mardi, 10 novembre 2009
Un monde jamais mur
Et moi, où étais-je, au fait, il y a vingt ans, au moment où se tournait une page honteuse de l’histoire de l’Europe ? J’étais en Amérique, à faire une année d’assistanat en tant que professeur dans un lycée du Kentucky. J’avais assisté à tout cela uniquement par télé interposée. Mais je me souviens que CNN passait tout cela en boucle et en direct non-stop. Sans connaître l’euphorie bien légitime des Européens, les Américains étaient très intéressés, et me questionnaient, m’interviewaient sur mes sentiments. J’avais un peu honte de ne pouvoir leur répondre que « c’est bien, je suis content, notre vieux continent se reconstruit, s’ouvre, et s’unifie ». Que dire ? Je ne connaissais personne en Allemagne, ni à l’est ni à l’ouest, mais je me souviens de ma sœur qui m’avait envoyé une lettre vibrante d’espoir « C’est la fin d’une construction, d’un symbole de la laideur et de l’exclusion ».
Où en sommes-nous vingt ans après ? Comme toujours, l’oiseau n’a été beau que le temps de prendre son essor. Les réalités économiques l’ont vite ramené sur terre. Aujourd’hui, certains Allemands de l’est en sont à regretter leur vie d’ « avant ». Les cérémonies d’hier ont eu lieu sous une pluie battante. Doit-on y voir, là aussi, un symbole ? Le montage en dominos choisi pour commémorer l’évènement hier me paraissait également tristement symbolique. Il s’agit d’un jeu et rien de plus. On glorifie le symbole, mais la réalité n’a pas suivi. Il y a encore loin d’ici à une réelle impulsion de fraternité entre les hommes.
Et, bien sûr, d’autres murs ont pris le relais dans le monde. En Cisjordanie, une barrière (qui à terme devrait s’allonger sur 700 km a été commencée en 2005, dans le but déclaré d'empêcher physiquement toute « intrusion de terroristes palestiniens » en Israël. Et jusqu’ici, les gesticulations des Nations Unies n’ont pas beaucoup contribué à l’arrêt des projets. Les attentats suicides se multiplient.
A la frontière mexicaine, pendant le premier mandat du président Bush, a été érigé un mur visant à stopper les immigrants clandestins. Commencé en 2002, ce mur discontinu a été érigé par les États-Unis pour faire barrage au plus important flux migratoire de l’histoire de l’humanité. Mais son efficacité n’est que relative. Fuyant des conditions de vie effroyables, mus par l’espoir de trouver du travail et de s’intégrer à la société américaine, les migrants sont prêts à affronter une zone infestée de bandits, à être la proie des trafiquants de drogue et même à courir le risque de mourir déshydratés dans le désert, là où il n’y a pas de mur. Côté américain, l’afflux de clandestins a conduit à la création d’une milice privée, les Minutemen, et réveillé les démons xénophobes.
Et il en existe bien d’autres, bien d’autres.
L’euphorie d’hier à Berlin était-elle de mise ? Les commémorations se doivent d’avoir lieu, bien sûr. Et la chute du mur était un miracle à célébrer. Mais ce n’est pas dans la fête et l’hystérie que l’on peut faire oublier le travail immense qui reste à accomplir sur l’entente entre les gouvernements, et le cœur des hommes.
08:53 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : mur de berlin, israel, palestine, usa, mexique
vendredi, 16 octobre 2009
"Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre"
A l’occasion des dix ans du PACS, il y a trois jours, au grand journal, sur Canal+, Kristyne Bouthym était invitée à exprimer son propre bilan, avec du recul, sur les débats de l’époque, en 1998, et son attitude, et celle d’un certain nombre d’autres députés.
Elle a changé de coiffure, elle est devenue brune. Elle ne fait plus partie du gouvernement depuis plusieurs mois. On pourrait penser qu'en soufflant sur sa chevelure et sa vie, le vent du changement est passé aussi sur son âme...
