible.

La « solution » consiste donc à réunir tous les candidats dans une salle où ils prépareront en silence par tranche horaire, et ensuite de les orienter vers les salles où ils passeront oralement face à un examinateur. Ca paraît simple, clair, net et équitable, mais je ne vous dis pas comment ça complique les choses, surtout quand l’organisation nécessaire n’a pas été assurée en amont.

Il faut savoir que chaque candidat au rattrapage repasse deux matières, qu’il choisit en arrivant au lycée le jour de ses oraux. On n’a donc aucun moyen de savoir qui fera passer quoi et où, avant que les élèves n’aient fait leur choix. Donc rien ne peut se mettre en place avant, disons, 8h30 au mieux. Plutôt 9h, même. Les « surveillants », dont j’étais, étaient convoqués à 8h. Je croise le proviseur adjoint, et, n’ayant jamais fait ce style de truc auparavant,  je lui demande en quoi consistera mon travail (j’aime anticiper, et l’expérience m’a prouvé qu’effectivement dans l’EN, il faut TOUJOURS anticiper). Le protal me répond avec un grand sourire mettent en valeur ses fossettes de bébé Cadum : « Vous devez vous asseoir et surveiller, rien d’autre. » Ah ? Bon….

Il s’est trouvé que notre rôle (heureusement on était deux, et la jeune prof de biologie avec qui je faisais équipe était réactive et dynamique, tant mieux…) était un peu plus compliqué que cela :

-récupérer les listes d’élèves en fonction des matières choisies et de leurs jurys

-les faire entrer dans la salle de préparation, leur distribuer sujets et brouillons

-tenir un compte rigoureux de l’horaire imparti (20 minutes à chacun)

-les raccompagner à la salle où siégeait leur jury

Oui, apparemment c’était simple, sauf que :

-on centralisait pour 5 jurys, et on n’a pas eu les listes d’élèves avant 9h15. Les examinateurs ne cessaient de venir nous harceler pour avoir leurs listes d’élèves aussi, et on ne pouvait leur répondre.

-on n’a pas eu les sujets à distribuer avant 9h. Là aussi les profs ne cessaient (à juste titre) de venir nous réclamer ces sujets dont ils n’avaient pas eu connaissance, étant donné qu’ils avaient été élaborés au rectorat, et pas par eux, pour pouvoir les lire (au moins) avant de faire passer les élèves dessus.

L’une des examinatrices était particulièrement déchaînée et ne cessait de venir me taper sur l’épaule. Si bien que lorsque j’ai eu les sujets, je lui en ai enfin remis un exemplaire avec soulagement. Et c’est là qu’elle me dit : « Et le corrigé ??? »

Moi (voix de Fernandel qui chante On m’appelle Simplet…) : « Ah ? Un corrigé ? Euh, je sais pas, il n’y en avait pas dans l’enveloppe.

Elle (ses narines palpitaient comme les naseaux d’un cheval qui vient d’entendre grelotter la queue d’un serpent à sonnette) : « QUOI ???? Mais il nous le faut, ce corrigé… »

Moi (glissant à tout hasard ma main vers ma bombe anti-agression au fond de mon cartable) : « Eh ben je crois qu’il va falloir aller le réclamer au secrétariat d’examen, le corrigé… »

Elle est ressortie en claquant la porte comme une petite furie… !

-il planait un flou artistique sur un fait capital : les élèves devaient-ils être emmenés par les surveillants vers leurs salles, ou bien les examinateurs devaient-ils venir les chercher eux-mêmes en salle de préparation … ? Pour certains c’était évident, pour d’autres non. Il y a donc eu beaucoup de va et vient et de collisions dans les corridors…

-on savait de quel jury dépendaient les élèves que l’on faisait entrer, mais on ne savait pas dans quelles salles précisément étaient ces jurys. Comme il y en avait 5 différents, on ne pouvait pas parcourir le couloir et toquer à toutes les portes.