Eh ben dix ans après, elle est fière d’être restée fidèle à elle-même, notre brave Kristyne. Elle n’a bien sûr pas changé d’un iota de ses convictions sur le PACS, et le revendique. On peut tout lui reprocher, sauf d’être inconstante.
En revanche, elle pratique à merveille un exercice typiquement UaimePet : l’art d’expliquer que le blanc est noir, qu’en haut c’est en bas, que le feu mouille et que l’eau brûle. Si vous préférez, quand on a perdu on a gagné, quand le peuple pense à gauche il faut comprendre à droite, et quand un chien aboie, évidemment il miaule.
Extraits choisis :
« Les Français sont beaucoup plus intelligents que les politiques. Quand on regarde dix ans en arrière, tout le monde, droite ou gauche, pensait que le statut qu’on nous proposait était celui des homosexuels. Or 94% de PACS sont des hétérosexuels et seulement 6% sont des homosexuels. Si bien que les Français ont utilisé ce nouveau statut et moi je trouve ça très bien. (...) Moi je disais à l’époque que fort peu d’homos demandaient ce statut et que ce n’était pas obligatoirement nécessaire. »
Ah bon. Alors, si au final elle trouve ça « très bien » pourquoi avoir fait tant de baroud contre, puisque finalement les hétéros pourraient en profiter sans que la sacro-sainte famille ne soit menacée ? Et puis, faisant partie des 6% d’homos à m’être pacsé, je trouve tout de même sympa d’avoir pu « utiliser ce nouveau statut », parce que je suis Français moi aussi, merci Madame.
Admettrait-elle avec du recul que ce n’était donc pas forcément une mauvaise chose ? Même pas, puisque l’abrogation du PACS faisait partie de sa campagne électorale en 2002 (elle s’était présentée aux présidentielles, si, si, même si elle est arrivée avant-dernière au premier tour, tout le monde a eu tendance à l’oublier....)
« Pourquoi voulez-vous que je vous dise que l’on a été ‘trop fort’ ? (...) Ce débat a été un débat certes passionnel, dans lequel j’ai joué un rôle important... »
Journaliste : « Ca a aussi montré une grande laideur, il faut bien l’avouer... »
« Mais, laideur... ? Chais pas, j’ai peut-être été... »
J : « Des choses terrifiantes ont été dites sur les homos... »
« Mais quelles choses ??? »
J : « Des manifestations, avec des pancartes, ‘Les pédés au bûcher’... »
(voix excédée) « Arrêtez, arrêtez, Monsieur... »
J : « Vrai ou faux ? »
« Je ne sais pas »
J : « C’est vrai. Il y a des images. »
« Ah ben ça je suis pas certaine, je suis pas certaine. Non, non... Au lendemain des manifestations du PACS, vous tous les journalistes, aucun d’entre vous n’avait remarqué ces photos. C’est venu deux jours plus tard. Alors sans doute que quand il y a 100000 personnes il y a des gens que je n’approuve pas, et du reste ces pancartes n’étaient pas les pancartes officielles de la manifestation »
Véhémente, péremptoire et essoufflée, elle continue à s’arc-bouter sur ses positions. On a tout rêvé, tout monté, tout bidouillé des slogans affreux qui ont été lancés. Faut la voir pour le croire. Et puis, même si elle n’en est pas directement responsable, comment ne pas avoir pu imaginer qu’avec un objectif pareil au départ de la manif, il n’y aurait dans le cortège que des enfants de chœur chantant la messe ? Les portiques mis en place pour compter les manifestants n’étaient pas prévus pour filtrer le bon grain de l’ivraie, que je sache. Elle était tout de même fière de son chiffre de « 100000 », toutes tendances confondues, même les plus... ‘extrêmes’, non ?
« Mais quelles choses ???? »
Eh bien, tout simplement, ce qu’elle a dit elle-même dans son discours à l’assemblée, à l’époque : « Qu’est-ce donc que l’homosexualité, sinon l’impossibilité d’atteindre l’autre dans sa différence sexuelle ? Et qu’est-ce que l’impossibilité d’accepter la différence, sinon l’expression de l’exclusion ? »
C’est vrai, remarque, ce n’est pas simplement ‘terrifiant’, c’est surtout d’une connerie terrifiante.
A part ça, en plus glauque, il y a eu aussi d’autres députés qui ont eu des propos délicats : « Les homos, je leur pisse à la raie » ou « Le PACS, pour les animaux de compagnie ? ».
Dans l’hémicycle.
Mais on s’indigne pour des babioles...
Extrait choisi n°3 (mon préféré) :
« Ce que je dois vous dire, c’est que je suis fière que justement à l’occasion de ce débat, on ait pu dans toutes les familles de France parler de l’homosexualité. Le tabou de l’homosexualité a sauté à l’occasion de ce débat, certes passionnel, dans lequel j’ai joué un rôle important... »
Presque, il faudrait la remercier. Il est vrai qu’avant qu’on nous mette des bâtons dans les roues pour tenter d’organiser notre vie avec notre conjoint, personne ne savait ce qu’était un homo ni les difficultés liées au fait d’en être un, dans la société française. Un peu comme si (toutes proportions gardées évidemment) les Juifs devaient remercier Hitler d’avoir fait sauter le tabou de la judéité dans tous les pays d’Europe. Et ça, c’est typiquement UaimePet. Au cours des derniers jours, Frédot nous a donné l’occasion de « faire sauter le tabou » du tourisme sexuel, et Niko celui du piston réservé aux fils à papa. Bravo, bravo. Merci, merci.
« Beaucoup, même à droite aujourd’hui, n’assument pas cette discussion, cette position [la sienne, contre le PACS, je suppose] en disant que c’étaient des réacs, et des ringards, etc. En réalité, ce qui se passe, c’est que dans le mariage, au moment de la séparation, il y a des protections qui sont faites pour les plus fragiles, et en particulier pour la femme. Aujourd’hui et dans les 96% de PACS hétérosexuels eh bien je vous dis qu’il n’y a aucune protection pour le plus fragile, et moi je ne trouve pas que ce soit un progrès »
Faudrait savoir. D’abord le fait que les hétéros utilisent ce mode d’union à 96%, elle trouve ça « très bien » mais ensuite « ce n’est pas un progrès ». Concernant les faiblesses juridiques du PACS, je ferais remarquer qu’elle établit une subtile distinction entre les PACS homos et hétéros : « en particulier pour la femme » : parce que dans un couple homo il n’y en a jamais un qui est plus ‘fragile’ que l’autre ? Non, nous on sait toujours se démerder. A croire qu’on est plus intelligents, ou mieux nantis.
Ou alors, il faudrait en revenir au mariage, dans le cadre duquel, ‘au moment de’ (comme si c’était une fatalité incontournable) la séparation, les deux conjoints sont protégés équitablement. Mais alors, un mariage pour les homos aussi alors ? AH NON !
« Bien au contraire, il n’y a aucun tabou pour moi. Il faut arrêter la différence entre homosexuel et hétérosexuel. Alors en ce qui me concerne, l’adoption et le mariage, ça, vous comprenez bien que je n’ai pas changé, parce que je pense qu’un enfant a besoin d’un papa et d’une maman pour structurer sa personnalité, voilà ».
Plus incohérent et contradictoire tu meurs. Il faut arrêter la différence entre homos et hétéros, mais on la marque nettement au niveau de la possibilité d’accès à l’organisation d’une vie de famille. Ces bons apôtres qui ne cessent de clamer : « Je n’ai rien contre les homosexuels, c’est l’homosexualité que je réprouve », ils m’amusent. Je me demande ce qu’on penserait de quelqu’un qui dirait, « Je n’ai rien contre les noirs, c’est leur couleur qui m’ennuie ».