L’administration chez nous se lavant les mains de ce style de préparation, la logistique est confiée chaque année à une bande de vieilles toupies en retraite depuis deux ou trois ans, qui acceptent gentiment de venir aider  au moment des examens… Et voilà comment on fait des économies dans l’EN ! Ces mamies sont entièrement bénévoles, mais peu réactives, et, Alzheimer aidant, sont susceptibles de commettre de nombreuses erreurs, ce dont elles ne se privent pas. Suite à l’accumulation d’anicroches, j’ai pété les plombs hier exactement à 9h12. Dialogue :

Moi : « Quelle est la correspondance entre les salles et les jurys ? »

Mamie n°1 : « C’est affiché à l’entrée, les élèves connaissent leur jury »

Moi : « Oui ils connaissent leur numéro de jury, mais leur salle… ? »

Mamie n°2 : « Mais les salles sont affichées en face des jurys à l’entrée du lycée… »

Moi (montant légèrement le ton) : « Et vous croyez que les élèves penseront à noter cela ? Sans compter qu’ils doivent se rendre dans deux salles, une pour préparer et une pour être interrogés… ? »

Mamie n°2 : « Mais bien sûr ils auront noté enfin, je… »

Moi (explosant) : « Non mais vous plaisantez ??? Vous croyez que ces élèves qui doivent passer un oral vont penser à se fourrer trois chiffres différents dans leur tête stressée ??? »

Mamie n°1 : « Ben euh ils devraient le faire mais… »

Moi (braillant) : « Mais mais mais ils ne le feront pas ! et après nous allons être perdus dans les couloirs pour les conduire à leurs examinateurs ! Je veux la feuille indiquant les correspondances entre les jurys et les salles ! VITE ! Les épreuves vont commencer !! »

Elles se sont éclipsées comme deux petites souris affolées, et dix minutes après, j’avais ma photocopie en main. Je suis sûr que l’an prochain elles ne se porteront plus volontaires pour faire du bénévolat en examen… Mieux vaut jouir de sa retraite….

Sans oublier les bulles des élèves, mais là on commence à avoir l’habitude :

« Monsieur, où elle est la salle 401 ? » Le fléchage au lycée est très très bien fait, et évidemment le candidat était complètement à l’autre bout. J’ai cavalé 10 minutes pour le remettre dans le bon couloir

« Monsieur, vous n’auriez pas un stylo à me prêter ? Je suis désolée, j’ai oublié d’en apporter un » (un jour d’EXAMEN !)

Les candidats qui, lorsqu’on leur dit que les 20 minutes sont passées et qu’on doit les emmener voir leur examinateur, prennent leur temps, baillent, s’étirent, rangent leurs crayons un à un dans la trousse, se grattent l’entrejambes, échangent un baiser avec leur petit(e) ami(e) en passant dans le couloir… Autant d’attitudes qui en période d’examen, lorsqu’il faut aller vite, me transforment en pittbull avec l’écume aux lèvres… ! Bougez-vous !

Bon, pour finir, on s’en est sortis. Mais j’ai RARISSIMEMENT vu un bordel organisationnel pareil lors d’un examen.

Espérons au moins que nous aurons contribué à faire remonter le taux de réussite de quelques petits dixièmes cette année…

Et maintenant, en route pour les vacances

 

 

Commentaires

Ben où tu vas en vacances, tu vas voir ce que ça signifie le bordel. Et en plus tu seras de l'autre côté, celui où c'est TOI qui est pris en charge.

Je veux une photo de toi en total look local, couvrechef compris, sur la monture locale si tu oses.

Ecrit par : panama | jeudi, 10 juillet 2008

p'tain ça déchire, faut en faire un film ;-) quel courage, en attendant maintenant c'est vacances et c'est une chance ! bisous profite en bien.

Ecrit par : Bougrenette | jeudi, 10 juillet 2008

Bonnes vacances :) Tu pars ?

Ecrit par : Valérie de Haute Savoie | vendredi, 11 juillet 2008

@ Pan : on va essayer de te rapporter ça... mais à cheval sur le dos d'un crocodile, ça va être un peu difficile non ?

@ Bougrenette : oh, tant de films et de séries ont déjà été faits sur toutes ces bêtises au lycée... ça ne se vendrait pas, qui ça intéresse...?
Par contre, les vacances, ça intéresse tout le monde. Bisous ma toute belle. Je te ramènerai des photos à toi aussi pour que tu m'en fasses un montage...

@ Val : Merci ! Oui, on part mardi, une semaine de croisière, mais je fais mon "coquet" et je tiens à garder la destination secrète... Je vous raconterai tout au retour. Outre les photos, il va falloir que je prenne des notes 'à l'écrit' car mon pc ne part pas avec moi ! Et puis un retour éclair ici avant un re-départ, mais cette fois en France. là aussi, je vous raconterai tout. Bisous à toi aussi ma Val.

Ecrit par : lancelot34 | samedi, 12 juillet 2008

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