Au fond, Kristyne sait de quoi elle parle. Sa maman à elle est décédée lorsqu’elle avait cinq ans. En conséquence elle n’a jamais pu structurer sa personnalité, et ne cesse de faire le grand écart entre République et Vatican.

00:22 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : pacs
vendredi, 09 octobre 2009
Roro, Frédot, Niko et les autres...
Alors bon, voilà une semaine que ça tourne autour du tourisme sexuel, de la délation, du respect de la vie privée, de l’étalage de mœurs pas reluisantes, de la défense des artistes, de l’inégalité de traitement des people devant la justice, de l’indignation vertueuse des uns, de l’embarras bien gluant des autres, de tout ça, quoi....
A force d’entendre, d’écouter, la multiplicité de ces déclarations, contre-ripostes, débats organisés, interventions télévisuelles, le citoyen lambda, que je suis, finit par en avoir la tête qui tourne. Je ne dis pas que tout cela me saoule, bien au contraire. Mais il me semble que nous en sommes arrivés aujourd’hui à un tournant où vie politique, sociale, médiatique, s’additionnent, s’entremêlent et se mélangent pour constituer une daube bien peu ragoûtante dans lequel tout le monde mijote, barbote et s’éclabousse mutuellement.
Est-ce que je cautionne ce qu’a fait Roro il y a trente ans ? Non. Est-ce que je pense qu’il est normal de l’extrader aujourd’hui pour cela ? Ca ne me satisfait pas plus que ça. Est-ce que je trouve normal que Frédot prenne sa défense de façon à peine voilée, en stigmatisant l’Amérique assoiffée de sang ? Absolument pas, il aurait mieux fait de se taire. Est-ce que le livre écrit par Frédot il y a quatre ans m’a plu ? Pas du tout : en disant cela, je ne me place même pas d’un point de vue moral, mais je ne suis de toute façon pas sensible aux larmes qu’il verse à l’évocation de sa "mauvaise" vie, dans sa coupe de champagne. Est-ce que je trouve que Niko a eu raison de le choisir malgré tout comme ministre de la culture, même « après lecture de ce livre » qu’il aurait soi-disant trouvé formidable ? Non. Mon avis n’est même pas motivé par l’évocation faite par Frédot, dans l'ouvrage, d’un possible passé autobiographique douteux. Il l'est simplement par le fait que selon moi, il a obtenu ce poste grâce à son nom, qui sonnait bien. A l’époque, j’avais trouvé tout ce magouillage-copinage puant, et j’étais très étonné que Niko, aveuglé qu’il était par la symbolique, brillante à ses yeux, du nom de l’ex-président, prenne ce risque, sachant que le livre en question allait peser comme une épée de Damoclès sur leurs têtes à tous. Et puis entre nous, vous y croyez sérieusement, vous, à la version de Niko ayant lu au préalable, au coin du feu, les gribouilles à Frédot ? Moi, j’ai du mal à l’imaginer feuilletant autre chose que Bibi Fricotin. Tout au plus, pour le mettre au courant des risques sulfureux, un de ses conseillers lui aura fait un résumé des passages les plus gratinés. Baste, il n’en a pas tenu compte. A eux d’en payer le prix aujourd’hui, après tout.
Suis-je satisfait que le lièvre ait été soulevé récemment par Ririne, la fille de vous savez qui ? Non. Le parti qu’elle représente n’est certainement pas symbole de morale et d’irréprochabilité, comme eux voudraient le laisser entendre. Alors Frédot en profite pour se gausser : être critiqué par Ririne et son parti, c’est un honneur, dit-il. Facile. Sauf que lui n’a rien de très honorable non plus : ses explications d’hier soir, au JT de Lolo, les ai-je trouvées convaincantes, comme soi-disant la grande majorité des téléspectateurs ? Désolé, non, non, et trois fois non. Lorsque Lolo lui demande comment il peut être sûr de l’âge légal de ses partenaires sexuels lors de ses escapades en pays lointains, il joue la transparence indignée : « un boxeur de 40 ans ne ressemble pas à un mineur, enfin franchement ! ». Aller en Thaïlande pour se payer des quadragénaires boxeurs, c’est le comble de la coquetterie exotique.... Non mais de qui se moque-t-on ? Cerise sur le gâteau, il semblerait qu’une bonne partie de son plaidoyer d’auto-défense lui aurait été suggérée par son pote Niko. Ca ne m’étonne pas, tout sonnait faux, monstrueusement faux.
Alors, au final, plutôt que m’interroger sur les états d’âme, la respectabilité, la possible démission (pour être remplacé par qui, encore, Seigneur...?) des uns et des autres, qui m’intéressent assez peu, je me demande dans quel état d’esprit on peut ressortir, nous, citoyens anonymes, de tout cet imbroglio public d’erreurs, de faux pas, de déclarations à l'emporte-pièce, mais surtout de mensonges, de manipulations et d’hypocrisies. Et c’est là que se pose le vrai problème. Moi, je ne me rends compte que d’une chose : je ne sais plus, non pas que penser, mais que ressentir. Je n’aime pas Ririne, je n’aime pas Niko, je n’aime pas Frédot. Je n’aime ni les langues pendues, assoiffées de sang des uns, ni les mielleuses assurances d’amitié, ou les vertueuses justifications de conduite des autres. Je pourrais pardonner à Frédot ses faiblesses, mais j’abhorre l’hypocrisie, étalée comme justification aux yeux du public. Et ce qui m’est insupportable pardessus tout, c’est qu’on traite ce public comme s’il n’était composé que de cons. Voilà ce qui est impardonnable.
La dérive dans laquelle nous glissons actuellement est dangereuse, très dangereuse. A l’ère de Niko, les politiciens sont devenus des people, ils l’ont bien voulu, et même cherché. Qu’ils ne viennent pas pleurnicher sur leur vie privée traînée dans la boue quand ils l’étalent, que ce soit physiquement, à Eurodisneyland, ou en taquinant la plume pour évoquer leurs galipettes passées (romancées ou pas). Le citoyen X ou Y peut lui aussi aspirer à devenir, du jour au lendemain, « people ». On le lui laisse croire en lui matraquant cette théorie jour et nuit par le biais de la télé-réalité. Il n’y a plus de hiérarchie, il n’y a plus de barrières. Il est bien normal qu’à l’ère des « people » on en vienne à hésiter sur ce qui est autorisé ou non, en matière de législation, ou de valeurs morales, à force de conjuguer le Verbe Nouveau. Je pipole, tu pipoles, il pipeaute. Comme tout le monde est faillible, même et surtout les plus hauts placés, tout se discute, tout se triture, tout s’étale en public, tout est remis en question. Au final, chez ce fameux public d’anonymes, qui sont tout sauf cons, il ne peut plus rester aucune empathie, aucun élan de confiance spontané vers les uns ou les autres. On ne sait plus vers qui se retourner, on ne sait plus à quoi on peut encore croire. La seule chose qui demeure, c’est un dégoût profond, une lassitude écoeurée, qui incitent à se détourner de la politique, et, ce qui est plus grave, de la vie de la nation. Puisque ce sont ces pantins-là qui l’ont accaparée.
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mercredi, 23 septembre 2009
Ze French lover !
Ce que j’ai trouvé le plus hilarant dans toute cette pitoyable histoire, ce n’est pas tant la fameuse idylle révélée / imaginée / phantasmée, que la conclusion du roman : le héros est finalement réélu aux présidentielles en 1981 avec 56% des voix. Rien que ça ! Là, j’avoue que j’en suis carrément tombé de rire de ma chaise...
C’est sûr qu’entre un ‘au revoir’ dégoulinant de dépit avant d’aller retrouver une anémone fanée derrière la porte, et une réélection écrasante à fêter en compagnie d’une jeune princesse sexy, y a pas photo.... Passé un certain âge, il est bien normal de confondre rêves et réalité. Ou plutôt, de tenter de réécrire sa vie telle qu’on aurait voulu qu’elle fût...
Diana ne parlait pas notre langue. Qu’à cela ne tienne, il l’a sûrement séduite dans le langage de Shakespeare. C'est bien connu, l'accent français agit outre-Manche comme un aphrodisiaque... Je vous laisse déguster cette perle, que j’ai exhumée par hasard ce matin.... Personnellement, je ne m’en lasse pas....
15:37 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note
samedi, 19 septembre 2009
M. le Moody
Le PDG de France Télécom s'est excusé des propos qu'il avait tenus évoquant une "mode du suicide" au sein de son entreprise. Il a tenté d'expliquer : "Hier, par erreur, j'ai utilisé le mot "mode" qui était la traduction du mot "mood" en anglais". En anglais, "mood" signifie "humeur". Et en réponse aux témoignages de certains salariés qui dénoncent les pressions de l'encadrement, il a estimé que les cadres du groupe devaient être davantage formés "aux sciences de management ». « Nos cadres sont d'une qualité exceptionnelle mais nous allons rajouter des blocs de formation » car « il faut qu'on compense cette petite faiblesse » a-t-il déclaré.
Il y a quelques mois, j’évoquais ici le caractère horripilant qu’avait l’intrusion des termes anglo-saxons dans la langue française. J’étais parti sur les expressions « crash » ou de « se crasher » par rapport aux accidents aériens. De la même façon, Orpheus, à peu près à la même époque, évoquait l’élégant « touchy » utilisé par son supérieur pour désigner le caractère gênant d’un problème (en l’occurrence, le fait, pour une agence de pub, de communiquer dans la presse homo).
Encore une fois, il ne s’agit pas de s’affoler devant l’omniprésence de ces expressions. Les Anglais et les Américains, de leur côté, utilisent aussi un bon nombre de mots français. Les proportions sont-elles égales ? Peu importe. Le fait que les langues soient perméables les unes aux autres n’a pas de quoi effrayer. Tout linguiste sait que certaines nuances, véhiculées par tel terme dans une langue A, ne recouvrent pas toujours exactement le champ sémantique de son équivalent dans la langue B. C’est inévitable, et en même temps passionnant. C’est cela qui fait la richesse du langage, et l’intérêt de l’étude des langues étrangères. Est-ce que ce sont les hommes qui façonnent leur expression en fonction de leurs besoins et des circonstances, ou bien le langage qui modèle, d’une certaine façon, l’esprit des peuples ? Est-ce que les cultures et les civilisations ne sont pas aussi le reflet, même de façon floue et mouvante, du vocabulaire, de la syntaxe employés par les hommes ? Quand je pense aux relations entre l’homme et le langage me vient en tête la fameuse boutade : « Dieu a créé l’homme à son image et il le lui a bien rendu ». Si les peuples ont inventé leurs différents langages, ces derniers ne s’impriment-ils pas à leur tour de façon indélébile sur les caractères de ceux qui les manient ? Les langues vivantes ont sûrement, à égalité avec géographie, politique, traditions, religions, leur part dans la façon dont les diverses mentalités se structurent dans le monde.
Mais je voudrais en revenir à mon idée de départ, qui m’avait été suggérée il y a deux jours par la déclaration à la presse de ce brave Didier Lombard. Sa grotesque pirouette pour sauter de « mode » à « mood » m’avait fait hésiter, comme tout le monde, entre l’éclat de rire et le dégoût. Dix-sept suicides (ou tentatives) en 15 mois dans la même société, et le PDG parle de mode. Ou non, plutôt d’HUMEUR, puisque c’est ce que cela signifie en anglais (dans un registre plus léger, « In the mood for love », vous vous souvenez ?). Il est vrai que parler d’ « humeur suicidaire » au sein d’une entreprise, c’est tout de même bien moins insultant pour les employés décédés. On croit rêver.
Sans même s’apercevoir qu’il s’enfonce encore plus, Monsieur Lombard continue sur sa lancée : pour éviter le douloureux problème du suicide excessif, il propose la panacée miraculeuse : que les cadres du groupe soient mieux formés aux sciences du « management ». Ah que c’est beau. Quand on sent le mot glisser dans notre conduit auditif, on a l’impression d’entendre du Frank Sinatra. Quand on analyse plus précisément, c’est nettement moins doux. « Manager » c’est « gérer » tout bêtement. Le management, c’est l’art de gérer, en fait. Quoi, en l’occurrence ? Ou plutôt, qui ? Des hommes. Le management des hommes, pour parler clair, c’est la façon de leur faire comprendre et admettre en douceur (ou pas) qu’ils vont devoir muter, changer, s’adapter, déménager, se reconvertir, re-muter et tout recommencer, ceci dans des périodes de temps très brèves laissant peu de temps à une adaptation humaine normale, justement.
Les salariés vont sûrement sauter de joie en apprenant que lorsqu’ils devront faire face à une mutation au pied levé, on leur offrira gratuitement des consultations auprès de psychologues dûment formés, dans des cellules psychologiques, à défaut de cellules capitonnées.
Mais les propos de Claude Lombard ne sont au fond que l’illustration d’un problème plus vaste et sournois. On en revient toujours au même point : un avion qui s’est « crashé » ça fait plus élégant que de dire qu’il s’est écrasé, ou abîmé en mer ou sur terre. Un sujet « touchy » c’est plus sympathique à envisager (ou refuser d’envisager) qu’un point délicat. Une « mood » de suicides (on a envie de se pincer, rien qu’en écoutant l’expression...) ça la fout tout de même mieux qu’un ras de marée de défenestrations. La langue anglaise devient, malgré elle, vecteur d’euphémismes. Pourquoi, au fond ?
Notre habitude d’écouter des chansons anglo-saxonnes y est certainement pour beaucoup. La musicalité associée en nous, qu’on le veuille ou pas, à la langue , contribue certainement à dorer cette pilule amère. Mais je finis par me demander si ce langage, pratiqué surtout dans des pays économiquement libéraux (Angleterre et USA, pour ne pas les nommer) n’en finit pas par se pourrir imperceptiblement. La langue de Shakespeare est devenue bien plus que la langue des affaires. Elle est devenue l’expression du libéralisme, et pousse, ici et là, ses racines dans l’hypocrisie de nos nantis et dirigeants. Cette dérive commence sérieusement à me faire peur. Et je suis bien placé pour savoir de quoi je parle. Avoir la possibilité de travailler, non seulement sur Shakespeare, mais aussi Shaw, Orwell, les décortiquer, c’était une de mes motivations quand j’ai commencé à bosser en tant que prof d’anglais. Par la suite, lorsque j’ai attaqué des sections BTS, les articles de journaux m’ont permis de m’ouvrir sur le monde et une actualité que j’ignorais avant. Mais je n’ai pas envie que ce plaisir que m’a toujours apporté la matière que j’enseigne se brise sur cette dérive nauséabonde. Dérive que j’ai essayé d’ignorer pendant quelques années, mais qui me paraît de plus en plus accentuée aujourd’hui.
« Notre income n’est franchement pas au top cette année. Il est grand temps que nous planifions de relocater notre business dans un pays à cheap workforce, où nous n’aurons pas les trade unions pour nous slower down. En Asie du Sud-Est, les workers acceptent de se laisser fuck avec le smile, et leur wages ne coûtent pas the skin of our butts. Dammit !

20:22 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : franglais